De yzl tSoiv, hirondelle
commune sur les murs ou dans les décombres, et qu’on reconnaît facilement au suc jaune qui s’écoule des tiges lorsqu’on les brise; une forme voisine de la Chélidoine ordinaire a été décrite, même avant Linné, comme espèce de premier ordre, sous le nom « Chélidoine laciniée » à cause de ses feuilles très découpées. Par des cultures nombreuses et des études anatomiques attentives, l’auteur fait voir qu’aucun caractère constant ne sépare ces deux formes, et il en conclut forcément que ce ne sont là que deux variétés d’une même espèce.
Admettons qu’à la suite de ces travaux, on sache distinguer les formes qui sont séparées par des caractères constants de celles qui ne le sont pas, peut-on concevoir quelles sont les causes qui ont produit ces fossés entre les formes que nous appelons actuellement espèces et, en outre, peut-on voir réellement se former ces séparations
sous nos veux?
Deux causes principales sont à considérer : l’adaptation et la mutation. La première, l’adaptation, s’explique d’une manière très simple, et c’était l’unique manière dont Lamarck admettait la formation des espèces. Si l’on arrive à maintenir pendant très longtemps un être dans des conditions nouvelles, sa forme et sa structure se modifient, s’adaptent à ces conditions qui ne lui étaient pas habituelles; il acquiert des caractères nouveaux, il en perd d’autres, et ces changements peuvent devenir héréditaires. C'est ce que j’ai constaté expérimentalement, par exemple, en cultivant pendant plus de vingt ans des plants pris en plaine à des altitudes de plus de 2.000 mè-
GRANDES ET PETITES ESPÈCES
très, dans les Alpes ou dans les Pyrénées; j’ai obtenu ainsi pour certaines formes des modifications assez grandes pour que les deux plants de plaine et de montagne fussent déterminés sous des noms différents par des botanistes descripteurs expérimentés. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
La seconde cause, la mutation, est beaucoup plus obscure et difficile à concevoir. Lorsque, cjans un groupe de plantes normales à tiges arrondies, on découvre tout à coup un individu dont la tige est aplatie, ou tordue, ou présentant toute autre anomalie singulière, on dit qu’il y a variation brusque dans la descendance; de plus, cette variation brusque est souvent héréditaire, ou encore, les graines récoltées sur ces individus anormaux donnent naissance tout à coup à des espèces de la valeur des bonnes espèces jordaniennes, et dont les caractères se maintiennent stables si l’on évite les croisements.
Ce phénomène extraordinaire a été étudié avec le plus grand soin par Hugo de Vries, professeur à l’Université d’Amsterdam, et c’est ce savant qui lui a donné le nom de mutation. Nous allons l’étudier dans le chapitre suivant.
LA CRÉATION ACTUELLE DES ESPÈCES