CHAPITRE II
LE CHANVRE
Pays producteurs du Chanvre. — Récolte. — Le rouissage; ses inconvénients. Le feillage et le broyage. — Le Chanvre d’Asic.
Le Chanvre, ainsi que le Houblon, fait partie de la famille des Cannabinées. C’est une herbe annuelle, dont les feuilles inférieures sont opposées ; les supérieures, alternes. Indigène de l'Asie du milieu, elle est cultivée depuis un temps immémorial en Europe, comme une plante textile des plus importantes.
Le Chanvre est dioïque, et le pied femelle est beaucoup plus long et persistant que l'individu mâle. « Cette différence dans la nature et la grosseur des tiges est telle, dit le Dictionnaire d'Histoire Naturelle de Charles d’Orbigny, que les habitants des campagnes donnent le nom de Chanvre mâle à l’individu femelle, en raison du préjugé qui attribue au sexe masculin la supériorité et la force. » Les fleurs mâles se présentent en grappes; les pistillées, en épi. Le périanthe, herbacé dans les premières, a cinq sépales, opposés aux cinq étamines. Dans les secondes, le périanthe est monosépale, urcéolé, bractériforme, membraneux et enveloppant étroitement l'ovaire. Cet ovaire est libre, sub-globuleux ; le style, court; les stigmates sont allongés et pubescents. Le fruit est un caryopse.
En France, la culture du Chanvre est fort étendue, dans la Champagne, la Picardie, la Touraine, l’Alsace, la Bretagne. Pourtant nous sommes encore obligés de faire venir de la
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filasse de la Russie, de l'Allemagne, de l'Italie et de l'Amérique.
La recolte du Chanvre mâle, dont la végétation est de trois ou de quatre mois, se fait en juillet et en août. On l’arrache brin à brin ; puis on le met sécher au soleil en petites bottes verticales. Un ou deux mois après, on arrache le Chanvre femelle
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et on en retire la graine, qu’on essuie et qu’on met en tonneaux ou en sacs.
Lorsque le Chanvre est sec, on lui fait subir l'opération du rouissage, qui est une vraie fermentation et qui a pour but la séparation des fibres ligneuses.
A cause du principe narcotique contenu dans toutes ses parties, et quitue infailliblement tous les poissons, le chanvre
doit être roui, c’est-à-dire immergé, dans les eaux stagnantes : ce qui occasionne de graves inconvénients pour les hommes et pour les animaux, par les exhalaisons méphitiques quis’exhalent de ces marais. Le rouissage sur le pré dans la rosée, qui a le défaut d’être plus long, puisqu'il dure un mois au lieu d’une semaine ou deux, ne jiseuie aucun danger, et devrait être adopté dans tous les pays à Chanvre.
Dès que le rouissage est terminé, on ramasse le Chanvre, on le fait rapidement sécher, el l’on en sépare la filasse au moyen du feillage ou travail à la main, et du broyage, ou travail par les machines. En Champagne et en Bourgogne, le teillage, qui donne une filasse plus longue et plus belle, occupe les ouvriers de ferme pendant l'hiver. En Picardie, dans l’Anjou, on emploie de préférence les machines.
La préparation de la filasse est très malsaine, à cause de la poussière qui s’en dégage.
La graine ou chènevis est très aimée des oiseaux, et les fermières prétendent qu’elle fait pondre les poules en hiver. Elle donne une excellente huile à brüler, bonne aussi pour la peinture et la fabrication du savon noir. Le marc qui reste après l'extraction de l’huile sert à engraisser les porcs.
Le Chanvre prend dans les Indes orientales des dimensions considérables et des propriétés particulières, dues au développement des glandes oléo-résinifères existant sur les inflorescences femelles de la plante et donnant une exsudation extrèmement abondante.
On forme, de la résine recueillie, des masses globuleuses qui
n'arrivent pas dans notre commerce, mais qui sont consommées sur place.
Cest qu’en effet elles font la base d’un certain nombre de préparations narcotiques ou enivrantes, dont la plus connue est le haschich et que les Orientaux recherchent avec avidité, pour se donner un avant-goûtdes joies du paradis de Mahomet.