CHAPITRE IV
L’ÉRYTHROXYLON COCA
Les Erythroxylées. — Les feuilles de Coca. — Usage qu'en faisaient les Incas. Culture de la Coca. — Ses propriétés stimulantes.
Cette plante donne son nom à la famille des Érythroxylées, qui se compose d'arbres ou d’arbrisseaux à rameaux aplatis ou comprimés au sommet dans le jeune âge, à feuilles alternes, à fleurs régulières dont le calice est persistant et les pétales au nombre de cinq. Dix élamines sont inséréessur leréceptacle. L'ovaire est libre, à deux ou trois loges. Le fruit est une drupe ovoide anguleuse.
Les Érythroxylées habitent la région intertropicale de l’ancien et du nouveau continent.
Ce sont les feuilles de la Coca qui sont intéressantes, et nous allons dire un mot de l’usage qu’on en fait au Pérou.
L'emploi de la feuille de Coca comme masticatoire parait remonter au temps des premiers Incas, et on la réservait alors aux solennités du culte et à l'usage du monarque; aucun autre mortel n’en devait porter à sa bouche, à moins que par ses services il ne se fût rendu digne de partager cet honneur avec son souverain.
Les points de l'empire péruvien où la plante pouvait se multiplier étaient alors en petit nombre; mais à mesure que le territoire s’étendit par de nouvelles conquêtes, les plantations
se répandirent, et, les Incas renonçant à leur privilège, l'usage:
L'ÉRYTHROXYLON COCA. 175 de la Coca finit par devenir général, tellement, qu'au moment de l’invasion espagnole les Péruviens se servaient habituellement de cette denrée comme de moyen d'échange, en guise de monnaie.
La culture de l'Erythroæylon coca, telle qu’on la pratique aujourd’hui en Bolivie, ne paraît pas diflérer de celle qu’on lui
appliquait avant la conquête. La province des Yungas de la Paz
en nourrit des plantations considérables. Tous les versants des montagnes, au-dessous d’une hauteur de 2200 mètres, en sont littéralement couverts, et le voyageur y rencontre à tout moment des haciendas où se prépare la feuille pour être livrée au commerce.
L’arbrisseau de la Coca se propage par semis. A cet effet, les graines, dès leur récolte, sont répandues à la surface du sol meuble et fréquemment arrosé d’une petite pépinière, où elles lèvent ordinairement au bout de dix à quinze jours. Les arrosements sont continués, et si le soleil frappe trop violemment les jeunes plantes, on les abrite sous des nattes.
L'année suivante, les arbrisseaux, hauts déjà de 40 à 50 centimètres, sont mis en place dans un terrain spécialement préparé à cet effet, auquel on donne le nom de cocal (cocalier).
Au bout d’un an et demile plant donne sa première récolte, et continue de produire jusqu'à l’âge de quarante ans et plus; on cite mème des cocaliers dont les plants ont près de cent ans d'existence. L'âge auquel la plante donne le plus de feuilles paraît être de trois à six ans. Quand les arbrisseaux s’élèvent trop, leur produit est moindre que lorsqu'ils s’étalent ; aussi les taille-t-on quelquefois. La hauteur moyenne de la plante sauvage paraît être d’environ deux mètres, mais celle qu’on lui laisse atteindre dans les cultures n’est en général que de un mètre. |
La récolte des feuilles de l’'Érythroxylon se fait, à peu de chose près, de la même façon que celle du thé. Ce sont des femmes et des enfants que l’on charge de ce travail, rendu facile
d’ailleurs par la présence de petits murs qui séparent les sillons des cocaliers. Les cueilleurs s’y accroupissent, et après avoir assujetti d’une main le rameau qu’ils veulent dépouiller, ils en enlévent de l’autre toutes les feuilles, et souvent une à une, de manière à ménager le plus possible le reste de l’arbrisseau. Elles sont déposées, au fur et à mesure, dans une pièce d’étoffe que chaque Indienne porte avec elle, et on les réunit ensuite dans des sacs pour les enlever de la plantation.
On porte les feuilles directement du cocalier à l’usine, où on les étend au grand soleil dans de petites cours destinées -à cette opération et dont le sol est formé de dalles de schiste noir. Si le temps est beau, on les y laisse jusqu’à leur complète dessiccation, qui a lieu sans que leur forme en soit altérée. Elles sont ensuite emballées, fortement pressées, dans des sacs formés de gaines de feuilles de bananier et fortifiés par une enveloppe extérieure de gros canevas de laine.
Les feuilles de l’'Erythroxylon se rapprochent, par la forme et par la grandeur, de celles du thé; mais elles n’ont jamais de dentelures et, vues en dessous, elles présentent, de chaque côté de leur nervure moyenne, une ligue saillante et arquée qui permet de les distinguer. Lorsqu’elles ont été bien desséchées, elles sont d’un vert très pâle : leur odeur est alors assez agréable et analogue à celle du thé. Quand, au contraire, la Coca a été séchée moins parfaitement, cel arome agréable se perçoit à peine, ou bien il se trouve dominé par une odeur piquante qui rappelle l’haleine abominable des mâcheurs de Coca.
On attribue à la Coca la propriété bienfaisante de soutenir les forces de gens qui, comme les Indiens, n’ont pas toujours leurs aliments aux moments voulus. Elle produit certainement une excitation semblable à celle occasionnée par le thé ou par le café. La droguisterie chez nous commence à s’en emparer.