CHAPITRE VI
Aspect du pays. — L'ancienne Perse. — La Persa moderne. - Les villes principales.
L'art et l'industrie. -
spect du pays. — Le sol de la Perse peut êire considéré dans son ensemble comme un immease plateau enfermé, presque de tous côtés, par une ceinture de montagnes. « La plus grande partie du plateau de l'Iran, dit Elisée Reclus, occupant un espace quadrilatéral entouré de mon^gnes qui arrêtent les pluies au passage, consiste en solitudes arides, les unes revêtues de couches salines, restes d'anciens lacs desséchés, les autres couvertes de sables mobiles que le vent soulève en tourbillons, ou bien parsemées de monts rouge&tres que le mirage éloigne ou rapproche et transforme incessamment suivant les ondulations de l'atmosphère (fig. 399). »
Laurens et Pasini, qui ont fait un assez long séjour en Perse, ont très bien reproduit la physionomie de ce pays, si rarement visité aujourd'hui par les Européens. Le tableau de Pasini, que montre la figure 400 offre l'image d'une contrée sauvage et désolée. C'est un défilé dans les montagnes du Khoraçan. Cette aridité se trouve également dans le Caboul et dans le Bcloutchislan, vastes provinces qui faisaient autrefois partie de la Perse et qui en sont aujourd'hui séparées. 11 manque un grand fleuve à cette contrée qui, partout oii il y a un cours d'eau, est d'une prodigieuse fertilité. La Perse possède, çà et là, de riches plaines et de magnifiques forêts, mais les rares artistes qui ont entrepris ce difficile voyage ont été surtout frappés par le caractère sauvage de ses déserts et de ses rochei-s.
L'anoienne Perse. — La vasle monarchie fondée par Cyrus comprenait toul le pays qui s'étend entre l'Indus et la Méditerranée, mais aous ne nous occuperons ici que de ]a contrée qui forme la Perse actuelle. Les Tilles principales étaient Persepolis, Suze et Ecbatane. Persepolis a laissé des ruines importantes.
Les ruines de Persepolis se trouvent à une douzaine de lieues de Schiras, à l'entrée d'une grande plaine. Quelques familles de Turcomans et de Kurdes errant parmi ses débris avec leurs troupeaux, sont aujourd'hui les seuls habitants qu'on rencontre dans le palais de Xcrxès.
Nous empruntons à M. Lenormand la description qu'il donne des mines.
«Une chaîne de rochers en marbre gris, aux lignes de la plus grande beauté, présente une ouverture de forme semi-circulaire, dont les deux bras enveloppent le fond de l'édilîce, tandis que le devant avance beaucoup dans la plaine. Le sol est une plate-forme taillée dans le roc et dont les quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux ; la position et la nature du terrain, utilisées par l'architecte, donnent à Tédilice l'aspect d'un amphithéâtre qui représente trois terrasses élevées les unes iu-dessusdes autres. Le tout est construit en marbre tiré des montagnes, et dont les blocs énormes sont réunis, sans chaux ni mortier, d'une
manière si admirable qu'on a de la peine, avec l'attention la plus forte, à en découvrir les joints.
K Des escaliers de marbre conduisent des terrasses inférieures aux terrasses supérieures; ils sont si larf^es et si commodes, que dix cavaliers, placés sur un même rang, pourraient les monter. L'escalier de la première terrasse conduisait k im portique dont il ne reste que quatre pilastres, qui formaient, deux h deux, l'entrée au nord et au sud. Des
FIg. 401. — Ttiareta tllë, k Per^polia.
taureaux ailés, pareils à ceux des palais assyriens, sont sculptés dans ces pilastres et y accompagnaient de même la porte de chaque côté (Hg. 402). Entre les pilastres se trouvent quatre colonnes; tout le reste est en niiDes. De cette première terrasse on monte par des escaliers semblables, quoique moins larges, à la seconde terrasse, qui contenait quatre colonnadesdifiërentes dont il subsiste encore un certain nombre de colonnes. Elles sont cannelées, hautes de ITmèlres, et si grosses que trois hommes
peuvent à peine les embrasser. De doubles têtes d'animaux, réunies par la nuque, surmontent les chapiteaux (fig. 402). Elles laissent entre elles on vide où il y avait probablement des solives qui supportaient un toit plat; de sorte que le tout formait un grand péristyle. Par ce péristyle on arrive enfin à plusieurs édifices isolés les uns des autres, l'un, qui est le plus grand, est sur le même plan; les autres, plus reculés, s'élqventsurune troisième terrasse. Ils contiennent tous quantité de cham-
bres de diverses grandeurs, qui paraissent avoir été habitées. L'intérieur de ce monument offre une foule de représentations figurées qui ont pour Tantiquaire un intérêt d'autant plus vif qu'elles ont un caractère historique et qu'il s'y développe comme un poème en l'honneur du roi pour qui a été construit l'édifice (fig. 403 et 404). Les parois des esca-
Fîg. 403. ~ Bas-relief persan.
liers sont couvertes de figures disposées en procession, qui représentent ies officiers de la cour, les gardes et les députes des diverses satrapies venant apporter au monarque, comme tribut, les plus remarquables productions de leurs pays respectifs. Les parois et les entrées
Fig. 404. — Bas-relief persan.
des édifices du fond ne sont pas moins riches en bas-reliefs. On y voit le roi en costume de cérémonie, entouré de sa suite, des combats d'animaux sauvages ou d'animaux fabuleux, entre eux ou contre ies hommes. Commencé par Darius, le palais de Persépolis a été achevé par Xerxès.
« Dans le mur de rocher d'où sort la plate-forme qui sert de fondement à l'édifice, on aperçoit deux grands tombeaux. Une façade richement ornementée, considérablement élevée au-dessus du sol, et derrière laquelle se trouve une chambre carrée, est taillée dans le roc. Il a fallu, pour y parvenir, pratiquer une ouverture, et toutes les recherches pour
Fig. 405. ^ Tombeau de Darius.
retrouver l'ancienne entrée sont restées sans succès ; le roc a été taillé à pic pour rendre les monuments tout à fait inaccessibles. L'un de ces tombeaux, décoré d'une longue inscription, est celui de Darius; Fautre, sans inscription, doit être celui de Xerxès. »
La figure 405 représente le tombeau de Darius. La façade de ce moflument, qui a près de 30 mètres de hauteur, présente une excavation
profonde en forme de croix grecque, et est divisée en trois étages. Le premier est lisse cl semble avoir été destiné à recevoir une inscriplioD. La porte du tombeau s'ouvre sur le second, qui est orné de quatre colonnes dont le chapiteau est un double taureau unicorne. Dans l'étage supcriour, un double rang de figures en forme de cariatides supporte
rig. m.
Cotonncs de Peradpolis.
une corniche ornée de moulures, sur laquelle est debout un personnage tenant un arc bandé, symbole de la force, et vis-à-vis de lui un autel au-dessus duquel est figuré un globe que l'on regarde comme l'emblènie du soleil. Un génie, dont la figure est semblable à celle du personnage et dont le corps est enveloppé dans de grandes ailes ouvertes, vole entre
(fT^^
Ornements pereépoliUins
l'homme et l'autel. On croit que cette figure est le symbole de l'âme qui est chargée de combattre les mauvais esprits envoyés par Ahriman. A droite et à gauche du bas-relief est un pilier dont la base est la patte d'un lion, et qui est surmonté d'une tète de taureau unicorne. Nous avons vu que les chapiteaux des colonnes persépolitaines sool
quelquefois formés par un double poitrail d'animal. Ceui qui sont reprit sentes sur les figures 406 à 408 montrent d'autres types, provenant é^lenient de Persépolis. La fleur de lotus qui parait assez fréquemment dans l'ornem'ent de ces palais parait être une importalioa égyptienne. Persépolis est jusqu'à présent le seul endroit ou l'on puisse étudier le style archilectoniquc de l'ancienne Perse (fig. 409 à 411). Le
Fi^. tlS.— Bu-relief à Pasargade».
palais de Snze récemment fouillé n'est plus qu'un amas de décombres et il en est de même A'Ecbatane, l'ancienne capitale de la Mcdie. Néanmoins, ces débris, si informes qu'ils soient, sont suffisants pour montrer que le style employé dans ces Tilles pour la construction des édifices offre de grands rapports avec celui de Persépolis.
Pasargades était la capitale religieuse des Perses comme Persépolis en était la capitale politique. Cette ville renfermait le tombeau de Cyrus, fondateur de la monarchie. C'est parmi ses débris qu'on a découvert le curieux bas-relief représenté sur la figure 412. Une triple inscription cunéiforme, en trois caractères différents, est placée au-dessus de ce per-
sonnage qui est pourru de quatre grandes ailes, et porte sur la tête une coiffure symbolique égyptienne. Les savants n'ont pas encore trouvé l'explicafion de ce bas-relief énigmatique, que nous avons fait reproduire d'après l'atlas de Kreuzer,
Les Perses paraissent s'être servis de monnaies principalement ave:; tes mercenaires, ou les populations maritimes dont ils louaient les navires, car dans les échanges de métaux précieux qu'ils faisaient entre cui, ils les comptaient au poids et sans effigies ou marques figuratives. Ces monnaies qu'on employait pour payer les étrangers sont appelées dariqiies. Elles représentent soit Tarcher royal, comme on le voit sur la figure 413, soit le roi monté sur son char, comme le représente la figure 414, soit la galère royale (fig. 415).
Les monnaies deviennent très nombreuses après la conquête d'Alexandre et portent des emblèmes grecs. Les rois Parthes et les princes
Sassanides en ont également fait frapper, et leurs monnaies attestent la ' décadence des arts. On doit aussi aux Sassanides quelques bas-reliefs taillés dans le rocher, pour l'exécution desquels ils paraissent avoir employé des artistes romains, et qui fournissent des renseignements assez curieux sur le costume de l'époque.
La Perse moderne. — Les Persans sont généralement grands élancés et bien proportionnés. Ils ont le teint olivâtre, plus ou moins foncé selon les provinces. Leur figure, encadrée par des cheveux noirs et à laquelle des yeux très vifs aux sourcils arqués et un nez aquilin donnent un caractère bien particulier, est mobile et expressive, chose assez rare chez les Orientaux. Malheureusement, l'air brûlant et sec, qui est une des plaies de la Perse, s'attaque aux yeux des habitants et leur cause des maux fréquents. Un quatrain du poète persan kéyam nous donne une idée de la façon dont les habitants de l'Iran conçoivent la beauté. » Bien que ma personne soit belle, dit ce quatrain, que le
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Fig. 416. — Miniature persane.
parfum qui s'en exhale soit agréable, que le teint de ma figure rivalise avec celui de la tulipe, et que ma taille soit élancée comme celle dW cyprès, il ne m'a pas été démontré cependant pourquoi mon céleste' peintre a daigné m' ébaucher sur cette terre. >>
La figure 416 nous montre quel est l'idéal des artistes de l'Iran en fait de beauté féminine.
Les Persans demandent à une belle femme : une peau très douce,
Fig. 417. — Persftn dos provinces de l'Est (D'aprÎB les tjjjci oipoE^s en IS78, par U SaciËii des arts ifa Moscou.)
des extrémités mignonnes, une taille souple, un cou allongé, une bouche petite et ornée de dents blanches, un teini coloré, un nez proportionné, des yeux très grands abrités par de longues paupières, une taille moyenne et de longs cheveux.
Le costume des Persans se compose d'un pantalon de soie ou de coton rouge ou bleu, et d'une tunique fixée par une ceinture, pardessus laquelle ils portent habituellement un grand manteau, comme le montre la figure 417. Le personnage ici représenté appartient au Khora-
pn, ou^mëme à l'Afghanistan ; cela se voit à la forme de son chapeau qui est entouré d'un turban et plat du haut, au lieu d'être pointu comme ceux qu'on porte k Téhéran, et dont on va voir plus loin la représealation d'après un tableau de Pasini.
n Dans leur intérieur, dit Malle-Brun, les femmes ne sont vêtues que d'uae simple chemise fendue jusqu'au-dessous du nombril, et d'un pantalon de toile ou de soie. Lorsqu'elles sortent, elles se couvrent de quatre voiles épais, et s'enveloppent d'une pièce de toile immense, souvent quadrillée, qui les cache de manière qu'on ne voit que leurs jeux. Pour ajouter à leurs attraits naturels, elles se teignent les ongles, la plante des pieds et la paume des mains en une couleur rouge&tre (le henné), et rendent leurs sourcils plus noirs et plus arqués, au moyen d'une teinture de surmé de cette couleur. Une de leurs coquetteries