BOURSAULT
« 11 est sûr, dit Stendhal, que, quand un bourgeois de Paris prend un fiacre pour aller au spectacle, il est plus magnifique que les plus grands seigneurs de la cour de François I". Ceux-ci, par les pluies battantes de rhiver, allaient à la cour à cheval, avec leurs femmes en croupe, au travers des rues non pavées, qui avaient un pied de boue et pas de réverbères. Faut-il conclure que le connétable de Montmorency ou l'amiral Bonnivet étaient des gens moins considérables dans l'État que le petit marchand de la rue Saint-Denis?
« Je conçois bien qu'on n'ait pas de plaisir à voir les œuvres de Giotto. Si l'on dit : « Que cela est laid ! » on peut avoir raison ; mais si l'on ajoute : « Quel peintre pitoyable I » on manque de lumières. »
Les successeurs de Giotto, BuCfamalco, Simone Memmi, Orcagna, et après eux Gozzoli, etc., ont couvert les murailles du Campo Santo de fresques dans lesquelles se résume la pensée austère et lugubre du moyen âge : les terreurs de la mort, le jugement dernier, les supplices de l'enfer, les joies du paradis. Les peintures d'Orcagna surtout sont d'un caractère étrange et saisissant. Pendant que les riches et les heureux de la terre se livrent au plaisir, la Mort arrive à grands pas, moissonnant les rois, les reines, les princes de l'Eglise, et dédaignant les pauvres et les malheureux qui l'invoquent ; des anges et des diables se disputent les corps de ceux qui tombent. Plus loin, trois rois chassent dans une forêt, et devant eux s'ouvrent trois tombes renfermant trois^ cadavres à différents degrés de décomposition. Ensuite c'est le jugement dernier, puis l'enfer et le paradis. L'exécution de ces peintures, toutes^ très dégradées aujourd'hui, est empreinte de la naïveté du temps et fourmille d'incorrections; mais l'inspiration déborde et se montre partout sérieuse et originale. C'est ce qu'on a appelé le premier âge de la Renaissance.
Dans cette période de l'histoire, oiil'csprit humain s'estélevé sihaut,on trouve encore quelquefois des inexpériences qui font sourire, mais il y a une force de sentiment qui commande l'admiration. Presque tous les^ ouvrages de ce temps sont religieux, et parmi les peintres un grand
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nombre sont des moines. C'est le moment décisif de la Renaissance, le moment des suprêmes efforts, des grandes découvertes : Paolo Uccello fixe les lois de la perspective; Signorelli fait des études anatomiques qui rendront Michel-Ange possible ; la gravure est découverte par Finiguerra, et la peinture à l'huile est apportée en Italie par Ântoncllo de Messine. En même temps, Timprimerie, venue d'Allemagne, commence à se répandre et donne au choc des idées qui se croisent en tous sens dans les lettres, dans les sciences, dans la philosophie, dans la politique, une impulsion extraordinaire.
Léonard de Vinci, Michel-Ange, Raphaël, Titien, Corrège surgissent tous à la fois. Nous ne pouvons nous arrêter à analyser leurs œuvres. Cependant il est bon de caractériser la tournure que l'art a prise dans ses deux centres principaux, Florence et Venise, car ce sont là les deux souches auxquelles se rattachent toutes les écoles italiennes. A Florence, la pensée a toujours eu le pas sur la sensation : Venise a le patrimoine de la couleur. A Florence, l'exécution se fait la très humble servante de l'idée : à Venise, l'artiste emploie tout son génie dans la contexture de son tableau et ne voit rien au dehors de sa toile.
Quand Raphaël s'entretient avec Fra Bartolommeo sur les types divins, celui-ci lui montre le ciel, source de l'inspiration ; Angelico de Fiesole jeûne et se prosterne avant d'oser peindre le Christ ; Michel- Ange, sans cesse obsédé par l'idée de Florence qui tombe et entraîne l'ItaUe dans sa chute, sculpte et peint avec des rages concentrées; son émotion qui déborde prépare la voie au maniérisme, qui voudra imiter les résultats sans avoir puisé aux mêmes sources. Suivons maintenant Giorgione et Titien, Paul Véronèse et Tintoret, ces merveilleux artistes dont toute la vie n'a obéi qu'à une seule et unique conviction, le désir de bien peindre. Tout ce que nous savons de leurs entretiens, tout ce que révèlent leurs lettres intimes, atteste la préoccupation qui les a absorbés. C'est toujours l'opposition des couleurs, la dégradation des teintes, l'harmonie ou l'éclat de la lumière, l'observation constante de la nature, étudiée non en vue d'en rendre l'expression intime, ni pour exprimer une pensée par le langage des formes, mais comme base de ces grandes constructions décoratives qui ont pour principe la fantaisie, pour moyen l'exécution savante, pour but l'éblouissement.
A Florence, le dessin consiste moins dans la grâce des formes que dans la grande tournure des personnages. Depuis Giotto jusqu'à Michel- Ange, la partie pratique de l'art a sans cesse progressé, mais l'inspiration, toujours puissante, dédaigne les charmes du sourire. Après Michel-Ange, quand vient la décadence, la peinture ne tourne pas à l'afféterie, comme cela s'est fait ailleurs ; toute l'école, au contraire, exagère le principe violent du maître et tombe dans les convulsions et la manière. Tout autre se montre à Venise la décadence de l'art : après
les magnificences de Titien et de Paul Véronèse, les artistes, de plus en plus attachés à l'exécution matérielle et h la partie technique de la peinture, deviennent des praticiens d'une inconcevable habileté ; mais l'inspiration leur fait défaut. Et quand les deux grands foyers de la Renaisnaissance ont ainsi disparu, l'école éclectique se forme de leurs débris et rèffne en souveraine sur toute l'Italie. \
Les arts appliqués à l'industrie, qui accompagnent toujours les beaux-arts, ont eu leur plus grand éclat vars la même époque. Vers la fin du quinzième siècle, un élève de Ghiberti, Luca délia Robbia, sculpteur florentin, imagina un procédé pour donner de la solidité à ses figures et à ses bas-reliefs d'argile en les cuisant. Vasari nous donne de naïfs détails sur l'ardeur que cet artiste apporta dans ses premières études. Il passait le jour à manier le ciseau, et, pour ne pas être obligé de quitter son travail à cause du froid, il se réchauffait les pieds dans un panier rempli de copeaux. Luca délia Robbia, bien que connu presque exclusivement par ses terres émaillées, a laissé des basreliefs en marbre et en bronze qui ont de l'importance comme art. Son dessin est correct, quoique un peu froid ; son expression est toujours vraie et gracieuse, jamais maniérée. Après avoir trouvé le secret de vernir la sculpture en terre et de la mettre ainsi, comme le marbre et le bronze, à l'abri des injures atmosphériques, il voulut en outre en varier l'aspect en la coloriant comme une peinture. Celte invention paraissait pouvoir être employée très utilement comme élément décoratif dans le système architectural, mais, considérée seulement au point de vue delà statuaire, elle eut pour résultat d'alourdir les touches nerveuses de l'ébauchoir par l'épaisse couche de vernis qu'il fallait appliquer à la surface. En outre, la coloration, en donnant aux figures en relief l'aspect d'un trompe-l'œil, causait plus de surprise que d'émotion véritable, et faisait d'un ouvrage de sculpture plutôt un meuble qu'un objet d'art destiné à nous élever l'esprit par la grandeur et la majesté du style. Luca délia Robbia forma, sans sortir de sa propre famille, une école dépositaire de son secret et héritière de son talent. C'est aux délia Robbia, fougueux partisans du moine Savonarole, qu'on doit le portrait du célèbre prédicateur. Deux d'entre eux entrèrent dans les ordres, et le dernier, Girolamo, vint passer presque toute sa vie en France, où il travailla au château de Madrid, que François I" faisait bâtir au bois de Boulogne. Les poteries des délia Robbia, très recherchées aujourd'hui, sont recouvertes de colorations brillantes et qui comprennent surtout le blanc, le jaune, le vert et le bleu.
Les délia Robbia peuvent donc être considérés comme les pères de la céramique italienne, qui devint si célèbre.
« Cet art, dit M. Giuseppe Campiori dans la Gazette des Beaux- Arts, oe se serait peut-être pas élevé si haut sans la puissante impulsion qui
lui fut donnée par un homme que l'Italie vénère comme un de ses pins grands artistes, comme le chef d'école et le créateur d'un genre qui fui aussi charmant qu'éphémère. Luca délia Robbîa, après avoir découvert )e moyen d'émailler les œuvres plastiques, d'abord eu blanc, puis en d'autres couleurs, trouva encore celui de peindre des figures et des sujets sur des surfaces planes, appliquant ainsi les procédés de l'émail- It'up à la vaisselle, et à toute sorte d'ornements des objets domestiques.
Par là, l'art du potier, se trouvant associé à la peinture et à la sculpture, se répandit dans plusieurs villes, perfectionnant sans cesse ses procédés de fabrication et la qualité de ses vernis, renouvelant les combinaisons de ses couleurs. Ce art, ainsi ranimé, compta une période de splendeur d'un peu plus d'un demi-siècle, et trouva son siège principal et favorisé dans le centre de l'Italie, grâce à des circonstances spéciales, parmi lesquelles figurent la présence des éléments matériels qui le constituent, ainsi que la protection et les privilèges accordés par les ducs d'Urbino.
L'ITALIE. 65a
désireux d'encourager une industrie aussi avantageuse pour leurs Éials. Les noms de Georges Andreoli, de Francesco Xanto, de Guido et Orazio Fonlana, oubliés pendant trois siècles et aujourd'hui entourés justement des louanges et de la réputation qu'ils méritent, marquent le moment glorieux de cet art qui trouva son assise préférée dans les fabriques renommées de Faenza, Urbino, Gubhio, Gastel Durante et Pcsaro (fig.570et571).
Fig. &7I. — Poterie iiaUen ne,
i< Faenza, d'où vient le mot faïence, est la plus ancienne et la seulu connue pendant bien des années des nations étrangères, auxquelles elle tournissait en abondance ses produits estimés pour leur blancheur, leui' netteté, la correction du dessin dans la forme des vases et dans les figures. Urbino, grâce à Xanto, à Franco et aux deux Fontana, arriva au comble de l'élégance et de la perfection, par le brillant de son émail, par l'harmonie et l'habile dégradation des tons, par l' excellence des peintures. La majolique de Gubbio, création de Georges Andrêolo, grand artiste originaire de Pavie, et de ses fils, emprunte un caractère
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TALIK.
ïal {.'I presque exclusif iiiix ivllcts iTLL'l;illiiiiic
irajoutés à la couleur. Les œuvres de Caslel Duranle soiil analogues à celles d'Urbino, elles artisles de ce pays portèrent leur arl dans des contrées lointaines. A Pe-iaro, rivale d'Urbino pour la beauté et la bonté de ses produits, fut (l< Liiiiverte, ti la veille de la décadence de l'art, la manière de dorer la in;i.joli,|ue et de hi rebausser d'ornements on relief. .1
La Population, — La populalnn iliHenne i été comme le sol iii^nie du pays mainte fois reiioduite par 1 it sfes Touterots ce ;iLiùl pour tes costumes italiens et pour k'* "iile ^i ndioses des Apennins et surtout do la campagne de Rome n e^t pas de date fort
Fit;, yi-i. — CapiuJii einiup.iii. (■r,.hk.»ii de Vjh Jluyden.)
uicicnne. Les peintres delà Renaissance n'ont jamais représenté l'Italie, et si, au di\-septiémc siècle, quelques peintres lliiniands comme Berrhi'in. ont peint des sites italiens, c'est en les arningeant à leur guise, ■.Il r.ii^ant surgir, suivant les besoins du tableau, i\c^ ruines ou des roc\u'r-. niais ils n'ont jamais clicrclié h en triiduin' Ir caractère exact et ittliiiLi;. Au siècle suivant Pannini el Hubert Robiil imt arrangé d'après II'- mines de Rome quelques tableaux conçus di''in!;)livement, mais qui H ont jamais ou la prétention d'être des |)ortr.iih il'un site déterminé. Il est juste d'ajouter qu'à la même époque Canalelli il Guardiont apporté la plus grande fidélité à reproduire Ic.'^ diiïérL'iil-^ aspects de Venise, seubmient ils ont eirconsrril leurs i-eclu'ri'lics ;i n'Ile ville pittoresque entre toutes, et ils n'ont 1 lu une ;< l:i li^iin' {pTuii iiili'r'ét tout à faitsecon-
■ (iBirc
«ao L'KUftOPE.
Sous la Restauration Taiiiiay l'onimcnça ;\ monlrerdcs danses italn-unes, et, presque en même temps. Schnetz et Léo[iold Robert appliquèrent à la représentation des paysans italiens les procédés de la peinture
d'histoire. Le style grandiose qu'ils ont su donner à leurs figures, a t«llemenl ému le public, que, malgré la crudité de leur coloris, les représentations qu'ils nous ont données du peuple italien ont été longtemps considérées comme typiques, et on n'aurait pas osé s'en écarter sans risquer de paraître faux. Cependant on en a tellement abusé, surtout quand le théâtre s'est mis de la partie, qu'on a fini par traiter d'Italiens
L'ITAUE. 687
Hc l'opérn comique, les payROi)!^ que Lcopold Robert avait rendu avec
tig. il&. - Lo HL'tour de la diiiiu {Tableau du Vibort).
tant de sincérité. Ou en éfaîL liis el 1(3 |iub1ii' fatigué ne pouvait
«Si L'EUROPE.
plus supporter sur des vrais tableaux des scènes que reproduisaient tous les paravents de chetnioée. On était dans cette situation d'esprit quand Hébert montra sa Mat'aria, qui eut un immense succès. Ce qui a surtout frappé ce peintre en Italie, c'est la fièvre. L'Italie est admirable partout, mais malsaine et même mortelle en quelques endroits. Les figures languissantes d'Hébert nous ontfaitconnaitre cette face inexplorée jusqu'ici de la nature italienne. Les costumes que portent les femmes dans les tableaux d'Hébert sont d'une exactitude absolue, mais ce sont les costumes des Abruzzes et non ceux de l'Italie septentrionale. On en chercherait vainement l'analogue dans la campagne de Milan el tnéme dans celle de Florence (fig. 572). Toute cette partie de l'Italie n'a pas de caractère bien nettement tranché, et c'est dans les provinces .du midi qu'il faut chercher la couleur locale.
Un autre élément de pittoresque, qui tend singulièrement à s'effacer, «t qui même n'eviste plus guère qu'à l'état de souvenir, c'est le moine (lig. 573), Il y a à peine vingt ans, l'Italie en était couverte, el aujouril'hui on les remarque quand il en passe dans la rue. Que de tableaux nous montrent des moines italiens priant, mangeant, dormant, tendant la main pour recevoir une aumône, secourant un pauvre, causant avec une femme dans la rue, achetant des provisions, etc. (fig. 574 et 573). Le moine n'est guère moins démodé aujourd'hui que le paysan au regard poétique; l'Italie est certainement une des contrées dont on voyait le moins de représentations à nos derniers salons.
L'Italie septentrionale. — Le bassin du Pô est une des plus belles contrées que l'on puisse visiter. Les systèmes montagneux qui le forment en l'entourant de toutes parts presque jusqu'aux côtes de l'Adriatique, produisent tout un monde de panoramas admirables. A l'ouest el au nord. ce sont les Alpes avec les glaciers et les lacs, au sud ce sont les Apennins avec leurs bois, leurs pâturages et leurs rochers. Les vallées hautes ou basses sont cultivées jusqu'aux dernières limites du possible. Pas un coin de la terre n'est perdu, pas un ruisseau ne reste inutile. Une population intelligente, travailleuse, amoureuse de l'agriculture, 3\ fait de ce bassin un véritable jardin.
Turin (180,000 hab.). ancienne capitale du Piémont, est située dans une riche plaine au pied des montagnes. Cette ville avec ses larges rues tirées au cordeau et bordées de larges trottoirs, ses boulevards plantés de grands arbres, ses places, ses ponts, la propreté de son aspect, la régularité de ses allures, avec la délicieuse campagne que limitent à l'horizon les dernières assises des Alpes, passe avec raison pour une des plus belles et des plus agréables villes qu'il y ait en Europe. Cependant
Turin ne présente pas aux artistes autant d'attrait que les autres grandes Tilles de Tltalie. Ses églises, ses palais sont tous de style moderne, et dénués de caractère : cette ville qui date de Tépoque romaine semble née d'hier. Mais ses collections sont dignes d'une grande ville et méritent toute Tattention du voyegeur.
Mentorij Vintimilley Port-Maurice^ Savone, Voltri^ sont des stations d'hiver très fréquentées à cause de la douceur du climat et de la beauté des environs.
Gênes s'élève en amphithéâtre au bord de la mer. Vue d'un bateau, le panorama est superbe : au premier plan c'est le port avec l'animation qu'y apportent les navires qui s'y pressent, la ville formant un vaste demi-cercle, et au-dessus les collines verdoyantes qui s'étagent en terrasses juqu'aux crêtes de la montagne. L'intérieur de la ville est loin d'avoir la régularité de Turin, mais il présente une physionomie bien plus franchement italienne, qui tend d'ailleurs à s'effacer tous les jours. Dans les rues étroites, montantes et tortueuses, on trouve encore un certain nombre de maisons décorées de fresques à l'extérieur. Quelquefois même, mais bien rarement, on retrouve dans la population les vestiges de Tancien costume national. Des femmes du peuple, ignorant sans doute qu'il existe des journaux de modes, portent encore l'ample voile blanc, dont elles s'enveloppent la tête et les épaules, et qui leur donne une tournure magnifique.
Gênes a de belles promenades : de vastes portiques, qui s'étendent depuis la douane jusqu'au chantier des constructions maritimes, supportent de larges terrasses dallées de marbre, et de là l'œil embrasse tout le port et le chemin de fer dont les convois de marchandises fument sans cesse, et attestent l'activité commerciale toujours croissante de cette riche cité. Mais ce que les artistes veulent surtout voir à Gênes, ce sont les palais. C'est en les visitant que madame de Staël disait : « on se croirait ici dans une ville de rois ». On a peut-être exagéré pourtant la valeur de ces palais, qui perdent quelquefois à être examinés en détail, bien que leur profusion donne à la ville un aspect grandiose.
On donne le nom de Corniche au versant méridional des Alpes maritimes, que baigne la Méditerranée. La contrée qui s'étend de Nice à Gênes était autrefois coupée par une route romaine : aujourd'hui on voyage en chemin de fer. Peu de pays sont aussi fréquentés par les touristes, et il en est peu aussi qui offrent autant de motifs d'excursion. « Tantôt la route côtoie la plage, dit le Guide en Italie, tantôt elle s'élève sur des rochers à pic; elle traverse une quantité de villages, dont les rues sont parfois si étroites, que les voitures n'ont que juste l'espace nécessaire pour passer. La vue de la mer, la variété des aspects, la succession de caps, de golfes, de ports, de villages, la richesse de la végé-
talion tropicale sur quelques points, tout concourt à faire de ce quai (le la Méditerranée qu'on appelle la Corniche, une des routes les plus intéressantes de Tltalie. »
Milan (200,000 hab.), ancienne capitale de la Lombardie, est située dans une plaine. La cité, dans laquelle on entre par des portes monumentales, est grande et luxueuse : ses larges rues, pleines de voitures, bordées de maisons élégantes, égayées par des boutiques dont l'étalage est toujours disposé avec goût, remplie do cafés et de spectacles où la foule se presse à toute heure, lui donnent une physionomie bien vivante.
Milan ne présente pas à beaucoup près la régularité de Turin. Il y a pourtant des rues qui sont fort larges et la ville est pourvue de belles places. Ce qui excite surtout Tadmiration des étrangers et la fierté des Milanais, c'est la Galerie Victor-Emmanuel. « C'est un passage vitré, dit le Guidey large comme une rue, haut comme une cathédrale, formant une croix grecque, avec une coupole au milieu, haute de 50 mètres et surmontant un octogone ayant 29 mètres de diamètre. La hauteur depuis le sol jusqu'à l'arête des verreries est de 32 mètres. Entrées^ monumentales sur les places de la Scala et du Dôme. Le soir, ce passage illuminé par 2,000 flammes est splendide. Aucun passage de Paris n'y est comparable. Les galeries latérales qui forment la croix débouchent sur d'autres rues. »
Milan n'a pas, comme Venise, une interminable série de palais à montrer aux étrangers, mais quelques édifices comme le grand hôpital et le théâtre de la Scala, le plus grand de l'Italie, sont d'un aspect grandiose. Ce que l'artiste doit voir surtout à Milan, ce sont les églises, les musées. La cathédrale, une des plus vastes églises du monde, est bâtie en marbre blanc.
La façade principale est percée de treize portes dont dix appartiennent au style de la Renaissance. A l'intérieur les voûtes à ogives des cinq nefs sont soutenues par cinquante-deux colonnes octogones dont le chapiteau a la forme d'un tambour allongé et décoré de niches, de dais et de statues. On se croirait dans une forêt séculaire, dont les troncs sont d'énormes piliers de marbre, à huit pans, surmontés de chapitaux étranges d'où partent de grosses branches qui se rejoignent à la voûte. Ces piliers, fort rapprochés les uns des autres, sont disposés en quatre rangées dans l'intérieur de Téglise, et si, dans les allées qu'elles forment, on veut relever la tête, l'œil rencontre un inextricable fouillis de rameaux qui s'enlacent entre les arceaux de feuillages touffus et profondément fouillés, de niches abritant tout un peuple de saints. Le jour qui éclaire cette fantasmagorie arrive par des vitraux cola-
rés, empourpre ou dore les saillies, et promène partout ses effets d'arcen-ciel.
Il faut dire que lorsqu'on veut, après la première impression de rêverie, passer à Texamen des détails, on rencontre parfois des désillusions. 11 a fallu cinq cents ans pour élever cet édifice qui n'est pas encore achevé, en sorte qu'on y trouve tous les styles et des détails d'un goût souvent disparate. L'acanthe grecque y coudoie l'ogive du moyen âge, le pilastre de la Renaissance s'y montre à côté des nervures gotliiques et un dais du quinzième siècle y encadre quelquefois une statue du dix-huitième. Les deux chaires en bronze doré, qui sont adossées aux piliers de la coupole, produisent un aspect étrange et qui n'est pas dépourvu de grandeur; elles reposent sur des cariatides colossales et sont décorées de bas-reliefs représentant les évangélistes et les docteurs de la foi. Parmi les curiosités de tout genre qu'on trouve dans cette église, on remarque un superbe candélabre à sept branches, formé de charmant, rinceaux gothiques entremêlés de statuettes, et connu sous le nom d'arbre de la vierge. Il y a aussi une très belle statue de saint Barthélémy écorché, un retable très remarquable et plusieurs tombeaux intéressants. Le corps de saint Charles Borromée repose dans une chapelle souterraine d'une richesse inouïe ; on y admire la châsse du saint qui est en argent avec des panneaux en cristal de roche et des moulures en vermeil.
Si le dôme de Milan est le plus splendide monument de la ville, V église Saint- Ambroise en est certainement la plus grande curiosité. La porte centrale est en bois de cyprès, travail du neuvième siècle : c'est à cette place que saint Ambroise a repoussé Théodose après le massacre de Thessalonique. La chaire qui est du douzième siècle et qui est composée de fragments plus anciens, présente une disposition particulière : elle est portée par huit arceaux et assez longue pour que l'orateur puisse marcher en prêchant. Le devant du maître-autel est un merveilleux travail d'orfèvrerie qui date du neuvième siècle. Une colonne de granit, placée dans la nef du milieu supporte un serpent de bronze que la croyance populaire désigne comme étant celui qu'éleva Moïse et qui doit siffler à la fin du monde. On remarque aussi dans cette église le siège en marbre des premiers évêques de Milan, plusieurs mosaïques extrêmement anciennes, et, dans les chapelles latérales, quelques peintures intéressantes de Luini et de G. Ferrari.
Véglise Sainte-Marie des Grâces^ dont la coupole est de Bramante, est surtout visitée à cause de la Cène de Léonard de Viîiciy peinte dans le réfectoire du couvent qui y est annexé et qui sert maintenant de caserne. Il ne reste aujourd'hui presque plus rien de cette peinture célèbre qui était déjà dans un déplorable état de dégradation au bout de cinquante ans.
Les lacs italiens dont la partie supérieure est encaissée dans les derniers contreforts des Alpes, el qui du côté du midi baignent les riches plaines de la Lombardie, forment une région spéciale, que les artistes fréquentent particulièrement pour la beauté de ses sites. Aucun point de l'Italie n'a été plus vanté que le lac Majeur. Nous ne nous arrèteroos pas à décrire les délicieuses villas et les riches villages qui bordent «^es
deux rives, mais il faut dire un mot des iles Borromées. Quand on j va de Milan, on s'arrête à la station tïArotia, petite ville qui est surtout connue par la statue colossale de saint Charles fiorromée qu'on aperçoit à plusieurs lieues <L la ronde. Cette statue, située sur une éminence, a phis de 20 mètres de haut et est placée sur un piédestal qui en a 15. Les badauds ne manquent pas de monter dans l'intérieur de la statue dont la tète peut contenir trois personnes.
C'est d'Arona qu'on s'embarque sur le bateau b, vapeur qui vous conduit aux tles Borromées qui sont au nombre de quatre : les deux
principales sont Tlsola Bella et Tlsola Madré. L'Isola Bella est disposée en terrasses qui s'élèvent Tune au-dessus de l'autre de manière à présenter de loin l'aspect d'une pyramide. Ces terrasses sont plantées en jardins dans lesquels on voit se déployer toute la richesse de la végétation méridionale : les limoniers, les orangers, les lauriers, les cèdres, les magnolias y prospèrent. Des berceaux de feuillages, des-grottes de coquillages, des jets d'eau, contribuent à affirmer le caractère artificiel de ces jardins dont la terre même a été rapportée, car primitivement Fîle n'était qu'un rocher.
L'Isola Madré diffère de l'île précédente en ce que, du côté du nord, les terrasses sont disposées en jardin anglais. Mais ce qui fait la beauté véritable de ces îles, c'est le magnifique panorama du lac, avec ses bords couverts de coteaux boisés qui s'élèvent en amphithéâtre jusqu'aux cimes neigeuses des Alpes qui terminent l'horizon.
Le lac de Côme est situé également à quelques lieues de Milan dans la direction du nord. Il est plus étroit et plus encaissé que le lac Majeur, d'un aspect moins riant, mais peut-être plus sauvage et plus réellement pittoresque.
Entre Côme et Milan est la petite ville de Mofiza, dont la cathédrale est assez remarquable. On y conserve la fameuse couronne qui servait au couronnement des souverains. Elle est en or et enrichie de 22 pierres précieuses en forme de cercle : à l'intérieur est un cercle de fer qui est formé, dit-on, avec un des clous de la Passion. Elle a pris delà le nom de couromie de fer.
La ville de Côme^ patrie des deux Pline, est bâtie à l'extrémité méridionale du lac. Cette ville possède une cathédrale, qu'enrichissent de nombreuses sculptures, parmi lesquelles on remarque la statue de Pline. Brescia a conservé de nombreux souvenirs du moyen âge, entre autres ses remparts Les églises de la ville méritent aussi d'être visitées. Brescia a un musée d'antiquités disposé dans les ruines d'un temple de Vespasien d'ordre corinthien.
Pavie (27,000 hab.), qui fut une cité très importante au moyen âge ou on la nommait la ville aux cent tours, n'a conservé de ses vieilles institutions que son université qui est une des plus anciennnes de l'Europe. L'ancien palais de Galeas il Visconti, aujourd'hui transformé en caserne, n'offre rien de remarquable à l'intérieur. La cathédrale est un monument inachevé qui manque de façade ; on y montre la prétendue lance du paladin Roland et le prétendu tombeau de saint Augustin, monument en marbre, précieux par les statuettes et les bas-reliefs qui le décorent. h'église Saint-Michel, qui date du sixième siècle, mais qui fut brûlée et en grande partie rebâtie au onzième, est décorée à l'intérieur de sculptures d'un style extrêmement barbare, mais curieuses pour l'archéologie.
664 LEUROPE.
La chartreuse de Pavie, située à quelque distance de la ville, passait pour le monastère le plus somptueux de Tltalie ; cet édifice fut élevé eo 1396 par Jean Galeas Visconti, qui voulait par cette fondation expier le meurtre de son oncle. La façade, œuvre de Borgognone, est enrichie de sculptures d'une merveilleuse délicatesse : on y remarque particulièrement les bas-reliefs exquis delà porte d'entrée, et les colonnes des croisées en forme de candélabres. L'intérieur est richement orné de mosaïques et de bas-reliefs et on y voit des peintures de Perugin, Luini, Crespi, Solari, etc. Le transept, séparé de la nef par une belle grille, renferme le mausolée de Galeas Visconti, exécuté d'après un dessin de Pellegrini, et qui rappelle par le style le monument de François I" à Saint-Denis. «La magnificence de ce monument, dit le (juide, atteste la reconnaissance des moines qui le firent construire. Malheureusement quand il fut achevé, ils ne se rappelèrent plus où ils avaient provisoirement déposé le corps. » De l'autre côté on voit les statues funéraires de Ludovic le More et de sa femme Béatrice d'Esté. Les stalles du chœur sont un travail de marqueterie très remarquable du quinzième siècle, et le maître-autel est enrichi d'une profusion de bronzes, de pierres précieuses et de sculptures. Au sud du chœur, est le lavoir des moines, avec une porte en marbre décorée des médaillons des duchesses de Milan, et une suave peinture de Luini, représentant la Vierge avec tenfant Jésus qui cueille un œillet. Deux cloîtres sont près de l'église : le petit est entouré d'arcades supportées par des colonnettes en marbre blanc et orné de bas-reliefs en terre cuite : le grand est entouré de portiques à colonnes de marbre.
Plaisance (34,000 hab.), malgré son nom, présente un aspect assez triste. Ville déchue, elle n'a pas la moitié des habitants qu'elle semblerait devoir contenir. Sa cathédrale, d'un style roman-lombard, avec quelques additions postérieures, est précédée d'un porche à colonnes supportées par des lions. A l'intérieur les Carrache ont peint des fresques imitées de celles du Corrège à Parme. L'hôtel de ville, construction d'un style un peu lourd, est précédé d'une place que décorent les deux statues équestres, de grandeur colossale, d'Alexandre Farnèse et de son fils le tyran Ranuccio.
Crémone (28,000 hab.) fut autrefois célèbre par ses violons et autres instruments de musique, dont elle fait encore un assez grand commerce. La place du dôme est d'une physionomie étrange : des portiques joignent le dôme et le baptistère, avec le campanile qui passe pour la tour la plus iélevée qu'il y ait en Italie.
Vérone (60,000 hab.), avec ses vieilles murailles flanquées de tours, ses ponts dont les parapets sont des créneaux, et ses nombreux restes du moyen âge, présente un aspect étrange qui séduit toujours le voyageur. La porte Borsari, les vestiges d'un théâtre, et surtout les restes
grandioses de Vamphithéâtre attestent que cette ville a été lloi-issanle <lans l'antiquité. L'amphithéâtre, de forme ovale comme le Colysée de Rome, est fort dégradé à l'extérietir, mais Tintérieur est assez bien conservé; cet édifice a 156 mètres de longueur sur 125 de largeur. Malgré l'importance de ces restes, ce qu'il faut surtout étudier à Vérone, c'est le moyen âge italien, dont le stjle n'est peut être nulle part aussi déterminé qu'ici.
La cathédrale, construite au douzième siècle avec les matériaux d'un
Fig. h11. — lUlie, profincu dn nord-onosU
temple de Minerve, et terminée postérieurement, est précédée d'un porche dont les colonnes sont supportées par des grltTons. Derrière ces colonnes, tes statues des paladins Roland et Olivier, rappellent que suivant la tradition l'église a été fondée par Charlemagne. A rintérieur, la rotonde à colonnes qui précède le chœur est une œuvre de San Michel!, fameux architecte natif de Vérone.
Au point de vue de l'architecture, Véglise Saint-Zenon est de beaucoup la plus curieuse de Vérone. Fondée par Pépin, fils de Charlemagne, mais rebftiie au douzième siècle, elle conserve de nombr«ux vestiges de
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l'époque la plus inconnue du moyen âge, et semble un Teritable musée d'archéologie. La porte d'entrée est protégée par un porche dont les colonnes reposent sur des lions. Dans les sculptures de la façade, on remarque le roi Théodoric en train de chasser, et le diable qui lui souffle àToreille de mauvaises pensées parce qu'il est arien. Les portes revêtues de bronze datent du dixième siècle et sont enrichies de bas-reliefs dont le travail est eitrémement barbare. A l'intérieur, la grande nef, couverte en charpente décorée, est éclairée par de petites fenêtres à plein cintre. Les murailles sont couvertes de fresques extrêmement anciennes et fort dégradées. On voit dans le chœur la statue de saint Zenon, ouvrage du douzième siècle, et au-dessous une crypte contenant le sarcophage du même saint, avec un autel décoré de sculptures barbares et remontant au neuvième siècle.
Les tombeaux des Scaliger forment un assemblage curieux sur l'emplacement trop étroit qui leur est réservé devant l'église de Santa Maria Antica. Il y a cinq monuments : le plus beau est celui de Can Signorio, dont la statue équestre occupe Textrémilé supérieure. Quatre baldaquins supportés par des colonnes, forment une place d'honneur aux héros chrétiens, dont les statues semblent protéger le sarcophage. Celui-ci repose sur un socle où sont figurées les vertus chrétiennes.
Vérone renferme plusieurs beaux palais, dont la plupart sont dus à San Micheli. Il y a également un musée dans lequel on voit quelques bons tableaux de l'école vénitienne, mais dont aucun ne peut être signalé comme étant particulièrement remarquable.
Vicence (26,000 hab.) est une ville qui offre un grand intérêt non seulement à cause de ses églises du moyen âge, mais surtout à cause des constructions élevées par Palladio, qui fut un des plus grands architectes de l'Italie, et qui est natif de cette ville. Nous citerons seulement le théâtre olympique, que les membres de l'Académie olympique firent bûtir pour y représenter les pièces d'Eschyle et de Sophocle traduites en vers italiens. Palladio, s'inspirant de Vitruve, tenta de le construire d'après les données antiques. Un musée fondé récemment contient quelques tableaux des maîtres vénitiens.
Mantoue (26,000 hab.) est une ville de marécages, située sur le Mincio, entre le lac Supérieur et le lac Inférieur. L'aspect de la ville n'est pas agréable: au dehors, des marais ou des 'espaces sablonneux; au dedans, des rues vastes mais désertes, d'où la vie semble s'être retirée. L'intérieur du Dôme a été rebâti d'après les dessins de Jules Romain ; dans la basilique de Saint-Andréa, le tombeau de P. Strozzi a été fait également d'après ses dessins. Jules Romain était entré fort jeune à l'atelier de Raphaël, qui le prit en grande affection et l'employa dans ses immenses tableaux du Vatican et de la Farnésine. Après la mort de son maître, Jules Romain fut appelé à Mantoue par Frederick Gon-
zagiie, et il déploya dans cette ville ses talents comme architecte, comme ingénieur et comme peintre. C'est lui qui bâtit près de Mantoue ce fameux château du T, qu'il a décoré de peintures étranges, où son talent fougueux et violent, n'étant plus contenu par Raphaël, semble se rapprocher davantage de Michel-Ange, dont pourtant il n'a pas l'ampleur.
Padoue (45,000 hab.), grande ville d'un aspect uniforme et dont plusieurs rues sont bordées d'arcades, est entourée d'une enceinte bastionnée et percée de sept portes. \J église Saiyit-Antoine de Padoue^ beaucoup plus intéressante que la cathédrale, s'élève sur une place que décore la statue équestre du condottiere Gattamelata par Donatello. C'est la première statue de bronze qui ait été fondue sous la Renaissance. L'église, dont la construction révèle des époques différentes, a été conçue, comme Saint-Marc de Venise, sous une influence byzantine ; mais les sept coupoles qui lui donnent une physionomie orientale ne datent que du quinzième siècle. L'intérieur de l'église est riche en œuvres d'art ; dans la nef on voit le monument du cardinal Bembo, dû à Sansovino, et celui du général vénitien Contarini, dont le dessin est attribué à San Micheli. Le chœur contient des bas-reliefs en bronze dus à Donatello, le père de la sculpture florentine, et à Briosco, un admirable artiste natif de Padoue.
Venise (130,000 hab.) est une ville à part, qui ne ressemble à aucune autre, en Europe ou ailleurs. Sa physionomie spéciale vient un peu de ses monuments, mais surtout d'elle-même. Ses rues sont des canaux, ses voitures sont des gondoles, ses maisons baignent dans la mer, et les piétons qui circulent dans ses ruelles étroites ou sur les innombrables ponts qui relient l'une à l'autre les petites îles dont la ville est formée, ne savent pas ce que c'est que la poussière. Les habitants n'entrevoient la campagne que dans un lointain horizon au delà des eaux, et à l'exception d'une promenade publique de dimension restreinte, ils ne voient d'arbres nulle part. Mais indépendamment de ces caractères physiques, il y a dans Venise une sorte d'aspect moral qui ajoute à son étrangeté. Dans cette ville de plaisir tout semble avoir été fait en vue d'une fête perpétueDe, mais à cette fête il manque la population joyeuse et enrubannée qui l'animait autrefois. Les monuments sont lézardés, les palais sont vides ou habités par des gens qui n'ont rien des allures du grand seigneur, la moisissure est partout, et à part le grand canal où sont toutes les gondoles, la place Saint-Marc où sont tous les promeneurs, la ville semble partout vide et silencieuse. Rien de plus gai que les palais dont la ville est remplie, mais leurs balcons à colonnettes appellent les riches seigneurs des tableaux de Paul Véronèse, et on n'y voit jamais personne.
Si le grand seigneur est absent on ne voit pas davantage l'ouvrier.
Venise a pourtant une industrie, qui a même été autrefois très llorissante. L'industrie vénitienne, sortie de Byzance et de l'Orient, façonna de bonne heure des verres qui se répandirent promptement dans toute l'Europe. Les vases vénitiens émaiUés se voyaient dans toutes les maisons prinoièrcs du quinzième siècle. Venise a fabriqué aussi de curieux vases enrichis de filigranes de verre blanc, opaque ou coloré. Ils se contournaient en mille dessins variés et les filigranes semblaient incrus-
Fig. &78. — Verrerie de Veni
tés au milieu de la pâte de cristal transparent et incolore. Les verreries <le Venise affectaient quelquefois des formes bizarres mais toujours gracieuses. Celte fabrication a perdu beaucoup de son importance depuis le dix-huitième siècle : cependant elle est encore florissante et fourmi «ncore des produits remarquables qui ont été justement admirés à l'Exposition de 1878.
L'industrie du verre occupe de nombreux ouvriers, mais leur présence ne donne aucune animation à la ville, où on ne les voit pas cir-
culer, car ce n'est pas là qu'ils habitent et ce n'est pas davantage là qu'ils travaillent (fig. 578 et 579).
Les verreries sont à Murano (fig. 580), dans une île spéciale, séparée de la ville par une vaste étendue d'eau ; les autres fabriques occupent également un îlot séparé, à une certaine distance du noyau de la cité . Il en est de même pour le commerce : il existe, mais on ne le voit nulle part. A l'exception des arcades de la place Saint-Marc, Venise n'a pas de boutiques, car un étalage est fait pour les passants, et implique une rue où l'on puisse s'arrêter, et il n'y a pas de rues véritables, mais seulement des canaux ou des ruelles. Quand on veut circuler à pied dans la cité,
Fig. 679. — Verrerie de Venise.
on ne trouve que des chemins étroits, tortueux et sombres, dans lesquels il est souvent très difficile de s'orienter. Si on est en gondole, on glisse rapidement sur l'eau verte des canaux, qui sont généralement très minces et presque toujours encaissés entre des maisons noirâtres et uniformes. Il faut d'ailleurs l'habileté consommée des gondoliers pour éviter les abordages, surtout à l'angle des canaux. Les gondoles vénitiennes, longues et d'une forme très élégante, sont toutes bâties sur le même modèle et uniformément peintes en noir. Le soir, l'étrangeté de la ville augmente encore, et les lumières fixes de la cité qui se reflètent dans l'eau par un long reflet vertical, contrastent avec les lumières mouvantes des gondoles qui circulent d'un point à un autre.
La place Saint-Marc est la première et on pourrait dire l'unique promenade de la ville. Cet antique forum de la Hépublique vénitienne', est maintenant le rendez-vous de tous les étrangers qui vbîtent Venise. Les arcades du Campanile sont d'ailleurs le lieu de réunion des négociants qui y discutent leurs afTaires. Les dames se réunissent sous les arcades pourvoir les étalages des rares boutiques qu'on trouve dans la ville. ËnSn les enfants viennent sur la place pour servir le repas des milliers de pigeons que la république nourrissait autrefois, et qui ne sont plus soutenus aujourd'hui que par l'initiative privée.
Cette fameuse place Saint-Marc est formée de deux places d'inégale grandeur qui communiquent ensemble en formant un angle droit. La
plus grande des deux, la Piazza est entourée, de trois côtés, par de superbes constructions h arcades et, de l'autre, par l'église Saint-Marc. La plus petite, ta Piazzetta, n'est c[u'un prolongement de la première du côté du rivage : elle est bordée d'un côté par le palais ducal, de l'autre par un grand édifice, dont les arcades continuent celles de la grande place et font ainsi une promenade couverte, d'un grand développement. La Piazza est décorée de deux colonnes en granit, dont l'une porte le lion de saint Marc, et l'autre la statue de saint Théodore. Sur la Piazza on voit trois piédestaux en bronze supportant trois mâts, où l'on arborai! les étendards de la république, symboles de sa domination sur les trois royaumes de Chypre, de Candie et de Morée.
Le Campanile, ou clocher de Saint-Marc, est complètement isolé de l'église et fait l'angle des deux places. Ce clocher, commencé au
dixième siècle, mais terminé beaucoup plus tard, domine par sa hauteur tous les monuments de Venise. Il est surmonté d'un ange d'or qui sert de girouette. A la base du Campanile est la Loggella, charmant petit édifice, qui était primitivement un lieu de réunion pour les nobles. 11 est revêtu de marbre, de bronze et de statues par Sansovino.
A l'extrémité de la Piazzetta, s'étend le long de la mer, un quai qui prend un peu plus loin le nom de quai des Esclavons; on a de là une vue superbe. C'est d'ailleurs le seul quai intéressant qu'il y ait à Venise. Quant au grand canal, qui est une autre merveille de Venise, il doit être parcouru en gondole, si l'on veut voir la longue suite de palais qui bordent ses rives et dont le canal baigne la base. Le pont du Rialto, qui est d'une seule arche, et dont la forme est très élégante, forme à peu près le centre de la ville, en traversant le grand canal qui la sépare en deux parties.
Le dôme, commencé en 977 sur l'emplacement d'une première église détruite par le feu, a été consacré en 1111. Nourris des principes de l'École byzantine, les architectes qui ont élevé V église de Saifit-Marc, oût donné à leur plan la forme d'une croix grecque en y ajoutant un portique, qui rappelle le narthex des églises d'Orient. Comme dans Sainte-Sophie de Constantinople, il y a une coupole au milieu et quatre autres coupoles plus petites sur les branches. La forme renflée et bulbeuse qui a été donnée à ces coupoles dans le quinzième siècle, parait une réminiscence de l'architecture arabe.
La façade du péristyle présente un ordre inférieur percé de cinq portes à arcades et surmonté de cinq arceaux, que séparent des clochetons. C'est là qu'on voit les fameux chevaux de bronze, plus remarquables par leur antiquité que par leur valeur artistique, et qui, après avoir orné, dit-on, l'arc de triomphe de Néron à Rome, et avoir été amenés à Byzance par Constantin, furent transportés à Venise en 1205. Napoléon les prit pour décorer l'arc de triomphe du Carrousel, mais ils retournèrent à Venise, en 1815, reprendre la place qu'ils y occupaient depuis plusieurs siècles et où ils sont encore actuellement. La façade est décorée de mosaïques fort curieuses, et on y a en outre encastré çà et là quelques bas-reliefs antiques, représentant Hercule, Gérés, etc. Tout cet ensemble décoratif ne brille pas assurément par une logique bien rigoureuse, mais il produit un effet pittoresque vraiment saisissant. Aussi la façade de Saint-Marc est, en général, peu goûtée par les architectes, tandis qu'elle séduit toujours les peintres.
Rien n'est plus séduisant pour l'œil que l'intérieur de Saint-Marc, avec ses voûtes d'or, ses dallages de marbres variés, ses splendides mosaïques, ses cinq cents colonnes de bronze, de marbre vert antique, etc; et leurs chapitaux à feuillages peu saillants, mais de la plus exquise élégance. Nous n'entreprendrons pas de décrire les mosaïques
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sans nombre qui couvrent les murs, les voûtes et les coupoles ; et dont Tensemble constitue en quelque sorte une histoire de Tart italien. Mais nous tenterons de noter les principales curiosités qu'on y rencontre.
En entrant, on voit d'abord un bénitier de porphyre, dont la base est un autel antique décoré de dauphins et de tritons, emblèmes de Neptune. La nef est séparée du chœur par un soubassement de marbre, surmonté de huit colonnes; quatorze statues représentant saint Marc et les apôtres sont placées sur Tarchitrave à droite et à gauche d'un grand crucifix. A l'entrée du chœur, il y a deux amboîis ou chaires de marbre, dont Tun était destiné au doge qui à son avènement venait de là haranguer la multitude. Au-dessus des sièges qu'ornent de fins ouvrages de marqueterie sont deux tribunes, avec six bas-reliefs en bronze, représentant la vie de saint Marc par Sansovino; huit statues de bronze, représentant les quatre Evangélistes et quatre docteurs, ou> vrages de Sansovino et de Jérôme Galiari, décorent les balustrades intérieures.
Le maitre-hôtel, où est le corps de Tévangéliste saint Marc, est sous un ciboritim (baldaquin) de vert antique, soutenu par quatre colonnes de marbre grec, couvertes de bas-reliefs sur la vie de Jésus-Christ. Derrière l'autel est la Palà cTOrOj rétable byzantin qui fut commandé à Constantinople en 976 par le doge Orseolo. Ce curieux monument du Bas Empire est décoré de peintures en émail sur lames d'argent, de ciselures, de camées, de perles et de pierres précieuses. Au revers est un tableau très archaïque mais qui a subi de nombreuses restaurations.
Derrière le maître-autel, on trouve un autre ciborium en bronze, porté par quatre colonnes torses d'albâtre oriental, qu'on prétend provenir du temple de Salomon.
Le Baptistère contient un grand bassin de marbre avec un couvercle en bronze orné de bas-reliefs. C'est là qu'est le tombeau du doge Henri Dandolo, mort en 1354; c'est le dernier doge qu'on ait enterré à Saint- Marc. La Chapelle Zeno, très remarquable par les statues qu'elle renferme, donne sur le baptistère. La Saanstie est décorée de belles mosaïques de Zuccato, et d'ouvrages en marqueterie très remarquables. Le trésor de Saint-Marc, autrefois très riche, mais dépouillé en 1797, contient encore quelques curiosités, entre autres une cathedra^ ou siège d'évêque, qu'on dit appartenir au cinquième siècle.
Un palais des doges avait été commencé en 809 et incendié soixantedix ans après. Le monument actuel, du quatorzième siècle et en style ogival, a été élevé par Calendario. Ce palais est remarquable par la singularité, la hardiesse et la magnificence de son ensemble architectural, autant que par l'excellence de ses détails. Une colonnade à fûts robustes soutient toute la construction et est surmontée d'un second rang de
colonnes plus légères, Tonnant une galerie trilobée et à jour. Les chapiteaux sont ornés de chimères, d'enfnnts, d'animaux fantastiques, ou de sujets tirés de la Bible et de l'Iùstoire. Les murailles sont plaquées de marbre blanc et rouge, dont la disposition figure des dessins dans 1<! goût oriental. C'est dans les caves de ce palais que sont les fameuses prisons connues sous le nom de Puits, et, sous la toiture recouverte de plomb, celles qu'on nommait les Plombs. Un long corridor double, nommé Pont des mtpirs, met le palais en communication avec !a prison. La littérature romantique a souvent puisé des sujets dans les souvenirs historiques qui s'y rattachent. Le président Desbrosses, plus connu par la vivacité de son esprit que par ta sûreté de son goùl, a trouvi!
Fi^. 581. — Ltguno à VoiiUe par Cauclierel, salon i!
le palais ducal très laid. « C'est, dit-il, un vilain monument s'il en fut jamais, massif, sombre et gothique. Les appartements, selon l'ordinaire des vieux palais, sont mal distribués, mal tenus et assez sombres. Le doge est logé dans ce palais ; c'est, de tous les prisonniers de l'État, le plus ma) gîté à mon gré... »
De nombreux palais bordent les canaux de Venise : les plus beaux sont situés sur le grand canal qui traverse la ville. Parmi les places, on remarque celle où est situé le magnifique monument de GoUeonl. La statue équestre du célèbre général a été coulée en bronze par A. Leopardi, d'après le modèle commencé par And. Verocchio.
Venise est une ville conquise sur la mer; de là vient son caractère si éminemment particulier. Une fois que l'on a pénétré dans les laines (tîg. S81), on peut se croire au sein d'un monde nouveau que l'imagination elle-même était incapable de deviner. Voici en quels termes Tainc
rend Timpression produile sur lui par la vue de ces lagunes. Point d'herbes ni d'arbres, tout est mer et sable ; à perte de vue des bancs éniergeol, bas et plats, quelques-uns demi-lavés par le flot. Un vent léger ride les flaques luisantes, et les petites ondulations viennent mourir à chaque instant sur le sable uni. Le soleil couchant pose sur elles des teintes pourprées que le renflement de l'onde tantôt assombrit, tantôt fait chatoyer. Dans ce mouvement continu, tous les tons se transforment et se fondent. Les fonds noirâtres ou couleur de brique sont bleuis ou verdis par la mer qui les couvre ; selon les aspects du ciel, Teau change ellemême, et tout cela se mêle parmi des ruissellements de lumière, sous des semis d'or qui paillettent les petits flots, sous des tortillons d'argent qui frangent les crêtes de l'eau tournoyante, sous de larges lueurs et des éclairs subits que la paroi d'un ondoiement renvoie. Le domaine et les habitudes de Tœil sont transformés et renouvelés. Le sens de la vision rencontre un autre monde. »
Que Ton se figure Venise, la reine de l'Adriatique, apparaissant tout à coup au sein de ces langues de sable et de cette mer, dans cette atmosphère spéciale, Venise avec sa physionomie étrange de ville bâtie sur les eaux, et l'on comprendra l'enthousiasme de tous les voyageurs.
Ferrare (28,000 hab.) est bâtie sur un bras du Pô, dans une plaine couverte de marécages. « Ferrare, triste, déserte, abandonnée, dit Valéry, respire encore une sorte de magnificence de cour. » On sent là un passé riche et prospère, mais mort depuis longtemps. Le palais ducal, monument massif flanqué de tours et isolé par des fossés, s'élève au centre de la ville avec un air tragique auquel il a tous les droits possibles. On voit à Ferrare la maison de l'Arioste et la prison du Tasse qui a inspiré de belles pages à Byron et à Lamartine. Les palais de Ferrare donnent beaucoup de caractère à la ville.
Parme (45,000 hab.) est une ville de forme circulaire, entourée de murs et de bastions qui servaient autrefois à sa défense. La grande fresque du Corrège a rendu célèbre le Dôme de Parme. Cette peinture représente l'Assomption de la Vierge. C'est aussi le Corrège qui donne au musée de cette ville son plus grand intérêt. La fameuse fresque représentant le triomphe de Diane, avec ses compartiments d'un clairobscur si ravissant et si particulier, est dans l'ancien parloir de Tabbesse Jeanne, protectrice du Corrège, à l'église Saint-Paul (maintenant Saint- Louis).
Modène (30,000 hab.), ville bâtie au sein d'une plaine fertile, possède une cathédrale, style roman, avec un campanile légèrement incliné, et un Palais ducal.
Livoume (80,000 hab.) n'est pas une ville intéressante au point de vue de l'art ; ses monuments n'ont rien de bien particulier ; mais ce que l'on ne peut pas passer sous silence, ce sont les efforts qu'ont dû
faire les habitants pour asseoir leur cité, pour consolider le terrain marécageux sur lequel elle repose. La création du port a exigé un travail inverse : il a fallu creuser des canaux et des bassins, et mettre un brise-lames dans la mer.
Pise (25,000 hab.) est tout entière pour les artistes dans le petit coîo de la ville où se trouve la cathédrale, le Campo Santo, la tour penchée et le baptistère.
La cathédrale de Pise, commencée par Tarchitecte Busclietto en 1064/ est un monument unique pour son époque. Il fut longtemps sans trouver de rival. Une foule de fragments antiques furent employés pour sa construction. Il est bâti sur le plan des anciennes basiliques. Les combinaisons des marbres divers employés pour cette église, les alternances blanches et noires de son ornementation, font à Textérieur l'effet d'une marqueterie bizarre qui est devenue typique et caractérise une époque de l'architecture italienne. Le baptistère a été bâti par Dioti Salvi dans le même genre que la cathédrale.
Parmi les monuments élevés par le moyen âge italien, aucun peutêtre n'est aussi célèbre que le grand cimetière de Pise, connu sous le nom de Campo Santo, Jean de Pise en fut l'architecte. L'édifice pré-^ sente un long parallélogramme irrégulier, formant à l'intérieur une cour environnée de portiques avec soixante-deux arcades à jour et décorée de peintures aujourd'hui très dégradées, mais fort intéressantes^ parce qu'elles montrent les débuts de l'école florentine. Le Campa Santo, commencé en l'année 1278, fut, selon Vasari, terminé en 1283; mais les travaux d'ornementation continuèrent jusque dans le quatorzième siècle. Ainsi les ogives inscrites dans les arcades à plein cintre^ et qu'on croit avoir été destinées à recevoir des verrières, sont une addition postérieure à la construction primitive. Le cimetière du Campa Santo tire son nom de la terre que les Pisans avaient rapportée de Jérusalem, et qui était, à cause de cela, considérée comme sainte. Aujourd'hui les étrangers le visitent à cause de ses peintures et de ses sculptures, qui en forment un vaste musée de l'art italien du moyen âge.
La tour penchée a été construite par Bonanno. Deux cent sept colonnes formant sept étages, s'enroulent autour de cette tour. L'inclinaison de ce monument, qui a été pendant si longtemps un sujet d'étonnément, provient sans doute d'un tassement inégal dans les fondations.
Florence (170,000 hab.) est partagée en deux par l'Arno. Autrefois te ville ne s'étendait que du côté nord de cette rivière. C'est encore de ce côté qu'elle s'est le plus développée. L'Arno, presqu'à sec pendant l'été^ a souvent des crues qui ne laissent pas d'être inquiétantes.
Au point de vue de l'histoire de l'art, la ville même de Florence, indépendamment de ses galeries de tableaux, est un musée unique dans le monde. La place de la Seigneurie, qui est pour Florence ce que la
place Saint-Harc est pour Venise, donne (oui de suite Fidée d'une ville artistique. Au fond est la Loggia de Lanzi, un portique qui ne sert qu'à abriter quelques beaux groupes de marbre et de bronze : le Persé« de Benrenuto Cellinî, l'enlèvement des Sabines de Jean de Bologne, la Judith de Donatello, le groupe antique d'Ajax et de Patrocle, etc. U Loggia de Lanzi était d'abord destinée aux communications que la sd-
Tif. Mî. — L» Tosemc
gneurie faisait à l'assemblée du peuple. Plus lard, elle servit de corps de garde aux lansquenets des Hédicis. Elle doit son nom à cette de^ nière destination.
A côté de la Loggia de Lanzi est le Palais vieux. C'est un grand édifice d'un aspect grave, en assises de grosses pierres brutes, avec une belle tour sévère, qui n'est pas au milieu de l'édifice, non plus qneU porte principale. Devant le palais sont : la fontaine de l'AmmaDïtiM*
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présentant Neptune et des tritons, et la statue équestre de Cosme de Médicis, bronze de Jean de Bologne.
Commencée en 1296 par Arnolfo de Lapo, la cathédrale de Florence offre, dans les différentes parties qui la composent, uae image exacte des influences contradictoires qui se disputaient la suprématie dans les arts. Les travaux ont duré sans interruption pendant cent soixante ans. Giotto, qui les dirigeait en 1334, eut pour successeur Taddeo Gaddi, Andréa Orcagna, et enfin Filippo Brunelleschi, Fauteur de la coupole. L'église fut bâtie sur remplacement de l'ancienne église de Santa Reparata, et le nom de Sainte-Marie des fleurs^ qui lui fut donné, vient des armes de la viUe de Florence, qui sont un lis rouge sur champ blanc. Par la disposition de sa nef, elle rappelle les anciennes constructions romaines ; mais la forme ogivale qui subsiste encore dans les arcades montre la confusion d'idées qui régnait alors en Italie. Quand Arnolfo mourut, il avait déjà terminé une grande partie du revêtement extérieur en marbre, mais la coupole qu'il projetait était de beaucoup inférieure, comme dimension, à celle qui fut élevée plus lard par Brunelleschi.
C'est à Giotto qu'on doit le campanile qui est à côté de la cathédrale. Ce beau clocher, entièrement revêtu de marbres blancs, rouges et noirs, qui forment pour sa décoration une élégante marqueterie, devait être primitivement couronné d'une pyramide que Taddeo Gaddi crut devoir supprimer.
Le Baptistère, où sont les fameuses portes de bronze sculptées par Ghiberti, est un édifice octogone complètement séparé de la cathédrale, comme cela arrive souvent en Italie.
Parmi les autres édifices religieux que leur importance artistique ne permet pas de passer sous silence, nous citerons l'église et le cloître de l'Annonciation, décorés de peintures d'André del Sarte, l'église des Cannes, où sont les fresques de Masaccio et de Filippino Lîppî, l'église San Lorenzo, dont la sacristie contient les mausolées des Médicis, sculptés par Michel-Ange et représentant le Jour, la Nuit, l'Aurore et le Crépuscule, l'église Santa-Maria-Novella avec des peintures de Cimabue, Orcagna, Masaccio, etc., l'église de Sainte-Croix, avec des peintures de Giotto et des sculptures de Verocchio et Donatello, San Michèle, où est le saint George et le saint Marc de Donatello, le saint Etienne de Ghiberti, le saint Thomas de Verocchio, etc., etc.
Outre ses églises, Florence a plusieurs palais remarquables, moins encore par leur architecture que par les magnifiques collections qu'ils renferment. Le palais vieux a pourtant une allure étrangement pittoresque avec sa vieille tour bâtie par Arnolfo di Lapo. On y trouve en entrant une cour charmante dont l'élégance contraste avec la sévérité de l'extérieur. Une autre longue cour bordée de portiques conduit
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4 TArno. C'est dans les bdtiincnts qui l'cnloiircnt qu'est la fameuse Calcrie des offices ou sont réunis les chef«-(I'rruvre de la peinture et de la sculpture. La salle appelée la 7riiHHe contient le; œuvres de choii comme notre salon carré du Louvre.
[Grau|ic de Jvati du llulogin.).
Ile l'autre côté de l'Arno on trouve le palais Piili, dont la faco<l'' •d'un aspect abrupte est bâtie en blocs (aillés en bossages. Ce palais contient aussi une admirable collection et le jardin Boboli, qui est plaré derrière, est décoré de plusieurs statues célèbres. L'académie des Beaux- Arts renferme une riche galerie formée surtout par les maîtres des
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écoles primitives. Enfia le palais du podestat, dans lequel on a réuni des sculptures du moyen âge et de la Renaissance, le couvent de Saint- Marc, enrichi de peintures d'Angelico de Fiesole, les palais Corsini^ Riccardi et Strozzi contribuent à faire de Florence une ville tout à fait hors ligne pour les amateurs d^art.
Lucques est une ville bâtie au milieu d'une campagne fertile. Lorsqu'on la regarde du dehors, on n'aperçoit que le clocher carré de sa cathédrale. Quelques églises de Lucques remontent jusqu'à Tépoque des Lombards.
Sienne est une des villes les plus curieuses de litalie. La vie municipale dû moyen âge avec ses perpétuelles agitations se peint tout entière dansTaSpect de celte vieille cité, où la vie moderne n'a pas encore péné tré. Les maisons massives, qui ressemblent à des forteresses, ont conservé dans maints endroits les énormes anneaux de fer où Ton accrochait les chaînes pour intercepter le passage de la rue et des lampadaires ciselés, qui se plaçaient près de la porte, pour illuminer les jours de fête.
« Une ville ainsi conservée, dit Taine, est comme un Pompéi du moyen âge. On monte et l'on descend dans de hautes rues étroites, pavées de dalles, bordées de maisons monumentales. .Quelques-unes ont encore leur tour. Aux environs de la Piazza, elles se suiyent en files, alignant leurs énormes bossages, leurs porches bas, leurs étonnantes masses de briques percées de rares fenêtres. Plusieurs palais semblent des bastions. La Piazza en est bordée, et nul spectacle n'est plus propre à mettre devant l'imagination les mœurs municipales et violentes des anciens temps. Cette place est irrégulière de forme et de niveau, étrange et frappante comme toutes les choses naturelles que n'a point déformées ou réformées la discipline administrative. En face, s'étale le Palazzo Publico^ massif hôtel de ville, bon pour résister aux coups de main et jeter les proclamations à la foule assemblée sur la place. On en a lancé bien des fois par ces fenêtres ogivales, et aussi des corps d'hommes tués dans les séditions. Une bordure de créneaux le hérisse ; la défense, en ce temps-là, se rencontre sous Tornement. A sa gauche, une tour gigantesque élève à une hauteur prodigieuse sa forme svelte et son double renflement de créneaux ; c'est la tour de la cité qui plante à la cime son saint, son drapeau, et parle de loin aux cités voisines. Au pied, la fontaine Gaja, qui pour la première fois au quatorzième siècle, parmi les cris de joie universels, apporta de l'eau sur la place publique, s'encadre sous le plus élégant baldaquin de marbre. »
Le dôme de Sienne s'élève sur le point le plus haut de la ville. L'extérieur, comme l'intérieur, offre des assises horizontales blanches et noires alternées. Cette disposition est symbolique. Elle rappelle que les factions, que ce fût celle des blancs ou des noirs, se devaient à la république. La décoration extérieure est empreinte de ce caractère politique
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qui, au temps de la vie communale, était inséparable du culte ; ainsi oi> y voit des animaux héraldiques pour symboliser la ville de Sieone et les cités qui furent ses alliées. Sienne est représentée parla louve, parer
Flg. 5SI. — iMliennei (Tableau de VanMaydon).
que ses habitants se disaient issus des anciens Romains; In ciffogne ûgnrc Pérousc ; ï'oie, Orvieto ; Yé/ép/tant, Rome ; le dragon, Pistoie ; le liévrr. Pîse ; le rhinocéros, Viterbe ; le cheval, Arezzo ; le vautour, Volterra ; le lynx, Lucques ; le bouc. Grosselto. Les arcades inférieures de la nef sont à plein cintre ; mais celles du deuxième étage, ainsi que les fenêtres.
sont en arc aigu. La chaire octogonale en marbre blanc, décorée de colonnes qui reposent sur des lions, est regardée comme le chef-d'œuvre du fameux Nicolas de Pise.
Le pays le plus complètement moyen âge de toute Tltalie et peut-être de toute rEurope est un petit village voisin de Sienne appelé San Gimignano. C'est un vrai nid d'aigle perché sur une montagne avec une quinzaine de tours carrées inégales et irrégulièrement placées.
Arezzo est bâtie sur une hauteur qui domine une jolie plaine. Cette ville se vante de respirer un air « si subtil qu'il rend subtils les esprils^ eux-mêmes ». Ce qu'il y a de sûr c'est qu'elle peut s'enorgueillir, avec quelques raisons, du nombre de ses artistes et de ses savants. Arezzo a joué un grand rôle dans l'antiquité étrusque. Elle possède les restes d'un amphithéâtre romain.
Bologne est une ville d'un aspect triste : la population ne semble pas d'accord avec les constructions. Ici une place est trop grande pour être animée seulement par un groupe de polissons qui jouent au milieu, là une rue large et tirée au cordeau, mais qui manque de passants. Presquetoutes les rues sont bordées d'arcades ; c'est assez commode pour lesoleil ou la pluie, mais la ville prend de là un aspect assez monotone. Cependant les colonnes et les piliers qui supportent les arcades ont des formes variées, et dans chaque rue on trouve des portes ou des fenêtres décorées d'ornements.
La grande curiosité de la ville consiste en deux tours penchées, bâtiesau douzième siècle : elles sont carrées, dépourvues de toute décoration et n'ont pour elles que la bizarrerie de leur inclinaison.
Bologne, ville pontificale, porte avec elle un caractère morne et un air de province, qui contraste avec l'allure étrange et saisissante de villes^ comme Florence ou Sienne. Il y a pourtant un point qui diffère du reste de la ville : c'est la place du marché, toute bordée d'édifices (^ murs de briques d'une nudité complète. Ces édifices sans fenêtres ne sont pas dépourvus de caractère : c'est triste assurément, mais c'est une tristesse sinistre, c'est le reste lugubre de la vieille cité républicaine du moyen âge, où toutes les maisons sont des citadelles, parce que la vie politique se traduit dans la rue par de perpétuelles agitations qui se terminent toujours par des luttes sanglante^. On comprend tout cela devant les grandes surfaces noires, dénudées et d'un aspect peu bienveillant, qui caractérisent les plus anciennes constructions de la ville, et quand on rentre ensuite dans les quartiers élevés sous le régime bénin despapes, on sent qu'on quitte une vie turbulente et active pour entrer dans une existence calme mais sans personnalité.
Toute ville italienne mérite qu'on s'y arrête pour voiries monuments. A Bologne, la cathédrale, placée au centre de la ville, est relativement peu intéressante. Elle a été rebâtie plusieurs fois et sa façade est du dix-
huitième siècle. L'église la plus intéressante est San Petronio, édifice inachevé, conçu dans le style qu'on a appelé si improprement le gothique italien : la façade est incomplète, et on a badigeonné l'inlérieur dont les fenêtres sont d'ailleurs en partie bouchées.
Le tombeau de saint Dominique, dans l'église de San Dominïco, est h coup sûr le monument le plus précieux qu'il y ait à Bologne ; il est
l'ig. heâ. —Italie (nord-est'.
dû à Nicolas de Pise. Les sujets, tires de la vie de saint Dominique, sont exécutés dans un mode qui tranche singulièrement avec le style <]ui dominait encore h celle époque. Un n'y trouve jamais une figure ascétique ou maladive, jamais de saints décharnés, mais une recherche constante de la réalité et un air de santé qui montre le retour aux idées antiques.
Raverme est une ville morte, sans animation dans les rues, sans boutiques, sans commerce, sans industrie, une ville malsaine pour les ha-
bilants, à cause des marais qui Tentourent, ennuyeuse pour les gens du monde qui n'y trQuvenl aucune distraction. Mais pour Thistorien, pour Tarchéologue, pour l'artiste, Ravenne est une station obligée, et une des plus intéressantes pour ses études. C'est à Ravenne qu'on peut étudier le monde byzantin, comme on étudie le monde antique à Pompéi, le monde du moyen âge à Sienne ou à San Geminiano. On a dit en effet de Ravenne, qu'elle était plus byzantine que Constantinople ellemême. Dans cette ville déchue et peu visitée, les monuments qu'on rencontre appartiennent au sixième siècle, et les souvenirs qu'on trouve ici se rattachent au règne de Justinien.
L église de Saint-Viial^ malgré les détériorations et les restaurations qu'on lui a fait subir, nous donne une idée exacte et complète de Tarchitecture byzantine. L'édifice consiste en un dôme surmonté d'une coupole par où descend la lumière. Une galerie circulaire à deux étages circule autour du dôme central, et est elle-même couronnée par sept demi-dômes de petites dimensions: elle se termine par une abside demicirculaire, largement ouverte, en sorte que la forme globulaire se voit partout, comme la forme carrée dans les temples antiques, comme la forme aiguë dans les villes de moyen âge. La coupole centrale est soutenue par huit gros piliers de forme polygonale, joints entre eux par des arcades rondes, avec des couples de colonnettes reliant les intervalles. Un mur, construit avec plusieurs rangs de vases en terre cuite ayant la forme d'amphores et enchâssés les uns dans les autres, repose sur les piliers et supporte lui-même la voûte hémisphérique.
L'église de Saifit- Apollinaire, qui date de la même époque, est surtout curieuse par ses mosaïques. La cathédrale de Ravenne offre, malgré sa dimension, beaucoup moins d'intérêt que les autres églises, parce qu'elle a été entièrement transformée au dix-huitième siècle ; mais le baptistère, qui en est complètement séparé, a conservé sa physionomie antique avec ses mosaïques.
Le Dante est mort à Ravenne et y a son tombeau. On voit aussi dans cette ville le tombeau de Théodoric, désigné aujourd'hui sous le nom de Rotonde. L'exhaussement du sol fait que la construction inférieure était à demi enfouie et qu'on a dû creuser, pour le dégager, un fossé qui n'existait pas à l'origine. Des escaliers extérieurs, bâtis au dix-huitième siècle, conduisent à la partie supérieure de l'édifice, composée d'une salle circulaire où était placé le sarcophage en porphyre qui contenait les cendres de Théodoric (fig. 586). Le roi des Goths avait fait bâtir à Ravenne un palais dont il ne reste plus qu'un mur avec huit petites colonnes de marbre, formant aujourd'hui une façade du couvent des Franciscains. « PerotisCy dit Taine, est une vieille ville du moyen âge, ville de défense et de refuge, posée sur un plateau escarpé, d'où toute la vallée se découvre. Des portions de mur sont antiques ; plusieurs fondations de
portes sont étrusques; l'âge féodal y a mis ses tours et ses bastions. U plupart des rues sont en penle, et des passages Toûtés y font des défilés sombres. Souvent une maison enjambe la rue ; le premier étage va se eontinuer dans celui qui fait face ; des grandes murailles de briqu» roussies, sans fenêtres, semblent des restes de forteresses, n
Ce sont des artistes siennois qui onl élevé le Mme dOrvieto, un des édifices les plus caractéristiques du moyen âge italien. La première pierre en fut posée en 1290 par le pape Nicolas IV, et on a travaillée cet édifice pendant trois cents ans, en sorte que ses sculptures, ses fres-
FIg. bSû. — Rotonde do Daveniie.
ques, ses mosaïques, ses vitraux peints présentent comme un résumé de la renaissance artistique en Italie. Le premier architecte fut Loreezo Mataïni, qui donna le plan de la cathédrale, mais trente-trois archileclos, cent cinquante-deux sculpteurs, soixante-huit peintres et qualrevingt-dix mosaïstes ont contribué à sa construction et à son embellissement. Le monument présente des assises alternatives de pierres noires et de pierres blanches.
Rome et ses envihoss. — Le Tibre, le fleuve le plus célèbre de l'ancien monde, sort des montagnes de l'Italie centrale, sépare les grande» plaines agricoles du Latium et de l'Étrurie, et va déverser ses eani dans In Méditerranée. A quelques lieues de son embouchure, le fleuve traverse un endroit qui est entouré de neuf collines, dont deux, le Janieule
et le Vatican sont situées sur la rive droite, tandis que les sept autres qui forment l'emplacement de l'ancienne Rome, sont sur la rive gauche. C'est pour cela que sur une médaille antique, on voit la ville personni-
Fig. 5S7. — Rome sur les sept collines.
fiée, appuyée sur ses sept collines, avec le fleuve à ses pieds (flg. 587). A l'origine, la ville n'occupait que le Mont Palatin, mais elle s'est étendue
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successivement, et au temps d'Auguste elle occupait l'espace qui est figuré sur le plan (Qg. 588).
Les plus anciennes ruines de Rome se rattachent au temps des rois. La prison Mamertme où Cicéron fil étrangler les complices de Catilina, où mourut Vercingétorix, où saint Pierre fut emprisonné, est une codstructioQ dont l'origine remonte à Ancus Martius. L'escalier moderne
qui conduit ù la prison et à la place du Capitole, a remplacé celui des Gémonies, où on exposait les cadavres des suppliciés. Un autre monument d'un grand intérêt pour l'architecture est le grand égoutyoùlé [Cloacamaximà), qui fui élevé parTarquin l'Ancien, et dont l'embouchure se voit encore sur !es bords du Tibre. On sait que cet égout fut plus tard réparé par Agrippa qui le parcourut en bateau dans toute sa longueur.
L'image des rois de Rome est représentée sur quelques monnaies: c'est ainsi qu'on voit Romulus sur une monnaie de la famille Memmia (fig. 389) et Numa sur une monnaie de la famille Calpumia (fig. 590).
Fig. 589. — llomulas. Fig. SSO
Toutefois ce ne sont pas des portraits que l'on puisse invoquer au point de vue de la ressemblance des traits, mais ces monnaies sont fort curieuses parce qu'elles montrent l'idée que se faisaient les Romains des personnages à demi fabuleux qui marquent les débuts de leur histoire.
Il reste bien peu de chose de la période républicaine ; c'est pourtant de cette époque que date la voie appienne et plusieurs des grandes voies de communication qui partaient de Rome. Des vestiges du ihéâlre dt Pompée, le tombeau dex Scipions, dont le sarcophage a été retiré et placé au musée du Vatican, sont les seules ruines qui soient antérieures à l'empire : peut-être faut-il y joindre le temple de la Fortune virile.
Les souvenirs ou les légendes chères au peuple romain apparaissent assez fréquemment sur les monnaies de la République. C'est ainsi qu'on
Fig. 591. — Lï louve. Fig. 593. — Los dioieures. Fig. 593. — Dépouilles oplffiti-
trouve la Louve allaitant Romulus et Rémus, sur un denier de la famille Pompeia (fig. 591); l'apparition des jumeaux divins, Castor el Pollux, à la bataille du lac Regille, sur un denier de la gent Poslhu-
mia (Gg. 592) ; ToiTrande des dépouilles opimes ù Jupiter Férélrien, sur une monnaie de la genl Claudia (fig. 593), etc. Les portraits des hommes illustres delà République oiïrenl plus de garantie d'authenticité que
ceux des rois, quoique la plupart des monnaies qui les représentent soient d'une date postérieure à leur mort, car avant César, on n'aurait pas osé mettre sur une monnaie l'effigie d'un homme vivant. Mais, après
Fig. bOB. — Bnilui.
César et à son exemple, les généraux prirent l'habitude de faire faire des monnaies portantleur nom et leur effigie. C'est ainsi que Brutus (fig, B98) fit une monnaie qui rappelle les idées de Mai-s et le meurtre de César.
Fig. 600. — OcUTle.
Une belle pièce d'Antoine, frappée en Asie, montre d'un côté le triumvir et de l'autre sa femme Octavie, au-dessus d'un cistophore (fig. 599, 600). C'est à l'empire qu'on doit rapporter la plupart des monuments dont on a retrouvé les restes h Rome.
Le Forum^ qui fut témoin de tant de luttes, et où se passa en quelque sorte la vie politique du peuple romain, fut ruiné sous Grégoire Vil. par Robert Guise ard, et les précieux débris qui en restent sont tous de répoque impériale. Le sol actuel est de huit mètres plus élevé que le sol antique, en sorte que, pour dégager la base d'un monument, il faut creuser une fosse tout autour. L'emplacement du Forum a servi pendant des siècles à déposer les immondices de la ville, et son nom illustre a été changé par les bergers du voisinage en celui de Campo Vaccino.
Dans Tensemble de ruines accumulées à cet endroit, il faut signaler Y Arc de Septime-Sévère^ gracieux édifice dont notre arc de triomphe du Carrousel est une imitation, — quelques colonnes, qui selon les anciens antiquaires faisaient partie du Temple de Jupiter tannant, mais qu'on croit aujourd'hui avoir appartenu au Temple de Vespasien, — la colonne de Phocas, isolée au milieu du Forum, trois colonnes corinthiennes d'un beau caractère, qui furent d'abord attribuées au Temple de Jupiter Stator, mais dont l'origine est aujourd'hui controversée. On trouve ensuite, en se tournant vers le Colysée, les restes du Temple dAntonin et Faustine (aujourd'hui église San Lorenzo), du Temple de Bomultfs et Rémus qui sert de vestibule à l'église de S.S. Cosme et Damien, enfin l'arc de triomphe de Titus, situé au point culminant de la voie sacrée, et l'arc de triomphe de Constantin qui marque l'extrémité de l'ancien forum. L'arc de Titus, qui fut bâti après la destruction de Jérusalem, renferme de curieux bas-reliefs dans l'un desquels on voit figurer, parmi les dépouilles enlevées aux vaincus, le fameux chandelier à sept branches, qui était renfermé dans le temple. L'arc de Constantin est décoré de bas-reliefs enlevés à celui de Trajan, car à celle époque la sculpture était tombée dans une barbarie complète : on se contenta donc de remplacer les tètes en laissant subsister la composition et les personnages.
Le Colisée^ situé à quelques pas du Forum, est une merveille de la ville éternelle. Cet immense amphithéâtre fut commencé par Vespasien, à son retour de l'expédition contre la Judée, et continué par Titus qui y fit travailler des milliers de prisonniers juifs et inaugura l'édifice par des fêtes splendides qui durèrent cent jours ; 5,000 animaux sauvages et 10,000 prisonniers y perdirent la vie pour l'amusement du peuple romain. Plus tard les chrétiens l'arrosèrent de leur sang. Pendant les guerres civiles du moyen âge, le Colysée a servi de citadelle. Toutefois sa destruction dut être rapide, car jusqu'au dix-septième siècle, on y venait prendre des pierres comme dans une carrière. Benoit XIV y éleva des chapelles, en souvenir des saints martyrs qui, dans ce lieu même, avaient versé leur sang pour la foi. Sans cette sage mesure, il ne resterait plus rien de l'édifice le plus imposant que nous ait laissé Far-
chitecture romaine. Le Colisée, qui a 546 mètres de circonférence et 52 mètres de hauteur, présente à l'extérieur quatre ordres d'architecture. Il pouvait contenir 87,000 spectateurs.
Des vignes et des jardins maraîchers occupent aujourd'hui l'emplacement du grand cirque (Gircus Maximus) dont pourtant il subsiste encore quelques rares fragments, et dont l'emplacement en tout cas est parfaitement déterminé. Ce cirque, dont la fondation remonte aux premiers temps de Rome, mais qui depuis subit de nombreuses transformations , occupait un espace allongé de 780 mètres de long sur 166 mètres de large, et contenait, dit-on, 250,000 spectateurs.
Le Théâtre de Marcelius^ dont les ruines sont enclavées dans le palais Orsini, est un des monuments que les architectes étudient le plus à cause des belles proportions de ses arcades. Il pouvait contenir 20,000 spectateurs; ce fut le second théâtre de pierres édifié à Rome.
Le Panthéon d" Agrippa est encore debout, grâce à sa disposition qui a permis de le convertir en église. Il s'annonce par un portique de 16 colonnes corinthiennes qui soutiennent un entablement et un fronton. L'intérieur du temple est un cercle parfait, et c'est à cause de sa forme ronde qu'on l'appelle vulgairement la Rotonde. Les deux clochers sont une addition du Bernin ; Raphaël a son tombeau dans le Panthéon.
Une ruine extrêmement célèbre est celle du petit édifice rond qu'on désignait autrefois sous le nom de Temple de Vesta. Il lui manque une des vingt colonnes corinthiennes en marbre qui l'entouraient autrefois. Près de là sont les restes du temple de Gérés et Proserpine (maintenant Santa Maria in Gosmedin).
La colonne Trajane et la colonne Antonine sont deux monuments élevés à la gloire des armées romaines, et dont notre colonne Vendôme est une imitation. La plus belle est la colonne Trajane qui a près de 43 mètres de hauteur, et dont le fût, composé de 23 blocs en marbre de Carrare, présente à l'extérieur un bas-relief en spirale, dont les sujets sont tiiés de la guerre de Trajan contre les Daces.
Il reste encore quelques vestiges imposants des anciens thermes romains. Une vaste salle des thermes de Dioclétien a été convertie en église (Sainte-Marie-des-Anges). Les thermes de Garacalla, où l'on comptait 1600 sièges de bain en marbre, et dans les débris duquel on a retrouvé plusieurs chefs-d'œuvre, V Hercule Famèse, le Taureau Farnèsey la Vénus Callipyge^ etc., montrent encore des restes de construction massive, qui donnent une idée imposante de ce somptueux édifice. Il reste aujourd'hui bien peu de chose des thermes de Titus^ dont les fines arabesques ont servi de type à Raphaël, pour la décoration ornementale des loges du Vatican : c'est dans ses ruines qu'on a retrouvé le Laocoon.
Rome a conservé plusieurs tombeaux intéressants : les uns sont des
hypogées, ou constnictioas souterraines, servant à un grand nombre de personnes, comme les Colombaria des affranchis d'Auguste. D'autres reyêlent à Textérieur un caractère monumental yraiment grandiose, comme le Mausolée (TAdrien, aujourd'hui Château Saint- Ange. Il était hors de Fenceinte de Rome, comme tous les monuments funèbres, mais à une très petite distance. Sur une base carrée d'une vaste surface, s'élevaient, en pyramide arrondie, trois ordres d'architecture, le tout en marbre de Paros. Chaque ordre se composait de colonnes de granit et de porphyre, qui formaient de superbes galeries décorées de statues et de bas-reliefs. L'édifice se terminait par une riche coupole au-dessus de laquelle on voyait une pomme de pin en bronze doré, qui, suivant la tradition, aurait contenu les cendres de l'empereur. L'entrée du monument était en face du pont du Tibre ; de là on passait dans une galerie haute et couverte, puis on arrivait par un escalier en limaçon, à la chambre du tombeau, qui se trouvait au milieu du bâtiment. Cette chambre est construite en pierres de taille, voûtée, et pourvue de grandes niches et de bancs pour recevoir les urnes cinéraires et les sarcophages. Constantin a porté le premier coup au mausolée d'Adrien en le dépouillant de ses trois rangées de colonnes pour en orner l'intérieur de l'église Saint-Paul-hors-des-murs. Plus tard, il fut employé comme forteresse contre les Goths, qui l'assiégeaient, et Bélisaire fit briser les statues dont l'édifice était décoré pour en jeter les morceaux «ur les assaillants.
Parmi les restes de l'ancienne Rome, il faut encore citer le Mausolée <r Auguste, VArc des orfèvres, l'arc deJennus Quadri/ons, les vestiges du palais des Césars qui ont été récemment l'objet de fouilles intéressantes, et surtout les superbes aqueducs, dont les ruines grandioses donnent à la campagne de Rome un aspect imposant et grandiose, dont nul pays du monde ne présente l'équivalent.
Le tombeau de Cécilia Métella est le mieux conservé de la campagne de Rome. Les murailles sont composées d'énormes pierres : dans l'intérieur il y a une salle ronde, en forme de pain de sucre, dont le sommet est maintenant à découvert. Le tombeau de Cécilia Métella, antérieur d'un demi-siècle à l'ère chrétienne, fut, comme la plupart des édifices romains, converti en citadelle au moyen âge, et on le mutila pour l'approprier à sa destination nouvelle. Au-dessus de sa frise élégante on éleva une muraille crénelée et percée de meurtrières. Primitivement, l'édifice était terminé par une voûte surmontée d'une statue et entourée de plusieurs rangs de statues et de colonnes. Aujourd'hui, le vieux mausolée n'est plus qu'une ruine que les voyageurs ne manquent pas d'aller visiter.
La ville moderne n'occupe pas entièrement l'emplacement de la ville ancienne. On éprouve toujours une invincible émotion quand on approche de la ville éternelle. Taine résume ainsi ses impressions :
« On longe la mer, qui s'étend à l'infini, toute plate,
d'un bleu terne, avec un faible roulement monotone ;
on ne cesse pas de la voir à droite, pendant des lieues, bordant le sable
d'une grosse frange toute blanche. Sur la campagne plane toujours le
grand voile de brume tiède.
« A gauche, les collines se suivent, montant, s'abaissant, avec d'aimables teintes d'un vert effacé et comme amorti. Elles n'ont point de vrais arbres, mais des genêts, des genévriers, des lentisques, des ajoncs, d'autres arbres encore à feuilles tenaces. Tout cela est désert; à peine si dans tout le trajet, de loin en loin, au bord d'un creux, on aperçoit une ferme. Des ruisseaux descendent, tordant leur lit, puis s'étalent en flaques ; la mer les repousse ; cela fait un pays malsain, hostile à l'homme. Quelques chevaux libres, des bœufs noirs, aux longues cornes, paissent sur les pentes; on se dirait dans les landes de Gascogne. De temps en temps on voit le long du wagon un bois de grands arbres gris, dénudés, mélancoliques comme des malades.
« Voici enfin la campagne de Rome; rien que des collines nues, sans arbres ni arbustes, avec un mauvais tapis d'herbes vieilles et jaunâtres; point d'aqueducs encore, rien qui rompe la monotonie lugubre ; puis des jardins, des haies d'épine noire liées par de grands joncs blanchâtres, des plantes potagères, des dômes à l'horizon, un vieux rempart de briques et de bastions noircis, un long aqueduc comme un mur immense, Sainte-Maric-Majeure avec un campanile et deux dômes. Au débarcadère, une cohue de fiacres, des criailleries de cochers, de conducteurs, de guides, qui à toute force s'approprient votre bagage et votre personne, un flot roulant de figures hétéroclites. Anglais, Allemands, Américains, Français, Russes, tous se heurtant, s'entassant, se renseignant avec tous les accents et dans toutes les langues ; sur tout le trajet jusqu'à l'auberge, l'aspect d'une ville de province, mal tenue, mal rangée, baroque et sale, avec des rues étroites et boueuses, avec des taudis, des galetas, des fritures en plein vent, du linge qui sèche aux cordes, et quantité de hautes maisons monumentales, dont les fenêtres treillissées, les grillages énormes, les barreaux croisés, boulonnés, multipliés, donnent l'idée d'une forteresse etd'une prison (fig. 601).»
Depuis que Rome a cessé d'être la ville pontificale pour devenir la capitale de l'Italie, son aspect s'est beaucoup transformé et tend tous les jours à se modiGer davantage. Elle perd peu à peu ce qui lui donnait une physionomie absolument spéciale, et on peut prévoir que dans un temps peu éloîjçnc, elle ne se distinguera que par ses monuments des
693 L'EUItOPE.
autres capitales de l'Europe. Voici comment M. Gaston Boissier apprécie cette transformation :
'< La première impression, il faut l'avouer, n'est pas très favorable. Au sortir de la gare, on traverse un quartier neuf qui a le tort de res-
Fig. 601. — Porliqnod'OcUTie, Marché auipoiMODi ItRoaio (Tableau de Lanoue).
sembler à tous les quartiers neufs du monde. — Rome serait-elle donc menacée de devenir une ville comme une autre î — On y trouve de ces maisons d'une élégance banale, qu'on a vues partout ; on côtoie un immense édifice, sorte de caserne sans caractère, sans stjle, destiné à devenir un ministère, et qui fait un piteux effet auprès des gran ds palais
du seizième siècle ; on traverse des rues larges et droites qu'inonde un soleil brûlant, et Ton se souvient que déjà du temps de Néron, quand il rebâtit la vieille ville sur un plus vaste plan, les badauds admiraient beaucoup la magnificence des nouvelles constructions, mais les gens sages ne pouvaient s'empêcher de regretter ces anciennes rues étroites et tortueuses où Ton trouvait toujours tant d'ombre et de frais. Ce début n'est guère encourageant, et le reste semble d'abord y répondre. Quand on descend du Quirinal au Corso^ on trouve encore bien des changements dont on est frappé. Le Corso ^ avec les rues qui le traversent, depuis la place de Venise jusqu'à celle du Peuple, a toujours été l'endroit le plus animé de la ville ; il me semble qu'il est devenu plus animé encore, et que la population n'en est plus tout à fait la même. Les prêtres, les moines surtout, y sont plus rares, et ceux qui restent ne paraissent pas avoir le regard aussi assuré et la contenance aussi fière : évidemment ils ne se sentent plus les maîtres. Parmi les gens qui les ont remplacés, on est fort surpris d'en voir beaucoup qui marchent vile et qui semblent avoir quelque chose à faire, ce qui ne se voyait guère autrefois. Aussi n'apparliennent-ils pas à l'ancienne population romaine : ce sont en général des employés de ministère, des commis d'administration, tous venus du dehors, et qui apportent ici des habitudes nouvelles. A l'heure même où, suivant l'ancien proverbe, on ne voyait que des chiens ou des Anglais dans les rues, on les rencontre actifs, affairés, heurtant du coude ceux qui sont sur leur route, au grand ébahissement des vieux Romains, qui ne peuvent pas comprendre qu'on sorte au moment de la sieste et qu'on se presse lorsqu'il fait chaud. •Quand le soir est venu, le mouvement redouble. Il y a un moment, vers six heures, où la rue appartient aux marchands de journaux. Ils vous assourdissent de leurs cris, ils vous interpellent, ils vous poursuivent. Les journaux abondent à Rome, il y en a de tout format, de toute nuance, beaucoup plus de violents que de modérés, selon l'usage, qui sollicitent les clients par la modicité de leur prix et la vivacité de leur polémique. Que nous sommes loin du temps où l'on ne lisait que ce bon Giornale di Homa, si soigneusement expurgé par la police, si ami des gouvernements légitimes, et qui ne savait jamais les révolutions que plusieurs semaines après qu'elles s'étaient accomplies I »
Aupointde vue pratique et social, Rome est certainement en progrès, puisqu'elle a un peuple vivant et actif, qui lui faisait absolument défaut sous le régime pontifical ; mais, au point de vue pittoresque, c'est autre chose. Les moines et les mendiants qui pullulaient autrefois dans les rues, ne s'y rencontrent plus qu'à l'état d'échantillons. La cour pontificale dont les pompes extérieures avaient tant de charme pour les touristes, demeure enfermé dans son Vatican et ne se montre guère dans la ville. Les prêtres, qu'on voyait dans toutes les familles, parce qu'ils
étaient les dispensateurs des emplois et des faveurs, demeurent'attachés n leurs paroisses, et sont infiniment moins nombreux. Les écoliers, qui autrefois se destinaient tous aux ordres religieux, portent maintenant^le costume laïque. Aussi les tableaux que nous reproduisons, \e 'cardinal
Fig. (1U3, — L« coarenttioj) [Tableau de Van Muydcn).
montant en carrosse, la conversation, la promenade sur le Monte Pincio^ reproduisent tous la Rome pontiCcale, et les sujets de ce genre qui plaisaient tant aux artistes n'existent plus aujourd'hui qu'à l'état de souvenir (fig. 602, 603 et 604).
La ville de Rome est coupée eu deux parlies inégales par le Tibre. La \iUc proprement, dile, la yïUe anVique, est siluée sur le c&lé gauche du tleuve.
A l'endroit où la Iradilion vcul que saint Pierre aii l'Ic enterré, le pape Anaclet bâtit un oratoire sur son loiiibcau. et Constantin y éleva, (>ji 3â6, une basilique qui dura plus de onze sii>cles. Ce lieu avait plus d'une raison pour être vénéré par les chrétiens ; il avait reçu le sang des martyre, car c'est là que s'étendaient les jardins cl le cin^ue de Néron. L'ancienne église ttiit un vais;scauà cinq nefs, dont la façade qui regar-
Fig, COô. — Ancionno église de SjÎi
dait l'orient est à peu près reproduite dans Ylncendie du batifff de Raphaël. Elle était précédée d'un cloître entoure de portiques, sous lesquels les pénitents et les relaps s'agenouillaient pour implorer la pitié des passants. Au milieu de la cour s'élevait un petit temple ù jour, et à l'extérieur on arrivait aux bâtiments par un vaste perron (fig. 605). L'intérieur de l'église était resplendissant de marbres et d'objets précieux, que la piété des fidèles y avait entassés. Entretenue et restaurée pendant tout le moyen âge, la vieille basilique finit pouiiiint par menacer ruine vers la fin du quinzième siècle, et le pape Nicolas V résolut de la remplacer par un édifice nouveau, sur un plan beaucoup plus vaste. La construction du nouvel édifice fut confiée à l'architecte Rossel-
lini, mais au bout de cinq ans tout Tut abandonné : les travaux 'ne
s'élevaient qu'à quelques pieds au-dessus du sol.
L'édifice actuel date de Jules II : les plus grands architectes de la Renaissance y ont attaché leur nom. Bramante, Michel Ange, Raphaël, Balthasar Peruzzi, Antonio de San Gallo, Vignote, Carie Maderne, le Bernin, ont dépensé là tout leur savoir et tout leur génie. Le monument s'est ressenti de ces collaborations diverses et souvent contradictoires; il manque d'unité et est en somme au-dessous de sa réputation. Son imposante magnificence le place néanmoins au premier rang parmi les édifices de la chrétienté (fig. 606).
La façade de l'église a été vivement critiquée : ses fenêtres multipliées diminuent l'impression de grandeur, et elle a en outre l'inconvénient de
masquer le dôme. Dans le plan de Michel-Ange, cette façade était un portique analogue à celui du Panthéon de Rome, et laissant complètement dominer la coupole, tandis que Maderne, en plaquant une façade démesurément grande et surchargée de détails, a rompu l'unité que l'édifice devait présenter.
Ce gigantesque édifice paraît à l'aspect moins grand qu'il n'est ea réalité, et le président Desbrosse a raison quand il dit : « On ne s'aper çoit de l'énorme étendue de l'édifice que par relation ; lorsqu'on considère une chapelle, on la trouve grande comme une cathédrale. » Les monuments grecs sont petits et paraissent grands ; c'est le contraire qui a lieu t Saint-Pierre de Rome. L'édifice, qu'on sait être colossal, ne parait pas avoir sa grandeur réelle. « Il suffit, ditQuatremère de Quincy, qu'une dimension dans un édifice soit exagérée aux dépens des autres, c'est-à-dire qu'il y ait disproportion, pour que le sens externe la prenne
pour de la grandeur. » Il est certain que les nefs de nos églises gothiques ne paraîtraient pas aussi éleTées si elles étaient moins étroites, mais cette disproportion produit une impression étrange et saisissante, qui porte l'esprit aux idées religieuses et qu on ne trouve jamais dans les églises italiennes de la Benaissance. Une autre cause tend encore & diminuer l'impression de la grandeur réelle de l'édifice, c'est la proportion colossale des statues et des ornements qui ne sont pas assez dominés par le monument. Ainsi les bénitiers places à l'entrée de l'édifice sont deux coquilles de marbre jaune antique, ajustées devant une draperie
de marbre bleu turquin, et supportées par des anges sous forme i enfants ailés qui n'ont pas moins de deux mètres de hauteur. Il faut un peu de temps pour apprécier l'immensilé du vaisseau, dont l'eltel est J aiUeurs alfaibli par une lumière trop vive pour être religieuse. Au-dessous de la coupole est le fameux baldaquin de saint Pierre, élevé par le Bernin, qui est en lui-même très remarquable, mais qui a le défaut d'allérerl unité delà perspective en s'interposantt entre la nef elle chœur (fig. 607). Sur la place de Sainl-Pierro, au milieu de la grande colonnade du Bernin, s'élève un grand obélisque, apporté à Borne sous l'empereur Caligula et placé i cet endroit par l'architecte Fontanasous Sixte-Qumt. Cette entreprise, qui suscita de grandes difficultés, a amené divers mcidenls. On raconte que l'extensibilité des cordes n'ajant pas été juste-
ment calculée par Fontana, un matelot, voyant Fentreprise sur le point d^cchouer, s'écria, malgré qu'on eût défendu à la foule, sous peine de mort, de prononcer une parole : « De Teau sur les cordes ! » et que ce conseil mit Tarchitecte à même de conduire sa tâche à bonne fin. Des deux côtés de Tobélisque s* élève une belle fontaine bâtie sur le plan de Carie Madcrne.
Le Vatican est un immense édifice qu'on peut appeler la réunion de plusieurs palais. On y compte huit grands escaliers et environ deux cents petits, et un nombre infini de chambres et de salles de toutes dimensions. Son architecture, qui date de différentes époques, n'est ni symétrique, ni régulière. Elle est également l'œuvre d'un grand nombre d'architectes fameux, tels que Bramante, Raphaël, Ligorio, Dominique Fontana, Charles Maderne et Bernin.
La chapelle Sixtine est une grande salle longue éclairée de chaque côté par six fenêtres, qui fut bâtie sous le pontificat de Sixte IV. Ce fut par suite d'une intrigue que Michel-Ange fut chargé de l'immense travail qui l'a immortalisé et qui est peut-être le plus prodigieux monument qu'ait jamais enfanté l'esprit humain. Bramante, l'architecte de Saint-Pierre, craignait qu'on ne découvrît certaines erreurs commises dans ses constructions récentes; on parlait de malversations et on désignait déjà Michel-Ange comme devant le remplacer.
En proposant à Jules II de confier à Michel-Ange la décoration de la voûte, il espérait le voir échouer et déconsidérer son rival aux yeux du pape ; car Michel-Ange était sculpteur, mais n'avait encore fait aucune peinture à cette époque, si ce n'est peut-être dans le temps qu'il était apprenti chez Ghirlandajo. L'artiste florentin sentit le coup et s'excusa, disant qu'il n'était pas peintre, et que c'était Raphaël qu'on devait charger de cette besogne. Mais le pape fut inflexible, et Michel-Ange, pour se mettre au courant d'un genre de travail qu'il connaissait très imparfaitement, fit venir, pour l'aider, d'anciens camarades plus expérimentés que lui dans la pratique de la fresque. Il fut toutefois si peu satisfait de leur ouvrage, qu'il les congédia bientôt, et résolut de faire tout par lui-même.
La basilique de Saint-Jean-de-Latran, fondée par Constantin, a subsisté près de mille ans. Le monument actuel a été bâti à diverses époques par plusieurs architectes. C'est un édifice d'un aspect un peu froid, et qui présente de grandes dimensions plutôt qu'un aspect grandiose. Devant la façade, on voit un obélisque transporté par Constance, d'IIéliopolis à Rome.
La basilique de Sainte-Marie-Majeure possède un clocher, qui date de 1376 et qui est le plus élevé de la ville. L'intérieur, d'un aspect monumental, est formé de trois nefs divisées par 44 colonnes antiques d'ordre ionique.
LITALIE. 701
La basilique de Saini-Paul-horS'deS'murSj un des monuments des plus intéressants de Fart chrétien, avait été terminée sous le règne d'Honorîus. Elle était précédée d'un atrium entouré de portiques à colonnes, qui existait encore au dix-septième siècle. « Dans la quantité de colonnes qui décorent Téglise Saint-Paul, dit Seroux d'Agincourt, les yingt-quatre premières de la nef principale ont été prises, soit par Constantin, soit par ses successeurs, dans un monument antique. Rien ne peut être comparé à la beauté des marbres dont elles sont formées et à la manière dont ils sont travaillés. Mais, soit dans la première constniction, soit dans Tagrandissement de Tcdifice, treize de ces vingtquatre colonnes, par une inadvertance singulière, ont été placées d'un côté et onze de l'autre. Toutes les autres colonnes varient entre elles parla forme, par la matière, par les ordres, parleur espacement. Les bases des chapiteaux sont d'ordres différents, et souvent même les parties qui les remplacent n'ont aucun des caractères de Tordre auquel la colonne appartient. » Ce précieux édifice, qui avait conservé tout son caractère primitif, a été détruit par un incendie en 1823, et réédifié par les contributions du monde catholique ; l'inauguration de l'église nouvelle a eu lieu en 1847. '
V église de Sainte- Constance offre un exemple des anciens baptistères ; Constantin l'avait élevée pour y baptiser les deux Coijstance, sa sœur et sa fille, et plus tard l'édifice devint le tombeau de sa famille. On y a retrouvé le grand sarcophage en porphyre rouge de sainte Constance, qui depuis a été transporté au musée du Vatican. Ce fut au treizième siècle que ce lieu fut transformé en église. Elle est de forme circulaire, et l'intérieur est décoré d'un portique de vingt-quatre colonnes de granit accouplées.
La basilique de Sainte- AgnèS'horS'des-mtirSj quoique très nue à Textérieur, est une des plus intéressantes à cause de sa disposition antique. Ce fut à Tendroit où on avait retrouvé le corps de la jeune martyre, que Constantin éleva ce monument. Comme il est sur l'ancien sol, il faut, pour y arriver, descendre un large escalier de, m arbre. A l'intérieur, les doubles arcades reposent sur deux colonnes anciennes qui sont formées de marbres différents et très précieux. A l'entrée de l'église est un narthex : cet édifice a été restauré sous Pie IX, mais on lui a conservé autant que possible son caractère primitif.
Nous avons parlé plus haut des catacombes de Rome, nous n'avons donc pas à y revenir ici. Mais Rome, outre ses édifices religieux, possède un assez grand nombre de palais, qui bien que n'ayant pas un caractère original comme ceux de Venise ou de Florence, forment, au point de vue de l'art, un des grands attraits de la ville. Le palais Famèse dont le plan est dû à San Gallo est regardé comme le type le plus complet du palais romain et contient l'œuvre capitale d'Annibal Carrache. Le
palais Borghèse, le palais Barberùti, le palais Colonna, le palais Corsoù, \ep»\&h Doria Pamphili, sont des édifices princiers, généralemenl pourvus de grandes cours décorées de portiques, el renfermant tous d'adoiîi-ables collections de tableaux. Les architectes sont en général plus sensibles que les touristes au\ beautés classiques de ces palais, dont le sijie passionne tes délicats, mais laisse généralement froids, les hommes qui n'ont pas fait de l'architecture une étude spéciale.
La même observation peut s'appliquer aux villas, qui sont pourvues pour la plupart d'immenses et magnifiques jardins remplis de statues,
Tlg. GOS. — Environ! de l'i
de fontaines, de terrasses, d'escaliers, de portiques. Le jardin italien, conçu à un point de vue exclusivement architectonique, n'admet pas les rochers, les cascades, les allées tournantes qui sont ù la mode aujou^ d'hui. Les villas romaines les plus célèbres sont la villa Médicis, où est l'Académie de France, la villa Albanie qui renferme de nombreuses antiquités, la villa Borghèse, la villa Lud<wisi, où sont de superbes collections, les villas Madama. Panfili, Afassini, Negroni, Tortonia, etc.
La campagne qui entoure la ville éternelle présente un des spectacles les plus grandioses qu'il soit donné à l'homme de contempler (fig. 608).
<' Figurez-vous, dit Chateaubriand, quelque chose de la désolation de
Tyr et de Babylone dont parle l'Écriture ; un silence et une solitude aussi vastes que le bruit et te tumulte des hommes qui se pressaient jadis sur ce sol. Vous apercevez çà et là quelques bouts de voies romaines dans des lieux où il ne passe plus personne, quelques traces desséchées des torrents de l'hiver : ces traces, vues de loin, ont elles-mêmes l'air de grands chemins battus et fréquentés, et elles ne sont que le lit désert d'une onde orageuse qui s'est écoulée comme le peuple romain. A peine découvrez-vous quelques arbres, mais partout s'élèvent des ruines d'aqueducs et de tombeaux, ruines qui semblent être les forêts et les plantes indigènes d'une terre composée de ta poussière des morts et des débris des empires. Souvent, dans une grande plaine, j'ai cru voir^de riches moissons ; je m'en approchais : des herbes flétries avaient
trompé mon oeil. Parfois, sous ces moissons stériles, vous distinguez les traces d'une ancienne sculpture. Point d'oiseaux, point de laboureurs, point de mouvements champêtres, points de mugissements de troupeaux, point de villages. Un petit nombre de fermes délabrées se montrent sur la nudité des champs : les fenêtres et les portes en sont fermées; il n'en sort ni fumée, ni bruits, ni habitants. Une espèce de sauvage presque nu, pâle et ruine par la lièvre, garde ces tristes chaumières comme les spectres qui, dans nos histoires gothiques, défendent l'entrée des châteaux abandonnés. Enfin l'on dirait qu'aucune nation n'a osé succéder aux maîtres du monde dans leur terre natale, et que ces champs sont tels que les a laissés te soc de Gincinnatus ou la dernière charrue romaine.
" C'est du milieu de ce terrain inculte que domine et qu'attriste encore un monument appelé parla voix populaire \e tombeau de Néroti,
<|iie s'élève la grande ombre de la ville éternelle. Déchue de sa puissance terrestre, elle semble, dans son orgueil, avoir voulu s'isoler : elle s'est
séparée des autres cités de la terre, et, comme une ruine tombée du trône, elle a noblement caché ses malheurs dans la solitude. •.
Les environs de Rome présentent plusieurs points remarquables. Ë" suivant la voie Appieime, toute garnie de tombeaux, on arrive à Aiàano (fig. 610), petite ville bâtie sur l'emplacement des villas de Pompée et df
Domitieo. Près de là est le village d'Ariceia, que les pavsagistes fréquentent à cause de la beauté des environs et notamment du lac de Némi donl Français a fait de superbes dessins.
Frascali, renommé pour la salubrité de l'air qu'on y respire, fut fondée au dix-huitième siècle près de l'aacienne, Tusculum où est né Caton. Albe la Longue était égaletrès ment près de cet endroit, mais il ne reste plus rien de cette ville célèbre, à laquelle se rattachent les plus anciennes traditions de Rome.
Dans une autre direction on trouve Tivoli, l'ancienne Tibur, dont les environs très pittoresques sont couverts d'antiquités. Le temple de la
Fig. Gll. — La cOtâ du LtLium.
Sibylle, les cascatelles du Tivoli, la villa Adriana, la villa de Mécène et maints autres endroits sont des points d'excursions très fréquentés des touristes.
La côte du Latium, autrefois si populeuse, présente partout l'image (le la désolation. Ostic, dont le port est comblé, était dans l'antiquité une ville de 80,000 habitants dont l'emplacement n'est plus habitable à cause des fièvres. Ardée, ancienne capitale des Rutules, a conservé ses vieilles fortifications, mais ce n'est plus aujourd'hui qu'un misérable village. Antium, capitale de Volsques, forme aujourd'hui la petite ville A'Anzio, fréquentée pendant la saison des bains de mer. On y a trouvé de nombreuses antiquités, entre autres la belle statue du Gladiateur qui est au Louvre. VelleCri, Alatri, Arpiito, ont conservé d'antiques constructions pélasgiques (fig. 611).
706 L'EUROPK.
L'Italie méridionale. — Le sud de l'ilalie présente un caractère qui diffère beaucoup de celui des provinces septentrionales. Beaucoup moins riche, moins industrieux, moins instruit, ce pays séduit toujours par son allure exotique et atricaine.
<( ... Nous sommes au fin fond de la botte, dans le plus beau pavs du
Fig. 611. — lulienaes (Ttibleau RoyntDd).
monde, écrit Paul-Louis Courier dans une lettre datée de Reggio... Les villes n'ont rien de remarquable, pour moi du moins; mais la campagne, je ne sais comment vous en donner une idée. Cela ne ressemble il rien de ce que vous avez pu voir. Ne parlons pas des bois d'orangers ni des haies de citronniers ; mais tant d'autres arbres et de plantes élran-
gères que la vigueur du sol y fait naître en foule, ou bien les mêmes que chez nous, plus grandes, plus développées, donnent au paysage un tout autre aspect. En voyant ces rochers, partout couronnés de myrte et d'âloës, et ces palmiers dans les vallées, vous vous croyez au bord du Gange ou sur le Nil, hors qu'il n'y a ni pyramides, ni éléphants; mais les buffles en tiennent lieu, et figurent fort bien parmi les végétaux africains, avec le teint des habitants, qui n'est pas non plus de notre monde. »
A l'exception de Salvalor Rosa, les peintres dont le groupe forme ce qu'on appelle l'Ecole napolitaine sont presque tous étrangers au pays, et l'Italie du Sud, qui compte pour une si grande pari dans les arts de
Fig. «13. — ratro dus Abruiies.
l'antiquité, est demeurée h peu près étrangère au grand mouvement de la Renaissance. En revanche, l'Italie du Sud, JVistemcnt parce qu'elle a vécu en dehors du mouvement de civilisation qui s'est développé dans le nord, a beaucoup mieux conservé ses anciennes coutumes, et c'est là qu'il faut aller pour trouver les vêtements bariolés et les tournures agrestes (fig. 612 et 613). Ce caractère au reste tend tous les jours à s'etTacer, surtout dans le voisinage des grandes villes. Les lazzarones de Naples, qui plaisaient tant aux peintres et dont les romanciers aimaient tant à parler ont perdu presque complètement le caractère spécial qui leur donnait une physionomie si pittoresque. Ces hommes, qui dans une ville remplie de couvents, trouvaient la charité presque à chaque porte, et qui d'ailleurs n'avaient pas de besoins en dehors du macaroni qui les nourrissait, n'avaient aucun domicile connu et campaient en plein aîr. On leur interdit aujourd'hui de vivre dans la nudité presque absolue qui avait tant d'attrait pour eux, et sans leur paresse proverbiale, rien ne
les distinguerait des gens de la même classe dans une autre ville. Ils portent une chemise, un caleçon de toile, et quand il Tail froid, un gilet à manches et à capuchon de grosse étoffe brune.
Naples (415,000 hab.), ancienne capitale du royaume de Naples, est située au fond d'une baie qui a près de vingt-cinq kilomètres de tour, depuis le cap Minerve jusqu'à la pointe du Pausilippe. Les montagnes qui entourent le golfe de Naples, les îles de Gapri, d'ischia, de Procida, qui profilent leur silhouette sur les eaux bleues de la mer Méditerranée, font de cette contrée un des plus magnifiques endroits du monde et justifient le proverbe italien : voir Naples, puis mourir! Le mouvement et l'activité qui frappent tout d'abord dans Naples ne sont nullement les indices de l'industrie et du travail. Les Napolitains se remuent sans rien faire, comme ils se querellent avec fureur sans jamais en venir aux mains. Les rues de la ville, étroites et tortueuses, sont pavées de dalles noires, provenant des laves du Vésuve. Quoique Naples renferme un très grand nombre d'édifices, l'architecture de ses palais et de ses églises n'a rien qui soit bien caractéristique. La cathédrale, dédiée à saint Janvier, est bâtie sur les ruines et avec les restes d'un temple d'Apollon, Le Palais royal, œuvre de Dominique Fontana, est un beau monument de style classique moderne ; le Palais des études contient un superbe musée de peinture et la plus magnifique collection d'antiquités qui soit en Europe. Les environs de Naples sont de la plus grande beauté et remplis de curiosités archéologiques (fig. 614 et 613). Du couvent des Camaldulcs, situé sur une colline, on découvre en quelque sorte toute la Campanie : la ville entre Pouzzoles et le Vésuve, le lac Averne, où était l'entrée des enfers, le lac d'Agnano, dont l'eau bouillonne à la surface, le Fusaro, l'Achéron des poètes, le» côtes de Baies et les montagnes des Abruzzes forment, par leur ensemble, le plus beau panorama qu'on puisse rêver. Tout près des Camaldules, se trouve le mont Pausilippe qui sépare la ville de Naples des champs Phlégréens. Cette montagne forme un promontoire percé d'outre entre outre par une route souterraine, dont Strabon a donné une description qui est encore exacte aujourd'hui. Le tombeau de Virgile et la Grotte du Chien, signalée par Pline comme une grande curiosité, se trouvent de ce côté, ainsi que la villa de Lucuilus et une foulede débris antiques sur lesquels s'exerce sans cesse la curiosité des archéologues.
Au delà du mont Pausilippe, est Pouzzoles où se trouvent les restes du temple de Sérapis, au sujet duquel se sont élevées de longues discussions, tant au point de vue de l'archéologie qu'au point de me géologique. « Ce monument, dit le Gtti'le en Italie, consistait en un
atrium carré de 43", 52 sur 37'',35 formant un portique de 48 colonnes, ayant chacune une statue en avant. A une certaine prorondeur au-dessous du pavé antique de la cour, on en a trouve un autre en mosaïque. Au milieu était un temple rond de 16 colonnes corinthiennes en marbre africain; les colonnes, les vases cl les statues ont été transportés à Gaserte et au musée Bourbon. Autour de Tatrium étaient distribuées des chambres sans communication pouvant servir de salles de bains au\ malades ; il^ étaient alimentés par des eaux minérales chaudes et froides, dont les sources subsistent encore. Ces bains étaient pour les prêtres du temple, avec leurs oracles, une double source de revenu. Cependant, malgré la statue de Sérapis trouvée dans une chambre,
Fig. 014. — EntlroiM de Naplea.
malgré l'inscription qui mentionne l'œdès de Séraphïs, quelques antiquaires modernes contestent encore cette attribution généralement admise. »
Toute la contrée qui avoisine Pouzzoles est pleine de souvenirs mythologiques. Le lac Lucrin est séparé de la mer par une chaussée qu'Hercule a bâtie pour faire traverser les marais aux bœufs de Geryon. Plus loin, c'est le lac Averne, près duquel était l'entrée des enfers. Autrefois les poissons ne pouvaient pas vivre dans ses eaux, ni les oiseaux voler sur ses bords ; mais aujourd'hui, c'est un petit lac poissonneux sur lequel barbottcnt les canards sauvages. Ce lac occupe l'emplacement d'un cratère de volcan dont les vapeurs sulfureuses qui s'en exhalaient sans cesse, étaient retenues par les forêts mystérieuses et impraticables qui couvraient les hauteurs environnantes. Si Virgile a placé en ce lieu la
descente d'Enée aui enfers, c'est à cause des traditions effrayantes dont les populations primitives en avaient fait le théâtre. Mais quand Agrippa eut détruit les antiques forêts, couvert le pays de routes solides, et donné sur le lac même un simulacre de la bataille d'Actium, tout le merveilleux s'évanouit insensiblement. Le canal souterrain creusé par Agrippa pour le lac Averne au lac Lucrin dont il voulait faire un port, subsiste encore. Une salle souterraine, où Ton a retrouvé des traces de mosaïque, a reçu le nom pompeux d'antre de la Sibylle, et parait avoir servi à des bains d'eaux thermales, dont la source coule encore sur le sol. Les ruines des environs paraissent se rattacher à des établissements thermaux qui devaient être assez nombreux dans ces parages.
Les ruines de Gapoue, qui a conservé un vaste amphithéâtre, considéré comme le plus ancien de l'Italie, celles de Gumes, dont la nécropole a fourni une foule de poteries intéressantes, celles de Baies, où se trouvaient les villas des plus riches Romains, sont des buts continuels d'excursions intéressantes pour les touristes. Mais le point te plus visité des environs de Naples et le plus curieux assurément, c'est le mont Vésuve.
Le mont Vésuve, situé sur le golfe de Naples, s'élève à une hauteur d'environ 1,200 mètres. Les écrivains antérieurs à la destruction de Pompe! et Herculanum, en parlent comme d'une montagne extrêmement fertile et bien cultivée, qui présente le caractère d'un volcan éteint, et aucun d'eux ne parait soupçonner qu'il puisse devenir dangereux. Voici ce que dit le plus fameux géographe de Tantiquité, Slrabon, qui est mort l'an 25 de notre ère, cinquante- quatre ans avant la première éruption historisque, dont^ la date est l'an 79. — « Les villes (Herculanum et Pompeï) , que nous venons de nommer, sont toutes situées au pied du Vésuve, montagne élevée, dont toute la superficie à l'exception du sommet, est couverte des plus riches cultures. Quant au sommet, qui offre en général une surface plate et unie, il est partout également stérile ; le sol y a Taspect de la cendre et laisse voir par endroits la roche même, percée, criblée de mille trous, toute noircie et comme rongée par le feu, ce qui porte à croire naturellement que la montagne est un ancien volcan, dont les feux, après avoir fait éruption par ces ouvertures comme par autant de cratères, se seront éteints faute d*aliment. »
Le sommet du Vésuve était en effet si peu regardé comme dangereux, que Spartacus y avait fait camper une armée de dix mille gladiateurs. En l'an 63, un tremblement de terre, non accompagné d'éruption volcanique, détruisit en partie les villes d'Herculanum et Pompeï ; mais ce désastre était complètement réparé, et le pays était dans l'état le plus florissant lorsqu'est survenu, en 79, la terrible éruption qui a tout englouti. Pline le Naturaliste y a péri, et son neveu, Pline le Jeune, qui
élail présent, a raconté tous les détails de la catastrophe, dans une lettre qui est demeurée céli'bre.
« Pompeï, dit le Guide {I), est la plus grande curiosité de l'Italie, on pourrait dire du monde! On s'y retrouTe au milieu du monde auUque, non de cette antiquité morte entrevue à travers les textes des
Fig. 6L6. — L'fulie incicnoe (partie mdrid [anale].
livres, les doutes et les conjectures des érudits, mais de l'antiquité dans sa réalité matérielle. Une ville tout entière est là sous nos regards, conservée telle que l'ont laissée ceux qui l'habitaient, il y a 1800 ans. L'on peut errer dans ses rues ; visiter ses temples, ses théâtres, ses édifices ; pénétrer dans les pièces les plus reculées des maisons particu-
(«) Du Pays, Guide en Uulie.
Itères ; retrouver dans les caves (maison de Dioniëde) les amphores de la dernière vendange ; voir sur les murailles, les inscriptions et ies caricatures crayonnées par les passants; et sur le pavé la trace du dernier char qui l'a traversée. L'illusion est si vive, si présente qu'on oublie involontairement les dix-huit siècles qui nous séparent de cette population disparue, et l'on s'imaginerait volontiers qu'il faut profiter de la solitude momentanée de la cité, et que les habitants vont y revenir. » . La trace antique des chars sur la chaussée, pavée en larges dalles de iave, conduit à la ville dont les murailles sont encore debout. Quelques inscriptions en langue osque ont fait penser qu'une partie de ces murailles devait remonter à une époque antérieure à la fondation de Rome; néanmoins la plus grande partie est l'œuvre des Romains. Le forum avec les édifices qui l'entouraient, plusieurs temples, les casernes, un théâtre, un amphithé&tre et une foule de maisons particulières ont été fouillés; on y a découvert une multitude d'objets mobiliers qui font comprendre la vie privée des anciens et qui ont enrichi les principaux musées de l'Europe, mais principalement celui de Naples, qui est incontestablement le plus riche du monde en fait d'antiquités.
Les fouilles d'Herculanum sont beaucoup moins avancées que celles de Pompeï : elles sont plus difficiles parce que la ville moderne de Portici est bâtie au-dessus de la ville ancienne, ensevelie sous la lave du Vésuve.
A quelques lieues de Naples en se dirigeant vers le sud, on trouve les ruines de Pœstum, dont les temples remontent au temps de la domination des Grecs. Il y en a trois, mais le plus important est celui qu'on désigne ordinairement sous le nom de temple de Neptune. Il est d'or* dre dorique et offre un des types les mieux caractérisés de l'architecture grecque primitive.
Métaponte^ dont les ruines n'ont pas à beaucoup près autant de célébrité que celles de Pœstum, a pourtant conservé quinze colonnes de son ancien temple dorique. On a retrouvé en fouillant sur l'emplacement de la ville ancienne une assez grande quantité de monnaies dont l'emblème est un épi d'orge (fig. 617). Toute cette partie de l'Italie était couverte de colonies grecques établies sur la côte et dont quelques-unes étaient arrivées à un degré d'opulence incroyable Aussi le luxe de l'ancienne Sybaris était proverbial dans l'antiquité. « La ville de Sybaris, dit Strabon, jouissait anciennement Fig. 61 7.— Monnaie d'une prospérité extraordinaire ; ainsi elle commandait
de Méuponte. i* i •* ± a-ij j»
'^ à quatre peuples, ses voisms, et comptait dans sa dé-
pendance immédiate jusqu'à vingt-cinq villes. Elle put armer 300,000
hommes contre Crotone et son enceinte mesurait une circonférence de 50 stades. Mais par la faute de ses habitants, par un effet de leur mollesse et de leur indolence, toute cette prospérité fut aaéantie par les Crotoniates et cela dans l'espace de soixante-dix jours. Les Crotoniates, maîtres de la ville, détournèrent le cours du Gratis et la noyèrent sous les eaux du lleuve. »
Crotone, célèbr* dans l'antiquité par l'enseignement philosophique de Pythagore, autant que par ses 'gymnases, n'a pas plus que sa voisine Sybaris laissé de ruines. On a seulement retrouvé sur son emplacement de nombreuses monnaies dont le trépied est l'emblème caraclùristique (fig. 618).
"' dé'crotrne.'"""' Tarente, située sur le golfe auquel elle a donné son nom, est aujourd'hui une ville de 20,000 habitants, qui fait un commerce assez actif. C'était une des villes importantes de la Orande-Grèce, qui a gardé quelques ruines de l'époque romaine. Blindes, qui après avoir eu une certaine importance dans l'antiquité, était complètement déchue, se relève beaucoup depuis que les chemins de fer en ont fait l'entrepôt d'un grand commerce avec l'Orient.
Les lies. — La Sicile, située contre la pointe méridionale de l'Italie, a été de toute antiquité renommée pour sa fertilité proverbiale. Quoi-
Fig. 619. — La Sicile (partie «eptealrionale).
que bien déchue, elle conserve quelques villes florissantes surtout dans la partie septentrionale de l'ile (lig. 619).
Palerme (180,000 hab,), qui fut une ville grecque, après avoir été
une ville phéaicienne, est par la beauté de sa situation et de ses édifices une des villes les plus intéressantes de Tltalie. Son climat doux et sain attire, surtout pendant Thiver, un grand nombre d'étrangers. Les rues sont étroites et tortueuses à Texception de deux grandes voies qui, coupant la ville à angle droit, la divisent ainsi en quatre quartiers. La ville présente un aspect oriental, qu'augmente encore la végétation de ses jardins, où Ton trouve toutes les plantes de TAfrique septentrionale.
La cathédrale, élevée au douzième siècle, a subi de telles transfor^ mations, que, à Texception de la crypte, il ne reste presque plus rien de Tancien édifice. La façade occidentale, qui date du quatorzième siècle, est un intéressant spécimen de ràrchitecture ogivale particulière à la Sicile, et qui est fortement imprégnée du goût arabe. Le befibroi se rattache à Téglise par une grande arcade ogivale; malheureusement l'intérieur de ce bel édifice ne répond pas à l'extérieur et il a été modernisé dans un goût déplorable. Mais la cathédrale renferme de très curieux tombeaux, entre autres celui du roi Roger (f 1244), celui de l'empereur Frédéric II (f 1258) avec baldaquin de porphyre porté par six colonnes, celui de sa femme Constance d'Aragon, dans lequel est encastré un bas-relief antique représentant une chasse, etc.
L'église de la Martorana a conservé de l'époque normande des restes beaucoup plus importants que la cathédrale. Parmi les curieuses mosaïques qui décorent cette église, quelques-unes appartiennent à la construction primitive ; l'une d'elles représente le Christ couronnant le roi René qui est vêtu du costume byzantin et porte la dalmatique.
Le palais royal présente une réunion d'édifices de différents styles : la partie centrale, où sont les appartements royaux, est la plus régulièrement bâtie ; on y remarque une grande cour carrée entourée de galeries et de colonnades. Plusieurs salles renferment des peintures intéressantes, mais ce qui dans le palais est le plus digne d'attention, c'est la chapelle élevée par le roi Roger, en il 29. Les piliers de marbre alternent avec les piliers de granit et les arceaux retombent sur les chapiteaux dorés des colonnes. De curieuses mosaïques représentent les principaux traits de l'histoire biblique.
Messine (100,000 hab.), la ville la plus rapprochée des côtes de la Calabre, doit son nom à une colonie de Messéniens qui vint s'y établir; mais son origine est beaucoup plus ancienne et on ne peut pas fixer d'une manière positive la date de fondation de cette ville, qui existait déjà sous un autre nom antérieurement aux colonies grecques. Néanmoins Messine n'a pas conservé de monuments anciens. Sous les murs de la cité se pressent, en bouillonnant par place, les eaux du détroit qu'on traverse aujourd'hui sans aucune difficulté, mais qui pendant bien longtemps fut l'effroi des navigateurs : c'est en ce lieu en effet qu'il fallait passer entre les fameux écueils de Charybde et Scylla.
La ville, bâtie sur un terrain fort inégal, s'élève en amphithéâtre au pied des montagnes, que nous regardons comme la suite des Apennins et dont les rameaux s'étendent sur toute la Sicile : un promontoire de rochers qui s'avance dans la mer forme une rade très sûre. Les rues et les quais de la ville sont pavés de larges dalles de lave, et auraient un aspect grandiose, si les maisons n'étaient en général fort basses, à cause des tremblements de terre. Les places sont généralement ornées de fontaines de marbre et de statues de bronze, et les églises, fort nombreuses, sont décorées avec plus de profusion que de goût. La plus remarquable est la cathédrale, qui fut commencée par le comte Roger en 1098, mais qui a été fort abîmée par des transformations successives : le style en est d'ailleurs bizarre et ses vingt-six colonnes antiques forment avec les sculptures gothiques du douzième siècle le plus singulier assemblage.
La ville de Taormtna, anciennement Tauromenium, est située sur la cime d'un mont, au bord de la mer Ionienne. Elle n'a guère qu'une rue, que domine un ancien fort sarrasin, perché comme un nid d'aigle sur une roche escarpée, et sa physionomie rappelle la domination arabe. Néanmoins c'est surtout pour ses antiquités que cette ville attire le voyageur. Les ruines du théâtre antique, placées sur une éminence qui domine la mer, sont une des grandes curiosités de la Sicile. Ce vaste édifice, construit par les Grecs, agrandi par les Romains, détruit par les Normands et les Arabes, fut en outre dépouillé, par les chrétiens, de ses ornements qui sont disséminés dans les églises et les monastères du voisinage. Ce théâtre, taillé dans le roc, a plus de 75 mètres de diamètre : il est dans une situation vraiment magnifique. Du haut des gradins, la vue s'étend sur les découpures pittoresques de la côte, sur la grandiose pyramide de l'Etna et sur les côtes lointaines de la Calabre.
Au pied de l'Etna, et au bord de la mer, s'élève la ville de Catane^ qui fut fondée sept siècles avant notre ère, et qui, malgré les désastres que le volcan et les tremblements de terre lui ont fait subir, est encore de nos jours une ville florissante. Parmi ses cent cinq églises et ses nombreux couvents, l'édifice le plus important est la cathédrale. Fondée en 1091, par le comte Roger, mais détruite par un tremblement de terre et rebâtie dans un style tout différent, elle a une façade de mauvais goût, élevée au dix-huitième siècle, mais dans laquelle on a fait entrer six colonnes de granit arrachées au théâtre antique, qui a fourni aussi les sculptures d'une des portes latérales, où l'on voit des néréides et des centaures. On voit à l'intérieur les tombeaux de plusieurs souverains et la cassette à lames d'argent dans laquelle on conserve une mamelle de sainte Agathe, qui est la patronne de la ville. La place où est la cathédrale est décorée d'une fontaine de marbre, surmontée d'un élé-
phantde lave, portant sur son dos un obélisque en granit rouge d'Egypte, que l'on croit de travail grec.
Le couvent de Saint-BenoU, reconstruit après le tremblement de terre de 1693, est une des plus vastes constructions qu'il y ait en Europe : on y visite une riche bibliothèque et quelques antiquités. Le musée, fondé au dix-huitième siècle par le prince de Biscari, renferme aussi une riche collection d'objets anciens. Enfin les ruines du théâtre
Fig. G!0. — La Sicile ancienne.
antique, bien que dépouillé de ses colonnes et de ses bas-reliefs, méritent encore d'être visitées.
Syractise est une colonie corinthienne , qui peu de temps après sa fondation était déjà devenue une des villes les plus importantes de l'antiquité. Parmi les édifices dont il subsiste des débris, on signale comme devant remonter à la fondation de la ville ou à peu près, deux colonnes enclavées dans une maison. Les proportions sont moins courtes qu'au temple de Corinthe, mais les colonnes qui n'ont que seize cannelures, sont couronnées d'un chapiteau de forme très primitive. On croit que ce temple était consacré à Diane. L'ancien temple de Minerve,
converli en église depuis le septième siècle, paraît avoir été construit postérieurement à celui de Diane. Les colonnes ont presque cinq diamètres et portent vingt cannelures. On en attribuait ta construction à un citoyen appelé Agathocle, qui en aurait fait tous les frais. Mais comme, parmi les pierres, il avait choisi la plus belle pour se bâtir une maison, Minerve irritée la frappa de la foudre et le malheureux périt dans les flammes. On retrouve encore à Syracuse une foule de débris d'édifices qui attestent la prospérité que cette colonie avait atteinte.
La côte méridionale de la Sicile, qui avait dans l'antiquité tant de villes florissantes (fig. 620), n'en possède aucune aujourd'hui qui mérite d'être signalée. De l'ancienne Gela, il n'est resté que ses curieuses médailles
(fig. 621), mais Agrigente a conservé un superbe temple connu sous le nom de temple des Géants, à cause des énormes figures d'atlantes qu'on y a trouvées. Les colonnes de ce temple sont les plus grandes que l'on
Fig. 6!!. — Ilo de Halte.
connaisse de l'antiquité grecque, et chacune de leurs cannelures peut servir de guérite à un homme. Ségeste a conservé un temple dorique, composé de trente-six colonnes, et un théAtrc, situé sur une éminence
à peu de distance de la ville. On a trouvé aussi de très belles ruines sur l'acropole de Sélinonte et notamment le fameux temple de Jupiter, dont les bas-reliefs archaïques sont le plus ancien monument connu de la sculpture grecque.
Au nord de la Sicile sont les iles Lipari, ancien séjour d'Eole, dieu des vents, et, du c6té qui regarde l'Arrique, le groupe beaucoup plus important de Malte (Rg. 622) et de Gozzo (fîg. 623), qui appartient
Fis. OiS. — Hédûtia de Gouo.
aux Anglais. Ces îles ont été peuplées primitivement de Phéniciens, et c'est à eux qu'on attribue les monuments de style cyclopéen qu'on rencontre à Gozzo. Malte, qui a conservé aussi d'intéressants souvenirs du moyen âçe, est habitée par une population bigarrée et cosmopolite : des Tunisiens, des Arabes, des Turcs, des Grecs mêlés à des Maltais, des Italiens et des Anglais.
La Sabdaigne (fig. 624), malgré ses dimensions, n'a jamais approché de la Sicile pour l'opulence et la civilisation. Cagliari, sur la côte méridionale de l'Ile, ne renferme guère d'édifices, mais son musée est très
Fig. 9U. — HétUille de Sardklgne.
riche en antiquités phéniciennes. On trouve en Sardaignu un assez grand nombre de monuments funèbres, d'une date inconnue, mais assurément fort anciens. Ils présentent ordinairement la forme d'une tour ou d'un cône.