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FLEURS ET INSECTES

détail, à cause (1e son succès posthume. Dans ce travail, l’auteur prétend démontrer qu’en réalité toutes les plantes fonctionnent comme si elles avaient des fleurs de deux sortes.

Malgré le rapprochement des étamines et du pistil dans une même fleur, les étamines de cette fleur ne seraient pas destinées à projeter leur pollen sur le stigmate qui en est si voisin. L’hermaphrodisme ne serait qu’apparent.

L’ouvrage singulier, auquel je fais allusion, a pour titre : le Secret de la Nature dévoilé dans la structure et la fructification des fleurs , pour auteur un bizarre personnage du nom de Christian-Conrad Sprengel, et pour date 1793.

Sprengel, ministre du culte à Spandau, était tellement absorbé par ses observations sur les fleurs qu’il en oublia la prédication du dimanche et fut, par suite, révoqué. Il se trouva obligé de donner des leçons ou de diriger des excursions qu’on pouvait suivre moyennant deux ou trois groschen, afin de contribuer aux frais d’impression de son ouvrage, dont l’éditeur ne lui offrit même pas un seul exemplaire. C’était un observateur minutieux, un contemplatif et un rêveur.

Considérant chaque fleur en particulier, Sprengel eut cette idée extraordinaire qu’une fleur d'une espèce déterminée avait été modelée par le Créateur, de façon à présenter exactement le moulage du corps d'une espèce d’insecte également déterminée. La fleur de la Sauge des prés, par exemple, serait le moulage du bourdon terrestre (ce gros bourdon sauvage bien connu dont le vol rend un son grave et qui creuse son nid dans la terre); la fleur du Sainfoin serait le moulage d’une abeille, et ainsi de suite.

HISTOIRE DE LA FLEUR

Dans quel but aurait été combinée cette disposition ? L’explication en serait la suivante, un peu compliquée, mais assurément très ingénieuse.

Pour la comprendre, il faut admettre plusieurs lemmes.

Premier lemme : la fleur, bien qu’ayant en général à la fois des étamines et un pistil, chercherait à éviter par tous les moyens possibles que le pollen de ses étamines arrivât sur son propre stigmate. Pourquoi cela? Parce que les graines ainsi formées seraient moins bonnes que si le pollen provenait d’une autre fleur et arrivait sur le stigmate de la fleur considérée, ou même parce que les graines ne se formeraient pas du tout si le pollen de la fleur tombait sur le stigmate de la même fleur. Il ne faudrait pas qu’il y eût autopollinisation, c’est-à-dire transport du pollen sur le pistil de la même fleur, mais bien pollinisation croisée1, c’est-à-dire transport du pollen de l’étamine d’une fleur au pistil d’une fleur située sur une autre plante de la même espèce.

Ainsi donc, d’après la manière de voir de Sprengel, la fleur qui, dans le cas général, possède à la fois et à côté les uns des autres, dans une même corolle, le pistil et les étamines, aurait le plus grand intérêt à ne renfermer que le pistil seul ou les étamines seules. Pourquoi donc alors toutes les plantes ne sont-elles pas dioïques ? Le Créateur, tel que l’imagine Sprengel, a donc commis un impair en fabriquant la plupart des fleurs sur le modèle hermaphrodite, en mettant à la fois dans une même corolle étamines et pistil ?

1. Les expériences que j’ai faites en 1878 et 1879, ainsi que les expériences toutes récentes de M. P. -P. nicher, ont démontré l’énorme exagération de cette soi-disant règle.

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