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CHAPITRE XIII

BELGIQUE

Aspect du pays. — Beaux-arts. — Population et villes principales.

spect du pays. — La Belgique, limitée au nord par la Hollande, à l'est, par le duché de Luxembourg et l'empire d'Allemagne , au sud par la France, enfin à l'ouest par la mer du Nord, est une contrée plate, défendue contre les envahissements de la mer par d'énormes dig«es, et ne présentant de traces un peu importantes de relief du sol que vers le sud et l'ouest, oîi quelques ramifications des Ardennes se prolongent et viennent bientôt mourir. Les deux grands fleuves de la Belgique sont l'Escaut et la Meuse. Tous deux ont leur source en France. En dehors de ces deux grands cours d'eau et

Fîg. 719. — Belgique.

de leurs affluents, le sol est sillonné de nombreux canaux qui les relient et partagent avec les chemins de fer le mouvement des échanges. C'est en partie à l'abondance des voies de communication que la Belgique doit sa richesse (fig. 719).

La Belgique était autrefois couverte de bois, dont la forêt des Ardennes sur le territoire français paraît n'avoir été qu'un prolongement. liCs belles eaux-fortes de Van der Meulen nous montrent probablement l'aspect que conservaient encore au dix-septième siècle certaines parties du pays (fig. 720).

On comprend aisément qu'un pays aussi bien cultivé que la Belgique n'a pas dû conserver grand'chose de cette antique physionomie. Mais il paraît que primitivement les forêts couvraient non seulement les pays montueux qui avoisinent Liège et Namur, mais qu'elles s'étendaient à travers les vastes terrains marécageux qui bordent la mer du Nord et couvraient même la Hollande. « Le territoire des Pays-Bas, dit Elisée Reclus, si facile à inonder, était jadis complètement entouré d'une zone de végétation forestière. Au midi, les bois de la Campine, prolongement de ceux des Ardennes ; à l'orient, d'autres bois qui continuaient ceux de la forêt d'Hercynie, séparaient la Hollande de la Gaule et du pays des Germains ; à l'ouest, au nord, une ceinture de bois bordait le littoral et servait de barrière au sable des dunes ; les immenses halliers de Badahuenna s'étendaient sur la rive occidentale du lac Flevo. Il ne reste plus de ces forêts que des fragments peu considérables, mais qui font encore la beauté des alentours de la Haye et de Haarlem. D'après quelques auteurs, c'est à Tun de ces bois d'autrefois que la HoUanue devrait son nom de Holtland {Hoiitland). Cette appellation, qui parait avoir pris son origine au dixième siècle, ne s'appliquait d'abord qu'à la « terre boisée », où se trouvait alors la ville de Dordrecht; mais elle s'étendit ensuite aux bords de la Meuse, puis à toutes les parties de la F'rise dont les comtes de Hollande se rendirent successivement les maîtres. »

Aujourd'hui la Belgique est un pays cultivé jusque dans la moindie parcelle de terrain, mais la partie qui confine à la Hollande a l'aspect d'une immense prairie, toute coupée de rivières et de canaux.

La Belgique est divisée en neuf provinces : Anvers, chef-lieu. An vers; Brabant, chef-lieu Bruxelles ; Flandre orientale, chef-lieu Gand ; Flandre occidentale, chef-lieu Bruges; Ilainaut, chef-lieu Mons; Liège, cheflieu Liège ; Limbourg, chef-lieu Hasselt ; Luxembourg, chef-lieu Arlon; Namur, chef-lieu Namur.

Les Beaux-Arts. — C'est dans l'antique et pittoresque ville de Bruges que s'est développée la primitive école flamande. Cette opulente cité occupe dans l'histoire des arts une place analogue à celle que Florence a eue en Italie, excepté pourtant que Bruges, qui est la souche des écoles du Nord, n'a pas eu, comme Florence, l'avantage de maintenir sa supériorité jusqu'au jour où l'art brilla de son plus grand éclat.

L'école de Bruges a exercé une influence immense sur toutes les

écoles de l'Europe el mémo sur celle d'Italie; mais la ruine de lu

ligue Anséatique a entraîné le déclin rapide de Bruges, dont Timportance commerciale et politique est passée à Anvers et à Bruxelles. C'est Anyers qui a hérité de sa supériorité artistique, et c'est là qu'il faut suivre les destinées de Técolc flamande.

Les écoles flamande et hollandaise sont marquées par des différences assez sensibles. La Belgique, restée catholique et liée aux grandes maisons princières de TEurope, a besoin d'un art décoratif, qui affirme la solennité du culte dans les églises et Féclat des cours dans les palais. En Hollande, au contraire, c'est le protestantisme qui domine, et Tart religieux est forcément arrêté dans sa marche; la forme républicaine prévaut en politique et la peinture se fait municipale et bourgeoise. Le tableau se rapetisse à la mesure des appartements privés et s'efforce de traduire des sensations intimes et personnelles. Mais, malgré ces différences, les écoles flamande et hollandaise ont entre elles un air de famille, et on voit qu'elles émanent d'une même race et font partie d'une souche commune. Le point qui les relie, c'est la recherche constante d'une vérité absolue dans la représentation.

L'école de Bruges, malgré ses aspirations religieuses, est déjà empreinte d'un profond naturalisme; cette tendance, qui se manifeste aussi dans l'école florentine, a ici un caractère très différent. A Florence on remarque, dans presque toutes les fresques de la période ascendante, des têtes qui sont évidemment des portraits, et parfois des fonds d'architecture ou de paysage, des costumes même qui sont empruntés à la vie présente. A Bruges, c'est jusqu'à l'inspiration morale qui, malgré la délicatesse exquise du sentiment, est toujours plus près de la terre que du ciel. Les madones mêmes, lorsqu'on les représente glorieuses, ont toujours, dans le Nord, un air de propreté apprêtée et de toilette qui rappelle la femme et la ménagère bien plus que la Reine des deux. Elle ne descend pas de là-haut rayonnante et idéale, elle y monte après avoir bien rempli sa mission terrestre, et au milieu du chœur des anges et des chérubins elle a quelque chose de novice.

Les vierges d'Angelico de Fiésole semblent ne pas avoir de corps ; celles qu'on peint à Bruges ont sur la tête une couronne qui donne l'adresse du joaillier, et la robe qu'elles portent a été tissée dans les manufactures flamandes. Cette perfection dans l'imitation, qui est des le début le signe distînctif de l'art dans les Pays-Bas, n'atténue en rien le sentiment religieux, mais il lui donne une tournure particulière, qu'on trouve rarement en Italie.

Van Eyck et de Hemmeling surgissent un peu subitement dans l'histoire de l'art, et l'absence de documents empêche de suivre jusqu'à eux une succession de maîtres, comme on le fait dans l'école italienne, où, depuis Cimabué jusqu'à Michel-Ange, on peut descendre le courant et voir la pierre que chacun a apportée à l'édifice. Jean Van Eyck fut un admi-

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rable artiste, et s'il est considéré comme la souche de l'école flamaDde, c^e9i parce qu'on ne sait pas le nom des artistes qui l'ont précédé; car

sa science profonde du dessin et de la perspective dénote un art très avancé.

Le forgeron Quentin Metsys est le fondateur de l'école d'Anvers : il exagère encore le naturalisme des peintres brugeois, mais les maîtres qui vinrent après lui furent entraînés par la fascination irrésistible que les méthodes italiennes exerçaient sur tous les artistes et donnèrent à la peinture un caractère moins naïf et plus décoratif. 11 ne faut pas s'en plaindre, puisque cette évolution a produit Ife plus grand peintre de l'école flamande, Pierre-Paul Rubens.

Rubcns était un homme remarquablement instruit et un travailleur infatigable. C'est le peintre du faste, de la vie opulente, des vêtements somptueux. Au sentiment pieux des anciens jours il fait succéder les athlètes aux formes colossales, les femmes charnues, les batailles sanglantes, et dans ses orgies de couleurs fait mouvoir indistinctement les dieux, les rois, les papes, les soldats, les martyrs et les bourreaux. Chez lui l'homme envahit tout : si la campagne laisse quelque part entrevoir un horizon, il est aussitôt masqué par des comparses montés sur des chevaux ou des chameaux; si le ciel semble promettre un peu de tranquillité, il est envahi par les dieux, les anges ou les démons, qui courent dans les airs; dans le centre même de l'action, les figures sont échelonnées, pressées les unes contre les autres, et avec une énergie de mouvement qui exclut toute méditation. « Jamais de ma vie, dit lord Byron, je ne fus si dégoûté qu'en Flandre de Rubens, et de ses éternelles femmes, et de son infernal éclat de couleur. » On comprend aisément que le poète anglais devait peu apprécier l'exubérante vie de l'artiste anversois.

Rubens a formé de nombreux élèves dont les principaux sont Van Dyck, le grand portraitiste, qui eut plus de distinction que son maître, mais n'atteignit pas sa puissance, et Jordaens, qui fut un grand coloriste, mais un artiste souvent trivial dans ses conceptions. David Téniers, qui reçut, étant jeune, quelques conseils de Rubens, ne s'y rattache pourtant que bien indirectement, puisqu'au lieu de faire de grandes peintures décoratives, il s'attacha à rendre les scènes joyeuses de la vie populaire.

Population et villes. — « Allez en Flandre, dit H. Taine, regardez les types, même dans les moments de joie et de bombance, dans les fêtes de Gayant, à Anvers ou ailleurs ; vous verrez de bonnes gens qui mangent bien, qui boivent mieux, qui fument avec beaucoup de sérénité d'âme, flegmatiques et sensés, l'air terne, avec de grands traits irréguliers, assez semblables aux figures de Téniers. » Il n'y a rien à ajouter à ce portrait tracé de main de maître, dont chaque mot fait image et qui nous rend en quelques lignes heureuses tout ce qu'il a à nous montrer.

BRLGIOUE.

Bruxelles (320,000 hab. avec les faubourgs), capitale de la Belgique, se divise en ville basse et en ville haute. Contrairement à ce qui a lieu habituellement, c'est la ville basse qui contient les vieux quartiers, que les noms de leurs rues indiquent suffisamment : rues de TÉcuyer, de FÉvêque, des Bouchers, Fosse-aux-Loups ; tandis que la ville haute, encore en train de se bâtir, ne présente que des constructions et des dénominations toutes modernes : rues de la Loi, du Commerce, place de Tlndustrie, etc. Les habitants de Bruxelles ont raison de nommer leur ville un petit Paris. C'est une cité bien vivante, bien industrieuse et bien gaie, où l'activité du commerce oe fait qu'ajouter à celle des plaisirs, Dans cette ville le Parisien se sent moins exilé que partout ailleurs. Bruxelles possède deux monuments de premier ordre : l'église de Sainte-Gudule et l'admirable hôtel de ville qui a pu être qualifié le plus beau de l'univers.

Louvain (33,000 hab.) possède aussi un hôtel de ville remarquable. Gawrf (117,000 hab.) a encore une physionomie très pittoresque malgré les démolitions et les reconstructions qui ont lieu chaque jour. C'est surtout dans le centre de la ville que l'on retrouve des rues étroites et tortueuses bordées de vieilles maisons à toit d'un angle tout ce qu'il y a de plus aigu, où se distinguent çà et là quelques façades espagnoles et des entrées de ces sous-sols où vivait comme dans des caves une partie de la population. La cathédrale de Saint-Bavon, le Béguinage, l'hôtel de ville et le beffroi sont des monuments excessivement intéressants. Gand, qui est bâti dans une situation très heureuse, au confluent de la Lys et de l'Escaut, entre Anvers, Bruxelles, Bruges, etc., doit à son commerce et à son industrie d'avoir été appelée le Manchester de la Belgique.

Anvers (126,000 hab.) s'élève au sein d'une plaine située sur la rive droite de l'Escaut. Ce fleuve fait à la ville un port superbe. Anvers est une cité à la fois militaire et commerciale. Une ceinture de fortifications la défend, et, à l'intérieur, ses ateliers de construction, ses usines, ses fabriques uiontent de tous côtés vers le ciel. La ville est généralement bien bâtie ; ses quais fort larges, ses rues droites et bordées de maisons bien alignées. Presque toutes les voies convergent vers l'Escaut. Sur la place principale se dresse une statue colossale de Bubens. La cathédrale, un des beaux monuments de l'art ogival, niontre de magnifiques toiles de ce grand artiste, entre autres la fameuse Desceyite de croix et V Élévation de la croix. Le musée d'Anvers possède des chefs-d'œuvre de l'école flamande. Bubens, Van Dyck, Quentin Metsys y sont admirablement représentés.

Bruges (47,000 hab.) est pleine de souvenirs de sa grandeur passée.

C'est une des villes de la Belgique qui .1 le niieu\ conservé sou cachet

moyen âge. par conséquent une des plus inU'ressantes h visiter pour lis

Lu ponl SitLil-Juti i Bruges. (Tlblaau do Swobant.ï

artistes. L'église Notre-Dame contient les tombeaux de Charles le Téméraire et de Marie de Bourgogne. L'hôtel de ville est renommé pour son élégance. Le palais de justice est célèbre par sa fameuse cheminée

BELGIOUE. b97

dont le musée du Louvre a une reproduction. Il faut encore signaler la tour de la Halle avec son carillon, et le pont Saint-Jean que nous montre un tableau de Stroobant (ûg. 722).

Mom (25,000 hab.) est un centre purement industriel. L'extraction du charbon est un de ses principaux revenus.

Liése (102,000 hab.) est aussi un centre houiller. La métallurgie constitue en grande partie son industrie, mais cette ville est surtout célèbre par son université.

Namur (25,000 hab.) est située au confluent de la Sarabre et de la Meuse. Le principal commerce de la ville est celui de la coutellerie. Peu de monuments intéressants. Basselt (10,000 hab.) appuie son industrie sur l'agriculture : elle distille, et moud les grains. Arhn (5,600 hab.) se livre au commerce des blés.

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