FLEURS ET INSECTES
Parfaitement, et ce serait pour réparer sa bêtise qu’il aurait créé les insectes qui volent et se posent sur les fleurs.
Voici, en effet, le second lennme qu’il faut admettre. Ce sont les insectes qui sont chargés d’opérer la pollinisation croisée, c’est-à-dire de transporter le pollen pris sur les étamines d’une fleur pour l’appliquer sur le stigmate d’une autre Heur. Il va sans dire qu’on n’attribue pas aux abeilles ou aux papillons l’intention de rendre volontairement ce service aux fleurs. Alors, pourquoi vont-ils visiter les fleurs et comment se fait le transport du pollen par l’intermédiaire de ces agents ailés?
A ce sujet, troisième lemme nécessaire à la théorie. On sait que beaucoup de fleurs produisent dans leur intérieur et à leur base des gouttelettes de liquide sucré, poétiquement appelé nectar. Il faut encore admettre que les fleurs sacrifient ce liquide sucré en l'offrant comme appât aux insectes pour payer le service rendu. C’est, doit-on croire, d’après Sprengel, dans le but unique de faire venir jusqu’à elles et de récompenser ces précieux auxiliaires, que les fleurs ont formé ces tissus spéciaux appelés « nectaires », qui secrétent pour eux ce délicieux aliment.
Si ces trois lemmes sont admis, voici comment on peut exposer la théorie de Sprengel :
Les fleurs hermaphrodites ont intérêt à éviter l’ autopollinisation ; les insectes allant souvent d’une fleur à une autre fleur de la même espèce, mais située sur une plante différente, transportent sans s’en apercevoir, depuis les étamines d’une fleur jusqu’au stigmate d’une autre fleur, le pollen qui adhère à leur corps. Comme prix de leur tra-
HISTOIRE DE LA FLEUR
vail inconscient, la fleur leur prépare le nectar en telle place que les mouvements de l’insecte qui y butine effectuent la pollinisation croisée. Cet échange de bons procédés entraînerait une adaptation réciproque des fleurs et des insectes, et même de certaines fleurs pour certains insectes. C’est ainsi que les fleurs à long tube, avec du liquide sucré au fond, seraient réservées aux seuls papillons dont la trompe est très allongée ; ce serait pour s’en couvrir de pollen afin de le transporter d’une fleur à l’autre, que le corps de tel ou tel bourdon s’est couvert de poils en telle ou telle place devant frôler exactement les anthères, etc., etc. Ainsi seraient trouvées les causes de toutes les formes variées des fleurs, et de toutes celles des insectes nombreux qui les visitent.
Et cette théorie a ceci d’admirable, c’est qu’une fois qu’on l’a adoptée (mais il faut l’adopter, c'est peut-être ce qu’il y a de moins facile), une fois adoptée, dis-je, elle explique tout. Ce serait bien le secret de la nature dévoilé, suivant le titre de l’ouvrage de Sprengel !
Le plus curieux, c’est qu’à une époque relativement toute récente, cette étrange conception de Sprengel a été admise telle quelle par Darwin (sauf que le mot Créateur a été remplacé par le mot sélection) ; et l’illustre philosophe naturaliste a écrit deux volumes sur cette question. Toutefois, à l’époque où parut l’ouvrage de Sprengel, personne ne le prit au sérieux, et ces observations, dont plusieurs ont cependant un certain intérêt, n’eurent aucune influence sur la marche des découvertes relatives au rôle de la fleur.
GERMINil**OX DU POLLEN