CHAPITRE VII
Turquie d*Asie. — Le Tigre etTEuphrate. — L'Asie Mineure. — La Syrie. — L'Arabie.
urqule d'Asie. — Les contrées qui composent la Turquie d'Asie nous reportent aux plus anciens souvenirs de Thistoire et de la mythologie : mais ces souvenirs n'existent pas pour les habitants actuels, abrutis par de longs siècles d'igno rance. Le sol où s'élevèrent Ninive et Babylone, Jérusalem et Troie, le sol 011 se sont développées les premières civilisations, ne renferme plus guère aujourd'hui que des plaines en friche, des montagnes dénudées, des villes sans activité, et au sommet de l'éclielle, un gouvernement sans force et sans crédit. Les limites mêmes de la Turquie d'Asie ne semblent jamais définitives, puisque chaque guerre, chaque traité les modifie. A Tintérieur, des fonctionnaires mal rétribués exercent presque sans contrôle une autorité sans bornes, et la sécurité individuelle n'existe guère que pour les Européens groupés autour de leurs consuls (fig. 425).
La Turquie d'Asie est hérissée de montagnes dans plusieurs endroits : la grande chaîne duTaurus traverse l'Asie Mineure de l'est à l'ouest, et celle du Liban longe la côte de Syrie pour aboutira la presqu'île du Sinaï. C'est dans les montagnes de l'Arménie que le Tigre et l'Euphrate prennent leur source ; ils traversent ensuite d'immenses plaines, et se joignent avant leur embouchure dans le golfe Persique. La population est composée d'éléments très divers ; l'immense majo-
514 L'ASIK.
rite profci^sc la religion musulmane. Les Arméniens et les Grrcfi, qui sont chrétiens, forment pourtant un élément assez important dans le chiffre des habîtints. Quoique l'instruction soit très peu répandue dans la Turquie d'Asie, les écoles musulmanes sont assez nombreuses: Decamps nous a donne la sortie d'un de ces établissements (fig. 426). presque tous dirigés dans un sens exclusivement religieux, et qui forment plutôt des fanatiques que des hommes instruits et pouvant contribuer à la prospérité du pays.
Los habitations musulmanes sa composent généralement de deux parties distinctes : l'appartement des hommes et celui des femmes, sé-
parés l'un la descri|ili éléganl i|ii extérieur-^ magnirn]N( arabesques long di^riii raille, un croisée; il
1; uS
■)' par lin lonj; corridor. Théophile Gautier a dw (III suivante iWm iiiohîliei' lurc : " L'appartement était aussi ' riche ; une rangée de feiièlres en occupait les trois paDs de manière â admellrc le plus de jour et de lumière... Db tiipis de Smyrne couvrait moelleusement le pfancber, ^ t'I des enlrelacs peints el dorés décoraient le plafond; I de salin jaune ot bleu régnait sur les deux faces de la mu; pelit divan très bas s'étalait dans une entre-deux Ae ■riMiiv de damas Lieu jnncbaieiit Çii ri h'i le tapis. Dan« un angle scintillait, placée sur un plateau de même matière, une grande aiguière de verre de Bohème ramagée de dessins d'or ; dans l'autre était placé un coffre de cuir gaufré, historié, piqué et doré, d'un goût charmant. Malheureusement ce luxe oriental était entremêlé d'une commode en acajou sur le marbre de laquelle pyramidait une pendule recouverte
LA TUaQUU ET L'ARABIE. 515
de son globe, entre deu\ vases de fleurs artificielles sous verre, ni plus
ni moins que sur la cheminée d'un honnête rentier du Marais. » U
516 L'ASIB.
est bon de remarquer en effet que la civilisation occidentale, à mesure qu'elle pénètre en Orient, lui ôte son relief pittoresque.
Le costume des Turcs delà classe aisée ne diffère de celui des peuples européens que par le fez rouge qu'ils portent en place du chapeau. Dans le peuple on porte encore assez fréquemment l'ancien costume, composé d'une large culotte flottante, d'une veste non boutonnée, sur laquelle on met quelquefois un cafetan, ou pardessus; ces vêtements sont généralement d'une couleur assez voyante. Les femmes portent de longues chemises, qui remontent jusqu'au cou, de larges caleçons, avec un pantalon dont le bas est serré autour des jambes et dont la partie supérieure s'attache à une petiteveste. Pour sortir, elles recouvrent ce costume d'un large manteau sans manches, quidissimide complètement leurs formes. En outre elles se couvrent la tête et le cou d'un voile blanc qui ne laisse apercevoir que les yeux.
La Turquie d'Asie, qui contient environ 16,000,000 d'habitants, est divisée administrativement en un certain nombre d'eyalets ou provinces, mais au point de vue des arts et de leur histoire, elle comprend trois parties nettement déterminées, le bassin du 'Tigre et de l'Euphrate. TAsie Mineure, et la Syrie.
Le Tigre et l'Euphrate. — Les contrées qu'arrosent le Tigre et TEuphrate formaient autrefois l'Arménie, l'Assyrie et la Babylonie (tig. 427). L'Arménie, qui est la partie la plus septentrionale des pays dont nous parlons, est une contrée extrêmement montagneuse et d'un climat assez froid.
Erzeroum (60,000 hab.), la ville la plus importante de l'Arménie, a été très florissante au temps des empereurs d'Orient, mais elle est bien déchue aujourd'hui. Les rues sont sales, encombrées d'immondices et d'une odeur suffocante en été. La plupart des maisons sont de véritables huttes, au miheu desquelles on fait du feu, les cheminées étant remplacées par une ouverture au plafond. Le pays qui entoure Erzeroum est absolument dénudé et on ne trouve pas d'arbres dans les environs. Van (45,000 hab.), au bord du lac qui porte son nom, est d'un aspect plus riant h cause des jardins qui l'entourent.
L'ancienne Assyrie forme aujourd'hui le Kurdistan. Diarbekù'^ (40,000 hab.), ville forte sur le Tigre, en est la capitale ; mais la ville la plus iifiportanlc du pays, par le commerce et l'industrie, est Mossoiu (45,000 hab.), également sur le Tigre. Cette ville, possède des fabriqués de tissus, qui ont pris de là le nom de Mousseline. Ce qui rend surtout Mossoul intéressant pour l'artiste et l'archéologue, ce sont les ruines de Ninive, d éouvertes en 1842 par M. Botta, consul de France, dans un monticule de sable situé au bord du fleuve.
On découvrit d'abord un palais entier recouvert de sculptures colos-
sales et de bas-reliefs représentant des scènes de la\ie publique et privée des anciens Assyriens. Les fouilles entreprises par M. Botta ont été continuées depuis par M. Place, qui découvrit la première statue assyrienne
Fig. 427. — Bassin du Tigre et de TEuphrate (antiquité).
qui ait été exhumée ; car jusque-là oc n'avait encore trouvé que des basreliefs. Un Anglais, M. Layard, entreprit bientôt des fouilles près du village de Nimrod, et ensuite dans le village de Koyoundjeck. Les sculp-
tures qu'il y a découvertes ont enrichi le musée de Londres, comme colles de Khorsabad avaient enrichi celui de Paris.
Toutes ces ruines se rapportent au second empire d'Assyrie dont Ninive, la capitale, fut détruite Tan 606 avant Jésus-Christ. C'est Koyoundjeck dont les ruines répondent plus spécialement à Nini\e, toutefois elles ne datent pas de la première ville de Ninive, mais de la cité rebâtie par Scnnacherib, fils de Sargon, sur remplacement de Fancienne.
Lorsque Ninive fut rebâtie, l'ancienne résidence de Sargon devint à peu près comme est Versailles par rapport à Paris..C'est de Khorsabad que viennent la plupart des monuments assyriens que nous avons au Louvre : quelques-uns pourtant, et ce sont les plus anciens, viennent de Nimrod, dont les ruines ont été trouvées sur l'emplacement de l'ancienne Kalakh, ville qui fut bâtie par Assournazirpal, et où les rois d'Assyrie avaient aussi une résidence.
Au sud de l'ancienne Assyrie était la Babylonie, qui est aujourd'hui comprise dans la province d'Irak-Arabi. Bagdad {GO, 000 hdih,), ancienne capitale des khalifes, est située au bord du Tigre. Cette ville, dont le nom fait penser aux récits merveilleux des Mille et une nuits ^ est loin de répondre à l'idée qu'on s'en fait habituellement; cependant elle fait assez bon efTet a distance avec ses dômes pâles, ses minarets qui se détachent sur l'immensité de la plaine qui l'entoure. Les dattiers qui montent de ses places ou de ses jardins lui donnent un faux air d'oasis.
« Du côté de TOrient, dit M. E. Flandin, elle est fermée par une vaste ceinture de murailles en assez bon état, que protègent quelques bastions et un large fossé facilement submersible par les eaux du Tigre. Cette enceinte s'appuie, à ses deux extrémités, au rivage du fleuve qui baigne la partie occidentale de la ville. C'est de ce côté que Bagdad se présente sous son plus bel aspect. Le palais du pacha, les mosquées, les cafés, les maisons ou les jardins qui se succèdent en se reflétant dans l'eau qui les baigne, forment un très beau coup d'œil. Derrière cette ligne d'édifices ou de maisons au pied desquels coule le Tigre, se groupent les divers quartiers de la ville au travers desquels circulent de nombreuses rues, de grands bazars, et où s'élèvent çà et là plusieurs mosquées. L'une des plus belles est la mosquée du Meidân ou d' Ahmet-Khiaïa ; elle est entièrement recouverte de briques émaillées qui forment de gracieuses arabesques aux plus vives couleurs. Elle domine une grande place ou Meïdân sur laquelle s'ouvrent des cafés, des boutiques, des caravansérails, et qui, le matin, est encombrée d'Arabes qui viennent y vendre leurs melons, pastèques, poules et autres denrées. C'est aussi le lieu d'arrivée ou de départ des caravanes du Nord; leurs nombreux chameaux et mulets y sont déchargés de leurs lourds fardeaux, en attendant ceux qu'ils doivent transporter vers l'Asie Mineure. Près de là est la porte
Bad-et-Khadem, h côté de laquelle est une autre petite mosquée dont l'entrée remarquable présente une porte en ogive ornée de dessins en relief, composés avec de petites briques dont les arrangements forment comme des espèces de broderies gracieuses. Au-dessus une sorte d'auvent en bois découpé abrite cette porte contre les rayons verticaux du
Fig. *28. — Cylindre babylonien.
soleil. )> Aux environs de Bagdad on trouve les ruines de Séleucie et de Ctésiphon,
En Mésopotamie, BUlah, ville de 30,000 habitants, s'élève sur le bord de l'Euphrate au milieu des restes de l'ancienne Babjlone. La description d'Hérodote nous permet de nous faire une idée de la splendeur de l'antique cité ; mais comme toutes ses constructions étaient en briques i-cliées entre elles par du bitume, elles n'ont laissé, en s'écroulant, que
Fig. 429.— Cylindre babylonien.
des traces bien peu distinctes et ne s'accusent le plus souvent que par la présence de monticules semés çà et là de murs épais. M. Jules Oppert ette colonel Rawlinson, qui ont visité les ruines de Babylone, nous en ont donné d'intéressantes descriptions. M. Oppert croit avoir retrouvé les vestiges du temple de Bélus. Un y a découvert un très grand nombre de cylindres, d'amulettes et de pierres taillées.
Les cylindres (Gg. 428 et 429) paraissent avoir servi de talismans que l'on portait pour se préserver des événements funestes. Ils sont généra-
lemeiit en pierres dures, telles que jaspe, calcédoine, sardoiae, agale, cristal de roche, lapis-lazuli, basalte, quartz, etc. : presque toujours ib sont percés dans leur longueur d'un trou dans lequel on passait un cordon, ce qui fait supposer que ces amulettes se portaient autour du cou, probablement comme des colliers.
Non loin du golfe Persique, au milieu d'une contrée malsaine, se trouve Bassora (60,000 hab.), ville commerçante, arabe et persane tout ■t la fois, dont le port met la Turquie en ra|i[)ort a\ec les Indes.
L'Asie Mineure. — LWsie Mineure est formée par un plateau liérissé de montagnes et s'avançant vers l'ouest entre la Méditerranée, l'Archipel, la mer de Marmara et la mer Noire. La clinînc du Taurus traverse
Fig. 430. — Fraction àe l'Aslo Uineure (antiquîLij).
cette vaste presqu'île, qui n'a pas de fleuve important, mais qu'arrose une multitude de rivières et de petits coui-s d'eau. Sur cette terre classique, il est bien peu de points qui ne rappellent quelque souvenir historique et mythologique : nombre de villes autrefois (lorissantes ont disparu sans laisser d'autre trace que les débris qui couvrent le sol (lig. 430). L'ancienne Cappadoce formait avec le royaume de Pont la partie la plus orientale de l'Asie Mineure. C'est dans ce pays que les anciens plaçaient le séjour fabuleux desAmazones /"re'itaoHrfiî (60,000 hab.), capitale d'un empire grec ati moyen âge, est la place de commerce la plus importante de l'Asieottomane. Ce'sor^iî, qui comptait 400.000 habitants au temps de sa destruction par Sapor, n'est plus qu'une petite ville sans importance. Tymie, où naquit le fameux thaumaturge Apollonius, a conservé un aqueduc dont cinquante arcades sont encore debout. On a retrouvé quelques ruines à Amasée, la patrie de Mithridate, mais
Çomana^ la ville sainte, où le temple de la déesse était desservi par six. mille hiérodules, n'a pas laissé de traces. L*acropole de Ptérium est le monument le plus important que Tantiquité ait laissé dans cette contrée. Près de là on trouve une enceinte taillée dans le roc avec des bas-reliefs archaïques extrêmement curieux.
LaPhrygie a conservé quelques-uns de ses vieux tombeaux, mais le fameux temple de Cybèlc à Pessinmite a disparu. Angora (50,000 hab.), ville renommée pour son industrie, est bâtie sur remplacement de l'ancienne Ancyre, qui a conservé des ruines gréco-romaines d'un grand intérêt, parmi lesquelles on signale un temple d'Auguste.
La Bithynie, située entre Tllellespont et le Pont-Euxin, est une contrée riche en souvenirs historiques. Prusias, roi de Bithynie, dont nous donnons une médaille (fig. 431), est célèbre pour a\oir donné l'hospitalité à Annibal, qu'il sacrifia ensuite aux rancunes des Romains. La \'ille la plus importante de la Bithynie était Nicée^ où s'est tenu le fameux concile œcuménique, au-
Fig. 431. ?^^1 ^^ ^^** ^^ Symbole des apôtres ; cette ville,
PruBias, roi de Bithynie. qui a conservé de précieux restes, entre autres
son ancienne enceinte, n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre village turc. Il n'est rien resté de Nicomédie, qui fut le séjour favori de plusieurs empereurs, entre autres de Dioclétien et de Constantin. Brousse (60,000 hab.), l'ancienne Priise^ qui n'eut dans l'antiquité qu'une importance secondaire , est devenue la première capitale de l'empire ottoman, et est encore aujourd'hui une ville Qorissanle. Scutayn, sur le Bosphore, juste en face de Constantinoplc, est surtout connue par son magnifique cimetière, planté de vieux cyprès.
L'ancienne Troie n'a pas laissé de ruines apparentes. Les fouilles du docteur Schlieman ont amené des résultats extrêmement curieux pour l'archéologie, elles objets qu'il a découverts remontent à la plus haute antiquité, mais il n'est pas démontré qu'ils appartiennent réellement à la >ille de Priam, dont l'emplacement même sert de sujet à de nombreuses contestations. Déjà dans l'antiquité on était à la recherche de l'emplacement de Troie ; les Romains, qui se prétendaient descendants d'Enée, attachaient même à cela une telle importance qu'ils ont exempté d'impôt les habitants d'une ville qu'ils croyaient élevée sur l'ancienne Troie.
Les plus belles ruines de la Troade sont celles d'Assos : ses murailles grecques sont les mieux conservées de toute l'Asie Mineure, et son temple dorique est un des plus anciens qu'on connaisse. Les bas-reliefs qui le décoraient, d'un style très archaïque, sont maintenant au musée du Louvre.
Fig. 43Î. — Uêdutic du Pergame.
Pebcame, qui fui quelque temps la capitale (l'un royaume puissant, était renommée par sa bibliothèque, rivale de celle d'Alexandrie, et par son école de médecine, qui avait une célébrité immense dans l'antiquité. Un médaillon qui date de Commode (fig. 432) montre l'union qui existait alors entre les habitants d'Ephèse et ceux, de Pergame. Ephèse esl représentée par sa fameuse Diane, dont le corps est enveloppé dans une gaine, et Pergame par une image d'EscuIape.
qu'on y vénérait particulièrement. Les restes d'un beau temple, les ruines d'un édiûce qu'on croit être le palais de Lysimaque, une basilique convertie en mosquée, et des débris provenant du théâtre el de l'ampliithéâtre, attestent encore la grandeur passée de Pergamrt Cysigue, Lampsaqtie et Abydos, qui étaient, après Pergame, les principales villes de la contrée, n'ont laissé aucun témoignage important de leur ancienne opulence.
Sardes, ancienne capitale de la Lydie, fut autrefois une ville riche et populeuse. Quelques colonnes éparses restent seules pour témoigner de son emplacement. Le fameux temple de Diane à Magnésie, qui avait été bâti par Ilermogène, et qui fut glorifié par Vitruve, n'existe plus, mais le sol qu'il occupait est jonché de débris. Quelques bas-relieCs provenant de ses ruines se voient maintenant au musée du Louvre.
Ephèse, ia métropole religieuse de l'Ionie, dont la fondation était attribuée aux Amazones, était célèbre par le culte qu'elle rendait à Diane, dont l'image est représentée sur les monnaies de la ville (fig. 433). Son temple, qui passait pour une des merveilles du monde, a été brûlé par Eroslrale, la nuit même de la naissance d'Alexandre le Grand. Rebâti aussitôt avec le plus grand luxe, il fut détruit de nouveau sous la décadence, elseii plus belles colonnes, emportées à Constantinople, ont été employées à la décoration de la grande église de Sainte-Sophie.
Le musée du Louvre s'est enrichi, dans ces dernières années, de plusieurs fragments de colonnes provenant du temple d'Apollon Dydimécn, k Mi/et. Cette ville, qui passait pour une des plus opulentes de l'Asie, n'existe plus aujourd'hui. Phocée, dont les habitants ont fondé Marseille, Cohphon, Erythrée, Prime, et bien d'autres villesquî sont célèbresdans
HédaUI« d-EplièM.
rhistoire, n'ont laissé que des débris épars sur le sol. De tant de cités fameuses, une seule, Smyrne, a conservé une importance relative.
Smtrme (150,000 hab.), un des plus grands entrepôts du commerce du Levant, est extrêmement ancienne, puisque sa fondation mythologique remonte à Tantale. Cette ville est une de celles qui se glorifiaient d'avoir donné le jour à Homère. Sa physionomie bien orientale séduit beaucoup les voyageurs ; Decamps nous a donné une jolie représentation d'un café aux environs de Smyrne (fîg. 434).
La campagne qui entoure Smyrne offre un champ immense pour les études archéologiques. Outre une foule de tombeaux très curieux, entre autres celui quia recule nom de monument de Tantale, on y voit un grand bas-relief taillé dans le rocher, dans lequel on a longtemps cru reconnaître une représentation de Sésostris, dont parle Hérodote, mais auquel on trouve aujourd'hui un caractère purement asiatique.
Plusieurs des îles de la côte faisaient partie de la confédération Ionienne. Samos^ qui au temps d'Hérodote était regardé comme un des points les plus policés du monde connu, possédait un temple fameux consacré à Junon : quelques monceaux de pierres en indiquent seuls l'emplacement. Cette île, patrie du peintre Timanthe, a eu une très grande importance dans l'histoire de l'art, et son école de statuaire passe pour la plus ancienne de la Grèce. L'île de Chio, renommée pour ses marbres autant que pour ses vins, a aussi donné le jour à plusieurs artistes célèbres.
Située au sud-ouest de l'Asie Mineure, la Carie avait aussi plusieurs Tilles fameuses par leurs monuments. C'est kBalicamasse^ patrie d'Hérodote, qu'on voyait le tombeau de Mausole, une des sept merveilles du monde. 11 se composait d'un soubassement rectangulaire avec une pyramide tronquée. La pyramide était accompagnée d'une colonnade et décorée de bas-reliefs dus aux plus fameux sculpteurs du temps. La Vénus de Praxitèle était placée dans le temple de Ctiide, ville consacrée à Vénus, et Pline dit qu'elle faisait la richesse du pays parce que les voyageurs arrivaient de tous les pays du monde pour pouvoir l'admirer. La statue n'existe plus, mais on croit en avoir quelques imitations libres, notamment la statue connue sous le nom de Vénus du Capitole : quant au temple, il n'en reste rien.
En face les côtes de Carie est l'île de Rhodes, dont la richesse était proverbiale. La ville même de Rhodes passait pour une des plus belles et des plus régulières de l'antiquité. Le fameux colosse placé à l'entrée de son port était une statue du Soleil : une tradition erronée veut qu'elle
dit eu les jambes écartées de manière que les vaisseaux pussent passer entre elles.
La Lycie est remarquable par ses tombeaux creusés dans le roc : ils
La Piiniphy
li bcîiucouji I conlrées précédnili's. OjiriHiant un n IniUM' ii Tquelques jolios Icrrrs cuilcs ef de sujutIics riiinhii de l'époque romaine, (ic piijs iiv;iil l'Ii' jn'iniiliM'ini-dl habité par des Phéniciens : la ligure WO représente une de leurs monnaies trouvée en Cilicie. Les trois guerriers sur un bnteau sont probablement un sjmbole national, car les ( liliciens [lassaient pour se livrer tous à la piraterie,
Dans la partie la plus orientale di' la Méditerranée, au sud de la <;ilicie et à l'ouest de la Syrie, se trouve l'île (le Cbypre (fig. 437) Mvk\ la fartilitc était proverbiale dans ranliijuilé. Celle île, peuplée
WBe pMnicienno fe Qtide.
d'abord par des PhénJcieos, et ensuite par des colons grecs, avait deux sanctuaires fameux, Paphos et Amathonte, consacrés à la déesse pbéni-
rig. «7. — Clijpre
cieiine Astarlé, qui e^t devenue l'Aphrodite des Grecs, et la Vénus des Litins. L'île de Chypre, qui renferme peu de monuments importants, appartient aujourd'hui ait\ Anglais.
Fig. Ki. — Syrie ancienne.
La Syrie. — La Syrie s'étend, dans le sens du nord au sud, depuis l'Asie Mineure jusqu'à l'Arabie, et dans le sensde l'ouest à l'est, depuis
la Méditerranée jusqu'à FEuphrate. Elle est coupée en deuv par deux chaînes de montagnes parallèles à la Méditerranée, le Liban et TAnti- Liban ; la contrée renfermée entre ces deux chaînes s'appelait autrefois la Syrie creuse. Un seul fleuve, TOronte, traverse la Syrie, mais un assez grand nombre de rivières descendent des montagnes et arrosent le pays. Du côté de Torientet du sud, d'immenses plaines de sable, qui sont la continuation des déserts de l'Arabie^ rendent la contrée absolument stérile.
Située au milieu d'une vaste plaine, à une distance égale du Liban et de FEuphrate, Palmyre^ dont les ruines immenses font l'admiration des voyageurs, était une station commerciale très importante dans l'antiquité, et le point d'arrêt des caravanes qui d'Egypte se rendaient en Orient. Détruite d'un seul coup par les Romains, cette riche cité, qui ne s'est jamais relevée, et qui n'a depuis plusieurs siècles aucun habitant, n'a subi, depuis son dernier jour, aucune modification. La ville avait la forme d'un ovale irrégulier et était traversée dans sa plus grande longueur par une large voie qui s'ouvrait par un arc de triomphe. « Elle s'éten4ait, dit le Guide en Orient^ sur une longueur de 1200 mètres et avait quatre rangées de colonnes. Ces colonnes, au nombre d'environ 1,500, étaient d'ordre corinthien : elles avaient dix-huit mètres de hauteur en connptant la base et le chapiteau. Aujourd'hui, il n'y en a guère plus de cent cinquante debout. Vers le milieu de cette splendide promenade et jusqu'au centre de la ville, la colonnade fait un coude ; on remarque en cet endroit quatre piliers qui semblent indiquer que la colonnade était coupée par une rue transversale. Au sud, on remarque des colonnes disposées en forme de cirque. » Parmi les monuments restés debout au milieu des débris de la ville, on trouve plusieurs temples, entre autres celui du Soleil et un assez grand nombre de tombeaux, qui la plupart du temps affectent la forme d'une tour.
Antioche , ancienne capitale des Séleucides (fi{^*. 439), forme aujourd'hui la ville à'Antakieh (20,000 hab.). Détruite de fond en comble par un tremblement de terre qui eut lieu sous Trajan et fit périr, dit-on, deux cent soixante mille personnes, la ville ancienne n'a conservé aucun monument. Mais ses murailles, flanquées de cent Fig. 439. trente tours, dont, cinquante sont encore debout,
AnUochus le Grand. . . , , i n , .. * -i-
sont un curieux spécimen de 1 architecture militaire des Bysantins : Antioche, où dix conciles ont été tenus de 252 à 380, est une des villes qui ont le plus marqué dans l'histoire des origines du christianisme.
Alep (80,000 hab.) est une ville riche et commerçante, mais qui
rappelle peu de souvenirs historiques et n'a pas de monuments importants. Homs (20,000 hnb.) est bâtie sur l'emplacement de Fancienne Émèse, célèbre par son temple du Soleil, Ce temple était desservi par ■des grands prêtres, qui furent la soucbe des empereurs romains de la famille Syrienne, entre autres Héliogabale et Alexandre Sévère: il a laisse quelques débris disséminés sur le sol.
Damas{200,000 hab.). ville citée dans la Bible comme enistant déjà au temps d'Abraham, a conservé peu d'antiquités. C'est néanmoins une des villes les plus curieuses de l'Orient. « Damas, dit le Guide en Orietit, l'emporte sur toutes les autres villes par la beauté de rarchitecture arabe. Dans la ville, bouges et palais ont la même apparence extérieure. Mais derrière ces murs misérables se cachent des habitations élégantes, où rimagination arabe a déployé ses plus gracieuses fantaisies, La partie la plus originale de ces maisons est une cour intérieure qui communique avec la rue par un corridor étroit et voûté, \u milieu s'élève un bassin dont les parois extérieures sont revêtues de plaques de marbre disposées en mosaïques capricieuses. L'eau 3 afflue par quatre siphonsde formes diverses. Sur la corniche sont plaeésdcs vases de fleurs; letouiest gracieusement ombragé parun saule pleureur, par des orangers ou des citronniers entremêlés de roses et de myrtes touffus. Les murs sont peints de larges raies jaunes et blanches disposées parallèlement. Sur une des faces de la cour s'ouvre une grande baie ogivale, qui forme une espèce de portique entouré d'un divan. Les appartements intérieurs ne sont pas indignes de cette gracieuse entrée. Le pavé des salons est formé ordinairement de deux plans d'inégale hauteur ; la première partie renferme un bassin octogone avec un jet d'eau. Le second plan, auquel on arrive par trois marches, est couvert de nattes d'Egypte ou de tapis de Perse et entouré d'un large divan. Les parois ^ies murs sont revêtues, selon la richesse du propriétaire, de boiseries ou de plaques de marbre découpées en arabesques légères, peintes de couleurs brillantes et rehaussées de moulures d'or. Le plafond de bois pelai est orné d'une rosace qui renferme dans ses replis de petits miroirs, «
Balhek, l'ancienne Héliopolis, ou ville du Soleil, n'est aujourd'hui ■«ju'un misérable village, mais on y trouve des ruines magnifiques. (flg. 440). Elles se rapportent à plusieurs époques : les murailles, formées de blocs énormes, construites selon l'appareil dit cyclopéen, sont d'une extrême antiquité. Le grand temple du Soleil, le temple de Jupiter, le petit temple circulaire et les tombeaux appartiennent à l'époque romaine.
\ja. Phénicie était une petite langue de terre étroite qui s'étendait «ntre la mer et la chaîne du Liban. Les Phéniciens, qui ont enseigné
aux Grecs à se servir de l'alphabet, oat montré dès la plus haute antiquité une aptitude singulière pour le commerce et l'industrie, mais ils
Fig. i\0. — Caravane danii les ruines de Ualbok. (Tnbh
n'étaient nullement artistes et les échantillons qui nous sont iTsIt-sdc leur sculpture, consistant en petites idoles de bron/e, sontépou^MiilnlilL's.
Sidon, ancienne capitale de la Phénioit;. LvsSido-
niens se rendirent célèljres dans une haute ii[ilif|iiitt;
par leur habileté à travailler les métaux. Sidon n'a
laissé aucune ruine, et l'emplacement mcme de
In ville n'csL pas bien nettement déterminé. Une
monnaie de Siilon rcprésenle un aulol roulant,
dans lequel sont deux petits cônes, forme (juc
les Phéniciens ont souvent donnée à leurs divinilO's
(lig. 441).
Tyr est devenue, après Sidon, le centre d'acUvilc dos Phéniciens. Son
importance commerciale a commencé à décliner après la fondation
d'Alexandrie. Il n'est resté aucun monument ;i Tyr, mais des sépultures
taillées dans les rochers du voisÏDage paraissent avoir apparicmi ,iii: Tyriens. Une monnaie de Tyr représente Melkarth, l'Hercutelyne!! avec un aigle au revers (fig. 442).
Fig. Uî. — HoQiule da Tyr.
Tripoli de S-^rie, dont un joli tableau de Pasini nous moQtrelesen>irons (fig. 443), est une des villes importantes de la côte ; on a rclrouic quelques beaux sarcophages dans les environs.
Beyrouth (60,000 hab,), une des villes les plus commerçantes àe li Syrie, est placée dans une situation magnifique. Une puissante végiliiiin s'épanouil autour des remparts qui Tenserrcnt et les montagnes du LiImii forment derrière elle un superbe amphithéâtre qui descend en s'akisant vers la mer. Il n'y a pas de monuments à visiter et la ville, doul toutes les rues sont laides et sales, n'offre aucun intérêt pourk- imirisles. Néanmoins, comme c'est par là que ceux qui visitent la S^iii commencent habituellement leur voyage, ils sont généralement frapin* par la physionomie orientale de la ville à laquelle Ils ne sont pas habitués, et, à défaut de monuments, nos artistes sont presque toujoui^ frappés par les allures pittoresques de la population, qu'ils oa( souvent traduites par de spirituels croquis (fig. 444).
La Palestine, située entre la Syrie et l'Arabie, est traversée dans toute son étendue par la chaîne du Liban. Le Jourdain, la seule riviôre qui l'arrose, va se jeter dans la mer Morte, ou lac Asphaltite. Dans ce pajs. où les traditions historiques abondent, chaque pas éveille un souveair. La Palestine comprend plusieurs provinces, dont la plus septentrionale est la Galilée. «La Galilée, dit M. Renan, était un pays très vert, très ombragé, très souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des chansons du bien-aimé. Pendant les deux mois de mars et d'avril la campairiii' est un épais massif de fleurs, d'une franchise de couleurs incompurubli' Les animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême. Des tourterelles sveltes et vives, des merles bleus si légers qu'ils posent sur une herbe sans la faire plier, des alouettes huppées, qui viennent presque se niedie sous les pieds du voyageur, des petites tortues de ruisseaux, dontlnil "est vif et doux, des cigognes à l'air pudique et grave, dépouillant loule limidité, se laissent approcher de très près par l'homme et sembleiil
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l'appeler. En aucun pays du monde, les moatagnes ne se déploieat avec plus d'harmonie et n'inspirent de plus hautes pensées... Ce joU pays devenu aujourd'hui, par suite de l'énorme appauvrissement que l'islamisme a opéré dans la vie humaine, si morne, si navrant, mais où toul ce que l'homme n'a pu détruire respire encore l'abandon, la douceur, la tendresse, surabondait autrefois de bien-être et de gaieté. Les Galiléeas passaient pour énergiques, braves et laborieux. Si l'on excepte Tibériade. bâtie par Antipas en l'honneur de Tibère (vers l'an 15) dans le style romain, la Galilée n'avait pas de grandes villes. L.e pays était néanmoins fort peuplé, couvert de petites villes et de gros villages, cultivé avec art dans toutes ses parties. Aux ruines qui restent de son ancienne splen-
Fig. Ml. — Anier turc, parDecamps.
deur, on sent un peuple agricole, nullement doué pour l'art, peu soucieux de luxe, indifférent aux beautés de la fortune, exclusivcmentidéaliste. La campagne devait être délicieuse : elle abondait en eaux fraîches et en fruits ; les grosses fermes étaient ombragées de vignes et de figuiers ; les jardins étaient des massifs de citronniers, de grenadiers, d'orangers. »
La seule ville importante de la Galilée était Tibériade, qui a conservé quelques ruines romaines. Nazareth, où Jésus passa son enfance, Cana. Capharnaûm n'ont laissé aucune trace historique et n'intéressent que par leurs souvenirs évangéliques.
L'ancienne province de Samarie s'étend entre la Galilée et la Judée. La ville elle-même n'a pas laissé de ruines, mais on en trouve d'assez importantes aux environs de Césarée, ancienne ville romaine, aujourd'hui Kaisarieh.
La Judée, qui forme la partie la plus méridionale de la Palestine, en
est aussi la plus intéressante. Chateaubriand décrit ainsi les premières impressions que l'on éprouve en arrivant à Jérusalem : « Entre la vallée du Jourdain et les plaines de Tldumée s'étend une chaîne de montagnes qui commence aux champs fertiles de la Galilée et va se perdre dans les sables de l'Yémen. Au centre de ces montagnes se trouve un bassin aride, fermé de toutes parts par des sommets jaunes et rocailleux ; ces sommets ne s'entr' ouvrent qu'au levant, pour laisser voir les goufifres de^ la mer Morte et les montagnes lointaines de l'Arabie. Au milieu de ce paysage de pierres, sur un terrain inégal et penchant, dans l'enceinte
Fig. 445. — Palestine ancienne.
d'un mur ébranlé sous les coups de bélier et fortifié par des tours qui tombent, on aperçoit de vastes débris ; des cyprès épars, des buissons d'aloès et de nopals, quelques masures arabes, pareilles à des sépulcres blanchis, recouvrent cet amas de ruines : c'est la triste Jérusalem. »
Jérusalem (20,000 hab.), sanctuaire du judaïsme et berceau du christianisme, est bâtie sur un terrain pierreux et stérile, près de la source du Cédron, qui l'entoure de ses deux bras. Elle s'étend sur plusieurs collines qui ont toutes un nom célèbre dans l'histoire (fig. 446.) La plus importante était la colline de Sion, où était l'ancienne citadelle, et la cité de David : c'était le quartier qu'on appelait la ville haute. Le mont
53i L'ASIE.
Acra. an pir<l (hiqiicl s'élendaiUa\i)le basse et où se trouve aujourd'hui lo Ï^aint-Sépulcrc, se prolongeait jusqu'au Calvaire. Le temple de Saloinon était sur le montMoria.au nord duquel s'élevait, sur le mont Bezela, la ville nouvelle, qui fut enclavée dans la ville par Hérode Agrippa. La vallée de Josapliat s'étend à l'est de Jérusalem, qu'elle sépare du mont des Oliviers. Cette vallée renferme plusieurs tombeaus fameux auxquels .on a donné des noms historiques : le tombeau d'Absalon, te tombeau des prophètes, le tombeau de Zacharie, le tombeau des rois de Juda.
Fig. iic. — Plan do r«ncleniie Jfraialem.
L'authenticité de ces dénominations a été souvent contestée ; elles ne reposent pas en effet sur des données bien positives. Plusieurs tombeaux renfermaient des sarcophages intéressants : le monument connu sous le nom de tombeau de David, et qui a été apporté au Louvre par M. de Saulcy, est extrêmement remarquable.
Jérusalem possède quelques monuments intéressants. La mosquée d'Omar est bAtie sur le mont Moria, à l'endroit où s'élevait le temple de Salomon. dont il reste encore quelques assises. Lamartine en donne la description suivante :
« La mosquée d'Omar, ou £I-Sakhra, édifice admirable d'architecture arabe, est un bloc de pierre et de marbre d'immenses dimensions,
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à huit pans, chaque pan orné de sept arcades terminées en ogive; audessus de ce premier ordre d'architecture, un 'toit en terrasse d'où pari tout un autre ordre d'arcades plus rétrécîes, terminées par un dôme gracieux couvert en cuivre autrefois doré. Les murs de la mosquée sont revêtus d'émail bleu ; à droite et à gauche s'étendent de larges parois terminées par de légères colonnades moresques correspondant aux huit portes de la mosquée. Au delà de ces arches, détachées de tout autre édifice, les plates-formes (sur lesquelles s'élevait le Temple de Salomon) continuent et se terminent, l'une à la partie nord de la ville, l'autre aux murs du côté du midi. »
Si la mosquée d'Omar est pour les artistes le monument le plus intéressant de Jérusalem, c'est naturellement le Saint-Sépulcre qui attire tout d'abord l'attention des chrétiens qui visitent la terre sainte. L'édifice dans lequel il est renfermé est lui-même un assez curieux spécimen de l'architecture religieuse : les constructions ne sont pas toutes du même style, et on voit qu'elles ont été élevées à différentes époques.
La façade du Saint-Sépulcre offre une disposition irrégulière et porte les caractères de l'architecture du douzième siècle. Elle devait présenter trois portes encadrées dans deux clochers, mais cette idée n'a pas été réalisée ; on voit, au rez-de-chaussée, deux baies ogivales surmontées de deux fenêtres également ogivales, qui forment le premier étage. A gauche est un clocher inachevé dont la base est rectangulaire. En eatrant, on voit tout d'abord un rectangle de marbre rouge de deux mètres sur cinquante centimètres ; cette tablette recouvre la pierre de r Onction où le corps de Jésus-Christ a été parfumé par les saintes fenimes. Une pierre circulaire placée près de là indique l'endroit oii se tenait la Vierge pendant l'embaumement du corps.
On entre ensuite dans la rotonde, qui est entourée de piliers massifs formant une galerie de dix-huit arcades, et surmontée d'un dôme très délabré. C'est là qu'est le tombeau du Christ, qui forme un petit édifice isolé du reste de l'église : il est de forme pentagonale et revêtu de marbre blanc et jaune. Une petite porte mène à un vestibule appelé la chapelle de VAnge^ parce qu'il est à l'endroit où l'ange annonça la résurrection aux saintes femmes ; on voit là une pierre carrée qui passe pour avoir recouvert le tombeau primitif. Une autre porte très basse montre une petite chapelle, de deux mètres carrés, également revêtue de marbre. Quarante-deux lampes d'or et d'argent ornent ce sanctuaire.
Les murailles de Jérusalem, bâties en pierres de taille et flanquées de tours, ont été élevées en 1543 par Soliman le Magnifique. Elles sont fort dégradées et peu redoutables au point de vue militaire ; leur aspect pittoresque fait le sujet d'un tableau de Berchère (fig. 447).
Bethléem est une petite ville qui n'est pas seulement intéressante par ses souvenirs : elle a un monument des premiers siècles du christianisme,
l'église de la Nativité qui fut commencée par Hélène et Constantin, mais dont beaucoup de parties sont postérieures. Outre ses belles mosaïques bysantines à fond d'or, ce monument offre un grand intérêt pour les pèlerins, qui s'agenouillent devant la Grotte de la Nativité, bâtie sur remplacement de Tétable et de la crèche. La grotte est entièrement revêtue de marbre et une étoile d'argent indique le lieu où Jésus est venu au monde.
Fîg. 448. — L'Arabie.
L'Arabie. — Au sud de la Turquie d'Asie, l'Arabie forme une vaste contrée sablonneuse, bordée à l'ouest par la mer Rouge, à l'est par le golfe Persique et la mer des Indes ; c'est le pays le plus aride de l'univers. « Qu'on se figure, dit Buffon, un pays sans verdure et sans eau, un soleil brûlant, un ciel toujours sec, des plaines sablonneuses, des montagnes plus arides, sur lesquelles l'œil s'étend et le regard se perd, sans pouvoir s'arrêter sur aucun objet vivant; une terre morte, et, pour ainsi dire, écorchée par les vents, laquelle ne présente que des ossements, des cailloux jonchés, des rochers debout ou renversés, un désert entièrement découvert, où le voyageur n'a jamais respiré sous l'ombrage, où rien ne l'accompagne, rien ne lui rappelle la nature vivante. »
L'Arabie apparaît sur une médaille antique sous les traits d'une femme qui tient dans sa main droite une branche de l'arbre à encens, et dans sa gauche une corne d'antilope ; un chameau marche à ses côtés (fig. 448).
Les siècles n'ont pas eu d'action sur les populations qui l'habitent : telles elles étaient à l'aurore de l'histoire, telles elles se montrent à nous lorsque nous nous risquons chez elles.
Abd-el-Kader nous fait des Arabes le tableau suivant : tt Les Arabes viennent de Sem, fils de Noé; c'est la nation nomade; ce sont les hommes qui se servent de tentes pour leur habitation, de chevaux pour leur monture, et de troupeaux pour le commerce. Les bestiaux constituent leurs richesses ; ils se nourrissent de leur lait, font des vêtements et des meubles de leurs peaux et de leur poil, et leur font porter les fardeaux. »
L'Arabie renferme peu de villes importantes.
La Mecque (45,000 hab.), la cité sainte, où le prophète a vu le jour, s'élève au milieu d'une vallée rocheuse sur un sol aride et privé d'eau. La grande mosquée de La Mecque est le premier temple de l'islamisme ; elle renferme la Kâaba, édifice sacré, dont le type existait dans le ciel avant la création de l'homme, mais dont la conformation ne sera que
bien imparfaitement connue, tant que les photographes et les dessinateurs n'auront pas la faculté de s'installer ou tout au moins de circuler dans le pays. La Mecque attire chaque année iOO ou 200,000 pèlerins qui arrivent par les caravanes.
Médine (20,000 hab.), autre ville sainte, possède le tombeau du prophète et plusieurs mosquées. Aden (50,000 hab.), point de relâche des vaisseaux qui se rendent aux Indes, appartient aux Anglais, Moka, ville en décadence, Mascate^ port fréquenté et capitale d'un Etat indépendant, Derreyeh, au centre de l'Arabie, sont les villes les plus importantes à signaler dans cette immense presqu'île.
La presqu'île du Sinaï, qui touche à l'isthme de Suez, est la seule partie de l'Arabie qui ait été quelquefois visitée par les artistes. Un tableau de Pasini, reproduit fig. 449, peut nous donner une idée de râpreté sauvage de ces contrées. Ce pays, dès les premiers temps du christianisme, fut peuplé d'anachorètes et devint un centre très fréquenté de pèlerinages. Une quantité innombrable d'inscriptions atteste l'importance de la foule qui venait visiter les lieux où Moïse avait reçu la loi. Des couvents, une ville même, dont on trouve encore des traces, purent s'établir. Comme les Bédouins étaient de redoutables voisins pour les religieux, l'empereur Justiûien fit construire, au sixième siècle, le couvent Sainte-Catherine, couvent-forteresse capable de résister à tout projet d'intimidation. L'asile protecteur absorba bientôt les autres monastères et finit par rester seul. C'est une vaste construction, entourée d'une haute muraille flanquée de tours. Théophile Gautier décrit ainsi la contrée qui l'entoure : «On eut bientôt atteint en marchant sur le sable du désert, qui devient rose le matin et le soir, sous le premier et le dernier rayon du soleil, Aîn Moussa^ les cinq fontaines de Moïse, la seule eau potable de la péninsule Sinaïtique, et l'on s'enfonça dans l'immensité aride, traversant des espaces de poussière plus fine que le grès pilé, longeant le bord de la mer ou s'engageant dans ces longues vallées étroites que les Arabes appellent wadis^ et qui ressemblent à des corridors creusés dans le roc par la violence des torrents d'hiver. Les montagnes de ce système, par une disposition géologique assez rare, forment des chaînes parallèles qui se rapprochent et se renouent à l'une de leurs extrémités. La proximité les dépouille des voiles d'azur dont l'éloignement les revêtait. Elles prennent, quand on est tout près, des teintes extravagantes et hors de toute vraisemblance, des grandes veines de rouge, de jaune vif, de vert Véronèse, de violet d'évêque, de blanc d'argent qui n'est pas de la neige comme on pourrait le croire, zébrant bizarrenxeiit leurs flancs décharnés. Ces montagnes ont vraiment l'air d'être tombées comme des aérolithes d'une ancienne planète hrisée en éclats. »
Cette contrée désolée a pourtant vu surgir dans une de sejs vallées les
plus arides, une Tille autrefois florissante. Pétra était dans Tantiquité une station importante, dont les débris abandonnés étonnent le voyageur. Que l'on s'imagine une gorge étroite, tortueuse, parcourue par un ruisseau et bordée de hauteurs rocheuses presque toujours à pic. Dans la roche s'enfoncent des grottes sépulcrales répandues à profusion; sur les rares plates-formes qui se montrent quelquefois on aperçoit des ruines de monuments romains. A l'endroit le plus rétréci de la gorge un pont passe par-dessus le torrent k une hauteur de trente mètres. Ce pont est orné de pilastres et possède des niches où il devait y avoir primitivement des statues. Dans le ravin on retrouve les traces d'un chemin dallé. Au fond de la gorge se dresse un beau temple taillé dans le roc. A cet endroit la vallée tourne brusquement vers le nord en s'élargissant un peu. Les restes d'un théâtre, d'un arc de triomphe, et des débris épars sur une plate-forme qu'on croit avoir été le forum, indiquent l'endroit qui fut le centre de la ville. Toutes les montagnes voisines sont couvertes d'excavations, dont quelques-unes ornées de colonnes. Beaucoup de ces grottes doivent avoir été habitées, car la gorge étroite de Petra ne laissait que peu de place pour élever des habitations de plain-pied, et on sait que dans les temps primitifs une population troglodyte habitait ces lieux.
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