CLERC
(Nouveau Traité de Médecine Roger-Widal-Tessier.
Paris, 1927.)
GRANDS MONONUCLÉAIRES. (Monocytes, splénocytes)
Ils se présentent comme des cellules de grande taille (15 à 20 «) à noyau clair, peu riche en chromatine, de forme ovalaire, mais bien plus souvent échancré en forme de rein ou même de fer à cheval. Le protoplasma est abondant et clair, lui aussi, ne contenant que quelques rares grains azurophiles.
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Plus loin, décrivant les granulations leucocytaires, Clerc revient sur les granulations azurophiles dont il distingue deux variétés :
« Les unes sont entourées d’un halo clair, tranchant sur le fond bleu-clair du protoplasma : les autres, plus nombreuses, moins volumineuses, donnent l'impression de petites paillettes ; elles ne sont pas entourées par un halo et sont indifféremment réparties, avoisinant souvent le noyau. Le premier type s’observerait surtout dans les moyens mononucléaires, les autres particulièrement dans les grands mononucléaires (monocytes) plus rarement dans les lymphocytes, parfois dans les cellules de Rieder et les promyélocytes; de 30 à 37 % environ des mononucléaires en contiennent. Elles font constamment défaut dans les polynucléaires, les myélocytes granuleux et les éléments hémoglobiniques.
Elles sont remarquables par leur abondance et leur volume dans le sang des malades atteints de leucémie myéloïde, au point que les mononucléaires, ainsi chargés, en imposent pour de véritables basophiles.
MERKLEN ET WOLF
Monocytes. Monocytoses, Leucémies à monocytes. (Presse Médicale, 2 novembre 1927)
MORPHOLOGIE DES MONOCYTES
Pour étudier le monocyte nous nous sommes servis des techniques ‘habituelles : Giemsa panchrome, Tribondeau. Plus rarement nous avons eu recours à des techniques spéciales : oxydases, coloration vitale.
Le monocyte constitue l’élément le plus grand du sang circulant, il atteint 12 à 20 « (Naegeli). Il en existe 200
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à 400 par mme, de sang normal, ce qui donne un pourcentage de 4 à 8 %.
Son noyau est volumineux, peu coloré en comparaison de celui des lymphocytes, dépourvu de nucléole distinct par opposition aux mêmes lymphocytes dont les nucléoles sont toujours très nets. Il est composé d’un réseau chromatinien très fin, disposé en poussière, en grumeaux ou en délicates striations. Sa forme varie avec l’âge, ce que Naegeli considère comme pathognomonique. ‘D'abord rond ou ovalaire il tend progressivement à l’incurvation réniforme et à la lobulation; il prend parfois l’aspect en fer à cheval. En même temps la basichromatine se condense et s’épaissit en blocs inégaux. C’est à ces formes de maturation et de sénescence que correspondent les « formes de transition » d’Erhlich. En réalité, il ne s’agit que de variétés d’après l’âge d’une même espèce strictement autonome, le monocyte. Les formes jeunes se rapprochent beaucoup comme aspect du myéloblaste et du lymphoblaste : on les nomme monoblastes. Leur diagnostic avec les éléments précédents n’est en général possible que par la présence concomitante des monocytes. Dans certains cas pathologiques surtout dans des cas de dégénérescence ou d'évolution précipitée le noyau prend un aspect spongieux. Pour Ferrata, ce sont là les formes monocytaires les plus ancestrales, représentant un type cellulaire spécial; mais cette ques: tion prête encore à de nombreuses discussions que nous aurons à envisager plus loin.
En résumé, le noyau monocytaire se différencie par l’absence ou la rareté de nucléoles, par la finesse du réseau chromatinien, par ses modifications morphologiques avec l’âge de la cellule; ces attributs le distinguent notamment du noyau myéloblastique avec lequel
il a été longtemps confondu, qui offre un réseau chromatinien plus dense et contient de nombreux nucléoles.
Son protoplasme caractérise le monocyte autant que son noyau. Il se teinte au Giemsa en gris cendré, « duüstergrau » ou gris de ciel d’orage (Naegeli) contrastant avec le cytoplasme du lymphocyte qui apparaît en bleu ciel; il donne un ton mélangé de gris et de bieu à la coloration panoptique, se montrant donc moins basophile que le cytoplasme franchement bleuâtre du lymphocyte. On ÿ trouve presque toujours des granulations menues mais parfois denses et volumineuses, régulières dans les formes normales, irrégulières dans les formes pathologiques. C’est un des mérites de Naegeli d’avoir bien précisé cette granulation de la cellule monocytaire et de l’avoir noté à l’ultra-microscope dans les cellules incolores; il l’a vue, il est vrai, aussi dans de très rares lymphocytes. M"° Sabin, de son côté, a insisté sur l’intensité de la colorabilité de ces éléments du monocyte par les colorants vitaux. Il ne faut donc plus considérer que tous les mononucléaires possèdent un corps protoplasmique homogène; on voit au contraire dans plusieurs d’entre eux une poussière de granulations qui les farcissent en totalité et dont, par le Giemsa poussé à fond, la coloration devient des plus nettes. Il est démontré aujourd’hui que les granulations des monocytes sont ‘amphophiles, avec affinité azurophile plus ou moins forte et comparable comme constance et intensité à l’affinité neutrophile des granulations de la majorité des polynucléaires,
Le protoplasme, surtout dans les formes jeunes et peu évoluées, garde encore un état semi-liquide et visqueux. Il en résulte une grande variabilité de forme. La cellule pousse des prolongements pseudopodiques effilés et éta-
lés, qui lui confèrent parfois une apparence allongée, représentant l'allure endothélioïde, vue par Ferrata, ou même une apparence étoilée. Certains auteurs l'ont qualifiée d’amiboïde, expression exacte employée notamment par Chauffard et M" Bernard qui n’ont pas manqué de mettre en relief cet aspect objectif à une époque où la notion de monocyte n'était guère répandue. Pareil aspect s'observe surtout dans les leucémies à monocytes; l’état de diffluence du protoplasma en arrive dans certaines images à la destruction des formes cellulaires habituelles et à une histiolyse plus ou moins complète. Si cependant la motilité sur place des monocytes peut devenir très marquée, leur mobilité de déplacement n’est jamais très accusée. »
Les monocytes donnent de façon inconstante et atténuée, la réaction des oxydases direete ou indirecte.
Ils représentent donc, on le voit, un groupe de mononucléaires granuleux absolument autonome bien caractérisés par de nombreuses particularités nucléaires et cytoplasmiques qui rendent leur différenciation relativement facile. Elles permettent notamment de distinguer comme mononucléaires à granulations de l’autre groupe de mononucléaires qui comprend les petits lymphocytes et les moyens ainsi que les mononucléaires non granuleux mieux appelés grands lymphocytes; on peut garder aux éléments de ce groupe le terme générique d’agra nulocytes.