VARIÉTÉS MORPHOLOGIQUES
Il existe, à côté du monocyte adulte normal que nous avons envisagé jusqu'ici et dont la forme et la structure sont généralement assez semblables à ellesmêmes, des variétés nombreuses et souvent mal défnies. ;
Certains auteurs, partant de considérations embryogéniques, ont étendu largement le cadre du monocyte dans lequel ïls ont faït entrer un certain nombre d’autres cellules, les histiocytes en particulier. Nous en tenant à la morphologie, sans préjuger des théories génétiques, nous écarterons ici ces cellules, nous réservant de les décrire en quelques mots, au chapitre du diagnostic différentiel.
Selon son âge, le monocyte subit des modifications plus ou moins importantes qui ont permis de lui décrire une forme jeune et une forme vieille. Dans certains états morbides, on observe des formes plus ou moins atypiques. Nous les envisagerons particulièrement dans les affections où elles sont les plus nettes et les plus nombreuses : la leucémie à monocytes et l’angine à monocytes où adéno-lymphoïdite aiguë bénigne,
LE MONOCYTE JEUNE
Les monocytes jeunes — que de nombreux auteurs appellent pré-monocytes — peuvent s’observer à : l’état normal, mêlés sur une lame en proportions variables aux formes adultes et vieilles. Mais, dans d’autres cas, elles sont particulièrement abondantes; elles peuvent prédominer et présenter, avec les éléments adultes, des signes de morbidité. C’est ce qu’on
observe souvent dans la leucémie à monocytes.
La taille du monocyte jeune est habituellement grande, plus grande que celle du monocyte adulte : 15 à 30 « pour Tzanck, 15 à 40 # pour Phinizy et Sydenstricker, 14 à 40 # pour Klumpp et Evans.
Le noyau présente un certain nombre de caractères propres sur lesquels beaucoup d’auteurs ont insisté.
Il est généralement plus grand que celui du mono-
cyte adulte (Sydenstricker et Phinizy, Foord, Parsons et Butt).
Parfois libre au milieu du protoplasme, il n’est pas rare de le trouver assez ‘excentrique, adhérant en un point à la périphérie de la cellule où il semble parfois s'implanter par un large pédicule. Parfois même, d'aspect rectangulaire, il va d’un pôle cellulaire à l’autre, semblant partager le cytoplasme «en deux moitiés qui le flanquent de part et d'autre » (Tzanck,
Dreyfus et Bessis).
Pour certains, sa forme est assez régulière, ronde ou ovalaire, peu encochée (Merklen et Wolf, Chevallier). Pour d’autres auteurs, au contraire, le noyau monocytaire jeune peut présenter la même polymorphie que le noyau adulte. Ainsi, pour Schilling, la membrane nucléaire est légèrement plissée et elle a tendance à la polymorphie. Pour Tzanck et ses collaborateurs, «parfois arrondi ou ovalaire, exceptionnellement régulier, il est de contours sinueux, volontiers coudé en un ou plusieurs points». De même, Gittins et Hawskley écrivent que le noyau est « fortement encoché ». Pour Forkner, il est allongé, ondulé ou fortement encoché. Pour Whitby et Christie, il serait arrondi ou réniforme, mais, dans ‘d’autres cas, divisé en trois ou quatre. Il ne semble pas, en tous cas, qu’on puisse faire de la régularité nucléaire un caractère propre du monocyte jeune.
Sa teinte est généralement très claire.
La structure chromatinienne est plus délicate que celle du monocyte adulte. Semblable à un «filet fin » pour Schilling, « plus fine et plus délicate » pour Hittmair. « Dans les formes jeunes, écrit Naegeli, les mailles sont plus fines et plus régulières». Pour Foord et ses collaborateurs; «la chromatine est disposée en un très fin réseau spongieux ». « Les masses chromatiniennes sont très fines », pour Chevallier. D’autres auteurs partagent la même opinion : Di Guglielmo, Lambin, Tzanck, etc. Il s’agit donc là d’un caractère constant et qui peut permettre de recon-
naître le monocyte jeune. On voit, en effet, le plus
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souvent, une surface nucléaire régulière, homogène où la chromatine ne se dispose jamais en amas, en blocs denses, mais où elle présente une charpente à peine marquée, estompée, toujours très fine.
Les nucléoles sont relativement plus nombreux et on les retrouve plus facilement que dans les formes adultes. Hittmair écrit: « Dans les cellules très jeunes, on trouve, au Giemsa, 2 à 4 corpuscules nucléolaires bleu clair.» Di Guglielmo note qu'il existe, dans ces formes jeunes, «de nombreux nucléoles >. D’autres auteurs les trouvent également : Chevalier, Lambin, Foord-Parsons et Butt, Gittins et Hawskley, Klumpp et Evans, etc Seuls, Whitby et Christie n’en rencontrent pas dans ces formes jeunes.
Le protoplasme est souvent plus abondant que dans les formes adultes. Il présente des contours généralement irréguliers quoique nets. Il est souvent d'aspect visqueux, étalé, et on le voit pousser des sortes d’éperons anguleux ou même de véritables pseudopodes (Merklen et Wolf, Foord-Parsons et Butt, Whitby et Christie). Sa mobilité est nette sur les préparations fraîches. La structure du protoplasme se rapproche sensiblement de celle du monocyte adulte. Il se teinte en gris-bleu, quoique il soit généralement un peu plus basophile que le protoplasme des cellules mûres (Lambin, Chevallier, Sydenstricker et Phinizy). Pour Forkner et pour Tzanck et ses collaborateurs, il serait au contraire moins basophile. Il a fréquemment un aspect mat, parfois vitreux, un aspect de « verre
dépoli » (Forkner).
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Les granulations monocytaires sont trouvées plus ou moins constantes et plus ou moins modifiées selon les auteurs. Pour Naegeli, elles sont rares. Tzanck et ses collaborateurs écrivent : «On peut, maïs ce fait est assez rare, y découvrir quelques granulations azurophiles. > Foord-Parsons et Butt insistent même sur leur absence complète dans les monocytes très jeunes, puis les voient apparaître au fur et à mesure du développement de la cellule, d’abord au pourtour du noyau. Sydenstricker et Phinizy, Kiumpÿ et Evans partagent le même avis. Élles sont rares également pour Forkner., Pour Schilling, au contreire, elles sont aussi nombreuses et aussi fines que dans les formes adultes. Enfin, P. Chevallier les trouve nombreuses mais modifiées : « assez grosses et fortement colorées ». Et il ajoute : « Ceci semble le caractère principal de la jeunesse.» Nous croyons que cette dernière opinion répond à la réalité dans la majorité des cas et que, sur les lames riches en monocytes jeunes, on est en effet souvent frappé par la taille et la netteté des granulations monocytaires ; souvent nombreuses, en particulier dans la zone périnucléaire, elles peuvent, dans certains cas, sembler plus rares, mais il est vraisemblable qu'il s’agit alors
d'éléments altérés.
Les monocytes jeunes sont doués du même pouvoir phagocytaire que les cellules mûres. II n’est pas rare, selon Clough, d'y trouver des globules rouges ou leurs débris.
Les réactions des oxydases et des peroxydases ont été recherchées au niveau des monocytes jeunes. Pour Suzuki, il semble que la réaction des oxydases soit fortement positive dans les formes jeunes et qu’elle s'atténue, jusqu’à devenir négative au cours de lévolution de la cellule. Mais cette opinion est loin d’être acceptéè par tous. Foord-Parsons et Butt, résumant les travaux parus à ce sujet, écrivent : « Tous les auteurs sont d’accord pour admettre que les cellules non adultes donnent des réactions des oxydases négatives ; seuls, Farlew et Lawrence (et il faut ajouter Suzuki et, depuis, Forkner) les ont trouvées positives.» Cetie opinion nous paraît cependant trop absolue et nous pensons qu’il n’est pas exceptionnel d'obtenir des réactions positives au niveau des formes jeunes. Mas y Magro, qui a bien étudié la question, n’établit aucune distinction entre les monocytes de différents âges.
Enfin, par la méthode des colorations supra-vitales, les monocytes jeunes se comportent différemment des monocytes adultes. Cunningham et ses Collaborateurs ont montré que, dans les formes jeunes, font défaut les granulations de rouge-neutre mais que, par contre, on retrouve des mitochondries colorées par le vert-Janus en grandes quantités et disposées sans ordre dans le protoplasme. Ces données ont été confirmées ‘depuis par différents auteurs, tels que Masugi et Glanzmann.
En résumé, si l'existence de formes jeunes de monocytes est incontestable, leurs caractères sont assez