La Flore des cavernes
Abordons maintenant l’étude de la Flore.
On ne s’attend pas à trouver dans l’obscurité complète des plantes de toutes sortes étalant leurs feuilles et leurs fleurs.
Mais un groupe physiologique de végétaux semble tout désigné pour occuper les parois des grottes sans lumière : ce sont ceux qui semblent n’en avoir aucun besoin, ce sont les végétaux privés de cette matière verte ou chlorophylle qui assimile le carbone extrait du gaz carbonique de l’air, sous l'influence de la lumière.
Les végétaux sans chlorophylle, et en particulier les Champignons, se cultivent très bien à l’obscurité, dans des caves absolument noires, dans des carrières obscures, à condition qu’on leur fournisse de la matière organique. C’est ainsi, comme on sait, que se cultive sur du fumier le Champignon de couche qui sert à l’alimentation.
Encore faut-il cette substance organique pour nourrir les végétaux sans chlorophylle et, dans les cavernes, nous avons vu qu’elle ne peut venir que du dehors.
C’est, comme je l’ai dit plus haut, Scopoli qui, en 1772, a décrit les premiers végétaux trouvés par lui dans les grottes de Carniole; ces végétaux étaient des Champignons. Le naturaliste italien se montra, dès l’abord, frappé de leur aspect singulier et de leurs déformations variées.
LA FLORE DES CAVERNES
« La végétation souterraine, dit-il, prend la forme des lithophytes et des coraux du fond de la mer ; mais ces formes inconstantes se transforment à l’infini. »
Cette phrase montre que Scopoli considérait déjà ces Champignons bizarres des cavernes plütôt comme dus à des modifications des Champignons croissant à la lumière que comme des espèces spéciales.
Il se produit donc des modifications, si l’on maintient pendant longtemps, avec un substratum nutritif convenable, la même espèce de Champignon dans une obscurité complète? Comment cela se fait-il, puisque ces végétaux n’ont pas besoin de lumière?
Cela prouve justement que, contrairement à l’idée préconçue des physiologistes, il faut de la lumière, dans une certaine mesure, aux végétaux cavernicoles. Us n’en ont pas besoin pour assimiler, puisqu’ils sont privés de chlorophylle; toutefois, la lumière leur est cependant nécessaire, non pour vivre ni même pour se propager par simple multiplication pendant un certain temps, mais pour se reproduire et pour s’installer définitivement sur le sol où ils se trouvent.
C’est ce qui résulte des très nombreuses observations et des expériences faites par Jacques Maheu, qui vient de publier, en 1906, un travail considérable sur la flore souterraine de la France, dont il a exploré lui-même toutes les cavernes, toutes les grottes et tous les gouffres, depuis de nombreuses années.
Maheu a décrit tous les végétaux qu’il a rencontrés dans le monde souterrain, depuis les entrées