‹ Le monde vu par les artistesChapitre 37 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Limites. — La population. — L'art byzantin. — La Thrace. — La Macédoine. — L'Albanie. — La Bosnie et FHerzégovine. — Le Monténégro. — La Servie. — La Bulgarie. — La Roumanie.

imites. — Les limites de la Turquie d'Europe ont subi tant de variations par sa politique; elles sont si peu déterminées quant à présent, si exposées à des contestations à venir, qu'il est impossible de les fixer d'une manière positive. Nous examinerons donc la contrée qu'on est habitué à appeler Turquie, et les races diverses qui s'y croisent de toutes parts, sans nous occuper des revendications de nationalités, ou des occupations étrangères qui tendent tous les jours à modifier la carte, et nous étudierons le pays comme s'il était dans une situation régulière.

La géographie physique de la Turquie est encore peu connue. « De vastes régions de la presqu'île thraco-hellénique sont encore aussi peu connues que l'Afrique centrale, écrit E. Reclus. Il y a quelques années àpeine,levoyageurKanitz constatait la non-existence de rivières, de collines et de montagnes fantastiques, dessinées au hasard par les cartographes près de Viddin, dans le voisinage immédiat du Danube. Par contre, il signalait dans les divers districts de la Bulgarie centrale de trois à quatre fois plus de villages que n'en indiquaient jusqu'alors les cartes les plus détaillées. Un autre savant, le Français Lejean, reconnaissait qu'un prétendu défilé, passant à travers l'épaisseur des Balkans, est un simple mythe* Depuis, des géodosiens russes, chargés de continuer la mesure d'un arc de méridien à travers toute la péninsule, trou-

valent que la ville rréquemment visitée de Sophia est située à près d'une journée de marche de l'endroit qui lui était assigné par les meilleure* cartes. De m£me, leurs mesures établissaient pour tout l'ensemble des Balkans une situation plus septentrionale qu'on ne l'admettait jusqu'ici.

rig. 402, — La Turquie d'Europe.

Combien d'erreurs aussi graves ne faudra-t-il pas rectiûer dans les montagnes du Pinde et sur les plateaux de l'Albanie, où jusqu'à maintenant un si petit nombre d'hommes de science se sont hasardés. »

La population. — Ce qui donne à )a Turquie d'Europe une physionomie toute particulière, c'est la composition hétérogène de ses habi-

lanls. Chaque relief particulier de terrain a favorisé l'établissemenl d'une population spéciale, complètement différente de ses voisins. De là, une variété de costumes, de caractères aussi multipliés, aussi confusément distribués que les sites où ils sont répartis et qui leur font une sorte de cadre naturel. Ce ne sont pas seulement des tribus qui se heurlent, se juxtaposent ou se repoussent avec toute l'énergie qu'enfantent des traditions diverses, ce sont des peuples, ce sont des races ayant des aspirations ou des tendances ethnologiques entièrement différentes. Toutesces oppositions, accentuées encore par l'état primitif de la civilisation où elles se produisent, donnent à la population un aspect bizarre et très varié qui frappe vivement les touristes. H \jC Turc", dit le Guide en Orient, est généralement de taille moyenne ;

FIg. iùZ. — Habitant des Balkans.

le nez aquilin, la proéminence des os maxillaires et des pommettes sont d'ordinaire les traits caractéristiques de la race. L'habitude que les Turcs contractent de bonne heure de s'asseoir les jambes repliées sous eux leur arque les jambes, sorte d'infirmité qui, ajoutée à la coutume qu'ils ont de porter toujours un système de doubles chaussures, donne àleur démarche une lourdeur facile à remarquer. A côté du type dont nous venons de tracer les principaux traits, on trouve fréquemment dans le peuple, surtout parmi les- hommes de peine, des individus dont la taille présente les plus belles proportions, et auxquels l'exercice continuel a donné un développement de force musculaire vraiment prodigieux. On trouve enfin et souvent dans la partie la plus riche de la population des individus qui, encore adolescents, sont déjà parvenus à

un embonpoint extraordinaire. On a tout lieu de croire que celle disposition particulière provient des mélanges successifs du sang otloman «t du sang géorgien, et des modifications que fait subir à ce dcniier l'existence spéciale à laquelle sont assujetties les femmes en Turquie. > Les Turcs ne forment que la minime partie de la population : ils ne sont pas plus nombreux que les Grecs, et le sont beaucoup moins que les Slaves. Les races diverses qui peuplent la Turquie ne sont pas réparties entre les divers États qui vivaient sous l'autorité du sultan et qui aujourd'hui sont indépendantes pour la plupart. EUles sont mêlées un peu partout et on ne trouve guère de province qui soit spécialement affectée il une d'elles. Comme il n'y a jamais eu de recensement sérieux, les

F[g. 464. — Taur» de U Turquie d'Europe. (D'après un itttla de Vierge.)

chiffres qu'on a pu donner jusqu'ici sur le nombre des habitants n'ont aucun caractère positif.

Sous le rapport religieux, on estime généralement que les musulmans comptent à peu près pour un tiers ou même pour un quart de la population totale. Les juifs sont assez nombreux dans les villes, mais il n'y en a pas dans les campagnes. Les chrétiens, qui l'emportent de beaucoup par leur nombre, suivent pour ta plupart le rite grec, ïly a peu de catholiques romains et moins encore de protestants. Les grands dignitaires des églises chrétiennes d'Orient remplissent à peu près le même rôle que nos évêques, mais ils portent un costume tout à fait différent (fig. 4ft5).

On sait que la polygamie est admise par le Coran; néanmoins cet usage est assez rare dans la Turquie d'Europe. Les femmes musulmanes vivent enfermées et leur existence est d'une extrême monotonie ; les friandises, les miroirs, la guitare et les visites qu'elles se rendent les

Fis. iS5. — Di^itairci dei églises chrétienne! d'Orient. (D'après un deisin de Vierge.)

unes aux autres sont les seuls amusements qui leur sont permis. Elles ne sortent que voilées, et comme elles ne vont jamais dans les réunions où se trouvent les hommes, ce que nous appelons le monde et la société n'existe pas en Turquie.

Trois choses frappent particulièrement l'étranger qui arrive en Turquie, les bazars, les cafés et les bains. Un bazar est une réunion de boutiques.

« La boutique orientale, dit Théophile Gautier, diffère beaucoup de la boutique européenne : c'est une espèce d'alcôve pratiquée dans la muraille et qui se ferme le soir avec des volets qu'on rabat comme des mantelels de sabord ; le marchand, accroupi en tailleur sur un bout de natte ou de tapis de Smyrne, fume nonchalamment son chibouck ou fait défiler dans ses doigts distraits les grains de son comboloio d'un air impassible et détaché, gardant la même pose des heures entières et ayant l'air de se soucier fort peu de la pratique ; les acheteurs se tiennent habituellement en dehors, dans la rue, examinant les marchandises entassées sur la devanture sans la moindre coquetterie mercantile ; l'art de l'étalage, poussé à un si haut degré en France, est entièrement inconnu ou dédaigné en Turquie; rien ne rappelle, même dans les plus belles rues de Constantinople, les splendides magasins de la rue Vivienne ou du Strand. »

Nous emprunterons encore à l'auteur du Voyage en Orient la description d'un café et d'un bain.

« Figurez-vous, dit-il, en parlant d'un café, une salle d'une douzaine de pieds carrés, voûtée et peinte à la chaux, entourée d'une boiserie à hauteur d'homme et d'un divan-banquette recouvert d'une natte de paille. Au milieu, et c'est là le détail le plus élégamment oriental, une fontaine en marbre blanc à trois vasques superposées lance un filet d'eau qui retombe et grésille. Dans un angle flamboie un fourneau à hotte, où le café se fait, tasse par tasse, dans de petites cafetières de cuivre jaune, à mesure que les consommateurs le demandent.

« Aux murailles sont appliquées des étagères chargées de rasoirs, où pendent de jolis petits miroirs de nacre, pareils à des écrans, dans lesquels les pratiques se regardent pour voir si elles sont accommodées à leur gré ; car, en Turquie, tout café est en même temps une boutique de barbier ; et, pendant que je fumais mon chibouck accroupi sur la natte, entre un gros Turc à nez de perroquet et un maigre Persaû à nez d'aigle, en face de moi, un jeune Grec, un dandy du Phanar, se faisait cirer la moustache et peindre les sourcils, préalablement régularisés au moyen d'une petite pince.

u Puis vient le bain avec ses linges bleus, blancs, rayés, de rose, qui sèchent sur des cordes, ou pendent au plafond comme des drapeaux; avec ses lits, où fument, boivent du café, prennent des sherbets, où dor-

meot les baigneurs en attendant la un de la transpiration. Là règne une tranquillité enfantée par le bien-être qui s'accorde on ne peut mieux avec le flegme oriental.

« En Orient, où la propreté du corps est d'obligation religieuse, les bains ont gardé toutes les recherches grecques et romaines : ce sont de grands édifices d'apparence architecturale, avec coupole, dômes, colonnes, qui emploient le marbre, Talbàtre, les brèches de couleur dans leur construction, et sont desservis par une armée de baigneurs, de tellacks, d'étuvistes, rappelant les strigillaires, les malaxeurs et les aliptes de Rome et de Bvzance.

« Une grande salle ouvrant sur la rue et fermée par un pan de tapisserie reçoit d'abord le client. — Près de la porte, le maître du bain se lient accroupi entre une caisse renfermant la recette et un bahut où il serre l'argent, les bijoux et autres objets précieux qu'on dépose en entrant et dont il répond. Autour de cette salle, d'une température à peu près égale à celle du dehors, régnent deux espèces de galeries superposées garnies de lits de camp ; une fontaine darde son filet d'eau grésillant sur une double vasque au milieu du pavé de marbre miroitant d'eau. Autour de la fontaine sont rangés quelques pots de basilic, de menthe et autres plantes odoriférantes, dont les Turcs aiment beaucoup le parfum. »

L'art byzantin. — L'architecture chrétienne, dont le type en Occident a été la basilique, s'est développée en Orient dans une direction toute différente. Les plus anciennes églises avaient une forme carrée, ronde ou polygonale. Mais le style byzantin qui, dès le sixième siècle de notre ère , domine partout en Orient, est surtout caractérisé par ses coupoles, qui prennent ici la même importance que les clochers dans nos églises, tig. 4GG. j^gg jjgfg byzantines sont ordinairement surmontées

Saint Jean rËvangd- ii- * ii-«i. ^j

liste. d^ plusieurs coupoles : la principale est au centre de

la croix, et elle est plus vaste et plus élevée que les autres, qui se trouvent placées sur les deux transepts, sur la partie antérieure de la nef principale et sur le sanctuaire. Ces coupoles, décorées de peintures ou de mosaïques souvent à fond d'or, sont éclairées par un grand nombre de petites fenêtres qui formen à la base des voûtes comme un cordon lumineux. Elles reposent sur des piliers appelés pendentifs, d'après un système particulier aux architectes byzantins et que les anciens n'ont pas connu.

La sculpture ornementale s'écarte complètement des traditions classiques. Le beau chapiteau corinthien est ébranché, et son élégante cor-

863 L'EUROPB.

beille prend une forme cubicpie, mince par le bas, élai^e du haut, légèrement renflée, et ornée de feuillages aigus par le contour, mait presque sans saillie. Ces formes nouvelles furent introduites en Occident, et nous les retrouverons dans l'architecture romane. Il en fut de même des moulures, qui devinrent presque lisses, maïs chargées de peintures ou de mosaïques. Partout la sculpture s'est effacée au point de ressembler à de la gravure, et la couleur est devenue l'élément prépondérant de l'art décoratif.

Une certaine grandeur d'allure et une absence complète de vie sodI les traits distinctifs de la peinture byzantine. Le christianisme des premiers Ages s'opposait formellement à l'étude des statues anciennes, considérées comme des idoles, et à l'étude de la nature vivante qui aurait placé sous les yeux de l'artiste et du public cette chair qui était par-dessus tout condamnée et maudite. D'ailleurs, on n'avait pas besoin d'uae grande vérité pour le but qu'on se proposait en décorant les églises de peintures : c'était la chose signifiée et non le signe qui préoccupait, et la peinture était un enseignement religieux mis à la portée des fidèles, non un art offert à leur admiration. Aussi la peinture byzantine est souvent emblématique : dans l'église de Saint-Étienne, à Bologne, une peinture grecque montre les quatre Évangelisles avec les tètes de leurs animaux symboliques. Saint Jean l'Ëvangéliste (fig. 466), drapé eu docteur, porte une tête d'aigle entourée du nimbe et des ailes d'or.

La Thrace. — La Thrace, située à l'extrémité de l'Europe, et en regard de l'Asie, est une région poussiéreuse, semée çà et là de terres marécageuses, tenant le milieu entre le désert et le steppe. Peu de souvenirs de l'antiquité classique, un nombre immense de buttes artificielles, monuments funèbres d'une époque inconnue, quelques superbes monuments de la période byzantine, et des villes d'une physionomie bien orientale, voilà ce que l'artiste peut y chercher. Les côtes sont découpées et monlucuscs : leur aspect est beaucoup plus pittoresque que celui de l'intérieur du pays et il est ravissant sur les rives du Bosphore.

CoNSTAWTiwoPLE {800,000 hab.), capitale de l'empire Ottoman, est peut-être la ville la mieux située de l'univers. C'est par mer que les voyageurs venus de l'Occident y arriveal habituellement. On aperçoit en arrivant le château des Sept-Tours, les vieilles muraitles de la ville et l'on découvre les silhouettes des coupoles et des minarets. Sainte-Sophie est pourtant cachée par le monument moderne de l'Université. Le sérail, autrement dit le palais, est situé A la pointe la plus orientale de Stam-

iwtil. Cest là que se trouvaient l'antique Byzance, l'Acropole et, plus tard, le palais de l'impératrice Placidie. Une superbe résidence fut bfttie par Justinien sur cette pointe ; mais le sérail actuel ne date gitère que de Mahomet II.

Léserai! est entouré de murailles crénelées flanquées de tours car^ rées. Voici la description que M. de Lamartine fait des lieux qu'enserrent ces murs : « Le caractère général de cette magnifique demeure n'est ni la grandeur, ni la commodité, ni la magnificence ; ce sont des tentes de bois doré et percées à jour. Cet instinct des beaux sites, des mers éclatantes, des ombrages, des sources, des horizons immenses en-

rig. tS7. — Eoti^ du Bosphora. (Tableau de Bregt.)

cadrés par les cimes de ange des montagnes, est l'instinct prédominant

de ce peuple Il a placé le palais de ses maîtres, la capitale

de sa ville impériale, sur le penchant de la plus belle colline qu'il y ait dans son empire, et peut-être dans le monde entier. Ce palais n'a ni le luxe intérieur, ni les mystérieuses voluptés d'un palais d'Europe ; il n'a que de vastes jardins, où les arbres croissent libres et éternels comme dans une forêt vierge, où les eaux murmurent, où les colombes roucoulent ; des chambres percées de fenêtres nombreuses toujours ouvertes ; des terrasses, planant sur les jardins et sur le mur, et des kiosques grillés où les sultans, assis derrière leurs persiennes, pouvaient jouir à la fois de la solitude et de l'aspect enchanté du Bosphore, »

Une fois la pointe du sérail doublée, on pénètre dans la Corne-d'Or, et Coostantinople apparaît dans toute sa splendeur. On a les faubourgs

de la ville & sa droite, à gauche la merveilleuse capitale s'élend au loin. 11 est difficile de se faire une idée de la beauté du spectacle que présente la ville.

Le voyageur qui, après avoir admiré le panorama de Coastantinople,

A Constautinople. [Tableia de Brest. — Salon de 1816.)

commence à circuler dans la ville, éprouve presque toujours uue désillusion en circulant dans ses rues étroites, tortueuses et généralepueot malpropres. Cependant les maisons turques, souvent pourvues de kiosques élégants, produisent quelquefois ua ensemble assez pittoresque dontl'art a su tirer parti (fîg. 468).

L'ancienne Byzance a laissé peu d'antiquités ; elles sont réunies sur l'emplacement de l'hippodrome, qui sert aujourd'hui de marché aux chevaux. C'est une vaste place qui longe d'un côté la muraille eilé-

rieure de la mosquée du sultaa Achmed. Les autres côtés sont bordés de ruines et de bâtiments divers. La pyramide murée, l'obélisque de Théodose et la colonne serpentine se dressent sur cette place.

L'église de Sainte-Sophie, Mlie par l'empereur Justinien, est considérée comme le type le plus complet de l'architecture byzantine. Les anciens temples païens, abandonnés par les chrétiens, furent mis à con tribulion, et on arracha leurs colonnes de marbre pour décorer le nou- Tcl édifice.

« L'église, dit M. Tesier, est bâtie sur un plan carré de 81 mètres de

F g *69 L êgl BQ de Sainle-SophiH i CoDiWnlinoplo

long sur 60 mètres de lai^e ; au centre de ce carré s'élève la coupole, dont le diamètre, de. 35 mètres, détermine la largeur de la nef; la coupole est supportée par quatre grands arcs qui Tonnent quatre pendentifs ; sur les deux axes perpendiculaires à l'axe de la nef s'appuyenl deux Toutes hémisphériques qui donnent au plan de la nef une forme ovoïde ; chacun de ces deux hémisphères est lui-même pénétré par deux hémisphèresplus petits, qui sont soutenus par descolonnes. Cette superposition de coupoles, dont les points d'appui ne sont pas apparents, donne à toute la fabrique un aspectde légèreté inimaginable. »

L'église Sainte-Sophie est aujourd'hui une mosquée; cependant, i après une tradition turque, elle est appelée à revenir aux chrétiens qui lont élevée. Lorsque Mahomet II, après la prise de Constantinople, enira à cheval dans l'église où les fidèles s'étaient réfugiés autour du

prêtre qui disait la messe, le prêtre s'enfuit par une porte percée ^MS une galerie. La porte se trouva soudainement murée derrière le miilîsiie de Dieu. Le mur tombera de lui-même (juand les chrétiens reprendi^ Constantinople, et le prêtre continuera la messe interrompue.

Le plan primitif de Sainte-Sophie disparait aujourd'hui sous une ^glomération de constructions de toutes sortes qui empêchent de se rendre compte de Taspect général extérieur du monument. Des boutitiques, des écoles, se sont incrustées entre les contre-forts élevés par Amurat III. Au-dessus de cet amas de bâtisses^ la grande coupole de Sainte-Sophie, flanquée de ses quatre minarets, se dessine majestueusement sur le fond bleu du ciel.

Sur une autre colline s'élèvent la mosquée de Nouri-Osmanièh et la colonne Brûlée, colonne de porphyre que les incendies ont noircie et qu'on dit avoir été apportée de Rome par Constantin. C'est dans la vallée qui s'étend entre la seconde et la troisième colline que se trouvent, derrière la mosquée de la sultane Validé, bâtie à côté de la Corne-d'Or, les bazars et divers khans de Constantinople.

Le bazar est une des grandes curiosités de la ville. Théophile Gautier en donne la description suivante :

« Chaque rue du Bazar est affectée à une spécialité. Voici les vendeurs de babouches, de pantoufles et de bottines ; rien n'est plus curieux que ces étalages encombrés de chaussures extravagantes à bouts retroussés en toits chinois, à quartiers rabattus, en cuir, en maroquin, en velours, en brocart, piquées, pailletées, passementées, relevées de houppes de cygnes et de soie floche, impossibles pour des pieds européens. Il y en a qui sont cambrées et relevées dû bec comme des gondoles vénitiennes ; d'autres désespéreraient Rhodope et Cendrillon par leur mignonne petitesse, et ont plutôt l'air d'étuis à bijoux que de pantoufles vraisemblables ; le jaune,* le rouge, le vert, disparaissent sous les cannetilles d'or et d'argent.

« Puis viennent, dans une ruelle spéciale, lestrayeurs d'or, ceux qui font ces fils argentés et dorés dont on brode les blagues, les pantoufles, les mouchoirs, les gilets, les dolmans,les vestes; derrière les vitres des montres étincellent sur leiurs bobines ces fils brillants qui, plus tard, seront des fleurs, des feuillages, des arabesques. Là se font aussi ces cordonnets, ces nœuds si gracieux, si coquettement enchevêtrés et que notre passementerie ne saurait imiter. Les Turcs les fabriquent à la main en se servant de l'orteil de leur pied nu comme point d'attache.

« Uy a là dés joailliers dont les pierreries sont enfermées dans des coffres qu'ils ne quittent pas de l'œil, ou sous des vitrines placées hors de la portée des filous ; dans ces obscures boutiques, assez semblables à des échoppes de savetier, abondent des richesses incroyables.

« A midi, le bazar se ferme dédaigneusement, et ces marchands millionnaires se retirent sous leurs kiosques sur la rive du Bosphore, et regardent d'un air courroucé passer les bateaux à vapeur, ces diaboliques inventions franques.

« Les richesses entassées dans ce bazar sont incalculables : là se gardent ces lames de Damas, historiées de lettres arabes, avec lesquelles le sultan Saladin coupait des oreillers de plume au vol, en présence de Richard Cœur de Lion, tranchant une enclume de sa grande épée à deu\ mains, et qui portent sur le dos autatit de crans qu'elles ont abattu de têtes; ces kandjars, dont l'acier terne et bleuâtre perce les cuirasses comme des feuilles de papier, et qui ont pour manche un écrin de pierreries ; ces vieux fusils à rouet et à mèche, merveilles de ciselure el d'incrustation ; ces haches d'armes qui ont peut-être servi à Timour, à Gengiskan, à Scanderberg, pour marteler les casques et les crânes, tout l'arsenal féroce et pittoresque de l'antique Islam. Là rayonnent, scintil-

lig. 471. — Une calque, croqué par Decamps.

lent et papillonnent, sous un rayon de soleil tombé de la haute voiitp, les selles et les housses brodées d'argent et d'or, constellées de soleils de pierreries, de lunes de diamants, d'étoiles de saphirs ; les chanfreins, les moi*s et les étriers de vermeil, féeriques caparaçons, dont le luxe oriental revêt les nobles coursiers du Nedj, les dignes descendants des Dahis, des Rabrâ, des Haffar et des Naâmah, et autres illustrations équestres de l'ancien turf islamite. »

La Corne-d'Or coupe en deux parties la ville de Constantinople.il est difficile de se faire une idée de l'animation qui règne sur ce golfe, le port le plus merveilleux et le plus sûr du monde. Plusieurs ponts, dont le plus ancien est le Vieux-pont ou pont de Malmoud, rattache les deux rives. Les vaisseaux de toutes les nations se pressent à l'entrée

du port que des barques turques sillonnent en permanence avec rapidité (fig. 471). Au nord-est de la Corne-d'Or, en face la ville proprement dite, ou Stamboul, s'étendent les faubourgs de Galata et de Péra, Top- Hané, les établissements d'artillerie, la fonderie, le quartier turc Je Foundouklu, etc.

Andbinople (110,000 bab.), la seconde ville de l'empire Ottoman, est située au conûuent de trois rivières dans la partie septentrionale de l'ancienne Thrace. Cette ville, l'ancienne Orestias, devenue la cité d'Adrien, possède plusieurs monuments intéressants. Les mosquées de Selim II, de Bajazet II et d'Amurat I", sont les plus remarquables ; on y remarque aussi le palais, dont la construction est due à des architectes persans, et les bazars qui passent pour les plus beausde la Turquie. GalHpoli, que sa situation près des Dardanelles, pend très importante pour le commerce maritime, et PhiUppopoli <\m

[. 472. — F«mmei de PhiUppopoli. (Dei^n de Vierge.)

se rapproche de la Bulgarie et où domine l'élément slave (fig. 472), sont, après les deux villes dont nous avons parlé, les plus commerçantes de la contrée.

Li Macédoise. — Entre la Thrace et la Thessalie, on trouve la Macédoine, dont la partie méridionale s'avance dans la Méditerranée et forme la Chalcidiquc. C'est une contrée généralement stérile qui, pendant longtemps, fut complètement en dehors de la civilisation grecque. Ce fait s'explique par la conformation géographique du pays, que des montagnes réputées inaccessibles séparaient de la Thessalie et de la Grèce propre. La Macédoine n'a pas conservé de monuments importants el les médailles de ses rois sont à peu près le seul témoignage qui nous reste aujourd'hui de sa participation au mouvement artistique de la Grèce.

Peila, lieu de naissance d'Alexandre le Grand, Edesse qui possédait

les tombeaux des rois, n'ont pas laissé de ruines. Pydna, que la victoire de Paul Emile a rendue célèbre, a gardé quelques tombeaui curieux, découverts par M. Heusey. Olynthe, Potidée, Amphipolis, n'ont

- L'auciuniiB Macédoine*

conservé que des débris de leurs antiques murailles. Mais Therma, qui n'était sous Alexandre qu'un petit bourg sans importance, est devenue la première ville de la Macédoine : Thessalonique.

SvaoNiQUE {70,000 hab.), bâtie dans une situation des plus heureuses qui lui a permis de se relever plusieurs fois d'une ruine presque complète, est actuellement la troisième ville de la Turquie d'Europe, par

son impoi'laDce. Elle s'élève en amphithéâtre au fond d'un golfe aussi beau que sûr. Sa rade est admirablement abritée. Les conditions de prospérité de cette ville n'avaient échappé ni aux peuples de l'antiquité, ni aux populations commerçantes du moyen âge ; aussi fut-elle prise et reprise plusieurs fois, vendue aux Vénitiens et reprise une dernière fois par les Turcs. Des ruines ou des monuments helléniques, romains, byzantins et vénitiens, rappellent ces différentes dominations. Les murs de la ville reposent sur des constructions cyclopéennes. Près de la porte de Callamarie on voit les restes d'un arc de triomphe élevé en l'honneur de Constantin. Cet arc est situé ù l'extrémité Est de la grande rue ; h l'autre bout on aperçoit les ruines d'un autre arc. C'est à c6té de celle grande rue que se trouvaient les colonnes corynthiennes connues sous

Fig. tTG. — Hëdaille de 'l'iieiutonique.

le nom de Propylées de l'Hippodrome, actuellement transportées dans notre musée du Louvre. L'ancienne cathédrale de Thessalonique, convertie maintenant en mosquée n'est qu'une reproduction en plus petit de la Sainte-Sophie de Constantinople et porte le même nom. Les autres monuments religieux offrent tous des détails intéressants.

Pour les souvenirs du moyen âge et des traditions byzantines, le point, le plus curieux de la Macédoine est le mont Athos, dans la Chalcidique. Cette montagne compte près de vingt couvents ainsi que de nombreux ermitages contenant une [copulation de 6,000 moines de l'ordre de Saint-Basile. Le costume de ces religieux se compose d'une longue robe brune tombant â plis droits, sur laquelle ils passent un autre vêtement foncé, attaché à la taille par une ceinture à boucle; de brodequins et d'un haut bonnet couleur marron. Les moines ne se coupent ni la barbe, ni les cheveux.

Ces moines forment une petite république indépendante, où sont restées les croyances ardentes du moyen âge et les pratiques minutieuses du Bas-Empire. C'est une société pétrifiée, qui ne s'inquiète en rien de ce qui se passe en dehors de la montagne sainte, et où chacun

règle sa vie et son travail d'après celui qui l'a précédé. Il y a deui espèces de moines : ceux qui vivent en commua d'après les règles de la communauté, et ceun qui vivent isolément en ermites et reçoivent seulement du couvent le pain et le vin, sans être assujettis à ses habitudes. Des milliers de pèlerins grecs viennent chaque année visiter le mont Athos, et il s'y mêle quelquefois des voyageurs européens. « On y compte, dit M. Didron^ vingt grands monastères, qui sont comme autant de petites villes, dix villages, deux cent cinquante cellules isolées, et cent cinquante ermitages. Le plus petit des monastères renferme six églises ou chapelles, et le plus grand trente-trois, en tout deux cent quatre-vingt-huit. Les villages ou skites possèdent deux cent vingt-cinq chapelles et dix églises. Chaque cellule a sa chapelle et chaque ermitage son oratoire. A Karès, la capitale de l'Athos, on voit ce qu'on peut appeler la cathédrale de toute la montagne et ce que les caloyers nomtaenl prétalon (la métropole}. Au sommet du pic oriental qui termine la presqu'île, s'élève l'église isolée dédiée à la Métamorphose ou Transiîguration. En somme, on compte sur l'Athos neuf cent trente-cinq églises, chapelles et oratoires. Presque tout cela est peint à fresque et rempli de tableaux. »

D'intéressants souvenirs se rattachent à plusieurs iles voisines de la

Macédoine. Lemnos était le séjour de Vulcain, qui, lorsque son père le précipita du ciel, tomba dans cette île volcanique, où il établit sa forge. C'est là aussi que Philoclèle fut abandonné par les Grecs. L'île de Samothrace, où tous les dieux furent conviés aux noces de Cadmus et d'Harmonie, se rattache par ses plus anciennes traditions, à la Phénicie, d'où parait venir le culte énigmatique des Cabires, qu'on y honorait particulièrement. Thasos, l'ile la plus rapprochée de la côte, était surtout célèbre par ses mines d'or, exploitées par les Phéniciens dès la plus haute antiquité.

514 L'EUROPB.

La Thkssalie. — Entre la Hacédoiae et la Grèce propre, s'étend ta Thessalie, dont les Grecs reveadiquent aujourd'hui la possession. A ce pars se rattachent les plus anciennes légendes mythologiques. La valtée de Tempe, n rantée par les poètes, est située entre le mont Olympe où les dieux avaient élabU leur résidence, et le mont Ossa, où les géants avaient pris position pour les attaquer. La Thessalie nourrissait une race de chevaux renommés, et ses habitants passaient pour d'excellents cavaliers ; c'est dans ce pays qu'ont pris naissance les fables sur les Centaures. C'est aujourd'hui une contrée assez pauvre malgré l'excelleDce du sol. tarisse (28,000 hab.), ancienne capitale des États d'Achille, es est la ville la plus importante. PAorsa/e, où César vainquît Pompée, n'est plus qu'un bourg assez misérable et dépourvu d'antiquités. Les montagnes de la Thessalie sont couvertes de monastères, perchés au sommet des rochers, dans des situations inaccessibles et dans lesquels on ne peut monter généralement qu'à l'aide d'échelles, que les moines retirent k la première alerte. Ce mode de construction, affecté aui couvents chrétiens se retrouve dans plusieurs contrées montagneuses ; il était nécessaire pour résister à l'oppression des musulmans.

ng. *7a.

La. Ckète. — L'ile de Crète, aujourd'hui Candie, appartient à la Turquie, bien qu'elle soït grecque par sa population et par toutes ses traditions. Traversée dans toute sa longueur, par une chaîne de montagnes, dont les principaux groupes forment le mont Ida et le mont Dicté, cette lie qui fut autrefois riche, populeuse et bien cultivée, est aujourd'hui dans un état de misère à peu près général et ne possède aucune ville importante. C'est donc uniquement par les souvenirs qui s'y rattachent, qu'elle peut intéresser. Placée à égale dislance de l'Europe, de l'Asie et de l'Egypte, la Crète a été le berceau d'une multitude

de fables, qui attestent le génie différent des populations qui l'ont habitée. Ainsi celles qui concernent l'enfance de Jupiter paraissent aToir une origine phrygienne, tandis que l'enlèvement d'Europe se rattache à la Phénicie. On peut voir un souvenir de l'Egypte dans le fameux labyrinthe où fut enfermé le minotaure, et l'histoire d'Ariane et de Thésée est bien conforme à l'esprit grec.

F g f80— Ca e de lindenne Ëp

L Albanie. — L Albanie, dans laquelle nous comprenons 1 ancienne Epire, est un pays rocheux et généralement stérile. Selon Strabon, cette contrée a été autrefois très florissante, mais elle était déjà déchue au temps d'Auguste et l'est encore plus aujourd'hui. Des fouilles intéressantes ont été faites récemment sur l'emplacement de l'ancien sanctuaire de Dodone (lig. 481), près duquel éUi( la forêt prophétique. Il était situé près de Janina (25,000 hab.), la seule ville importante que nous ayons à signaler dans l'Albanie.

Les riches Albanais déploient souvent une grande richesse dans leurs

Tétemeots. Ce costume comprend de grandes guitres, un gilet etuoe veste soutachés or et bleu, sur drap blanc, un vêtement de dessuseo velours violet et vert, couvert d'un labyrinthe de passemeoleries diqw-

Fig. 181

Jupiter deDodone.

secs avec un goût parfait, et au-dessous, la fustanelle, sorte de jupon bleu qui aune prodigieuse longueur d'étoffe. Mais c'est surtout dans leurs armes qu'on trouve parfois un luxe inouï. Le caractère de ce;

Fig. 43!. — AlbaDiia.

armes est d'avoir des garnitures en argent repoussé, qu'on trouve dans la ceinture, la cartouchière qui entoure le corps, les pistolets dans leur gaine, l'étui, Tamorçoir, etc.

La Bulgarie. — Les Bulgares occupent un espace bien autrement considérable que celui que semblent leur accorder les caries de géogra-

phie; pour être ethnologiquement (]ans le vrai, il Taudrait au moins tripler cet espace.

" La haute vallée de l'Isker et le bassin de Soûa, dit E. Reclus, peuvent être considérés comme le véritable centre géographique de la Turquie d'Europe. Soûa est précisément le point où convergent, par les passages les plus faciles, le chemin du bas Danube par la vallée de risker, celui de la Serbie par la Morava, ceux de la Thrace et de la Macédoine par laHaritza et le Strvmon. Aussi le premier Constantin,

Ti$. 183. — Jeûnai Hlle« baigtre* de Sanuioff. (Dessin de Vierge.)

Trappe des grands avantages que présentait Sardica, la Sofia de nos jours, se demanda-l-il s'il n'y transférerait pas le siège de son empire. »

Le haut Balkan, avec les forêts qui couronnent ses cimes, ses gais cours d'eau, ses fraîches et riches vallées, présente les plus beaux sites de la Turquie d'Europe. Ce n'est que sur les pentes qui descendent vers le Danube que la campagne devient morne et désolée, A l'est, les collines du Dobroudja arrivent au dernier degré de la stérilité. Ces collines sontdu reste peu ou point habitées.

" Les Bulgares, dit le Guide en Orient, sont plutôt de taille moyenne que grande, à l'exception des montagnards et surtout dans la Macédoine. Leur tête est moins carrée et souvent moins volumineuse que celle des Serbes, leur figure un peu plus allongée et leur nez souvent aquilin, mais leur type tartare a cédé en général la place au slave. Les Bulgares, maintenant si tranquilles, étaient représentés au moyen âge comme des hordes guerrières et très féroces. Les femmes bulgares sont

en général d'un caraclère jovial et gracieux, mais presque toujours, nlles sont petites et dépourvues de beauté. M. Bouc affirme que dapf-

Fig. 4Si. — Bulgare! des euvironi de SapliU. (Des»in de Vierge.^

certains cantons de la Macédoine et des Balkans, on peut ù peine tmu-

Fig. iSi. ~ Payunnes bulgures det

do Sophia. (Dessin de Vierge.)

ver une ligure passable, et que d'ailleurs elles ont des jambes inassiTCSde gros pieds, des gorges volumineuses, des figures basanées sans effel ;

LA TUBQUIE. 51»

elles ressemblent sous leurs cheveux noirs aux. femmes de maint villagede la Bohème ou des Carpathes (Hg. 483, 48i, ^85, 486 et 487).

Fig. iS6. — Boutiquiers de Soptiia en Bulgarie. (DcmLi do Viergo.

Sophia (25,000 hab.), située sur la route de Belgrade à Constantîno-

Fig. 487, — HabitiDls des Ballons. (Doasln de Viurge.)

pie, est la principale \ille de la Bulgarie. Cette ville fait un commerce

assez considérable. La rivière Isker, dont un des bras l'arrose, traverse les nombreux jardins et rergers au milieu desquels les maisons cachent leurs toits de bardeaux. Ttmova (12,000 hab.), où réside le patriarche de Bulgarie, est située dans le voisinage d'une montagne sainte fréquentée par de nombreux pèlerins. Ckotimla, Rovstckouk et Silistrù, sont des places fortes, que les derniers événements militaires ont rendues célèbres.

Le Monténégro. — Le Monténégro, situé au nord de l'Albanie, esl une petite contrée exlrèmemeot montagneuse, couverte de rochers granitiques et presque partout stérile. Des vallées étroites, pierreuses et sillonnées de torrents en rendent l'accès difficile en tout temps et à peu près impraticable pour une armée régulière. Favorisés par cette situation, les Monténégrins ont pu résister aux invasions des Turcs, et la Porte n'a jamais exercé sur eux qu'une autorité purement nominale. Ce petit peuple, qui n'a presque aucun contact avec les nations policées de l'Europe occidentale, est resté dans un état assez voisin de la barbarie ; il ne possède aucune ville et aucun monument qui soit digne d'être signalé.

Bosnie et Herzéoovine. — La Bosnie, dont l'Herzégovine n'est pour ainsi dire qu'une annexe, est située au nord du Monténégro et séparée

Fig, itt. — Costumes bosniaques. (Deisin de Viorge.)

par la Dalmatie de la mer Adriatique. « Là où finissent les pierres et où commencent les arbres, là commence la Bosnie, » ont longtemps répété les Dalmates, moins favorisés que leurs voisins au point de vue

du sol. Mais les Bosniaques ont mis bon ordre à ce caprice de la nalure ; ils sont parrenus à rétablir l'équilibre et à rendre complètement faux le dicton populaire. A l'heure qu'il est les régions de la Bosnie qui confinent à la Dalmatie n'ont plus rien à envier à celle-ci sous le rapport de la stérilité : elles aussi sont entièrement déboisées el voient fuir toute espèce de végétation. Les anciennes forêts qui couvraient les plateaux de l'Herzégovine ont complètement disparu. Du côté de la Croatie, l'élève des porcs se fait sur une grande échelle ;

Fig. i89. — JcuDCB tlllei biMDiiqaM. (Desalu do Vierge.)

de là l'épithète à prétention injurieuse lancée par les Turcs à la basse Bosnie : « Pays de Cochons. »

La Bosnie est un pays fermé, non seulement par la nature de son sol dont les bizarreries de relief peuvent à bon droit effrayer les ïoyageurs, mais encore par la nature un peu trop entreprenante de ses habitants. Les routes, ou, pour parler plus justement, la campagne, n'est pas très sûre dans oe pays (fig. 488, 489 et 490).

La Sebvib. — La Servie, située entre la Bosoie et ta Bulgarie, a cessé depuis les derniers événements d'appartenir aux Turcs. C'est une contrée assez fertile, mais mal cultivée : les habitants appartiennent à la race slave et professent le rite grec. « Les Serbes, dit M. Boue (J), ont, en général, le front très bombé et carré, signe de bienveillance et de bonté réunies au courage, à la fermeté, à la prévoyance, à la générosité. S'ils tiennent à économiser et à s'amasser un petit pécule, ils ont moins d'amhiUon personnelle que les Grecs, et s'ils

(I) Tur^ie d'Europe.

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tiennent à leur pays et à leur nationalité, ils n'en fatiguent pas les oreilles de l'étranger, évitent en général le mensonge et Texagération, «t sont assez modestes pour ne pas se vanter de leurs hauts faits ; ils ne -demandent que la paix et le repos et désirent qu'aucun étranger ne se mêle de leurs affaires. ><

Fig. 491. ~ Costumes serbes. (Dessin de Vierge.)

Belgrade {26,000 hab.), capitale de la Servie, est une ville commerçante avec un bon port sur le Danube.

Roumanie. — La Roumanie, située au nord du Danube, se compose des deux, principautés de Valachic et de Moldavie, et forme aujourd'hui un Etat indépendant, limitrophe de l'Autriche et de la Russie.

BuKHAKEST (140,000 hab.}, capitale de cet État, est une grande ville sale et mal bâtie, qui s'élève dans une plaine insalubre. L'irrégularité de ses rues, et les cabanes qui l'entourent ti une assez grande distance, donnent à cette ville une physionomie pittoresque, à laquelle contribue beaucoup le costume varié des habitants. Bukharest est une ville com- BTcante, où la fortune est presque tout entière dans les mains des juifa. Yassy (90,000 hab.), ancienne capitale de la Moldavie, est une fille du même genre, entièrement construite en bois et pavée avec des planches; les maisons n'ont qu'un étage.

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