CHAPITRE VII
LES MORÉES
Caractères, — Mûrier noir et Mûrier blane. — Le Figuier. — L'Aïbre à la vache : Observations de M. Boussingault et de M. Marcoy.
Le type de cette famille est le Müûrier (Horus), qui lui a donné son nom.
Les Morées sont des arbres ou arbrisseaux, quelquefois grimpants, qui contiennent un suc laiteux, peu abondant et presque incolore chez les uns, très copieux chez les autres, âcre et corrosif chez la plupart. Les feuilles sont alternes. La fleur, d’abord pénétrée d’un suc âcre, acquiert à la maturité des propriétés tout opposées. Le mucilage et le sucre s’y développent dans les proportions telles, que le fruit devient un aliment très nourrissant ou un médicament rafraichissant.
On compte plusieurs espèces de Müriers, dont il faut citer ici les plus intéressantes. Le Mürier noir, originaire de la Perse, est cultivé en Europe depuis les temps les plus reculés. Son fruit drupacé est formé par des fleurs resserrées en épi, et doit en grande partie sa saveur acidulo-sucrée aux calices devenus succulents. Ses feuilles peuvent nourrir le ver à soie; mais cette précieuse propriété appartient surtout au Würier blanc, qui vient de la Chine, ainsi que le Bombyx. La culture du Mürier blanc a passé de Chine en Perse, de Perse à Constantinople, sous le règne de Justinien; puis en Espagne, plus tard en Sicile et dans la Calabre; enfin, à la suite des guerres
que les Français soutinrent en [italie pour la conquête du royaume de Naples, l'arbre et l’insecte qui s’en nourrit furent introduits dans le midi de la France, où ils sont aujourd’hui naturalisés.
Les Figuiers sont des arbres ou des arbrisseaux grimpants, dont la principale espèce est pour nous le Ficus carica, propre à la région méditerranéenne, où il croît presque spontanément. Les feuilles varient de forme sur le même individu; elles présentent ordinairement de trois à sept lobes inégaux et obtus. Les fleurs sont placées sur les parois internes d’un réceptacle commun, percé à son sommet d’une petite ouverture que protésent un grand nombre de bractées imbriquées. Nous avons dit dans nos Définitions ce qu'est la figue. L’écorce du Ficus carica laisse découler par incision un suc laiteux contenant une notable quantité de caoutchouc. Les figues sont l’objet d'un commerce considérable.
Sous le nom de Figuiers-Sycomores, Gameron parle de trois arbres qui étaient si gros, que son camp fut établi sous la puissante ramée d’un de ces colosses et que plus de cinq cents hommes s’y trouvèrent abrilés.
Les Fiquiers des banians (F. indica), le Fiquier des pagodes (F. religiosa) sont des arbres des régions tropicales et que lon peut considérer comme de véritables curiosités. Très grands et toujours verts, ils sont pourvus de racines adventives qui descendent verticalement des rameaux vers le sol, s’y implantent et forment des arcades qui se propagent de tous côtés à de grandes distances du sol. Ces racines en grossissant forment aulant de troncs; et dans les intervalles de ces colonnes naturelles les Indiens élévent de petites pagodes. Le fameux Figuier de Narbuddah occupe une surface de pius de deux mille pieds de circonférence, sur laquelle on compte trois cent vingt colonnes provenant de racines adventives.
Appartenant à la mème famille que le Mürier et le Figuier, le Galactodendron ulile, ou Arbre à la Vache, ou Sandi, a fait
‘AUMORKRONXS-UAINDIA A1
beaucoup parler de lui depuis quelque temps, à cause du liquide blanc qu'il fournit, et qui rappelle le lait, exactement selon les uns, de très loin suivant M. Paul Marco.
Répétons d’abord le bien qu’on en a dit, et qui vient surtout de M. Boussingault. |
L’Arbre à la vache croît dans les régions chaudesde l’Amérique. Il atteint une hauteur de quinze à vingt mètres. Les feuilles sont oblongues, alternes, terminées par des pointes coriaces. Lorsqu'on pratique une incision sur le tronc, il en sort un liquide blanc, visqueux, d’une saveur agréable.
Lors de son voyage en Amérique, en 1828, M. Boussingault fit l’analyse de cette substance et y trouva les mêmes éléments que dans le lait de vache, et en même temps une quantité de cire qui formait la moitié du poids de la sève.
C’est dans le versant de la chaîne entière du Vénézuéla que l'illustre voyageur vit pour la première fois l’Arbre à la vache. Pendant son séjour dans la petite ville de Maracay, près du lac de Tacarigua, dont il voulait fixer la position géographique, les Indiens lui apportaient chaque jour du lait végétal, et pendant plus d’un an il en consomma, le mélangeant à du café ou du chocolat.
Dans une autre circonstance, vers la fin de la guerre de lindépendance américaine, à laquelle M. Boussingault prenait une si glorieuse part, il rencontra des soldats qui portaient des bidons. Comme il se trouvait dans le voisinage du torrent de Naguanagua, il supposa que ces hommes allaient chercher de l’eau ; mais, les ayant vu passer le torrent sans s’arrêter, il leur demanda où ils se rendaient. Un des soldats répondit qu'ils allaient {raire l'arbre; M. Boussingault les suivit.
Après s'être élevés de cinq à six cents mètres, on arriva au milieu d’une forêt où abondaient de magnifiques Galactodendrons, dont les racines rampantes couvraient la surface du sol. Les soldats pratiquèrent, à coups de sabre, de nombreuses incisions à plusieurs de ces arbres pour en faire jaïllir du lait. En
FRITES 2/4 NN \ LENS Or