‹ Le monde vu par les artistesChapitre 27 sur 59 · L*AS1E · texte numérisé non relu

L*AS1E

suis fait une solitude pour amuser mes loisirs et causer avec mes amis. Vingt arpents de terre ont suffi à mon dessein. Au milieu est une grande salle où j'ai rassemblé cinq mille volumes pour interroger la sagesse et converser avec Tantiquité. Du côté du midi on trouve ua salon au milieu des eaux qu'amène un petit ruisseau qui descend des collines de l'occident ; elles forment un bassin profond, d'où elles s'épandent en cinq branches, comme les gritTes d'un léopard, et, avec elles, des cygnes innombrables qui nagent et se jouent de tous côtés.

« Sur le bord de la première, qui se précipite de cascade en cascade, s'élève un rocher escarpé, dont la cime, recourbée et suspendue en trompe d'éléphant, soutient en l'air un. cabinet ouvert pour prendre le frais et voir les rubis dont l'aurore couronne le soleil à son lever.

« La seconde branche se divise, à quelques pas, en deux canaux, qui vont serpentant autour d'une galerie bordée d'une double terrasse en festons, dont les palissades de rosiers et de grenadiers forment le balcon. La branche de l'ouest se replie en arc vers le nord d'un portique isolé, où elle forme une petite île ; les rives de cette île sont couvertes de sable, de coquillages et de cailloux de diverses couleurs ; une partie est plantée d'arbres toujours verts, l'autre est ornée d'une cabane de chaume et de roseaux, comme celles des pêcheurs.

« Les deux autres branches semblent tour à tour se chercher et se fuir en suivant la pente d'une prairie émaillée de fleurs dont elles entretiennent la fraîcheur ; quelquefois elles sortent de leur lit pour former de petites nappes d'eau encadrées dans un tendre gazon ; puis elles quittent le niveau de la prairie et descendent dans des canaux étroits, où elles s'engouffrent et se brisent dans un labyrinthe de rochers qui leur disputent le passage, les font mugir et s'enfuir en écume et en ondes argentines dans les tortueux détours où ils les forcent d'entrer. »

La figure 292 représente un meuble laqué noir avec un dessin en relief doré, qui donne assez bien l'idée des pavillons chinois et de la position qu'ils occupent dans les jardins comme celui qui vient d'être décrit. Ce genre de décoration est très employé dans ces meubles grands et petits qui sont en usage dans les maisons chinoises. Voici du reste ce qu'en dit Albert Jacquemart dans son Histoire du mobilier : « Ce qu*ou rencontre le plus fréquemment, ce sont des cabinets à deux vantaux cachanide nombreux tiroirs : d^autresà étagères, dont les compartiments inégaux sont disposés avec la plus charmante fantaisie ; des sièges, des tabourets de support, des tables, des guéridons, des paravents et écrans de dimensions variées. Ordinairement ces meubles sont en laque noir décoré de reliefs d'or ; pourtant on en rencontre assez fréquemment d'une couleur rouge plus ou moins vive où les ornements sont ciselés et forment relief sur un fond guilloché. La Chine fournit ceux de couleur rouge-vermillon, à détails très fins, provenant du nord et qu'on appell«»

L'EMPJRE CHINOIS.

dans le commerce laques de Pékin, bien qu'en Chine on les désigne sous le nom de laques de Ti-tcheou. Ceux dont la teinte pâle se rapproche de la cire à cacbels sont les plus récents ; plus cette teinte s'assombrit, plus le meuble est ancien. Dans beaucoup d'étagères, le bâti et les panneaux

fig. J9Ï. — Laque

sont rouges et ciselés et les tablettes de dessus sont en laque noir et sr. »

Lesjonqueschinoisesontuneformeextrêmement gracieuse. Théophile Gautier donne la description suivante de celle qu'il a visitée à Londres, où elle avait été amenée pour l'Exposition universelle.

" Nous voici sur le pont. Les mâts sont au nombre de trois, et garnis de voiles composées de lames de bois agrafées à peu près comme celles . des jalousies et qu'on relève lorsqu'on veut prendre un ris ; les cordes et les agrès, extrêmement solides, sont en bambou. L'ancre et le gouvernail, qu'un mécanisme spécial fait plonge^ très profondement, sont en bois de fer. Sur le pont, une charmante pagode de trois ou quatre pieds de hauteur et très mignonnement travaillée forme l'habitacle de la boussole, que les Chinois ont connue bien des siècles avant nous. La

cabine du cook est significativement peinte de tableaux représentant des scènes culinaires et une foule de marmitons drolatiques occupés à la confection des mets.

« L'intérieur de la jonque n'est pas divisé en ponts comme nos vaisseaux, mais en compartiments qui ne communiquent pas entre eux et sont séparés par des cloisons solides. On y descend par des écoutilles, et ils appartiennent à des maîtres différents qui y serrent leurs marchandises et leurs vivres.

« A la poupe, qui porte sur son couronnement un gigantesque oiseau chimérique de la forme et de la couleur la plus extravagante, se trouve, dans un cabinet de laque, la chapelle de Bouddha ou de Fo, où trois magots dorés représentent la trinité chinoise. Des papiers de couleur et des allumettes aromatiques brûlaient devant les petites idoles au sourire narquois, et témoignaient de la part de Téquipage une piété non attiédie par le contact incrédule des barbares. Quant aux dieux, leur sourcil circonflexe, leur sourire équivoque et leur gros ventre leur donnaient un air sarcastique et peu révérencieux pour leurs adorateurs. La foi ne manquait pas au dévot, mais la conviction semblait manquer au fétiche. Peut-être les religions finiront-elles par Tincrédulité des dieux. »

L'art et Tindustrie. — Les annales du Céleste Empire disent que Yu. 2,200 ans avant notre ère, fit graver la carte des neuf provinces de la Chine sur neuf grands vases d'airain. Mais si la civilisation chinoise remonte à une très haute antiquité, Tarchitecture de ce pays offre peu de monuments anciens, par la raison qu'ils étaient le plus généralement construits en bois. La grande muraille^ qui s'étend sur une longueur de cinq à six cents pieds, est un gigantesque mur crénelé et flanqué de tours, dont l'élévation est de six à sept mètres et dont la largeur est telle que six cavaliers peuvent marcher de front sur le terrassement. Elle a été bâtie par Tsin-Hoang-Té, pour préserver la Chine des invasions des Mongols, deux siècles et demi avant notre ère.

Les édifices religieux sont extrêmement nombreux en Chine, comme on peut le voir dans le passage suivant, que nous extrayons d'un récit du père Hue :

« Les pagodes ou temples d'idoles sont, pour ainsi dire, semées dans l'empire chinois avec une profusion incroyable ; il n'est pas de village qui n'en possède plusieurs ; il y en a sur les chemins, au milieu des champs, partout. On dit communément que, dans la ville de Pékin et dans la banlieue, leur nombre s'élève jusqu'à dix mille. Il faut ajouter que la plupart de ces pagodes ne diffèrent pas beaucoup des autres édifices. Souvent ce ne sont que des espèces de chapelles, ou des niches renfermant quelque idole ou des vases à brûler des parfums. Cependant il y en a plusieurs qui sont d'une 'grandeur, d'une richesse et d'une

beauté dignes (inattention. On remarque surtout, à Pékin, les temples du Ciel et de la Terre, et, dans les provinces, plusieurs pagodes célèbres^ où les Chinois font des pèlerinages à certaines époques de Tannée. »

La construction chinoise élevée en 1878 dans le jardin du Trocadéro avait la disposition des pagodes bouddhistes, c'est-à-dire qu'elle présentait un quadrilatère ouvert sur l'une de ses faces et enveloppé de constructions sur les trois autres côtés. Seulement on avait placé un salon au fond, dans l'endroit même où doit se trouver l'image de Bouddha, tandis que le logement des bonzes, habituellement placé sur les côtés, était remplacé par des comptoirs de vente. Enfin, la porte d'entrée devait se trouver à l'intérieur et être extérieurement masquée par un mur, car rentrée de l'enceinte sacrée d'un temple chinois n'est jamais directe.

« Nous avons été fort séduits, dit un architecte écrivain, M. PaulSédille, par certains côtés de cette architecture sûre d'elle-même dans ses apparentes bizarreries. Bien coiffée de toitures mouvementées, elle semble, par un sentiment de coquetterie savante, retrousser les saillies angulaires de ces toits pour laisser voir la richesse prodiguée dans ses corniches. La multiplicité de leurs détails sculptés disparait dans une chaude coloration d'or et de vermillon, rayée par les dessous bleus ou verts du chevronnage recourbé. D'ailleurs ces tons incidents disparaissent dans la masse dominante du rouge et de l'or et n'en troublent pas la calme et çiche harmonie. »

La plupart des pagodes chinoises sont consacrées à Bouddha, divinité dont le culte a pris naissance en Inde, mais s'est développé dans l'extrême Orient. La figure 293 représente un Bouddha portant au milieu

Fig. 293. Fig. 294.

Bouddha.

de sa poitrine nue la mystérieuse fleur et, sur la figure 294, on voit la même divinité portant un grand collier et sur la tête la tresse des pénitents.

Le mobilier des pagodes se compose en général de vases et de flam-

beaux d'aulel. A. Jacquemart dccril ainsi les différentes formes de vases destinés au culte. << Le vase yeou, dit-il, doit se suspendre par une anse sur l'autel afin que le sacrifieateur puisse épanclier sa liqueur briUante dans la coupe servant aux libations. Les tiivjs ((ig. 203), destinés les uns à contenir du vin chaud, les autres à brûler des parfums, offrent une variété d'autant plus grande que la règle les divise en deux classes : ceux de ta première, circulaires ou ovales et portés sur trois pieds, consacrés aux sacrifices de premier ordre, s'adressent aux plus hauts dignitaires

Fig. 39S. — TiDg de la pâriode dea

de l'État ; ceux de la seconde, toujours rectangulaires et à quatre pieds, restent bornés au culte des choses inférieures et s'adressent aux fonctionnaires de rang moyen. »

Le flambeau d'autel en bois laqué que nous montre la figure 296 est un exemple frappant de l'ingéniosité des artistes chinois. Des cordons bouclés et des éventails ouverts font à peu près tous les frais de sa composition. Et cependant il est charmant comme silhouette et comme décoration. Il est difficile de produire, avec des moyens plus simples, des combinaisons plus riches et plus élégantes.

La Chine n'a pas à proprement parler de statuaire, au moins dans le sens que dous attribuons à ce mot. Le sentiment de la beauté dans la forme n'existe pas dans cet art où la figure humaine n'apparaît que

Fis. !M- — FUmbeau d'tutel en bois laqua. (Chine.)

comme caprice ornemental, au même titre que les animaux ou les fleurs. Le nu ne se montre guère que sous une forme que nous appellerions volontiers caricaturale : un ventre énorme et sillonne de gros plis sur la peau, des membres grêles, ou reuHés par des courbures disgracieuses, qui blessent à la fois le goût et l'anatomie. Il ne faudrait pas en conclure

ïuî. — Va»^ do bronze.

toutefois que les artistes chinois ne sachent pas, à leur heure, trouTcr une véritable élégance. Ils en usent rarement dans la représentation de la figure humaine, mais il n'en est pas de même dans celle des animaux et des fleurs.

Parmi lesindustriesquïse rattachent à la sculpture, la fabrication dus bronzes (fig. 297) est celle qui doit tout d'abord fixer notre attention. Si

nous en croyons A. Jacquemart, un peu suspect de complaisance, il est yrai, lorsqu'il s'agit de l'antiquité de l'industrie chinoise, lesprocédéspour la fonte des métaux auraient été pratiqués très anciennement en Chine avec une perfection remarquable. « En Chine, dit-il dans son Histoire du mobilier^ l'art de fondre les métaux est arrivé à toute sa perfection sous la seconde dynastie, celle des Chang, c'est-à-dire, vers l'an 1766 avant notre ère. Il y a certes des monuments antérieurs, mais c'est sous les Chang que les vases destinés au culte se manifestent sous les formes les plus intéressantes et accompagnés souvent d'une inscription dont la formule équivaut à une date... Dès les premières manifestations de la civilisation orientale, la recherche des formes, leur ornementation, suivent en Chine une progression rationnelle ; les coupes élégantes se montrent complétées par des appendices bien pondérés, où la convenance s'unit à la richesse. Le symbolisme s'affirme par des tètes singulières tenant le milieu entre la tête réelle de la tortue et des conceptions chimériques; on voit aussi l'insecte, figure bizarre, ébauche animale inspirée par le têtard et servant à montrer la nature opérant Tenfantement des êtres. Puis, comme pour mieux démontrer cette loi qui veut que tous les peuples au même point de civilisation passent par les mêmes idées, le fond général de l'ornementation est composé de ces flgures géométriques dites grecques ou méandres, et qu'on retrouve également sur les vases antiques de l'Amérique et dans les premiers essais des sauvages océaniens. D'autres vases couverts, en campanule prolongée qui deviendra ce qu'on est habitué à nommer potiches, se montrent avec des proportions charmantes dès les premières années des Chang ; il en est où l'on a indiqué par des dépressions dorées la place où le sacrificateur doit placer ses mains pour élever le vase en consacrant le vin parfumé. D'autres, de forme voisine, surmontés d'une anse mobile, se suspendçnt dans un kia-tse en bois délicatement sculpté ; il en est à lobes avec anses latérales aplaties qui sembleraient avoir servi de modèles aux vases grecs de Nicosthènes ou mieux encore à certaines terres cuites noires étrusques. Quant aux lagènes ou bouteilles avec ou sanspiédouche, munies d'anses grandes ou petites se formulant en têtes d'éléphants ou sortant de têtes chimériques, il faut en voir la série rapprochée pour comprendre leur variété et leur élégance. »

Les Chinois associent souvent le bronze avec divers métaux ou bien avec des pierres de jade (fig. 298) dont la teinte douce s'harmonise très bien avec les dorures. Les émaux cloisonnés de la Chine sont particulièrement recherchés des amateurs : rien de plus riche et de plus réjouissant pour l'œil que ces plantes, ces fleurs, ces oiseaux, ces papillons dont la riche coloration se mêle aux filets d'or qui se croisent sur la surface.

La sculpture chinoise s'exerce rarement sur le marbre, mais elle affectionne les pierres du genre de l'agate, et particulièrement la sar-

doine dont les nuances Tariées se prêtent h d'ingénieuses combinaisons décoratives (fig. i

Fig. 29B. — Vase^autiqiie cliiiioU en bronio dard a

La sculpture sur bois et sur ivoire reçoit aussi de nombreuses applications. Les meubles incrustés des Chinois difTèrent essentiellement de nos

marqueterie» ou de nos mosaïques de Floreace : ce sont à proprement parler des sculptures appliquées sur le bois, car les gemmes y font toujours UD relief. Comme ces petits bas-reliefs sont souvent colorés, ils fonnent de véritables tableaux, qui décorent les écrans ou les paravents 3 plusieurs feuilles. Néanmoins un grand nombre de produits de l'industrie chinoise sont pour nous de simples objets de curiosité, et ne nous causent pas d'autre sentiment qu'un étonnement profond causé par la patience inouïe de l'outrier. Ainsi tout le monde a vu ces boules ajourées

Fig. !ti9. — Coupe en Mrdoine k relier» de diverMs couleura.

roulant les unes dans les autres, ces jonques pavoisées si finement taillées, ces chaînes dont les anneaux sont taillés dans un seul morceau d'iïoire, et tous ces ouvrages d'un mérite artistique bien secondaire, mais qiii ont le don d'émerveiller la foule.

Les peuples orientaux sont essentiellement décorateurs ; ils sont même exclusivement décorateurs, car l'art du tableau n'existe pas plus chez cm que l'art statuaire. Les Hollandais ont poussé plus loin que personne ce que nous appelons l'art du tableau, art qui consiste surtout à produire l'illusion de la nature par le jeu de la lumière et de l'ombre. Les Chinois et les Japonais ont fait des ligures qui surprennent par la vérité de la tournure, mais qui s'isolent toujours sans jamais être reliées par des masses d'ombre ou de lumière.

Il y a, dans la manière de concevoir la nature, une différence radicale entre les artistes de FOrient et ceux de nos pays. On pourrait sur la carte tracer la délimitation des peuples qui tiennent compte de la décoloration des teintes sous Faction de la lumière, et de ceux qui, dans un objet teinté, voient uniquement la couleur propre qui lui est inhérente. Si un peintre français voit un arbuste en fleur dans la campagne, il est saisi tout d'abord par la relation qui existe entre l'arbuste, le sol sur lequel il repose et le ciel qui Téclaire. La première impression qui se grave dans son esprit est un tableau exprimant les relations de tons dont Tensemble et rharmonie Font frappé ; il a saisi du premier coup d'œil le groupe de fleurs qui accroche directement la lumière, et veut le distinguer de son voisin qui se dissimule ou s'efl'ace dans Fombre et la demi-teinte. 11 tient compte des reflets, de Fobliquité des plans, de la distance des objets qu il a sous les yeux, de la perspective surtout, enfin de tout ce qui constitue Fillusion.

Les Chinois, chez qui Fesprit de comparaison est beaucoup moins dé- . veloppé que chez nos races, est uniquement frappé par la teinte rose d'une fleur; il Fexprime franchement, directement, par un ton posé à plat, qui est celui du pétale lui-même (fîg. 300), sans s'inquiéter autrement de Fombre ou de la demi-teinte produite par le relief. La fleur apparaît ainsi dans sa forme et dans sa couleur, mais rarement dans son * allure perspective et jamais dans son modelé. La teinte ainsi posée prend une fraîcheur surprenante et s'associe harmonieusement avec les teintes voisines sans que le peintre ait jamais songé à en altérer la franchise ou à en neutraliser l'éclat par des demi-teintes. Faute d'avoir connu ce principe, qui est Fessence même de Fart décoratif, nos peintres sur porcelaine exécutent souvent sur la panse arrondie d'un vase des bouquets qui ne difTèrent en rien de celui qu'ils auraient fait sur un tableau, et dépensent un soin et un talent énormes pour produire des ouvrages qui, à la dislance voulue, ^semblent d'une couleur terne et ne peuvent rivaliser avec ceux des artisans chinois et japonais, qui ont compris l'art de moins haut, mais d'une manière plus juste.

Ce qui frappe le plus les Européens dans les représentations chinoises, c'est l'absence de perspective.

'( Un jour, dit M. J. Marryal dans son Histoire des poteries^ faïences et porcelaines^ ayant terminé un grand tableau d'architecture où les colonnes semblaient s'étendre dans le lointain, selon les règles de la perspective, Gherardini (Italien remplissant les fonctions de peintre de Fempereur de la Chine) le montra aux Chinois, qui, à la première vue, furent saisis d'étonnement et crurent qu'il avait employé les arts de la magie pour produire cet efTet. Même après s'être approchés du canevas et l'avoir touché du doigt, ils avaient peine à se persuader que ce travail n'était qu'un effet d'optique, peint sur une surface plate. Ils s'écrièrent que

ricD n'élail plus contraire à la nature que de représenter les distances là où il n'y en avait pas, où il ne pouvait y en avoir. Le tableau fut donc condamné sans appel. » Ce point de vue est extrêmement curieux. L'esprit des Chinois n'est pas capable d'un degré d'abstraction suffisant pour

Fig. 300. — Vaae en porceli

comprendre le phénomène optique qui, h l'aide de la perspective, fait voir des plans et des distances en profondeur sur une surface plane.

Théophile Gautier raconte ainsi la visite qu'il a faite à Londres à un peintre chinois, en compagnie d'un artiste français bien connu, H. Landelle :

" Pour le moment, dit-il, il ne peignait pas, il posait ; l'artiste était devenu modèle : Charles Landelle, un de nos compagnons de voyi^e, était en train de le croquer.

« L'artiste de Tempire du Milieu se laissait faire avec une placidité un peu ironique. On voyait qu'il se disait lui-même : « Ce jeune sauvage « en habit noir, sous prétexte de perspective, va me faire quelque mem- « bre plus court que l'autre, et, sous prétexte de lumière, me pocher la « moitié de la figure. >>

« Le croquis achevé, le peintre chinois parut assez satisfait du trait pur et léger, et de la ressemblance du dessin ; un signe d'assentiment montra qu'il était étonné qu'un homme qui, relativement à lui, tenait son crayon à l'envers, eût pu faire quelque chose de correct. Seulement, comme par la position du corps on ne voyait qu'un pied, il prit la mine de plomb et ajouta de sa main le pied qui manquait, souriant avec une bienveillance paternelle de la négligence bizarre de cet Européen, qui faisait une figure boiteuse. Le croquis ainsi corrigé le satisfit pleinement. »

Les peintres chinois ne font pas de tableaux dans le sens que nous attachons à ce mot. Ils sont employés dans les fabriques de meubles ou .de porcelaine, et leur condition sociale ne diffère en rien de celle des artisans ordinaires. 11 est difficile de se faire une idée de l'activité occasionnée dans certaines villes du Kiang-si par la fabrication de la porcelaine. Des milliers de fourneaux, d'où s'échappent en permanence des colonnes de flammes et des tourbillons de fumée, cuisent les innombrables vases qui se répandent dans le monde entier. Une chose curieuse à noter au point de vue des procédés de fabrication de la porcelaine, c'est l'extrême division du travail. « La peinture, écrit M. J. Marryat, n'a jamais été consi5érée en Chine comme un emploi honorable, même dans le palais de l'empereur, mais plutôt comme une occupation mécanique dont le seul but était de copier servilement, et sans y apporter aucune modification ou amélioration, les dessins adoptés depuis des siècles. Les vieux préjugés répandus chez les Chinois n'admettent, en peinture, ni dessin ni perspective. » Une anecdote assez pittoresque nous montre la manière dont le souverain de la Chine comprend l'art de la peinture et le rôle du peintre. Deux artistes, l'un français et l'autre italien, furent chargés par l'empereur Kanghi d'exécuter différents travaux. Chaque fois qu'ils abandonnaient un moment le pinceau soit pour se concerter, soit pour ruminer une idée, le monarque leur faisait donner l'ordre de se remettre au travail. II les considérait comme deux mercenaires et voulait les empêcher de perdre leur temps. On ne s'étonne plus de cette façon d'agir quand on connaît la manière de procéder toute mécanique des artistes chinois. Ils ont apporté dans la peinture les moyens purement industriels de la division infinie du travail. Un peintre fait des têtes, un autre des costumes, etc., tous se conformant scrupuleusement à une tradition qui va se perdre dans la nuit des temps. On est en présence d'une espèce de hiératisme très différent dans ses manifestations

graphiques du hiératisme bj^zantin, mais ayant avec celui-ci une certaine aualogie de principes.

C'est la province de Kian^-si qni semble avoir depuis des siècles le monopole de la belle porcelaine.

« Le Kiang-si, peu riche en produits agricoles, dit le père Hue, est cependant, depuis des siècles, en possession de Tindustric peut-être la plus importante de tout l'empire chinois. C'est dans cette province que

Fig. 301. — Grand pUl en porceltine de Chine, i fond rouga veiné.

se trouvent toutes les grandes fabriques de porcelaines, dont Nan-tchangfou est naturellement l'entrepôt général. 11 y a dans cette ville plusieurs magasins immenses où l'on trouve des porcelaines de toute forme, de toute grandeur et de toute qualité, depuis ces urnes grandioses où sont représentées en relief des scènes richement coloriées de la vie chinoise, jusqu'à ces petites coupes si frêles, si délicates et si transparentes, qu'on leur a donné le nom de coques (Cœufs (fîg. 301). »

Les vieilles porcelaines sont 1res prisées en Chine et les amateurs se les disputent ainsi que les vieux bronzes (fîg. 302 et 303). Les porce-

laines antiques dont le procédé de fabrication a été perdu sont tout nalurellement les plus recherchées.

Il faut ajouter que les Chiiiois, grands industriels et commerçanls peu

Fig. sol. — Grand vase en poTcelaioe de Chine i toai Jaune.

scrupuleux, n'ont pas oublié d'exploiter le goût des ouvrages antiques. Ils tiennent à mériter le titre de parfaits imitateurs qu'on leur a si souvent décerné avec raison. Des fabriques de porcelaines antiques se chargent de répondre aux besoins des amateurs d'objets anciens.

Voici comment le père d'Enlrecolles raconte, dans les Lettres édifiantes et curieuses, la légende du patron des fabricants de porcelaine ; « Ce dieu doit son origine à ces sortes de dessins qu'il est impossible aux ouïriers d'exécuter. Oq dit qu'autrefois un empereur voulut absolument qu'on lui flt des porcelaines sur un modèle qu'il donna. On lui représenta diverses fois que la chose était impossible ; mais toutes ces remontrances ne servirent qu'à exciter de plus en plus son envie. Les empereurs sont, durant leur vie, les divinités les plus redoutées à la Chine, et ils croient souvent que rien ne doit s'opposer à leurs désirs. Les officiers redoublèrent donc leurs soins, et ils usèrent de toute sorte de rigueurs à

^S' 303. -- V*aa de porcalïlne de Cliiae, imiUat l'éDMil cloiaounâf période de Kien-Long.

l'égard des ouvriers. Ces malheureux dépensaient leur argent, se donnaient bien de la peine, et ne recevaient que des coups. L'un d'eux, dans un mouveraeot de désespoir, se lança dans le fourneau allumé, et il y fut consumé à l'instant. La porcelaine qui s'y cuisait en sortit, dit-on, parfaitement belle et au gré de l'empereur, lequel n'en demanda pas davantage. Depuis ce temps-là, cet infortuné passa pour un héros, et il devint, dans la suite, l'idole qui préside aux travaux de la porcelaine. Je ae sache pas que son élévation ait porté d'autres Chinois à prendre la même route, en vue d'un semblable honneur. »

Il est curieux de comparer la légende chinoise de l'inventeur de la porcelaine avec celle que le baron de Walef, diplomate, poète et collectionneur distingué du dix-huitième siècle, a écrite en petits vers galants. Un jour Mars et Vénus s'étaient donné rendez-vous dans un

bosquet, sachant que Vulcain ne les troublerait point, puisqu'il était en ce moment-là même occupé à fabriquer les armes d'Achille. Néanmoins, pour plus de sûreté, Vénus pria son fils Cupidon de faire sentinelle à la porte du bois, pour la prévenir si Vulcain s'avisait d'arriver. Mais Cupidon, que cela ennuyait de faire le pied de grue, s'envola, et, pour se distraire, il alla fureter dans le cabinet de toilette de sa mère. Il trouva, parmi diverses pommades, le fard dont la déesse se servait, et s'amusa à le pétrir pour en faire une pâte, mais :

La matière était trop liquide.

Et, pour la rendre plus solide,

De Vénus il prit le coUier.

n en pulvérisa les perles les plus nettes ; Il en bro^a le fard et de ses mains adroites

Il sut si bien les allier, Qu'il en pétrit trois tasses différentes.

Cupidon ne s'en tint pas là, et, quand les tasses furent faites, il voulut les orner. La première fut décorée de fleurs et de feuillages, mais resta complètement blanche ; pour la seconde qui devait être bleue, Cupidon pensa qu'il n'y avait pas de plus beau bleu que l'azur du ciel, et il s'en servit pour colorer sa tasse. Pour la troisième il emprunta toutes les couleurs d'Iris, et l'orna des fleurs les plus ravissantes. Cupidon était charmé de son ouvrage, et, voulant le terminer, il recueillit les larmes de l'Aurore et en composa l'émail.

Pendant ce temps-là il y avait en Chine une princesse appelée Porcelle : c'était la fille du sage empereur Fo-Xi. Elle était si admirablement belle, que si les peuples de l'Occident avaient pu l'apercevoir. Grecs et Troyens eussent abandonné Hélène pour aller se battre en Chine. Mais du haut de l'Olympe les immortels voient tout et Jupiter devint épris de la princesse Porcelle. Seulement comme la princesse était aussi vertueuse que belle. Mercure échoua complètement dans sa négociation, et revint assez confus dire à Jupiter qu'il n'y fallait point songer. Jupiter alors se souvint des trois petites tasses de Cupidon, que tout l'Olympe avait admirées, et alla lui-même les offrir à la princesse qui fut éblouie. La pauvre enfant sentit son cœur troublé, mais elle n'oublia pas son pays et voulut connaître le secret de la fabrication. C'est de la princesse Porcelle que IdL porcelaine a tiré son nom. Si cette princesse n'a pas, comme Judith, l'honneur d'avoir sauvé son pays de l'invasion, elle a du moins le mérite de lui avoir enseigné une industrie qui fait encore aujourd'hui sa richesse, et ceux qui trouvent sa faiblesse condamnable feront bien de ne jamais regarder de porcelaines chinoises, car le feu qui cuit la porcelaine de Chine est celui de l'Amour, et c'est pour cela qu'on ne peut la regarder sans l'aimer.

Les villes principales. — Les yilles chinoises, selon le père Hue, « sont presque toutes construites sur le même plan ; elles ont ordinairement la forme d'un quadrilatère et sont entourées de hautes murailles flanquées de tours d'espace en espace ; elles ont quelquefois de larges fossés secs ou remplis d'eau. Dans les livres qui parlent de la Chine, il est dit que les rues sont larges et alignées au cordeau ; il n'en est pas moins vrai qu'elles sont étroites et tortueuses, surtout dans lés provinces du Midi. Nous avons bien rencontré çà et là quelques exceptions, mais elles sont très rares. Les maisons des villes, comme celles des campagnes, sont basses et n'ont ordinairement qu'un rez-de-chaussée. Les premières sont construites en briques ou en bois peint et verni à l'extérieur; elles sont recouvertes de tuiles grises. Les secondes sont en bois ou enterre et ont des toits de chaume. Les constructions du Nord sont toujours inférieures à celles du Midi, surtout dans les villages. Dans les maisons des riches, il y a ordinairement plusieurs cours, l'une derrière l'autre ; l'appartement des femmes et les jardins sont à l'extrémité. L'exposition du midi passe pour la plus favorable. Les fenêtres occupent tout un côté de l'appartement; elles présentent des dessins très variés et sont garnies de talc, d'une espèce de coquille transparente, ou de papier blanc et colorié. Les bords des toits sont relevés en forme de gouttières^ et les angles, terminés en arc, représentent des dragons ailés ou des animaux fabuleux. Les boutiques sont soutenues par des pilastres ornés d'inscriptions sur de grandes planches peintes et vernies; le mélange de toutes ces couleurs produit de loin un efi[et assez agréable. »

Péking (2,000,000 d'hab.?), capitale de l'empire chinois, ne répond plus à l'idée qu'on est habitué à s'en faire. Cette ancienne merveille de la Chine, aujourd'hui en pleine décadence, n'est plus qu'un amas de taudis et d'immondices. Des masures infectes s'accrochent aux somptueux édifices d'autrefois et semblent y pousser comme des champignons. Des parcs transformés en vastes espaces incultes, des canaux montrant tristement leur lit desséché et traversés de distance en distance par des ponts en ruine, des maisons prêtes à disparaître dans un sol fait de poussière et de fange, qui mont^ toujours, voilà la physionomie actuelle de la grande capitale de l'Empire du Milieu. Le palais impérial, qui avait tant de célébrité, se ressent de l'état de décadence dans lequel la ville est tombée, et ses magnifiques jardins ne sont plus entretenus comme autrefois. A l'époque de l'expédition de Chine, les splendeurs du palais d'été ont émerveillé nos soldats qui, malheureusement, ne les ont pas respectées.

402 LASIE.

Ce qui rend surtout Péking intéressant pour les voyageurs, c'est Fanimation de ses rues commerçantes, la foule qui s'y presse, allant, Tenant avec un air affairé, ou se groupant devant les boutiques et autour des marchands ambulants ; les véhicules les plus différents, depuis la Toiture jusqu'à la chaise à porteur et la brouette à bras, qui les sillonnent dans tous les sens. Les revendeurs portent leurs marchandises, soit pendues au cou, soit dans des paniers attachés à un long bâton qu'ils placent sur Tépaule. On rencontre des barbiers en plein vent qui agitent leur sonnette pour appeler la pratique, des cuisines portatives, des charlatans, etc. Un mandarin, un grand officier passe, on se range à FenTi pour lui faire place, puis la foule se reforme et le tumulte reprend de plus belle. Péking est avant tout une ville de marchands, et ce sont leurs enseignes qui donnent à la cité sa décoration la plus pittoresque. On Toit devant toutes les boutiques de hautes planches dressées en mâts, su^ montées de banderolles, de drapeaux aux vives couleurs; sur ces mâts sont écrits les noms des marchandises que Ton peut trouver dans la maison, les qualités du marchand, les raisons qui doivent engager les acheteurs à avoir confiance en lui, l'histoire de ses prédécesseurs, et enfin quelquefois des affirmations hasardées dans le genre de celle-ci : Ici on ne trompe pas. Par exemple ce qu'on ne trouvera jamais, c'est la célèbre annonce parisienne : On rend l'argent; les Chinois n'admettent pas ce genre d'affaires. Tous ces mâts donnent aux rues de Péking une physionomie bizarre et vivante qui dissimule aux étrangers l'état de Tieillesse et de décrépitude dans lequel se trouve la ville.

Autrefois le canal impérial dont la longueur dépassait 1 ,200 lieues, et dont la largeur variait de 60 à 300 mètres, servait de trait d'union entre le sud et le nord de l'empire chinois et venait aboutir à Péking. Un déplacement du fleuve Jaune, survenu en 1857, a rendu à peu près impraticable la navigation de ce canal.

Shang-haï (4 à 500,000 habitants) est bâtie dans la plus heureuse situation au point de vue commercial. Placée à l'entrée de la vallée du Yang-tse-Riang, elle préside aux échanges des produits de ce riche bassin contre les marchandises européennes. D'un autre côté la province de Kiang-sou lui apporte ses soies. Shanghaï est en rapports constants avec le monde entier. La ville s'étend le long de la rivière du Wampoo qui se jette dans le Yang-tse-Kiang, audessous du village de Woosung. Shang-haï et Hong-Kong sont les deux centres d'importation et d'exportation les plus importants de la Chine. La plaine au sein de laquelle se trouve Shang-haï est basse et couverte de canaux, ce qui rend cette ville assez peu salubrc.

MÎTÎ^.TT.I^TrT.Vr'ÎTni

« NiNG-po (250,000 habitants), dit E. Levasseur, situé sur la rivière Yung, qui de son embouchure jusqu'à la ville est couverte de jonques, a été quelque temps le plus fréquenté des ports ouverts dans la Chine centrale par le traité de 1842; mais la fortune de Shang-haï, située à treize heures de navigation à vapeur. Fa éclipsé. . . . Le thé et Topium sont, à l'exportation et à Timportation, les deux principaux articles du trafic. » Cette ville est très renommée pour la sculpture et le découpage du bois. Toutes les pièces importantes et ornementales du pavillon chinois exposé au Trocadéro en 1878, ont été préparées et sculptées à Ning-Po.

Nanking (ville qui a eu jusqu'à 1,000,000 d'habitants), la vieille capitale de la Chine, que des raisons politiques ont fait quitter par les empereurs pour Péking, est une ville en décadence. Elle ne peut se relever de l'état d'affaissement dans lequel l'a plongée la guerre civile. Sa fameuse tour de porcelaine (non de porcelaine mais de briques vernies) a été détruite pendant cette guerre. Nanking est située dans la province de Kiang-Sou qui a la réputation d'être la plus civilisée, la plus industrieuse et la plus fertile de la Chine.

HANKEou(près de 600,000 habitants). Son nom lui vient de sa position à l'embouchure du Han. « Hankeou, dit M. Levasseur, est considérée par les Chinois comme une sorte de faubourg de Han-Yang, cheflieu de district situé à l'ouest, de l'autre côté du Han, mais beaucoup moins grande que Hankeou ; en face, sur la rive droite du Yang-tse-Kiang, est Tchang-fou, capitale de la province de Houpé : ces trois villes réunies forment une agglomération d'environ un million d'individus, groupés dans des maisons pressées les unes contre les autres et sur un espace qui serait très étroit, si deux grands cours d'eau ne circulaient au travers; dans cette réunion de viUes, comme dans la plupart des cités chinoises, une partie de la population n'a d'autre domicile que les jonques. »

Fou-CHÉou (600,000 habitants), dont le principal commerce est celui du thé que produit en grande quantité la province au sein de laquelle cette ville est bâtie, s'étend sur les bords du Min. La résidence européenne est placée sur la rive droite de cette rivière. Fou-chéou est à douze lieues de l'embouchure du Min, voie naturelle du commerce auquel se livre cette ville. On y vend des objets de laque, de

la céramique et des fleurs artificielles. « Sou-TcHEOtJ-POu (3,000,000 d'habitants), la ville la plus peuplée de

l'Asie, dit M. Levasseur, et la plus peuplée du monde après Londres,

'iOl L'ASIK.

a la forme d'un carré, dont chaque côté mesure entiron 8 kilomètres. <> Depuis que toute l'aclivité commerciale s'est concenlrée à Shang-Bai, placée près de l'embouchure du fleuve Bleu, Sou-Tcheou-Fou, qui communique avec Sliang-haï par divers canaux couverts de jonques, et es! ■ une ville de lu\e et de plaisir, a beaucoup gagné. Le proverbe chinois dit qu'au ciel il n'y a qu'un paradis ; mais qu'il y en a deux sur la terre; Sou-Tcheou-Fou et Han-Tcheou-Fou (1 ,000,000 d'habitants). Un Européen à la recherche de ces deux, lieux de délice, pourrait être géaé par la difficulté de prononcer leurnom. Dans tous les cas, Sou-Tcheou- Fou est un paradis où l'on travaille beaucoup et où l'on trouve des ébénistes, des bronzicrs, dos brodeurs, etc., renommés pour leur habileté. L'autre paradis n'est pas moins industrieux que le premier. Ce sont des paradis où l'on ne se borne à la contemplation que lorsque l'on a les moyens de le faire.

L'ile de Hong-Ro.ng présente une masse volcanique de quatre-vingt-trois kilomètres carrés placée à l'orient de l'embouchure du Tchou-Kiang. La ville anglaise de Victoria s'élève sur la côte de l'île qui fait face au continent. Son port est formé par le bras de mer qui la sépare de celui-ci. Les accidents de terrain ont imposé aux maisons, qui semblent grimper à l'assaut les unes des autres, les formes et les positions les plus pittoresques. On met six heures en bateau à vapeur pour aller de Hongkong à Canton.

M La rivière de Canton, pendant la nuit, dit le père Hue, est en vérité, ce que j'ai vu de plus fantastique. On peut dire qu'elle est presque aussi peuplée que la ville. L'^au est couverte d'une quantité prodigieuse de barques de toutes les dimensions et d'une variété impossible à décrire. La plupart affectent la forme de divers poissons, et il va sans dire que les Chinois ont choisi pour modèles les plus bizarres et les plus singuliers. Il en est qui sont construites comme des maisons, et celles-là ont une réputation assez équivoque; toutes sont richement ornées : quelques-unes resplendissent de dorures, d'autres sont sculptées avec élégance, dentelées et comme percées à jour, à la façon des boiseries de nos vieilles cathédrales, »

CAJiTos (J ,300,000 habitants} n'a plus !a même importance qu'à l'époque où cette ville était l'unique port de la Chine où les Européens pussent descendre et trafiquer. Ses marchands vont faire leurs échanges à Hong-kong. Ils apportent aux Anglais du tlié et de la soie qu'ils troquent contre des articles de colonnade et surtout contre de l'opium. Le Tchou-Kiang, qui forme un port

spacieux devant Canton, a une physionomie des plus curieuses, qu'il doit aux milliers de cabanes placées sur des radeaux qui le couvrent en produiMint une sorte de vîHe maritime. A terre, la cité est divisée

Fig. 304. — Tombeau près do Canton. (D'après nno peinture de negamey.)

en Tille chïaoise'au sud, et en ville mandchoue au nord. La figure 304 représente un tombeau peint par M. Regamey aux environs de Canton.

J^acao, établissement portugais sur une petite langue de terre qui lient à une lie, a eu autrefois une grande importance commerciale, qui a beaucoup diminue, depuis que les Européens peuvent trafiquer librement sur d'autres points de la Chine.

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