CHAPITRE III
■ Aspect du pays. — Les hnliilants. — [.'art et l'industrie. — Les villes principale!.
speot du pays. — Le Japon se compose d'un groupe d'tles situées à l'orient de l'Asie dans le seos du nord-est au sud-ouest. Les îles principales sont Yeso, peu peuplée et couverte de forôts, Nipon, la plus importante de toutes et le centre de h vie politique et sociale des Japoaais, Sikok, Kiou-siou, et le groupe des Liou-kiou, dont la possession forme un sujet de contestation entre le Japon et la Chine (ûg. 305). Le sol, déchiqueté sur toutes les côtes, est volcanique et exposé à de fréquents tremblements de terre. Le climat, très variable, passe pour être généralement salubrc, mais si nous en croyons les artistes japonais, la pluie accompagnée de vent est assez fréquente dans leur pays, car les effets de parapluies, dans le genre de celui qu'on voit sur la figure 306, sont assez souvent reproduits sur leurs albums de croquis.
Comme les lies qui composent le Japon sont généralement étroites et hérissées de montagnes, elles ne contiennent aucun grand fleuve, mais une multitude de petites rivières souvent très poissonneuses : aussi la pêche à la ligne (fig. 307) est à la fois une ressource pour les pauvres et une distraction pour les riches. Ces rivières qui descendent des montagnes, ont presque toujours un cours torrentueux, qui en rend souvent la navigation difficile excepté pour de très petits bateaux comme celui qui est représenté (fig. 308).
Si ces rivières ne sont pas en général d'une bien grande utilité pour
le commerce intérieur, ejles donneat au pays un caraclère parliculiërement pittoresque, à cause des iunombrables petits pools que les Japonais établissent partout sur les moindres cours d'eau. Ces ponts d'une
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Flg. 3uà. — J«pon.
construction souvent très originale et en tout cas extrêmement variée, sont quelquefois construits en blocs d'inégale grandeur et de forme irrégulière, qui rappellent, mais avec des matériaux d'une étendue beau-
PIg. 306. — La plaie au lapon. (D'après un album Japonftla.)
coup moindre, l'aspect des anciens monuments pclasgiques (fig. 309). Toutefois, la plupart du temps, ces ponts sont simplement en bois, et leur forme est tantôt arrondie en décrivant une courbure très prononcée (fig. 310], tantôt au contraire absolument droite et formée de
tiges de bambous emboîtées l'une daas l'autre comme In montre la figure 311.
L'intérieur du Japon est encore peu connu, mais les environs de
Fjg. 3U7. — PBclic à la ligno. (D'uprèi) un album Japonais.]
Yedo, la seule partie de la contrée qui soit fréquentée par les Européens, présentent, au dire des voyageurs, un aspect ravissant. Iji végétation y
revêt mille couleurs étincelantos dont l'éblouissemenl nous est en partie rendu par l'éclio des peinhnc^ japonaises. .K l'horizon, le Fusi-Yuma.
Kfg. soi. — Pont àe pierrus: (D'aprèa un album Japonail.)
au cône immense et solitaire couvert de neiges éternelles, dominant tout de sa silhouette à la fois pittoresque et imposante. A ses pieds, des hauteurs boisées aux Ions sévères, coupées de riantes vallées que viennent rafraîchir de nombreuses rivières, des canaux et des golfes
profoodément enfoncés dans les terres ; une campagne semée de fermes
Flg. 311. — Pont de bambou. {D'après on album Jsponaii.) «t de villages abrités sous des arbres épais, et entourés de ceintures
Fig. 312. — Cliasas au faucon. {Composition Japonaise.)
multicolores de jardins; émaillée de plantes et de fleurs énormes aux
tons les plus vifs ; dans toutes les directions, des bambous apportant leur note et leur forme particulières que les peintres japonais rendent avec tant de verve et de bonheur, des arbres fruitiers aux fleurs doubles, des camélias aussi grands qu'eux et poussant en pleine terre, jettent leurs notes blanches ou rouges, tantôt en masses légères et vaporeuses, tantôt en tons francs et découpés, d'interminables tapis de violettes bordent les chemins et vont mourir au pied de haies aux couleurs vives.
Certaines parties du Japon sont assez giboyeuses, et on y fait la chasse avec des oiseaux de proie, comme dans TEurope du moyen âge (fig.312).
L'agriculture forme la principale richesse du pays. « Le Japon, dit M. Levasseur, a des productions diverses comme son climat, aussi chaud à Nagasaki que celui de Naples, plus froid dans Ttle de Yeso, que celui de la Norwège. Peu productif dans cette dernière île, qui est habitée par une population peu nombreuse et à demi civilisée, le sol est extrêmement fertile dans les îles du Sud ; le travail des habitants y tire parti des moindres parcelles de terrain ; le flanc des montagnes y est façonné en terrasses, jusqu'aux limites naturelles de la végétation; au besoin la terre végétale y est transportée à dos d'homme, et l'eau d'ar- * rosage amenée par des canaux. »
Le riz forme la principale nourriture des habitants. La figure 313, tirée d'un album japonais, représente un épisode de la vie rurale emprunté à la culture du riz. Voici comment se pratique cette culture : On commence par nofer pendant un mois un terrain au moyen d'écluses. Au bout de ce temps, quand le sol est suffisamment détrempé, on le remue et on l'amollit à l'aide de la charrue, du piétinement des buffles attelés à cet instrument de labour et des coups de bêche des cultivateurs, chargés de détruire les dernières mottes récalcitrantes. On obtient ainsi <me sorte de pâte liquide dans laquelle les hommes et les femmes jettent le grain à pleines mains du haut des digues. Quand le riz a levé et a acquis un certain développement sur ces terrains desséchés qui jouent le rôle de pépinières, on l'arrache et on le replante, non au hasard cette fois, mais suivant un certain ordre, dans d'autres carrés de terre préparés comme les premiers : il s'y élève par touffes. Plus tard, on n'aura plus qu'à le couper à la faucille ; mais maintenant, il s'agit de le préserver des attaques réitérées des oiseaux. Les épouvantails de toutes sortes ne suffiront pas à cette besogne ; il faudra tendre sur les rizières des réseaux de paille tressée qu'un enfant, placé sur la digue ou sur un siège élevé fait de bambous, agitera du matin au soir. Quand il fait du vent, on confie à ce moteur le soin de faire aller la machine et d'effrayer les bataillons nombreux d'ennemis ailés.
Au point de vue politique et administratif, le Japon est en train de subir une rénovation complète. Depuis longtemps, le pouvoir militaire
devenu héréditaire dans la même ramille, était exercé par un général, faisant fonctions de maire du palais et ayant absorbé l'autorité civile de telle façon que le Mikado, souverain du pays, n'était plus en quelque sorte qu'un chef religieux. Apres une lutte terrible qui ne s'est terminée
Fig. 313. — Culture da rii. (D'iprti un album japonais.)
qu'en 1868, le Mikado, appuyé par la noblesse du pays, est parvenu k ressaisir le pouvoir qui lui avait été enlevé, et la transformation à laquelle nous assistons date de cette époque : Tinfluence des idées européennes, devenue prépondérante, gagne tous les jours du terrain. La commission nommée pour l'exposition universelle de 1878, nous a appris que l'empire japonais embrassait une superficie de 23,740 lieues carrées
et contenait 34,000,000 d'habitants, qu'il comptait 35 départements. € divisions militaires ou grands commandements, 7 divisions académiques, H6 collèges, 103 écoles de langues étrangères, 24,225 écoles primaires, 16 ports de mer principaux et 36 phares.
Les habitants. — En général, les Japonais ont la tête assez grosse et enfoncée dans les épaules, le buste allongé et très large à la hauteur de la poitrine, les membres grêles, les extrémités petites. Leurs cheveux sont noirs et lisses; le teint, olivâtre dans les classes inférieures, diminue de couleur à mesure que Ton remonte l'échelle sociale «l finit par se montrer chez l'aristocratie d'un blanc mat, fort peu dif-
Fig. 311. — Toiletle Jiponaise.
férent du nôtre, surtout parmi les femmes et les enfants. Ce qui distingue les Japonais, c'est la forme de leur nez, la disposition de leurs yeux, toujours noirs, et la saillie de leurs pommettes. Us ont une très grande mobilité de physionomie. C'est cette mobilité qui semble avoir surtout frappé les artistes du pays et qu'ils savent si bien nous représenter dans les croquis de leurs albinns.
Le kirimon, espèce de robe de chambre très ample, est le costume nalional des Japonais, mats il faut soigneusement distinguer dans le costume japonais, le Tètemeat usuel et l'habit de cérémonie. Quand on voit dans les rues d'une ville la foule qui circule, avec des robes grises ou noires, on n'a aucune idée des splendides étoffes, des riches broderies que portent les Japonais dans les grandes circonstances. Comme forme le caractère des vêtements d'apparat consiste dans la longueur déme-
Fig. 315. — Voyageur ai
surée d'une robe traînante et dans la largeur des manches, percées dans leur partie moyenne d'une ouverture par laquelle passent les mains. La doublure est généralement rouge et ouatée vers le bord. On n'imagine pas la richesse décorative de ces robes. Nous avons vu à l'union centrale, en 1875, une robe jaune et or à damier, semée d'éventails de forme variée, une autre où figuraient des étendards, des grues et des nuages, une autre en crêpe violet relevé de nuages blancs et de (leurs de chrysan- Itième, une autre enfin dont l'étoffe blanche brochée était relevée d'impressions rouges et bleues, imitant des fougères arborescentes et des
bambous aux tiges d'or, dont les feuilles étaient tantôt peintes à la main, tantôt brodées en soie.
Il y a d^ailleurs peu de différence entre les vêtements des hommes et ceux des femmes et c'est surtout la ceinture qui les distingue. Chez les
Fig. 316. — Un commissionnaire. (D'après un album japonais.)
hommes, la ceinture, en même temps qu'elle retient la robe, aide à serrer différents objets comme la bourse et la pipe : ces objets sont soutenus par des cordons au bout desquels pendent de fines breloques en
Fig. 317. — Homme à cheval. (D'après un album japonais.)
métal ou en ivoire qu'on désigne communément sous le nom de boutons japonais.
La ceinture des femmes est beaucoup plus large que celle des hommes, et elle est souvent faite en étoffe d'un très grand prix. Les femmes mariées nouent la ceinture par devant et les jeunes fiUes par derrière.
Nous voyons (fig. 314), une toilette très riche et couverte de broderies; mais comme forme, c'est toujours le kirimon^ la robe de chambre, attaché à la taille par une ample écharpe nouée derrière.
Pour la broderie les Japonais sont sans rivaux, mais un fait important à s^naler dans la toilette des dames japonaises, c'est qu'elles ne portent en généra) ni bijoux ni pierres précieuses. Leur luxe est tout entier dans ]es riches tissus dont elles se parent, et le seul joyau qui leur soit habituel consiste en épingles d'écaillé ou de métal, qu'elles emploient pour maintenir l'édifice assez compliqué de leur chevelure.
Fig. 3IS. — DeMia tiré d'un nlbum japonils.
En dehors du costume de cérémonie le vêtement des Japonais est des plus simples : on en peut juger d'ailleurs par le voyageur sur sa monture que reproduit la figure 315, d'après un bronze japonais. Pendant l'hiver, on porte sous le kirimon, un petit vêtement et un pantalon collant. Les Japonais se baignent tous les jours et font peu usage du linge.
Les pauvres gens et les paysans vivent dans un étal de nudité à peu près complet pendant la bonne saison. Ils se présen'ent de la pluie à l'aide de manteaux de paille et de chapeaux faits d'écorce de bambou. Cet accoutrement, des plus primitifs, est en même temps des plus singuliers.
La figure 316 nous permet de nous faire une idée de l'effet qu'il produit. Elle nous montre un commissionnaire portant deux paniers suspendus aux extrémités d'un bâton placé sur l'épaule (à la mode japonaise), les choses qu'il doit transporter. 11 a la coiffure traditionnelle : le chapeau eit forme de champignon (aussi hg. 317) ou de bouclier, que l'on trouve aussi à Java. Quant au manteau de paille, il n'affecte aucun contour bien précis; son dessin parait un peu fixé par les intempéiies de saison contre lesquelles il est chargé de protéger son maître. Sa coupe doit se modifier en permanence. Dans certaines représentations (6g. 318), ce manteau dont l'aspect fait songer un peu trop à celui d'un paillasson, n'empêche aucunement ceux qui le portent d'être également pourvus d'amples parapluies.
Les chaussures consistent en chaussettes de toile, en sandales de paille tressée, ou en socques de bois. Quand il y a de la boue, on met des socques places sur deux petits montants.
Les enfants japonais sont un peu élevés à la dure, dans le peuple surtout. Ils ont le corps complètement nu et la tète rasée. On les porte,
Fig. 319. — Mfra jsponaij^«. (D'après un album japontU.)
comme de petits paquets, derrière le dos (fîg. 319), enfermés dans 1* partie du ktrimon qui fait corsage, la tète sortant par le col, derrière celle de la mère. Les femmes vaquent ainsi à leurs occupations sans être trop incommodées par leur précieux fardeau, qui doit s'arranger comme il peut et tâcher de tirer le meilleur parti possible de sa position. Quand la mère est trop lasse, elle dépose son enfant dans un panier où il mène un peu l'existence des petits oiseaux dans leur nid.
Le nombre des Français qui ont visité le Japon est assez restreint. Mais tout le monde se rappelle l'impression que produisait à l'exposition universelle la façade élevée par les Japonais dans la rue des Nations.
On voyait d'abord une porte massive à entrecroisements de poutres en bois nature], protégées à leurs extrémités par des capsules de bronze vert de chaque côté; près de là une fontaine en terre émaillée, entourée d'un clôture en bambou, répand une fraîcheur channante. Cette fontaine est la souche d'un arbre; de jolies fleurs blanches laissent tomber l'eau de leurs pétales dans la vasque d'une feuille et de minces filets d'eau jaillissent à ras du sol sur un bassin entouré de galets.
Fig. 310. — Chaumière. (D'après un album japonais.)
On n'a pas oublié non plus la petite ferme japonaise qui faisait un si bon effet dans le jardin du Trocadéro. Ces clôtures légères en bambous, cette ravissante porte en bois sculpté qui fermait l'enclos, ces abris si
Fig. 331. — Construction Jiponaiie. (D'iprè» un »lbum]âpon»U.)
ingénieusement combinés, ces constructions rustiques et légères ont ravi les Parisiens. La campagne japonaise présente partout des habitalions de ce genre; en outre elle est en quelque sorte semée de petits kiosques, dans le genre de cens que représentent les figures 320 et 321. On voit aussi par cette derniùre figure que les jardins sont entourés de murailles ou de palissades.
La plus extrême légèreté est le caractère des constructions urbaines au Japon, aussi bien que de celles qui serrent aux exploitations rurales. Une peinture de Regamey, reproduite sur la figure 322, peut nous donner une idée de ce genre de constructions qui est d'ailleurs parfaitement convenable dans un pays exposé à de continuels tremblements de terre. Des poteaux supportant les toits, et de minces cloisons font à peu près tous les frais d'une habitation japonaise.
Les paravents et les cloisons mobiles ont une grande importance au Japon comme en Chine. Les dessins qui les décorent se font en fabrique, mais toujours à la main. Ils consistent en représentations d'oiseaux réputés pour la beauté de leur plumage, de fluurs d'un brillant coloris, de groupes d'arbres, ou de petites scènes jetées confusément, mais non au hasard. Quelquefois ces cloisons sont de simples cadres qui entourent un
-i;^;gjji:^fe?/jr^i P-^4::
jipontiEcs. (D'apiis Hegûoicy.)
store ou un écran sur lequel les tresseuses de soie font] de merveilleui ouvrages, où elles imitent avec une inconcevable habileté le duvel velouté des oiseaux, les écailles brillantes des poissons, le poil fauve des quadrupèdes, et le tissu délicat des feuilles et des fleurs.
Ce qui nous frappe tout d'abord dans un intérieur japonais, c'est l'absence, ou du moins l'importance restreinte des meubles qui sont pour nous d'un emploi essentiel et joutnalier. D'abord l'usage des cheminées étant inconnu, on se sert d'un brasero placé au centre de la pièce, ou d'autres récipients du même genre. Ensuite tout notre luxe de divans, de fauteuils et de chaises ne serait guère utile dans un pays où on s'assied sur des nattes, et nos grandes armoires feraient une assez triste mine, si on les adossait à une cloison légère et mobile qu'elles sembleraient vouloir défoncer. Des cabinets en bois laqué, contenant mille colifichets charmants, des coffrets d'un dessin élégant et toujours imprévu, des che^alels pour supporter le miroir des dames, des étagères pour ranger les fines porcelaines, des nécessaires de toilette, de petits pupitres pour écrire ou peindre, des candélabres finement travaillés, des éventails et des ombrelles aux riches couleurs, mille petits colifichets dont l'utilité
pratique n'est pas absolument démontrée, mais qui sont une fête pour î'cBil, Toilà ce qu'il faut chercher dans un appartement japonais et ce qu'on y trouve en effet (fig. 323)..
Les objets en bronze sont toujours assez nombreux dans un mobilier japonais. Ce sont des aiguières, des braseros, des aquariums souvent décorés d'exquises ciselures, et surtout des vases de toutes dimensioas, présentant les formes les plus variées et toutes les couleurs que le bronze est susceptible de recevoir. Les uns ont une belle patine verte ou
Fig. 3!3. — Intérieur d'UD cabinet en laque d'or.
rouge, d'autres ont une teinte jaune qui approche de l'éclat de l'or : il y en a aussi de noirs, tantôt unis, tantôt enrichis d'arabesques en fil d'argenl incrustés au marteau dans le bronze. Un fait important à noter, c'est l'absence presque complète d'orfèvrerie de table. Il faut en chercher la cause dans les mœurs et nullement dans le manque d'habileté des ouvriers. Car les armes, les presse-papiers, les agrafes, les serrures, les portefeuilles, sont souvent des chefs-d'œuvre de ciselure.
Ce que le mobilier japonais offre peut-être de plus original ce sont les Iwites en laque (fig. 324). « Le Japon, dit A. Jacquemart, est le pays d'invention de ces laques et l'on en rencontre d'une date fort reculée;
leur caractère général est une sculpture plus large, plus accusée; le rouge est foncé et toutes les surfaces saillantes sont brillantes et lustrées; dans les étagères, les tablettes sont habiLuellement à fond noir avec décor de couleur *«jis reliefs c'est-à-dire en laque usé. Ce sont le plus souvent des bouquets et des oiseaui qui forment cette décoralioa. Quelques meubles ciselés du Japon sont noirs, ou brun foncé. Du reste, c'est encore au Japon que vont se perfectionner les ouvriers chinois spécialisés au laque de Titcheou. Les laques noir et or du Japon se reconnaissent il la beauté du fond, toujours vif, profond et brillant, et à la perfection des ornements ; assez fréquemment ils portent desar-
tig. 33t. — Boii
moines; c'est ce qui a lieu particulièrement pour les fassembaks, grandes boites de voyage, qui jouent là-bas le rôle que jouaient cbei nous les bahuts du moyen l'ige. »
Comment décrire tous ces petits meubles qui n'ont pas de nom dans notre langue et dont la vue nous cause toujours de la surprise? Pourrons-nous seulement indiquer les principales pièces d'un repasî Du moins nous allons le tenter. D'abord les lettres d'invitation ne vous ont pas été envoyées et remises brutalement par un domestique qui a tenté de lire au travers le papier pour connaître le contenu. Dans ta bonne compagnie, les lettres sont soigneusement empaquetées dans une petite boile oblongue, qui ressemble assez à nos boites à gants, maïs qui au Japon sont des boites de correspondance.
Pour le repas lui-même, on devine qu'il en est un peu comme pour le mobilier : ce que nous appelons les pièces de fond, ne sont ici que tout à fait accessoires et l'importance du banquet se mesure à son dessert. H ne faut pas négliger pourtant les grandes gamelles et les pla-
JAPON. ^il
teauxen laque sur lesquels oh sert les aliments, ni les bols et les coupes, couvertes de nacr« ou décorées de paysages, dans lesquelles on sert les boissons. Mais tout cela n'est qu'une préface au véritable banquet qui est le dessert. Pour traiter ce point délicat, nous céderons la plume à M. Humbert, qui en parle en connaissance de cause, ayant fait un long séjour au Japon comme membre du corps diplomatique. « Avant de distribuer le dessert, dit-il, on Fexpose sur une table basse et ronde, placée au milieu du groupe des invités : chaque sorte de pâtisserie, de confiture et de sucrerie ayant son plateau spécial, tous les plateaux réunis et assortis selon leurs formes et leurs dimensions décrivent sur la table six cercles concentriques régulièrement traversés de rayons qui Yonl du centre à la circonférence ; et dans chaque segment de cercle, on dispose les friandises selon Tanalogie des couleurs, de manière à reproduire de zone en zone toutes les teintes de Tarc-en-ciel.
« Une autre surprise, non moins ingénieuse, consiste à mettre les sucreries dans une quantité de charmantes petites boîtes, et à les cacher dans une cassette de laque figurant un énorme poisson rouge. Quand le moment est venu de le dépecer, chaque convive, à tour de rôle, plonge la main dans les entrailles du monstre artificiel, et en retire au hasard, une boîte, dont le contenu est souvent de nature à provoquer une hilarité générale; caries bonbons japonais représentent non seulement une foule de jolis sujets tirés du règne végétal et du règne animal, mais toutes sortes de conceptions indescriptibles, dues à Timagination éminemment facétieuse des confiseurs.
« Les bonbonnières japonaises sont d'ailleurs aussi variées dans leur genre que les boites de dragées de nos étrennes enfantines : il y en a en laçue, en carton, en papier mâché, en nacre, en pâte de sucre : les unes sont unies et sans ornements, les autres enrichies de moulures, de sujets coloriés, de découpures de feuilles d'or ou de bandes de papier argenté ; l'on en remarque aussi qui sont faites pour certaines spécialités, telles que le Narné, petite pâtisserie pour les enfants, et les fruits de mer, sucreries aussi charmantes de formes que de couleurs, représentant une infinie variété de moules et de coquillages. »
Au Japon, il n'est pas une maison bourgeoise qui n'ait son jardin petit ou grand, et le jardinage est pour toutes les classes de la population, une distraction et un plaisir. La manière dont ces jardins sont disposés, montre une face intéressante du sentiment décoratif des Japonais (fig. 325). Quand le sol sur lequel est planté le jardin, présente quelqu' accident de terrain, des roches ou de l'eau, on les utilise toujours, et quand il n'y en a pas, on en crée artificiellement, en ayant soin d'éviter ce qui ressemblerait à une ligne droite, ou à une perspective régulière. Des haies vives ou des cloisons de bambous couvertes de plantes grimpantes, des bosquets touffus qui masquent une
construction, des grottes où on va sentir la fraîcheur, des petits rui»seaus qui coulent sur des cailloux, des ponts rustiques, ou des quartiers de rocs disposés en escaliers, et une incroyable profusion de fleurs qui
Fig. 325. — lardln japonais. [D'iprèi un tlbum Jiponili.)
viennent partout égayer les pelouses, sans jamais s'aligner, voilà ce qui constitue au Japon un jardin bien disposé. Il faut signaler aussi pour compléter le tableau, le goût qu'on y professe pour les fleurs énormes, pour les arbres nains, pour les plantes à feuilles bizarres, pour les
rochers bien raboteux où croissent les plantes parasites, et pour les oiseaux et les petits poissons sans lesquels un jardin ne serait pas complet.
Les plantes et les fleurs font en quelque sorte partie du mobilier japonais. On en voit partout, même dans les boutiques; un groupement végétal, entremêlé de coquillages, de vases de porcelaine, et souvent accompagné d'un petit bassin où nagent les petits poissons rouges, est Taccessoire obligé de tout magasin de luxe. Dans les salons, les cages à papillons et les volières jouent aussi un grand rôle ; le plus souvent elles sont surmontées d'un vase à fleurs d'où pendent' des plantes sarmenteuses, de telle façon, que les oiseaux en remuant leurs ailes semblent se mouvoir sous un dôme de verdure.
Pour ajouter encore à cette légèreté apparente qui plaît tant aux Japonais, des lanternes de papiers sont suspendues aux plafonds. Dans les Terandahs où l'air circule librement, ces lanternes ont pour appendices des petites clochettes en verre de couleur, dont le battant est formé par une sorte d'aiguille en métal suspendue par un fil de soie. Au moindre souffle de la brise tout cela se meut, et le bruit de ces clochettes produit une vibration indéterminée à laquelle les Japonais trouvent un grand charme.
L'art et l'Industrie. — Pas plus que la Chine, le Japon ne possède ce qu'on peut appeler une architecture monumentale. Les uns attribuent ce fait à la fréquence des tremblements de terre, les autres à Tabsence des matériaux capables d'être employés dans des édifices solides et durables. Toujours est-il que des murailles quelquefois très épaisses, et des pavillons toujours extrêmement légers constituent l'élément principal et presque unique de l'architecture japonaise. La figure 326 nous montre un des pavillons de la résidence de Kioto, qui est pour les souverains du Japon, à peu près ce que Versailles ou Saint- Cloud étaient pour les nôtres.
Nous emprunterons à M. Humbert la description qu'il donne de la demeure des souverains. « Le palais, dit-il, considéré à distance, n'a de remarquable que ses dimensions, sa vaste enceinte de terrasses soutenues par d'énormes murailles de granit, ses parcs aux magnifiques ombrages, ses fossés semblables à des lacs paisibles, constamment animés de milliers d'oiseaux aquatiques. A l'intérieur, on admire les grandes proportions de toutes choses : murailles, allées d'arbres, canaux, portails, maisons de gardes du corps et de gens de service. L'exquise propreté des places et des avenues, le silence profond qui règne autour des bâtiments, la noble simplicité de ces constructions de cèdre aux soubassements de marbre, tout est combiné pour produire un effet solennel et provoquer ces impressions de majesté, de mystère et de crainte dont le despotisme a besoin pour soutenir son prestige. Ici, comme dans
les temples japonais, l'on De peut qu'admirer la sobriété des moyens employés par les artistes indigènes pour réaliser les plus hardies conceptions. C'est toujours à la nature qu'ils empruntent dans ce but les
Fig. 810. — Parlllon de T»Ulo à Kioto. (D'apris une peinture de H. Régunef.)
lessourccs les plus puissantes. La salle des audiences du Taicoua ne possède ni colonnes, ni statues, ni ameublement quelconque. Elle se compose d'une enfilade de vastes pièces très élevées et séparées les unes
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Fig, 321. — Rocher du tolell teTint. ID'apriB une peinture de H. fidgimer.}
des autres par des châssis mobiles, qui atteignent la hauteur du plafond. On les dispose en perspective, comme les coulisses de théâtre, et le fond de la scène ouvre sur les vastes pelouses et les allées d'arbres des pares environnants. »
Les temples japonais consistent quelquefois en un simple toit en chaume soutenu par quatre piliers de bois, mais, dans d'autres cas, on y voit une succession de palais avec des tours à étages multiples représentant les sphères superposées des cieux. Ces temples, qui sont trèssouvent en bois, et toujours d'une apparence extrêmement légère, ne forment pas un ensemble architectural d'un caractère unique et grandiose, mais une série de pavillons disséminés dans un jardin. Une peinture de M. Regamey (Sg. 327) représentant le Rocher du soleil levant, k Ishé, nous montre un de ces arcs de triomphe en bois dont les Japonais font un si graod usage et qui décorent les avenues précédant leurs tem-
Flg. 338. — JardiDs sicriSs d'A»»akta h Ycddo. (Puîi
pies. Ces portes bizarres ont été représentées à l'Exposition universelle de 1878 par des modèles qui nous ont permis de nous rendre compte de leur effet pittoresque. Le rocher que l'on voit dans la composition de M. Regamey est voué au soleil et est l'objet d'un culte que sont en train de pratiquer les Japonais du second plan, en adoration sur le rivage.
Veddo renferme un gran'd nombre de bonzeries. La plupart présentent des avenues d'arbres, coupées ou non par dos escaliers, et précédées de CCS sortes d'arcs de triomphe composés de trois poutres de bois. Les chapelles apparaissent de tous côtés sous les arbres. La figure 328 nous montre les jardins sacrés d'Assaksa à Yeddo. Elle nous donne assez hwn la physionomie d'une bonzerie. C'est qu'en effet, ils entourent le temple d'une divinité alternativement des deux sexes qui est chargée ^e présider à la mort et à la résurrection.
Les albums japonais nous monlrent assez fréquemment des représentations de prêtres qui nous permettent de comprendre l'allure et le costume des personnages affectés au service des temples (fig. 329). Mais ce que les cérémonies religieuses nous offrent de plus caractéristique
Fig. SIB, — Pr£trei jiponais. {D'iprËi on albam )ipODtto.}
ce sont les danses sacrées. Il y en a de différentes sortes et quelques-uoes ne sont pas sans présenter quelque analogie avec celles qui avaient cours dans l'antiquité et notamment dans l'ancienne Egypte. La danse du sistre est une danse religieuse comme la danse du nù-
- Danse du (IHre. Fig, 331. -
(D'aprèa dea peinture» de Regamey.)
Dkuaa du miroir.
roir ; elle fait partie des cérémonies du Sinloîsme, la religion priraitiTe du Japon. Cette religion se partage avec le Bouddhisme l'empire du Mikado. C'estia religion officielle, celle de l'empereur et des grands de la cour. Elle compte près de 60,000 prêtres. Les sintoïstes sont hostiles à toutes les représentations de la divinité dans leurs temples, qui sont tous d'une très grande simplicité de décoration ; ils ne se permettent
que des objets symboliques, parmi lesquels figurent le sabre, l'étendard, le miroir, le sistre, etc. Les figures 330 et 331 empruntées à des peintures de Régamey nous présentent des prêtres sintoïsles dans l'exercice de leurs fonctions. L'un tient un sistre et l'autre un miroir, deux objets qui figurent dans les danses de leur culte.
La peinture de Régamey que reproduit la figure 332 nous montre une scène assez curieuse qui nous initie aux mœurs politiques des Japonais. Nous sommes au 3 novembre, jour de la naissance du Mikado et la foule vient se prosterner devant son image. Par un effet bizarre, dû aux contradictions de la civilisation japonaise née d'hier et où les pro-
Fig. Z3t. — Ciin^monie du S Dovcmbre. (Peioturo de Regamcy.)
duits de l'iadustrie moderne se trouvent en contact avec les plus vieilles coutumes, c'est une photographie qui est offerte à l'adoration des fidèles sujets du souverain du Japon. Ce qu'il y a de pittoresque dans ce rapprochement ne semble nullement les déconcerter, si nous en croyons la peinture de Régamey.
Le mobilier religieux des temples japonais consiste surtout en statues et objets en bronze dont quelques-uns atteignent des dimensions monumentales. On se rappelle, quand la collection Cernuschi fut exposée aux Champs-Elysées, une grande salle dont le centre était occupé par un colossal Bouddha en bronze ; cette figure qui n'avait pas moins de quatre mètres de hauteur, provenait de Megouro, sorte de fauboui^ faisant suite k la grande ville de Yeddo. Le temple qui la recouvrait avait été détruit par un incendie, mais l'image en bronze n'a
heureusement pas souffert. Cette figure, qui ne maaquait pas d'un cet^ laiu caractère ùtuit évidemment conforme à un canon, car on voit dans une foule de collections, des Bouddhas de proportions différentes, mais qui reproduisent exactement les mêmes traits traditionnels, el la même attitude.
Après les représentaUons des grandes divinités, il y a celles des saints auxquels leur vertu a assigné un ran^ dans la hiérarchie céleste. C'est
t'ig. 3J3. — Cbcou-Lao moiilâ
ainsi que le philosophe Lao-Tseu, est devenu sous le nom de Cheou- Lao, le dieu et l'emblème de la longévité. Ce personnage qu'on représente habituellement monté sur un cerf blanc, est, en outre, caractérisé par la hauteur quelquefois démesurée de son crâne (fig. 333).
Quand les arts de la Chine s'introduisirent au Japon avec le bouddhisme, on ne vit pendant longtemps que des imitations plus ou moins serviles des bronzes' hiératiques et des peintures primitives de la Chine
et de la Corée. Ce n'est que postérieurement que les sculpteurs ont commencé à faire de petits dieux familiers et sont arrives ainsi aux jolis petits ivoires, aux masques si habilement modelés, qui caractérisent l'art du dis-septième siècle. La sculpture en bois ne parait pas s'être développée avant le dix-huitième siècle ; quant aux figurines de porcelaine et de faïence qu'on voit si fréquemment dans nos collections, la plus grande partie n'est pas antérieure au dix-neuvième siècle. Mais les sculpteurs japonais se sont de tout temps attachés à bien rendre les animaux, et ils mettent dans ce genre de travail beaucoup plus de
délicatesse et de fantaisie que lorsqu'il s'agit de reproduire la figure humaine (fig. 334).
Les animaux, fantastiques ou réels, sont presque toujours regardés comme des emblèmes religieux, et c'est à ce titre qu'on les voit si souvent représentés en bronze ou en bois, soit dans les pagodes, soit dans les maisons des particuliers. Mais les animaux fantastiques sont encore beaucoup plus communs que ceux qui sont simplement imités de la réalité.
" Là-bas, disent les frères de Concourt à propos des Japonais et des Chinois, ïe monstre est partout. C'est le décor et presque le mobilier de la maison. Il est la jardinière et le hrùle-parfum. Le potier, le hronzicr.
le dessinateur, le brodeur, le sèment autour de la vie de chacun. Il grimace, les ongles en colère, jusque sur la robe de chaque saison. Pour ce monde de femmes piiles au\ paupières fardées, le monstre est l'image habituelle, familière, aimée, presque caressante, comme est pour nous la statuette d'art sur notre cheminée. »
L'animal fantastique que nous avons vu (fig. 334) est une pure conception de l'imagination, mais il se pourrait bien que l'éléphant représenté sur la figure 335 ait été également fait par le sculpteur japonais à titre d'animal imaginaire. En effet l'éléphant n'eiiste pas au iapon, et on en voit cependant de nombreuses représentations parmi les
Fig. 33J. — £lfpli>nt oniâ de pierres prccicnte».
statuettes japonaises. Comme, sans être rigoureusement exacts comme forme, ces éléphants le sont pourtant assez pour qu'on reconnaisse toujours très bien l'intention de l'artiste, on peut supposer que la plupart de ces représentations ne sont que des reproductions plus ou moins libres de sculptures anciennement faites dans l'Indoustao, et apportées ensuite au Japon.
Parmi les animaux qui existent dans leur pays, la grue est peut-être celui que les artistes japonais représentent le plus souvent et quelquefois dans de très grandes proportions (fig. 336).
Bien que la fantaisie semble régner en souveraine sur la plupart des productions de l'art japonais, il y a certaines traditions ornementales dont les ouvriers s'écartent bien rarement. Ainsi les roches basaltiques tailladées par les ilols et les vagues couvertes d'écumes, dont les représentations sont si fréquentes semblent toujours exécutées d'après un
type primordial et uniforme. Les iris, les lotus et les nénuphars semblent aussi dérivés d'un modèle commun, et oa en peut dire autant des grues et des chauves-souris que les artistes montrent si souvent.
Les Japonais excellent dans la représentation des animaux et leurs bronzes sont souvent superbes de tournure et d'exécution. Les oiseaux
Fig. 33G. — Uroupe du grue» [Brome relmussé dargent.)
fabuleux dont la conception ornementale est parfois si heureuse, les grues colossales et les oies faisant l'office de brûle-parfum, les canards mandarins, les écrevisses et les crabes, les coquilles, les oursins, et en général les bètcs qui ont dans la forme quelque chose d'étrange ou même de bizarre, sont celles que reproduisent le plus souvent les sculpteurs japonais. Ils ne manquent pas l'occasion d'introduire dans leurs
vases, leurs brîtle-parfums, ou leurs candélabres, quelques pieuvres aui yeti\ saillants et aux tentacules multiples.
Tous ces caprices, qui bien souvent ne sont pour nous que de amples bizarreries, ont presque toujours pour les Japonais une sif^nificalion emblématique. Voici par exemple la description que donne A, Jacquemart, d'une curieuse lampe de la collection Cernuschi, que reproduit notre figure 337 : « Un socle carré surmonté de quatre groupesde nuages supporte une lampe dont la mèche s'enroule sur des liges de ling-lchi.
Fig. 317. — Limpe d'autel.
Sur l'un des côtés de la coupe, et au sommet d'un fût quadrangulaire en bronze, est accroupi un rat d'une vérité frappante d'exécution; il semble attendre, pour s'abreuver dans le bassin, que le feu soit éteint; en bas du fût, émergeant du liquide, se dresse un petit rat qui cherche à rejoindre le premier. Tout cela est réel, naïf, charmant; mais ces rats ne sont point là par une simple fantaisie : sur le socle, en métal blanc, rcssortcnt les douze signes du Zodiaque ou les douze animaux du cycle, ce qui donne à la pièce un caractère sacré ; ces rats qui la dominent font évidemment allusion au mois que le rat symbolise dans le Zodiaque et pendant lequel la lampe doit brûler sur l'autel. »
Les vases japonais sont décorés avec moins de profusion, mais souvent avec plus d'élégance que ceux de la Chine. On y voit souvent de grandes surfaces qu'on a laissées unies, pour reposer l'œil, en même temps que d'aulres où les appendices du vase attirent l'attention par une cooceptioD toujours ingénieuse. Les dragons qui tordent leur corps hérissé de poiates, les éléphants qui dressent leur trompe flexible, les papillons qui battent des ailes, les tortues, et même les crapauds, pour lesquels les Oiientaux n'ont pas la même répugnance que nous, se mêlent aux ceps
chaînés de feuilles fripées, aux grappes de fleurs qui pendent motlement, aux larges feuilles épanouies,'aux branches d'arbres et aux fruits, et constituent un système ornemental extrêmement original et d'une grande saveur {flg. 338).
Ici, comme en Chine, les vases ont parfois un langage nobiliaire et portent des armoiries : les trois feuilles de mauve appointées vers le centre d'un cercle indiquaient le taïcoun, tandis que le dragon à trois griffes tenant la perle était un emblème impérial.
Quant h la forme même des vases, elle est prodigieusement variée
(Gg. 339) et l'artiste s'ingénie quelquefois a leur donner des sujets : c'est ainsi qu'un vase apparaît enserré dans les mailles d'un filet, un autre prend l'apparence d'une pelote de fil capricieusement enroulée.
Les trépieds à parfums et les candélabres qui sont parfois d'une dimension considérable, sont extrêmement variés dans leur forme dont la bizarrerie étonne quelquefois, mais dont l'incontestable élégance séduit toujours. Les uns, très hauts sur leur tige ont la forme de pavillons dont les toitures multiples sont ornées de clochettes; d'autres ontplu-
Hg. 339, — Vue jtpoiiaU.
sieurs branches, dont le dessin simule l'épanouissement d'une plante. Quelquefois le support est un grand oiseau des marais, un monstre grimaçant ou un enfant jouant avec des (leurs. Il y a aussi des lampes suspendues dont on a soin d'entretenir constamment la flamme. Ordinairement on se sert pour cela de hautes bougies de cire végétale qu'on a plantées sur des pointes en métal.
Quand on parle de la sculpture japonaise, il ne faut pas omettre ces charmantes petites figurines en ivoire qu'on voit dans toutes les collections. Les petites statuettes qu'on désigne à tort sous le nom de boulons
japonais^ sont quelquefois des chefs-d'œuvre de tournure et d'expression. Toutes les scènes de la vie privée, les querelles, les déménagements, la ménagère qui fait sa toilette, etc. ; toutes les fantaisies burlesques apparaissent tour à tour dans une dimension microscopique : voici un œuf dont la coquille brisée laisse entrevoir un temple bouddhique avec sa divinité, voici des grenouilles qui dansent sur une vieille sandale de paille, voici une souri qui s'est logée dans un fruit et qui montre son museau à travers le trou qu'elle a percé, voici un ver qui rampe sur un marron, et en le mangeant creuse un sillon qui dessine des arabesques, etc., etc.
La céramique des Japonais n'est pas moins estimée que celle des Chinois, et si elle en diffère par certains détails de fabrication, elle se rattache aux mêmes principes décoratifs. Mais une branche d'art qui a pris au Japon un développement tout particulier, et qui, à cause de cela, mérite d'être signalée, ce sont les petits croquis que les japonais répandent à profusion sur leurs albums. Les Japonais ne se servent pas comme nous de plumes de métal qui grattent et écorchent le papier. Avec un pinceau et un bâton d'encre de Chine, ils écrivent et font des croquis d'une habileté surprenante. Au reste, le pinceau, l'encre de Chine et le rouleau de papier de mûrier, forment un petit mobilier portatif que les Japonais ont toujours avec eux, à la promenade ou en voyage. Tout cela est enfermé dans un étui, qu'on suspend à la ceinture avec la pipe et le sac à tabac.
Les croquis japonais nous montrent un mélange surprenant de fan-
Fig. 340. — Chanteur des rues. Fig. 341. — Jongleur.
(D'après des croquis tirés d'an album japonais.)
taisie et de réalité. Tantôt ce sont des fantômes qui voltigent, des guerriers fabuleux, des paysages qui nous déroutent, tantôt nous trouvons
«6 LASIE.
des /ïgures et des animaux dessinés avec une précision et une vérité qui nous enchantent. Ces cavaliers égarés dans les marais, ces laboureurs, ces enTants, ces jeunes filles, tout ce peuple qut nous raconte sa vie intime, ces cigognes au bord de l'eau, tous ces animaux sont rendus sur leurs croquis avec une vérité absolue.
Le chanteur des rues et le jongleur représentés sur les figures 340 et 341 sont d'une réalité saisissante comme tournure et comme expression. Les artistes japonais rendent avec le même bonheur la physionomie
Fig. liî. — Un petit marctiinil. (D'après un albam Jipoasis.)
de toutes les classes de la société et leurs albums sont assurément le document le plus curieux que nous puissions consulter sur les mœurs de leur pays. Voici figure 342. un petit marchand étalagiste et plus loin
(U'aprÈ3 un album japons
(fig. 343), deux personnages qui s'abordent au moment de traiter uoe affaire.
Cet art purement réaliste, qui se mêle sur les albums à des conceptions purement fantastiques n'est pas très ancien au Japon. D'après les renseignements Tournis par les documents japonais, c'est seulement vers le quinzième siècle que les artistes commencèrent à représenter les scènes des légendes et des poèmes populaires et les aventures des seigneurs féodaus. Mais c'est dans la période comprenant la deuxième partie du seizième siècle et la première du dix-septième siècle, qu'on peut placer la grande période créatrice de l'art japonais. A ce moment, l'art élai^issantsoii cercle, ne se contenta plus de faire de simples illustrations tirées
d'ouvrages écrits, il voulut puiser directement dans la nature et s'ouvrit aux scènes de mœurs les plus variées. L'imitation sincère de la nature et de la vie extérieure éleva alors la peinture japonaise à la plus grande hauteur où elle soit parvenue, car au dix-huitième siècle, le développement des impressions en couleur parait avoir amené une certaine altération dans les harmonies colorantes, en même temps que Tinfluence des acteurs, si visible dans les albums du temps, donnait au style du dessin, des allures emphatiques, fiévreuses, convulsives même, qui accusent des observations faites au théâtre plutôt que dans la nature.
11 est impossible de prévoir aujourd'hui l'avenir qui est réservé à l'art japonais. L'influence toujours croissante des idées européennes a déjà modifié, dans une certaine mesure, les usages du pays ; le costume national tend à disparaître, et le système d'instruction se transforme tous les jours. Il est difficile que l'enseignement du dessin ne suive pas le courant qui est donné maintenant au Japon. Les artistes apprendront sans doute de nous à distinguer l'ombre et la lumière, à dessiner correctement une forme, mais il est à craindre aussi qu'ils ne perdent en même temps la verve et l'originalité qui les distinguent aujourd'hui.
Les villes principales. — Le Japon, dont la partie méridionale est extrêmement peuplée, eu égard à l'étendue du sol, possède plusieurs villes importantes.
Yeddo (750,000 hab.), dont le nom officiel est maintenant Tokio^ capitale du Japon, s'élève, dans une très heureuse situation, au fond de l'admirable baie qui porte son mon. L'O-kava (grande rivière) sépare la ville politique, ou Siro. et la cité industrielle et commerçante qui s'étend autour du Siro, massant ses constructions surtout du côté de la baie, du faubourg principal, le Hondjo, situé sur la rive gauche de la rivière, où les négociants ont leurs habitations de plaisance, ne conservant dans la cité que leurs maisons de commerce. Le bon marché des terrains dans ce faubourg a engagé quelques fabricants à y établir des usines; mais son aspect est en somme plus bourgeois qu'industriel. Les jardins y alternent partout avec les maisonnettes et les rues propres et bien alignées, où la foule ne se presse pas, active et préoccupée, ont un feux air de promenades. Yeddo est sillonnée de canaux bordés de rubans d'arbres qui donnent à tout un certain aspect de fraîcheur. Les maisons, dans les rues qui n'ont pas été européannisées, sont construites en bois et ne dépassent pas un étage. Les incendies qui ont mis fréquemment la ville en cendres, montrent le côté faible de ce mode de
conslruction qui a pourtant sa raison d'être dans une contrée exposée aux tremblements de terre. En 1872, un incendie consuma cinq mille maisons. Les jardins publics, les parcs que l'on trouve en grand nombre à Yeddo et qui enfantent de grands espaces vides de constructions ae purent arrêter la marche des flammes. Les décorations diverses, comme forme et comme couleur, des fragiles bâtisses japonaises, l'abondance des jardins, des canaux et des promenades ombragées, donnent à la capitale du Japon une physionomie aussi gaie que pittoresque. La vie intense qui s'y montre, se développant de plus en plus chaque jour, ajoute encore, par sa physionomie locale, à l'impression très vive que fait la ville sur le visiteur étranger.
Kiolo (200,000 hab.), ancienne résidence du Mikado, est aujourd'hui une ville un peu abandonnée pour Yeddo où se concentre maintenant toute l'activité de la nation. Osaka (400,000 hab.), au sud de Nipon, est le centre industriel le plus important du Japon.
H Nagasaki, bâti à quelque distance de la mer, écrit M. Levasseur, sur la rive gauche d'un long estuaire et situé par vapeur à trois jours de distance du port de Shang-haT, avec lequel il est en communication régulière, est une ville de fondation portugaise ; renfermés dans un tlot de son port (Desima), après l'expulsion des Portugais, les Hollandais ont entretenu, pendant deui siècles, les seuls rapports de commerce que le Japon consentit à avoir avec l'étranger; aujourd'hui la ville est ouverte et, au sud de la cité, les Anglais et les Français ont sur la terre ferme leur concession. »
1 . j^S^ Yokohama est le port de commerce européen le plusimp^^^l^ portant du Japon, Cette ville qui n'était, il n'y a que peu """ d'années qu'un simple village, compte à l'heure qu'il est plus
de 100,000 habitants. La campagne où elle se bâtit en permanence est l>assc et marécageuse. Un canal sépare la cité de la terre ferme.