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La disparition et l’apparition des espèces

L’homme a assisté à la disparition d’un grand nombre de formes animales et végétales. On sait qu’à l’âge de pierre, il a vu s’éteindre le Mammouth. ce gigantesque éléphant couvert de fourrure, le Glyptodonte, ce grand édenté revêtu d’une carapace étrange, l’Ours des cavernes, le Machérodus, carnivore dont les crocs étaient trois fois plus puissants que ceux du tigre, et bien d’autres espèces encore dont les restes se trouvent mêlés aux débris humains dans les cavernes. Les hommes préhistoriques nous ont fourni eux- mêmes les preuves les plus évidentes du synchronisme de leur existence avec celle de ces êtres disparus. Leurs artistes ont dessiné ou sculpté des sujets variés sur l’ivoire, sur l’or, sur le bois de renne ; ils ont décoré les parois des grottes de peintures polychromes en relief, dont de beaux spécimens ont été récemment découverts. Ces sculptures, ces dessins représentent les espèces animales contemporaines de l’homme et dont on ne connaît maintenant que les fossiles.

DISPARITION ET APPARITION DES ESPECES

A l’époque actuelle, ce sont d’autres formes qui s’éteignent successivement. Tels sont les Oiseaux géants et sans ailes ; les Épiornis de Madagascar, les Dinornis de la Nouvelle-Zélande. Les indigènes néo-Zélandais célèbrent encore dans leurs chants les combats qu’avaient engagés leurs aïeux contre les terribles Moas, c’est-à-dire contre les Dinornis.

Il existait en grand nombre, au xvie siècle, dans l'ile Maurice, un oiseau singulier appelé Dronte, portant sur son bec une sorte de corne recourbée vers le bas. Plusieurs voyageurs en avaient donné la description et la figure. Mais lorsqu'on eut introduit des chiens dans l’ile, la plupart des Drontes furent détruits. L’espèce devint très rare ; on vit encore l’un de ces Oiseaux singuliers en 1681. puis l’espèce disparut. On ne trouve plus le Dronte qu’à l’état fossile ; les débris de son squelette sont conservés parfois dans la vase des marais.

L’Auroch, ce grand bœuf sauvage que chassaient les Gaulois et qui était répandu dans toute l’Europe centrale jusqu’au Moyen âge, n’existe pour ainsi dire plus. Quelques spécimens vivants sont encore conservés au Caucase et dans certaines forêts de Lithuanie.

Et actuellement, nous assistons à une diminution rapide dans le nombre des représentants de beaucoup de formes animales, tels que la Baleine franche, le Lion, l’Éléphant, le Castor, et de formes végétales telles que l’If sauvage ou ces grands Séquoias de Californie, arbres de 130 mètres de hauteur, dont les descendants ne se développent plus.

Ces quelques exemples suffisent pour rappeler qu’il n’est pas rare de voir une espèce disparaître.

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Mais peut-on nous faire assister, au contraire, à la formation d’une espèce nouvelle?

Pasteur a démontré expérimentalement que la génération spontanée n’existe pas. Tout être vivant, si microscropique soit-il, provient d’un germe issu d’un autre être vivant. L’ensemble des faits connus, des observations ou expériences, confirme pleinement le vieux principe d’Harvey: omne vivum ex ovo.

Dès lors, comme la paléontologie nous démontre que tous les êtres qui vivaient aux anciennes époques du globe étaient différents des êtres actuellement vivants, on est bien obligé d’admettre que les organismes se sont transformés, tout en étant parents les uns des autres.

La superposition de ces deux faits : absence de génération spontanée et formes différentes des êtres qui ont vécu sur la terre, semble donc démontrer le transformisme.

Toutefois, c’est en quelque sorte une démonstration par l’absurde. Les naturalistes actuels sont tous transformistes, parce qu’ils ne peuvent imaginer un autre moyen d’expliquer la succession des faunes et des flores diverses, qui ont occupé à tour de rôle la surface de notre planète ; parce qu'ils ne peuvent concevoir autrement l’existence de ces liens multiples, de ces transitions nombreuses, que nous avons passés en revue précédemment pour les végétaux, et qui s’établissent entre toutes les formes animales ou végétales.

Mais, en somme, l’esprit ne sera vraiment satisfait que s’il est possible de trouver les causes et d’expliquer le mécanisme de ces transformations, de prouver expérimentalement comment les descendants d’êtres semblables arrivent à différer

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assez les uns des autres pour constituer des espèces distinctes, telles que les caractères héréditaires propres à chacune d’elles se maintiennent pendant une longue période.

Aussi a-t-on répété sans cesse aux transformistes: « Nous voyons bien comment et pourquoi une espèce disparait ; nous ne voyons pas comment et pourquoi elle se crée. Faites-nous assister à la création d’une espèce, et alors nous serons tout à fait convaincus. »

Pendant longtemps, on n’a pu répondre à cette question que par des hypothèses fondées sur d’ingénieuses observations. Mais ces hypothèses sont très différentes les unes des autres et ont donné lieu à des théories diverses, créant ainsi plusieurs écoles parmi les transformistes.

Les uns, avec Lamarck, attribuent aux conditions extérieures du milieu tous les changements de forme qui se produisent dans la descendance des êtres. L’être s’adapte peu à peu à des circonstances extérieures nouvelles dans lesquelles il se trouve placé. Un oiseau devenant aquatique finira par acquérir des pattes de canard. Une plante des régions tempérées, telle qu’un cerisier, arrivant à croître dans les pays chauds, prendra des feuilles persistantes et modifiera tout son organisme pour résister à la sécheresse. On admet donc, dans le Lamarckisme, qu'un être se modifie uniquement par adaptation et qu’une adaptation prolongée peut lui faire acquérir des caractères héréditaires. C’est-à-dire qu’une suite de générations de canards privés d’eau pour nager, conservera longtemps les pattes palmées qui ne lui servent plus à rien ; que le cerisier à feuilles persistantes, replacé dans

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la région tempérée pourra continuer, à la suite de semis successifs, à garder ce mode de feuillage qui lui est inutile dans ces conditions.

Pour d’autres naturalistes, de l’école de Nægeli, l’adaptation ne joue, au contraire, aucun rôle dans la production des espèces nouvelles. Tous les changements se produisent dans la formation même de l’œuf, cellule initiale de tout être vivant; et le milieu n’y est pour rien. Tous les œufs pro- Arenant des mêmes parents ne sont pas identiques; autrement dit, tous les frères ne se ressemblent pas. Ils ont des qualités différentes : les uns peuvent résister à un certain climat, les autres s’accommodent mieux d’un autre ; et, dans la suite de leurs descendances, il s’établit des races très différentes qu’on peut considérer comme autant d’espèces nouvelles. C’est ce qu’indique symboliquement la légende des trois fils de Noé : Sem, Cham et Japhet.

Il y a une trentaine d’années, le Lamarckisme et le Nægélisme, qui ont récemment recueilli de nouveaux adeptes, avaient laissé la place à une troisième théorie, tenant un peu des deux précédentes et dont le succès fut considérable, grâce au génie de son auteur, l’illustre naturaliste et philosophe Darwin; grâce aussi à la manière brillante dont elle fut développée par de nombreux savants. C’est la théorie de la sélection naturelle.

On sait que Darwin avait cru pouvoir expliquer toutes les transformations des êtres avec ce seul principe. Il admettait que les variations des descendants d’une même souche se faisaient dans tous les sens et au hasard. D’autre part, les êtres luttent entre eux pour la vie, et la lutte est d’autant plus active qu’ils se ressemblent plus.

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Si deux oiseaux granivores n’ont à leur disposition qu’un nombre de grains insuffisant pour les deux, mais suffisant pour un seul, il y aura lutte et le plus fort l’emportera sur le plus faible. Si deux oiseaux sont, l’un granivore, l’autre insectivore, il n’y aura aucune raison de lutte entre eux; tous les deux pourront subsister.

Si deux plantes, organisées de même, ont leurs racines à la même profondeur, elles se disputeront entre elles une portion limitée de terrain, et la plus forte fera périr la plus faible. Si deux plantçs ont, l’une des racines superficielles s’étalant près de la surface du sol. l’autre des racines profondes, il n’y aura presque aucune lutte entre elles et elles pourront toutes deux subsister côte à côte sur le même terrain dont elles utilisent chacune des couches différentes.

Et maintenant, si l’on considère des générations successives, on voit s’accentuer les raisons qui feront survivre les plus aptes et les plus différenciées dans un sens déterminé, qui feront disparaître, au contraire, les formes intermédiaires; et ce sont les formes des êtres ayant acquis un ou plusieurs caractères spécialement utiles dans la lutte pour la vie, qui subsisteront. Au bout d’un temps très long, les variations favorables s’accentueront par hérédité à chaque génération; enfin, lorsque les différences entre les êtres de môme origine auront atteint un certain degré, le croisement deviendra impossible entre ces formes. Plusieurs espèces seront nées d’une seule.

L’avantage qu’ont eu les partisans de la sélection naturelle, c’est que, comme dans cette hypothèse il faut un temps extrêmement long pour

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produire les variations arrivant à former des espèces différentes, cela leur permettait de refuser toute réponse à la question posée.

— Impossible, diront-ils, de voir une espèce se créer. Les formes varient d’une manière insensible à travers des milliers de siècles. La vie de l’homme, et même la durée d’une succession de générations humaines poursuivant l’étude de ce problème, seraient trop courtes pour permettre d’assister à une transformation aussi importante.

Malheureusement, le principe de la sélection naturelle, si ingénieux qu’il soit, est loin de suflire pour donner l'explication de l’évolution des êtres. Darwin lui-même l’avait reconnu dans les dernières années de sa vie. D’autre part, Spencer a fait remarquer le premier que de très petits changements dans la forme d’un organe ne peuvent être d’aucune utilité à l’individu qui les présente, et, par suite, ne peuvent jouer un rôle important dans la sélection.

La sélection naturelle, il faut bien le reconnaître, est impuissante à expliquer l’origine des espèces, et aucune des expériences connues n'en démontre l’exactitude.

En somme, comme disait Blainville, «les théories passent et les faits restent ». Au sujet du transformisme, nous voyons bien passer les théories, mais quels sont les faits positifs expérimentaux qui subsistent pour en démontrer directement la réalité?

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