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La Terre, description des phénomènes de la vie du globe

« Les côtes qui entourent la mer des Antilles et le golfe du Mexique, de même que es rives atlantiques de l'Amérique du Nord, de la pointe de la Floride à l’entrée de la Chesapeake, sont bordées d’un très grand nombre de marécages marins formant une série continue sur des centaines et des milliers de kilomètres de longueur. Dans cette immense série de marais côtiers, on peut observer tous les genres de végétation qui marchent à la conquête de la vase et de l’eau pour les transformer en terre ferme. Au sud, sur les rivages de la Colombie et de l'Amérique centrale, ce sont les Mangliers, les Palétuviers et autres arbres d'espèces analogues qui plongent dans la boue les pointes terminales de leurs racines aériennes entrecroisées en arcades et qui retiennent tous les débris de plantes et d'animaux sous l’inextricable lacis de leurs échafaudages naturels. Sur le littoral du golfe du Mexique, en Louisiane, dans la Géorgie, dans la Floride, s'étendent les € cyprières » (cypress-swamps) ou forêts de Cyprès (Cupressus disticha), ces arbres étranges dont les racines, enfouies en entier, projettent au-dessus de la couche d’eau qui recouvre le sol des multitudes de petits cônes chargés d’absorber l'air. Sur des millions d'hectares, presque toute la zone marécageuse n’est qu'une immense cyprière aux arbres presque dégarnis de feuilles et laissant flotter au vent leurs longues chevelures de mousse; çà et là les arbres et le sol boueux font place à des baies, à des lacs, ou bien à des prairies tremblantes formées d'un tapis d’herbages reposant sur un sol toujours fangeux ou même sur des eaux cachées. Au Brésil, où ces couches élastiques de plantes se rencontrent fréquemment, on leur donne le nom significatif de tremendal; en Irlande, ce sont les shaking-bogs. Le moindre mouvement du voyageur qui s’y risque fait trembler le sol à plusieurs mètres de distance.

« Au nord de la Floride, dans les Carolines et la Virginie, la zone des cyprières se continue; mais, par suite du changement de climat et de végétation, Îes prairies tremblantes se

LES SPHAIGNES. 153 transforment graduellement en tourbières. L'évaporation étant beaucoup moins active dans ces contrées que dans les pays situés plus au sud, et les sécheresses y étant beaucoup moins prolongées, l’eau de pluie et l’inondation séjournent, comme dans les pores d’une immense éponge, dans tous les interstices de la masse enchevêtrée des Mousses, des Sphaignes, des Conerves et autres plantes aquatiques. Le marais tout entier se gonfle vers le centre, parce que les gouttelettes, divisées par les innombrables tiges, ne peuvent s’épancher latéralement et sont attirées par la capillarité dans les nouvelles couches de plantes qui se forment au-dessus des plus anciennes. La surface du marécage est incessamment rajeunie par un tapis d'herbes verdoyantes, tandis que dans les profondeurs les plantes mortes et privées d'air se carbonisent lentement dans l'humidité qui les entoure : ce sont des lits de tourbe qui se forment sur le sol comme se sont formées les couches de

. houille dans les époques géologiques antérieures. »

On désigne sous le nomde Wines de Cèdresdes marais voisins du cap May, dans le New-Jersey (Amérique du Nord), pleins d’une vase tourbeuse et noire où sont enfouis des troncs immenses de Cèdres blancs à des profondeurs variant de trois à dix pieds. Ces troncs, entassés les uns sur les autres, proviennent évidemment de forêts qui se sont succédé en ces lieux, où, encore aujourd’hui, croissent des arbres semblables à ceux qui sont embourbés dans la vase.

Il y a là des trésors que les Américains ne laissent point sommeiller et dont ils tirent au contraire grand profit. Des hommes fouillent, avec une longue barre de fer, dans la tourbe et dans l’eau, et quand ils ont mis la gaffe sur un tronc, ils savent bien vite, après quelques sondages préliminaires, où est la souche et quelle est son épaisseur; puis, à la simple odeur d’un morceau de bois, ils décident s’il faut enlever l’arbre ou le laisser en place; ils reconnaissent si le cèdre est tombé de vieillesse sous le souffle d’un faible vent, ou en pleine jeunesse,

et conservé alors parfaitement sain par les qualités antiseptiques du marais où il plonge.

Dans ce dernier cas, les ouvriers éloignent la vase qui l’entoure; à cette vase succède de l’eau, et l'arbre se met à flotter; alors on le scie en segments réguliers. Tel cèdre ainsi tiré du marais a donné jusqu’à 10 000 bardeaux valant 20 dollars ou : 100 francs le mille.

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