‹ Le monde vu par les artistesChapitre 45 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Populalion des lies Biitanniques. — Les arts. - L'Irlande.

' L'Angleterre. — L'Ecosse.

opulatlon des lies Britanniques.

— Les iles Britanniques comprennent les deu\ grandes lies de la Grande- Bretagne (Angleterre et Ecosse), de l'Irlande, ainsi que les petits groupes d'Iles qui en dépendent, les Orcades, les Shetland, les Hébrides, les Iles (l'Anglesey, de Man, les Sorlingues, Wight, et les îles anglo-normandes " de Jersey, Guernesey, Aurigny, etc.

(flg- 637).

« Le simple aspect d'une grande ville anglaise, écrit E. Reclus, dit combien les mœurs et les habitudes y diffèrent de celles de la France. A l'entrée des faubourgs, les routes sont fermées de barrières où l'on acquitte un droit de péage, non à la ville ou à la nation, mais à des compagnies particulières propriétaires des chemins. Les maisons, eafourées de grilles et de fossés comme des châteaux forts, accessibles par des espèces de ponts-levis, n'offrent aux regards du passant que des murailles enfumées, tandis qu'à l'intérieur elles sont décorées avec somptuosité et resplendissent de dorures et de glaces. Peu de monuments publics ; point de statues ni de fontaines jaillissantes, les plus beaux édiGces sont des clubs où des milliers de gentlemen se réunissent pour jouir à meilleur compte de tous les comforts et de toutes les élégances du luxe, et, malgré leur vie en commun, ne se connaissent que de nom et ne se parlent jamais sans avoir été présentés l'un à l'autre. Les places publiques des villes continentales sont remplacées par les

squares soigneusement grillés, appartenant à quelques propriétaires qui s'y promènent rarement et n\ laissent promener personne. Dans les rues, pas un seul désœuvré, mais toujours une multitude d'hommes affairés qui se coudoient sans se voir, l'œil tendu, la tête penchée en avant. Rarement la circulation est interrompue comme dans nos villes d'Europe par des régiments de soldats qui défilent au son des instru-

ments de cuivre : on ne miU que des escouades d'hommes de police San» épée, se dislin^nnuil à pi-ine des bourgeois par leur uniforme. Les pauvres ouvrici's. Ii's iii.'ii.liiinlfi eiix-mr-rDes sonl on lialiil noir; les pauvresses couM'ilf^ tir li.ulliiii^jinrlriil rlniiiMii ; Ic> lofils siHils el le:î lldics osent s'alTranchir du costume ofriciel. Ce sont là des choses que l'étranger peut saisir d'un coup d'œil et qui lui révèlent dès l'abord certains côtés du caractère anglais : l'orgueil, l'activité, l'énergie, l'amoUr de la liberté, l'âpreté du gain qui donne l'indépendance, la forte personnalité

dégénérant facilement en égoïsme et ne reconnaissant alors en religion et en morale d'autre règle qu'un formalisme extérieur. »

En Angleterre où tout !e monde veut paraître et où rcxtérieur joue le plus grand rôle, il n'y a pas, oour ainsi dire, de différence entre la

752 LEUROPE.

façon de s'habiller des différentes classes, et cela aussi bien dans les campagnes que dans les villes. Un tableau de David Yilkie, qui nous montre un intérieur villageois, présente des paysans discutant sur la politique ; leur costume ne diffère en rien de celui des bourgeois de telle ou telle cité (fig. 639). Nous sommes loin de nos blouses de France.

« ...Avec cet air inculte, cet aspect de forêt vierge, ces jambes démesurées encore allongées par les jaquettes de collégien, avec ces grands bras qui traversent toutes les foules, ces larges estomacs qui engloutissent tous les vivres, les Anglais lâchés sur Paris ont Tair de faire une descente de barrière dans un pays conquis, écrit John Lemoinne. Il est impossible d'avoir un plus parfait mépris pour les naturels du pays dans lequel ils se trouvent. On ne peut pas dire, quand ils se mettent à leur aise, qu'ils font comme chez eux ; au contraire, jamais ils ne feraient tout cela chez eux. De même que parmi nous un homme grave peut accidentellement se costumer pour aller au bal, se mettre au besoin en pierrot,, figurer dans un quadrille, et le lendemain reprendre ses fonctions de conseiller d'État ou de référendaire ; ainsi l'Anglais se précipite dans le monde étranger comme dans un grand bal masqué, y met un faux nez, y danse des pas extravagants qu'il appelle des danses françaises, fait la cabriole, soupe, se grise ; et quand il a fini son tour de France, il reprend tranquillement ses fonctions, je ne dirai pas de membre du parlement, mais simplement ses fonctions d'Anglais. Car c'est une fonction dans le monde que d'être Anglais, et qui n'a pas même besoin d'habit; Tair anglais suffit.

(( Les femmes aussi, quand Paris n'a pas encore fait sur elles Teffet du jardin d'acclimatation, les femmes ont l'air d'appartenir à une autre espèce. On les reconnaît à des travestissements incroyables ; des chapeaux de bergères ornés de jardins potagers, des casaques à couleurs éclatantes... Il n'y a qu'elles pour porter des chapeaux de paille au mois de janvier et des fourrures au mois de juillet. Regardez-les arpenter les boulevards et emboiter le pas comme des cent-gardesl Et quel pas! Mais ne vous trompez pas, dans ce bloc encore inculte il y a tous les éléments d'une superbe œuvre d'art. Quelle belle construction I quelles formes assises ! quelle grande architecture. Attendez que l'art y ait mis la main ; attendez que l'Anglaise ait appris à marcher, à se tenir, à s'habiller, et qu'à sa beauté native elle ait ajouté la grâce acquise, vous aurez le plus beau type de la création et de la civilisation. La femme née anglaise et naturalisée parisienne est la perfection. »

Le côté un peu caricatural des allures et des costumes anglais nous est admirablement rendu dans un tableau de Frith représentant la plage de Ramsgate et dont la figure 640 nous montre un fragment.

Les arts. — L'Angleterre a conservé quelques monuments druidi-

ques, mais les Romains ont laissé peu de traces de leur passage dans ce pays, oùilsont été campés plutôt que sérieusement établis. L* architecture ogivale a pris dans le moyen âge un très grand développement, et a produit plusieurs magnifiques églises, à York, Lancastre, Cantorbery, Exeter, Winchester, etc. La flore et l'ornementation sont en général moins variées que dans les édifices élevés en France dans la période correspondante. Un trait caractéristique du style anglais du moyen âge est la répétition de Tornement, qui montre toujours une tendance à chercher le parallélisme et la symétrie, et offre rarement ces combinaisons imprévues qu'on trouve si fréquemment dans nos églises. Les abbayes et les châteaux forts s'élèvent aussi en grand nombre sur toute la surface de l'Angleterre et de l'Ecosse. L'abbaye de Saint-Alban près de Londres, celle de la Bataille près d'IIastings, et en Ecosse l'abbaye de Melrose, dont Walter Scott a donné une si belle description dans un de ses romans, sont particulièrement célèbres. Les châteaux de la première période diffèrent peu par leur architecture de ceux qui furent élevés en Normandie et qui appartenaient souvent aux mêmes personnages. Mais le luxe s'introduisit bientôt dans les donjons, et les châteaux d'Holy- Rood, près d'Edimbourg, et de Windsor, près de Londres, sont de splendides palais, bien qu'ils aient conservé l'allure des forteresses.

En Angleterre, comme en France, la Renaissance a produit un style particulier au pays ; c'est ce qu'on nomme le style anglais. La jolie chapelle annexée à l'abbaye de Westminster, le château royal de Hampton- Court, et une foule d'édifices religieux ou civils, portent l'empreinte de ce style, où on ne retrouve pas, il est vrai, les élégances raffinées de nos manoirs de Touraine, mais qui montrent bien plus de sève et d'originalité que les monuments élevés en Allemagne dans l'époque correspondante.

Le goût italien est venu aussi se greffer en Angleterre, où Palladio a trouvé de grands admirateurs. Néanmoins le mouvement qui résume le mieux les tendances classiques, l'église Saint-Paul de Londres, appartient à une époque très postérieure, puisque Christophe Wreen, qui en est l'architecte, appartient au dix-huitième siècle. Ce fut après le fameux incendie qui détruisit presque en totalité la cité de Londres, que cet édifice a été élevé sur l'emplacement de l'ancienne église qui était de style ogival. L'église Saint-Paul est recouverte d'un revêtement de marbre blanc, qui malheureusement paraît tout noir à cause du charbon de terre et de l'humidité du climat. La façade de Saint-Paul présente un portique surmonté d'un fronton, derrière lequel se détache une vaste coupole. Les façades latérales ne sont pas nues comme celles de notre Panthéon, mais la décoration intérieure de l'église, quoique très chargée de statues et de tombeaux, paraît d'une froideur glaciale à cause de l'absence de peintures.

Aujourd'hui l'Angleterre est. comme l'Allemagne, travaillée par les études et les réminiscences archéologiques, et les édifices qui s'élèvent présentent des échantillons de tous les styles connus. Le monument le plus important qu'on ait construit de nos jours, le parlement de Westminster, est un vaste édifice où on a surtout cherché à prendre le style de la jolie chapelle de l'abbaye de Westminster placée tout U côté ; quand on le voit en arrivant par le pont de la Tamise, il produit l'elTet le plus majestueux.

La statuaire n'a jamais pris en Angleterre un bien grand déve-

loppement, et Flaxman est à peu près le seul sculpteur anglais que l'on puisse compter parmi les maîtres de l'art. II est surtout connu en France par ses beaux dessins sur l'Iliade et VOdyssée. Si la sculpture a peu d'importance en Angleterre, la peinture monumentale n'y existe pour ainsi dire pas. Le culte protestant n'admettant pas la peinture dans les églises, les tendances vers le grand style religieux, sont incapables d'y prendre un développement quelconque. Ajoutez à cela que le puritanisme anglican s'accommoderait assez mal de sujets empruntés h la mythologie et que les traditions classiques, en art comme en littérature,

^36 LEUllOPE.

n'ont jamais réussi à s'acclimater dans un pays aussi jaloux de sa per-

sonnalitc. La peinture de genre csl le véritable domaine de l'art anglais:

ILES BRITANNIQUES. Tôt:

au fond de tout tableau, vous trouverez une anccdolc, une scène susceptible d'être racontée, et c'est la grande préoccupation du peintre anglais qui sacrifie volontiers les qualilés purement pittoresques à l'esprit de la narration, au piquant de l'idée qu'il s'efforce de traduire par son^ pinceau.

Cette tendance, quidonne à l'art un but spécial et autre que lui-inèrae, existe dans la peinture anglaise depuis Hogarth, le représentant le plus décidé des doctrines que nous signalons et qu'il a fait prévaloir dans son pays. Hogarth a écrit un livre intitulé Analyse de la èeauté dans lequel il a émis des idées quelquefois paradoxales, mais souvent ingénieuses el toujours originales.

L'école anglaise compte (rois grands peintres de portraits, ReynohI-',. Gainsborough et Lawrence (fig. 641). Ce dernier est le peintre par excellence de l'aristocratie anglaise et ses portraits sont sous ce rapport de véritables documents bistoriques. Rcjnolds a peut-ôlrc plus do puissance dans l'exécution, mais il a aussi bien moins de distincllon. Gainsborougb est un admirable coloriste dont les ouvrages sont à peu près inconnus en France. Les tableaux anglais restent en général dans le pays et il est bien rare qu'on en rencontre sur le continent. Ainsi nous ne connaissons que par les gravures les compositions du genre intime, où David Wilkie, et après lui Muircady, ont si bien traduit tes mœurs anglaisc:<

Ce dernier pourtant était représenté à l'exposition de 1855 par plusieurs toiles exquises, et on se rappelle encore l'impression produite sur nos artistes par le Loup et f Agneau, le Passage du gué, la Robe de la mariée, etc.

De tous les peintres anglais, Bonington, qui a toujours vécu à Paris, est assurément le plus connu, mais c'est Constable qui a exercé le plus d'influence sur l'école française contemporaine. Constable était un paysagiste épris de la réalité ; il traduisait la nature avec une brutalité de touche qui tranchait singulièrement avec l'exécution mince qui était en usage à cette époque dans le paysage (fig. 643). Paul Huet, Jules Dupré, Théodore Rousseau, Troyon, sont venus après Constable et ont été en quelque sorte les continuateurs de sa manière. Les paysagistes anglais, au contraire, se sont attachés de préférence à Turner, coloriste fougueux, mais peintre étrange, qui, après avoir été un imitateur très habile de Claude Lorrain, s'est laissé entraîner à des excentricités pleines d'inspirations souvent heureuses, mais trop souvent dépourvues de naturel et de naïveté (fig. 642). La recherche de la décomposition de la couleur par la lumière a été la constante préoccupation de Turner, et à la fin de sa vie, il a trop souvent sacrifié l'harmonie à un éclat artificiel. Les paysagistes anglais, en suivant ses traces, sont presque tous tombés dans une crudité de ton, qui aujourd'hui encore est le caractère dominant de leurs tableaux.

A ce défaut il s'en est joint un autre, la maigreur, et ce vice de l'école anglaise est très apparent dans l'un des plus grands peintres qu'ait eu l'Angleterre, E. Landseer, le fameux peintre d'animaux. Landseer, dont les œuvres ont été popularisées en France par la gravure, occupe une place à part dans l'école anglaise. Tout le monde connaît ses chiens, dont la physionomie traduit des sentiments humains; ses cerfs, qui brament au bord des marais ; ses chevreuils, qui courent dans les rochers ; ses chevaux, si fiers d'être montés par de nobles châtelaines. La facture maigre et épinglée de ses tableaux déroute quelquefois ceux qui ne les connaissent que par la gravure. 11 y reste pourtant toujours un incontestable mérite d'invention et de tournure ; seulement l'élégance est son domaine à peu près exclusif.

Les peintres de genre sont aujourd'hui très nombreux en Angleterre, et leurs tableaux, qui ressemblent un peu à des vignettes, sont composés d'après un mode à peu près uniforme.

L'ANGLETERRE. — Les paysages de l'Angleterre ont un aspect bien particulier. Sous un ciel habituellement bas et gris, au sein d'une atmosphère saturée d'humidité, s'étendent à l'infini, alternant avec des collines de médiocre hauteur, des prairies et des champs où serpentent lentement des ruisseaux aux eaux jaunâtres. Çà et là appa-

L'EUHOPE.

raissent des parcs immenses, où de grands cerfs courent en liberié (Bg. 643).

De dislance en distance, dans la campagne, semés au hasard, desarhres solilaires semblent relier les parcs entre eux. Des haies séparent les propriétés et forment des dessins géométriques sur le sol. Dans certaines parties de la contrée des landes incultes, souvent couvertes de bruyères, s'encadrent dans la campagne à la grande joie des chasseurs. Le ciel des villes est encore plus sombre que celui des champs, les jets de vapeur, les panaches de fumée, les émanntions industrielles de toutes sortes viennent encore le salir et l'alourdii'. Le fleuve le plus important de l'Angleterre est la Tamise, gracieuse rivière, circulant gaimcnt dans de vertes campagnes et d'admirables parcs, au-dessus de Londres; immense port de plus de 400 mètres de largeur, couvert de mats et de colonnes de fumée, au sein de cette ville, qui étale sur ses rives tous les produits de l'univers.

Le tableau de Constable représentant la rivière de la Stour (fig. 64oi nous donne bien le caractère de la campagne anglaise , son aspect tout fait de verdure et d'humidité. Le ciel couvert de nuages, qui tamisent une lumière argentée, éclaire un paysage accidenté ou coule lentement une rivière : de vieux arbres viennent s'y mirer, d'autres se montrent dans les champs; des collines ondulent à Thorizon. Des mariniers nous disent assez que nous sommes dans un pays commerçant où toutes les voies de transport sont précieusement utilisées.

Londres {plus de 3,000,000 d'hab.). « Je m'attendais à voir de grands palais, et je ne vis rien que de petites maisons, dit Henri Heine en parlant de cette ville; mais l'uniformité et l'incalculable foule de ces habitations impose par elle-même avec d'autant plus de puissance.

« Ces maisons de briques reçoivent de l'air humide et de la vapeur du charbon une couleur uniforme de teinte olive foncée. Elles sont toutes de la même architecture ; ordinairement deux ou trois fenêtres en lai^e et trois en hauteur, et sur le faîte, de petites cheminées rouges qui ont l'air de dents fraîchement arrachées et saignantes. Les rues, larges

et Urées au cordeau, ont ainsi l'air d'être formées seulement par

deux longues maisons sans fia bâties en forme de caserne. La raison est que chaque famille anglaise, ne se composât-elle que de deux per-

sonnes, veut pourtant habiter une maison seule, son château fort à elle, et que de riches spéculateurs, pour satisfaire ce besoin, bâtissent des rues entières dont ils revendent les maisons en détaU. Dans les rues principales de la Cité, partie de Londres où est le siège du commerce et de l'industrie, où des maisons encore anciennes séparent les nouvelles, où les devantures sont couvertes jusqu'au toit de noms longs d'une aune et de chififres presque toujours dorés et en relief, cette uniformité caractéristique des maisons frappe moins, d'autant moins, que l'œil de l'étranger est sans cesse occupé par l'aspect merveilleux de tant d'objets beaux et nouveaux étalés aux fenêtres des boutiques. Ces objets en eux-mêmes produisent déjà un très grand effet, parce que l'Anglais achève complètement tout ce qu'il confectionne, et que chaque article de luxe, une lampe astrale, une botte, une boite à thé, une robe de femme nous engagent par leur brillant et par leur air finished

« Du côté opposé de Londres qu'on nomme l'extrémité occidentale, ihe west-md of the town^ où vit le monde distingué et moins occupé, cetlç uniformité domine encore davantage; en eflTet, il y a des rues entières, longues et larges, où toutes les maisons, grandes comme des palais, ne sont pourtant pas autrement distinguées extérieurement, si ce n'est qu'ici on voit, comme à presque toutes les habitations qui ne sont pas tout à fait ordinaires, les fenêtres du premier étage décorées de balcons en fer, et qu'on trouve aussi au rezde-chaussée un noir grillage en fer qui protège un étage souterrain. On rencontre aussi dans cette partie de la ville de grands squares^ qui sont des rangées de maisons semblables à celles précédemment décrites, lesquelles forment un carré où se trouve au milieu un jardin fermé par une grille en fer noir avec quelques stalues. Sur ces places et dans ces rues, l'œil de l'étranger n'est jamais blessé par l'aspect des cabanes croulantes de la misère. Partout se raidissent la richesse et la distinction : c'est dans de petites rues écartées et dans de sombres et humides passages que s'entasse la pauvreté avec ses haillons et ses larmes. »

En dehors de l'abbaye de Westsminster et de l'église Saint-Paul, dont nous avons parlé plus haut, Londres n'a guère de monuments dignes d'être cités. La Tour de Londres, en grande partie détruite dans un incendie, est plus remarquable par les souvenirs qui s'y rattachent que par son architecture. Les édifices civils et religieux sont naturellement très nombreux dans cette immense ville, mais la plupart sont d'une insignifiance absolue. Ce que Londres a de plus attrayant pour les étrangers, ce sont ses magnifiques parcs. '

Le tableau de Max Claude (fig. 646), représentant une allée de Hyde- Park, nous offre un spécimen de la vie élégante anglaise. Sous les grands

arbres, doq taillés comme chez nous, qui décorent leurs promenades

nouï voyons des fjentlemen et de s lad'ies au costume irréprochable el à la

physionomie un peu raide et gtiindée. Hyde-Park est une des plus belles promenades de Londres.

LiVERPoOL (493,000 hab,), est la seconde ville de l'Anglelcrre par son importance. On peut dire qu'elle doit lout au progrès du commerce et de l'industrie modernes. Elle comptait à peine avant le di\-huitième siècle el bien peu de ses monuments remontent plus haul que cette époque. Tous h peu près aussi ont uue destination commerciale. Ce sont la Bourse, la Douane et les innombrables magasins, docks, embarcadères dcbai cadet es s'allongeant à perte de vue sur l'interminable quai de h Mer^y Grâce à sa situation maritime, qui la met en rapport avec le monde entier, et à l'industrie cotonnière du Lancashire, Liverpool présente un état de prospérité extraordinaire et un développement continu prodigieux^ dont il serait difficile de trouver un autre e\emplc eu Europe.

Bristol (182,000 hab.}, autrefois le port le plus commerçant de la c6te occidentale, a beaucoup perdu de son importance. Sur la Manche, il faut citer Soutkamptoji , ville plus commcrçanto qu'industrielle, Por/smoutk, le principal port militaire de l'Angleterre, Brighton, dont la belle plage est si fréquentée des baigneurs, Douvres, le point le plus rapproché du continent, etc.

Mamchlsteb (355,000 hab.) a été nommée avec raison In « cité du coton ». C'est en effet la première ville du monde pour cette industrie et celle des laines. Manchester s'est développée à peu près dans les mêmes proportions el les mêmes conditions que Liverpool. C'est une cité toute moderne et le caractère de ses édifices esl purement industriel.

Birmingham (343,000 hab.) est pour le fer ce que Manchester est pour Iecolon.£e?d5(2o9,0001iab.)travailleles laines. 5cAf//î«/(f(240,0OOhab.) est renommée pour la coutellerie. Newcastle (128,000 hab.) doit toute son industrie h. son riche bassin houillcr.

Outre ces grandes cités manufacturières et commerçantes, l'.'Vnglelerre a quelques villes moins populeuses, mais beaucoup plus intéressantes pour l'artiste. Telles sont Oxford et Cambridge, universités célèbres, dont quelques collèges sont remarquables par leur architecture, York, Laiicastre, Cantorbenj, villes pleines de souvenirs historiques et qui pos-

sëdeat les plus belles églises de l'Angleterre. Yarmouth, port situe sur

la Yare dans la inei- du Nord, dont Consliblc mus a donné une ymc («g. 648).

Salisàitry, chef-lieu du comté, de Wîth, esl une ancienne ville où l'on trouve quelques beaux monuments. Sa cathédrale passe pour une des plus élégantes de l'Angleterre. Le clocher a plus de 400 pieds de hauteur. C'est celle cathédrale que nous montre un tableau de Constable (fig. 647). Cet artiste a fréquemment représenté dans ses toiles les environs de Salisbury.

L'KCOSSE. — L'Ecosse , que les admirables descriptions de Walter Scott ont fait connaître au monde entier, est une contrée empreinte d'une beauté sauvage et grandiose vraiment saisissante. Ses côtes profondément découpées rappellent celles de la Norvège. L'intérieur du pays est accidenté par trois chaînes de montagnes, dont une peu élevée, appartient aux basses terres et les deux autres, faisant partie des hautes terres, limitent le pays des Highianders. Les lacs de l'Ecosse sont renommés pour la beauté de leurs sites.

Les habitants de l'Ecosse se divisent en deux classes bien distinctes : les habitants de ta plaine ou Lowlanders, et les habitants de la montagne ou Highlanders. Les premiers ont pris peu h peu les mœurs et les habitudes de leurs voisins les Anglais et il serait difficile h l'heure qu'il est d'établir une différence sérieuse entre eux. Les Highlanders, au contraire, en dépit des efforts renouvelés à plusieurs époques de l'histoire pour leur faire oublier leurs coutumes, présentent une civilisation bien particulière. Les habitudes du clan ont persisté ainsi que les distinctions de vêtement qui rappelaient ces clans. Les couleurs du tartan ont toujours pour eux un sens précis. Ils ont conservé aussi la cornemuse, le seul instrument qui soit chargé d'interpréter leurs airs nationaux ou plutôt locaux.

Edimbourg (196,000 hab.), capitale de l'Ecosse, est une ville extrêmement pittoresque. Walter Scott en a donné d'intéressantes descriptions. Elle s'enfonce ici dans des vallées, grimpe un peu plus loin sur des collines pour redescendre et regrimper encore. Sur une hauteur on aperçoit un château, une autre présente un acropole en miniature. On trouve à chaque pas des bâtisses du moyen âge, avec leurs fenêtres grillées et leurs tourelles. La ville moderne vient se greffer sur ces restes et forme avec eux une antithèse permanente.

Le château d'Iloly Rood, près d'Edimbourg, ceux de Stirling et de Dumbarton, aussi remarquables par leur belle situation que parleurs souvenirs historiques, les ruines de l'abbaye de Melrose, immortalisées par Walter Scolt, sont autant de points que ne manquent pas de visiter

les tourisies. La contrée qui s'ctend entre Edimbourg et Glascow, en pemonlant vers le nord, est couverte de montagnes ag;reslcs, coupée de

lacs et arrosée de coups d'eau qui en font un deS pays les plus pittoresques que l'on puisse visiter.

« Glasgow (547,000hab.),dilE.LeTasseur,enEcosse, sur la Clyde , n'a été jusqu'au dix-huitième siècle qu'une petite ville. La fabrication de la toile d'abord, et ensuite, quand Walt et Arkwright eurent renouvelé l'industrie par leurs inventions, la fabrication du coton en lîrenl une grande ville manufacturière, l'i'escjue toutes les autres industries, et surtout celle de la construction des navires, y comptent aujourd'hui de vastes établi-ssements; c'est un grand port et sa population s'accroît rapidement. »

L'Ibunde. — L'Irlande est la contrée des prairies toujours trempées par la pluie et toujours vertes, des lacs, des marais, des terres imbibées et surtout des tourbières. C'est l'île verte par excellence, la verte Erin. Malheureusement l'humidité qui y règne est nuisible à l'agriculture et la production de la terre n'est nullement en rapport avec son étendue.

Les Irlandais sont exaltés, extrêmes dans tout ce qu'ils font. Pleins de fougue dès qu'une chose les séduit, ils se lassent bientôt et lindiïféreoce la plus complète succède à l'enthousiasme de la première heure. Il est bon d'être leur ami et très dangereux de les avoir pour ennemis. Cet état de surexcitation qui les caractérise tient peut-être aux souffrances morales et physiques que Heur situation politique et sociale leur fait endurer. Il y a peu de pays en Europe où la misère soit aussi commune: le dénuement le plus absolu est presque l'étal normal des Irlandais.

Dublin (246,000 hab.), capitale de l'Irlande, est une ville entièrement moderne, qui n'a pas le charme |>ittoresquc d'Edimbourg, offre peu de monuments remarquables. Belfast ci Cork, grandes villes manufacturières, ne sont pas mieux partagées sous le rapport des arts.

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