CHAPITRE PREMIER
Forme et situation. — Afrique australe; — Afrique orientale. — Afrique
occidentale.
orme et situation. — L'Afrique, rattachée à rancien continent par un isthme étroit et sablonneux, est une immense presqu'île de forme presque triangulaire dont les côtes ne présentent pas les découpures profondes et multipliées qu'on rencontre sur celles de l'Europe et de l'Asie. Les principales chaînesde montagnessont au nord le mont Atlas, à l'ouest les monts Kong, aux pieds desquels s'étendent les plaines marécageuses du Sénégal et de la Guinée, à l'est les montagnes d'Abyssinie, et les monts Kenia, qui, malgré la proximité de réquateur, sont couverts déneiges éternelles. Le continent africain est arrosé par des fleuves immenses, parmi lesquels on distingue le Nil qui se jette dans la Méditerranée, le Sénégal, la Gambie, le Niger, le Congo et le fleuve Orange, qui apportent leurs eaux à l'océan Atlanlique, enfin sur la côte orientale, le Zambèze qui se déverse dans l'océan Indien, en face de Madagascar. L'intérieur de l'Afrique renferme plusieurs lacs immenses, découverts depuis peu d'années, et dont la configuration n'est pas encore déterminée d'une manière positive (fig. 187). La population de l'Afrique est répandue sur deux contrées bien dis-
tinctes séparées par l'immense désert du Sahara. La partie septentrionale, que baignent la Méditerranée et la mer Rouge, comprend la région dii Nil et celle du mont Atlas. On pourrait la nommer Afrique historique, puisque les peuples qui s'y sont succédés appartiennent par leur passé à l'histoire générale du monde et ont fourni leur contingent au développement artistique de l'humanité. L'Afrique centrale et méridionale, celle qui s'étend au sud dn grand
Fig. 187. — AMqn«.
désert et qui est baignée à la fois' par l'océan Atlantique et par l'océan Pacifique, est une contrée beaucoup plus vaste que la précédente : on la désigne sous le nom d'Afrique noire à cause des peuples qui l'habitent et qui presque tous appartiennent à la race nègre. Jusqu'à ce jour, on n'a rien trouvé chez ces populations qui puisse témoigner d'une aptitude artistique quelconque. — Ceux qui habitent dans le voisinage d'endroits plus civilisés ou qui sont en contact par le commerce avec les
peuples de race blanche, sont généralement un peu moins sauvages que les autres, mais les objets qu'on trouve chez eux ont presque toujours été importés par les caravanes.
Les nègres peuvent, malgré leur laideur physique, être interprétés parl'art d'une façon pittoresque, mais il est rare que les peintres les montrent isolément. Dans la plupart des tableaux, leur présence nnit seulement du besoin d'introduire de la variété dans la coloration des
Fig. ISS, — Une négresse. (Buste de Cordier.]
chairs. La sculpture polychrome en a aussi donné quelquefois des représentations assez heureuses (fig. 188).
Afiique australe. — La colonie anglaise du Cap occupe l'cxtrémile méridionale de l'Afrique. Toute celte région est formée par une succession de terrasses qui s'inclinent dans la direction de la mer.
BLa ville du Cap (40,000 hab.), chef-lieu de la colonie, est un point de relâche très important pour les navires qui passent de l'océan Atlantique dans la mer des Indes. Cette ville, d'un aspect tout hollandais, qui fait songer à ses premiers habibuts, est propre, régulièrement bâtie, et possède un certain nombre d'édifices, de promenades et de jardins publics. Le climat y est très
salubre. En dehors de la yille, les habitations des colons sont le plus souvent dispersées dans la campagne ; leurs propriétaires étant encore plus pasteurs qu'agriculteurs ont besoin d'espaces immenses pour leurs troupeaux. Partout les pâturages priment dans des proportions énormes les terres cultivées.
Immédiatement au nord du fleuve Orange, qui limite la colonie du . Cap, on trouve une population de métis issus d'Européens et d'Africains, et un État indépendant, formé par les Bœrs, paysans hollandais qui ont voulu se soustraire à la domination anglaise. Le pays des Holtentots s'étend du côté de l'Atlantique. Ces nègres sont remarquables par leurs lèvres épaisses, leur nez écrasé ; la saillie de leurs pommettes est très prononcée. Quant à leurs compagnes, le spécimen que Ton peut voir au Muséum d'histoire naturelle du Jardin des plantes nous permet de faire suffisamment connaissance avec elles. Les Hottentots passent pour doux et humains; mais leur inintelligence jointe à leur apathie naturelle les rend incapables de la moindre éducation. Leurs habitations sont faites de pieux plantés en terre, joints ensemble et couverts de peaux de bêtes ou de nattes.
Le territoire des Cafres s'étend le long de la mer des Indes, au nordest de la colonie du Cap. Les Anglais possèdent dans cette contrée la colonie de Natal) qui appartenait autrefois aux Hollandais. C'est à la race guerrière des Cafres qu'appartiennent les Zoulous, dont le nom a eu naguère un certain retentissement. Les villages des Cafres sont défendus à l'aide d'une enceinte faite de pierres accumulées que surmontent des palissades ; les portes de cette enceinte sont formées par d'étroits couloirs pénétrant obliquement dans l'épaisseur des murs. On peut voir là un semblant d'architecture militaire.
A l'intérieur du village, les huttes, en forme de ruches, sont disposées dans un ordre régulier. Celle du chef se distingue par sa taille et par sa position au centre du village. La nuit, les bestiaux sont parqués autour des huttes dans l'intérieur de l'enceinte, car les Cafres sont pasteurs. Leurs armes, les seuls objets qu'ils fassent, sont la lance, Fazagaie, le casse-tête, l'arc et les flèches : ils ont aussi des boucliers faits de peau de bœuf, et derrière lesquels on trouve une gaîne, par où les guerriers font passer un long bâton surmonté d'une touffe de plumes noires (fig. 189). C'est ainsi que les Cafres sont représentés dans la galerie ethnographique du musée d'artillerie : mais ils commencent à se servir de fusils, et il est probable qu'avant peu le modèle que présente le musée n'aura plus que la valeur d'un document historique.
La partie centrale de l'Afrique du Sud qu'a habitée Livingstone est peuplée par des tribus qui semblent être un intermédiaire entre les Hottentots et les Cafres, mais qui sont inférieures à ces derniers sous le rapport du développement intellectuel. Ces sauvages ont un peu plus
d'industrie que les Hottentots et font certaines poteries dans lesquelles ils conservent du laitage. Leurs habitations sont des huttes de forme ronde romme celles des Cafres, et il paraît que cette forme traditionnelle est aussi instinctive chez eux que celle des nids pour les oiseaux. 11 parait même difGcile aux Européens de les employer comme ouvriers dans des constructions d'un autre ^enre. « Non pas, dit Livingfstone qu'ils soient
Fig. 189. — Nègre du Gabon. — CalTra. — Sakalave do Madagascar.
(D'après les modèle» de la galerie ethnographique, au musée d'ariilterie.)
paresseux, ils travailleraient au contraire pour qui voudrait les payer, mais ils sont incapables de rien faire carrément. De trois grandes mai- -sons que j'ai bâties à différentes époques, il m'a fallu poser moi-même les briques et toutes les pièces de bois, pour qu'elles fussent placées d'équerre. »
Les tribus appartenant h cette race occupent toute la côte orientale de IWfrique, depuis la colonie du Cap jusqu'à l'équateur, mais en beaucoup
d'endroits elles sont mêlées soit à des colons européens, comme sur la côte de Mozambique, soit à des Arabes, comme sur la côte de Zanguebar.
En face la côte de Mozambique, habitée par les €afres, se trouve Tîle de Madagascar, la plus grande île de l'Afrique. Cette île, très montueuse, est habitée par diverses races où l'on croit reconnaître un mélange de sang nègre et malais. Sur la figure 189 on voit un Sakalave, indigène de la côte ouest de Madagascar. Le fusil qu'il tient en main est une importation d'Europe ; le petit ornement en coquille qu'on voit sur son front indique un chef de tribu, et il porte au cou une amulette faite d'une dent de cachalot dans laquelle est une relique de quelque ancêtre fameux.
Près de Madagascar, mais du côté de l'océan Indien, on trouve l'île de la Réunion, colonie française assez importante^ et l'île Maurice,
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Fig. 190. — Ho de la Réunion ot llo Maurice.
autrefois île de France, colonie anglaise qui nous a appartenu et que le roman de Paul et Virginie a rendue célèbre. Aucun artiste n'a encore été tenté de traduire d'après nature les beaux paysages dont Bernardin de Saint-Pierre a donné de si jolies descriptions (fig. 190).
Afrique orientale. — Au-dessus de la côte de Mozambique s'étend le Zanguebar, où les Arabes commencent à se mêler aux Nègres. L'île de Zanzibar, qui depuis quelques années a pris une assez grande importance commerciale, est la résidence de l'iman de Mascate, dont la domination s'étend sur une partie de la côte. La figure 192 montre un Arabe de Zanzibar. Il porte une longue chemise blanche enveloppée dans un caftan de drap, un turban et une ceinture où sont ses armes. Le petit bouclier qui lui sert d'arme défensive est fait de peau de rhinocéros.
En remontant au delà de l'équateur on trouve les Gallas, nègres belliqueux qui se tatouent le visage et savent travailler le fer. Celui que
représente la fig;ure 191 est un chef, dont l'insigne est une peau de panthère qu'il porte en bandeau sur la tète. Parmi ses armes on remarquera son épée, dont le manche en corne rappelle certaines formes égyptiennes. Il n'est pas rare de rencontrer parmi les peuplades sauvages qui bordent le Haut-Nil, certains objets, par exemple des instruments de musique, dont la forme générale n'est pas éloignée de celle
Kig. lOI. — Nubien. — Galla. — Nègre du Bertal.
'D'>prè< les modèles de la galerio ethnographiqoc, un musée d'artillerie.)
qu'on voit aux mêmes objets dans les peintures des tombeaux de l'ancienne Egypte.
L'Abvssinie est presque une contrée historique, puisqu'elle formait les confins de l'Ethiopie. On a même retrouvé près d'Axonon des ruines dont le stvie se rattache à l'époque pharaonique, ainsi que des inscriptions en caractères grecs et latins. Ce pays, qui paraît être arrivé à un certain degré de prospérité dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, est depuis^longiemps livré i une anarchie complète, qui le rend très
difficile à visiter pour les voyageurs européens. Quoique noirs, les Abyssins n'appartiennent pas à la race nègre, et ils ont même un type assez régulier.
La figure 191 montre un Nubien du Haut-Nil, dont le vêtement consiste en un caleçon, avec une ample pièce d'étoffe qu'il porte sur le bras, quand il ne veut pas s'en envelopper la poitrine. Le nègre du Bertat représenté sur la même figure porte un bonnet fait avec uae peau de singe, et son vêtement consiste en une peau de mouton noir ceinte autour des reins. Il appartient à une des tribus complètement sauvages qui sont disséminées dans les parties les plus ignorées de l'Afrique centrale.
AfMque occidentale. — Au sud du Sahara s^étend l'immense plaine
du Soudan qui couvre toute la partie centrale de l'Afrique, et dont la ville la plus importante parait être Tombouctou. Dans un rapport adressé au président de la République, à propos d'un projet de chemin de fer tendant à relier l'Algérie au Sénégal, le ministre disait, en parlant du Soudan, que c'était une contrée extrêmement peuplée et dont les habitants étaient dans un état de demi-civilisation. Ces habitants appartiennent à la race nègre, mais il y a parmi eux un certain nombre d'Arabes. Tombouctou^ qui n'est qu'une agglomération de villages, présente un peu la physionomie d'une ville arabe, bien que la population soit lîoire. Le Niger arrose Tombouctou, et, après avoir traversé une partie du Soudan, vase jeter dans le golfe de Guinée.
Les Français ont à l'embouchure du Sénégal un établissement dont Saint-Louis est le chef-lieu et qui parait appelé à une grande importance commerciale, mais l'insalubrité du climat empêchera toujours les colons de s'y établir en grand nombre. Un indigène du Sénégal est représenté sur la figure 192. Il est coiffé d'un chapeau de jonc tressé, surmonté d'une sorte de gerbe, et a pour vêtement une large dalmatique et une culotte dans le genre de celles dont nos zouaves ont emprunté la forme aux Arabes. La population de ces contrées comprend quelques Maures, des Arabes nomades et surtout des nègres. Le cap Vert, un peu au nord du Sénégal, forme la pointe la plus occidentale de l'Afrique. Près de là sont les îles du cap Vert, point de relâche pour les navires qui vont au Cap.
La Guinée, contrée humide et brûlante, borde sur une très grande étendue la côte occidentale de l'Afrique. On y trouve quelques comptoirs européens, mais peu ou point de colons, parce que l'insalubrité du climat s'y oppose. Les nègres qui habitent ce pays vivent dans un état voisin de l'animalité. Un indigène du Gabon, sur la côte de Guinée, est représenté sur la figure 1 89 d'après le modèle exposé dans la galerie ethnographique. Il tient une arbalète trouvée dans le pays, mais qui
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parait avoir été importée par les anciens Portugais, et son corps est ceial d'un pagne en peau de singe noir. Après la Guinée vient le Congo, qui nous ramène au pays des Hottentots. Celte côte, qui renferme quelipies établissements portugais, borde l'océan Atlantique, qui la sépare dtt Brésil.
L'archipel des Canaries, situé dans l'océan Atlantique, non loin de
Fig. 19t- — Arib« du Sud. — Arabe do Zanïilmr. — SdndgaUis.
(D'après Ici modèles de la gsterie etbnagrnphiqae, au musée d'artillerie.)
la côte du Sahara et de l'extrémité méridionale du Maroc, est célèbre par la douceur exceptionnelle de son climat. Ce groupe d'Iles était connu dans l'antiquité, et on croit que c'est à lui que les auteurs anciens foDt allusion lorsqu'ils parlent desiles des Bienheureux. Ces îles appartiennent à l'Espagne : la plus importante d'entre elles est Ténériffe, au centre de laquelle s'élève un pic volcanique d'une hauteur de 3,700 mètres. L'ile portugaise de Madère, si fameuse par ses vignobles, est située
UD peu plus au nord . On Tante beaucoup la beauté de ses paysages, mais aucun artiste ne nous en a encore montré une interprétation (fîg. 193).
Fig. 193. — IlesCanviOBet
Au milieu de l'océan Atlantique, il faut signaler, dans l'hémisphère boréal, les îles Açores, colonie portugaise, et dans l'hémisphère austral le rocher de Saint-Hélène, possession anglaise, célèbre pour avoir été lo lieu de détention de Napoléon.