ANATOMIE COMPARÉE
Le monocyte, tel que nous l’avons décrit jusqu'ici chez l’homme, se retrouve aux- divers échelons du règne animal.
Chez les vertébrés, on observe même, en général, « une parfaite identité des détails morphologiques ». (Pieraerts).
Les monocytes des mammifères ont été surtout étudiés. On les a observés et décrits chez les animaux les plus divers, tels que le chién, le chat, la girafe, le lion, le cheval, etc Dans toutes ces espèces, il est impossible d’établir des différences avec le monocyte de l’homme.
Il est plus intéressant de retenir les caractères monocytaires des animaux utilisés ordinairement au laboratoire.
Chez le cobaye, on a longtemps classé parmi les monocytes des cellules mononucléées du sang renfermant des corps de Kurloff ; il s’agit de gros grains ayant 3 à 4 # de diamètre inclus dans le cytoplasme à l’intérieur d’une vacuole. Ils sé colorent en rose par l’éosine et ont l’aspect d’une gouttelette huileuse;
dans le sang frais, ils se laissent colorer par les préparations vitales. Ces éléments sont propres aux cobayes. Mais Lambin et Pieraerts, en 1926, -ont établi que les cellules à corps de Kurloff n’appartiennent pas à la série monocytaire, et qu’on doit les ranger parmi les lymphocytes. Ces résultats ont été confirmés depuis par plusieurs auteurs, en particulier par Tio Tjwan Gie (1927). Mas y Magro a montré, en outre, que ces éléments ont des réactions des oxydases négatives qui s'opposent aux réactions positives des monocytes. Les monocytes vrais sont entièrement comparables aux monocytes humains, et si Jaffé ne les décrit pas pour cette raison dans son Traité, Tio Tjwan Gie, par contre, les décrit en détail. :
Mas y Magro distingue toutefois deux types de monocytes : un type humain et un type cobaye ; ce dernier étant caractérisé par l’existence de granulations faiblement azurophile$ qui se présentent «sous l'aspect de grains ou de poussières, quelquefois d’ilôts oxyphiles ». D'autre part, la chromatine serait disposée non pas sous forme de fins filaments, mais de blocs épais. :
Chez le lapin, Jaffé, Pétri insistént sur Je réseau chromatinien lâche, alors que Mas y Magro note que la chromatine a une disposition identique à celle du cobaye, c’est-à-dire en blocs. Le protoplasme est parfois non granuleux, parfois il ne renferme que quel-
ques granulations. La réaction des oxydases est éga-
lement très discutée; elle ne se montrerait que très
rarement positive.
Chez la souris blanche, la description du monocyte répond sensiblement à celle du monocyte de l'homme (Jaffé. Hirschfeld). Le noyau est tantôt rond, tantôt incurvé, en fer à cheval ou échancré et lobé (Price Jones, Kabierske, Simonds, Haam). La structure chromatinienne est finement réticulée (Kabierske, Haam). Le protoplasme est gris clair et contient de nombreuses granulations poussiéreuses (Mezinscu, Price Jones, Pappenheim). La réaction des oxydases et des peroxydases est généralement positive et Mac Coy Hill s'appuie sur ce caractère pour identifier les monocytes à morphologie douteuse. Pour May, au contraire, elle serait habituellement négative ou seulement faiblement positive.
Reprenant cette étude, Svend Petri, en 1933, décrit ainsi les monocytes de la souris blanche : grandeur moyenne 12 # 96; noyau grand, quelquefois de forme variée et situé en général dans la partie centrale de la cellule; tandis que quelques noyaux sont arrondis, la plupart sont anguleux ou irréguliers, présentent une incisure de profondeur et de largeur variables. Le noyau prend de ce fait l'aspect d’une feuille de trèfle ou d’un fer à cheval. Le noyau est généralement plus clair que celui des grands lymphocytes; il montre çà et làde gros amas de chromatine et les rudiments d’un réseau chromatinien grossier. Le protoplasme est abondant ; il est basophile et plus
clair que celui des lymphocytes sans éclaircissement
périnucléaire. Par le May-Grünwald-Giemsa, on ne peut jamais mettre en évidence avec certitude un grand nombre de granulations poussiéreuses, Par contre, on peut voir des granulations azur (?) isolées, de grosseur moyenne, tantôt un aspect finement granuleux sans affinité chromophile. La réaction des oxydases est toujours négative. :
Insistant sur les différences qui séparent cette « grande celluie mononucléaire » du monocyte humain, Petri se demande s’il faut ranger cette cellule dans la série monocytaire. Il conclut par l’affirmative en notant que les différences doivent être liées à l’espèce animale particulière.
Chez les autres vertébrés, on retrouve également des cellules identifiables avec le monocyte humain.
Chez les Oiseaux, il existe des mononucléaires à protoplasme homogène, finement granuleux, à FE arrondi, ovalaire ou incurvé.
Rappelons qu’un grand nombre d’expérimentations en ce qui concerne le monocyte ont été faites sur la poule : les études sur le déplacement amiboïde des monocytes par Carrel, et la mise au point de la technique des colorations supravitales par Miss Sabin.
Les Reptiles présentent dans leur sang des mononucléaires à large protoplasme très faiblement basophile (Jolly), identifiables aux monocytes.
Dans le sang des Batraciens, on retrouve également des éléments comparables aux monocytes. En particulier chez le Triton, différents auteurs (Jolly, Grünberg, Maximow, Neumann, Freidsohn, etc...)
et (er
ont décrit des cellules à noyau irrégulier, dont le cytoplasme très finement granuleux ou homogène est faiblement basophile.
Chez les Poissons, on trouve habituellement des cellules mononuclées faciles à rapprocher des monocytes. Dans le sang des Sélaciens, en particulier, on a décrit des cellules blanches à noyaü irrégulier, dont le cytoplasme est tantôt dépourvu de granulations, tantôt pourvu de granulations « azurophiles ». Chez les Téléostéens où le sang contient surtout des mononucléaires, Bryce a décrit dans le sang des Dipneutes des gros mononucléaires hyalins et des celluïes à noyau en fer à cheval ou lobé contenant des granulations azurophiles.
Chez les Invertébrés, on trouve manifestement des leucocytes possédant des caractères qui permettent de les confondre avec les monocytes des vertébrés.
Dans le liquide cœlomique des Oursins, on trouve de gros mononucléaires hyalins, à noyau souvent irrégulier, lobé (Cuénot). Les mêmes éléments s’observent dans le liquide cœlomique des Astères. Hérouard a décrit dans le liquide périviscéral des Holothuries de grands leucocytes hyalins, à noyau sphérique, parfois irrégulier, échancré, à protoplasme faiblement basophile.
Une Place à part doit être réservée aux travaux de Faure-Frémiet (1929) sur les amibocytes des Invertébrés. Ces recherches ont surtout porté sur un Echinoderme, l’Asterius Rubens, et sur des Annélides
sédentaires : Arenicola Marina, Amphitrite Jonestoni,
ni Le
Lanice Conchylega, et sur des Mollusques tels que Mya Arenaria, Meretrix Chione et Anodonta.
« Les amibocytes des invertébrés cœlomates — et les monocytes… des vertébrés — prennent à l’état actif et mobile la structure de choanoleucytes (Dehorme) quelle que soit la structure initiale et caractéristique que ces cellules puissent présenter « in vivo » dans l’organisme normal. » (Faure-Frémiet).
Et l’auteur donne la description suivante de ces
choanoleucocytes macrophages :
La partie centrale est décrite depuis Loeb sous le nom de « granuloplasme ». On l’observe aussi bien « in vivo » qu'après fixation. Elle répond'au « trophoplasme » décrit par Renaut chez les cellules conjonctives mobiles. Ce granuloplasme est « caractérisé par la coexistence d’éléments figurés et d’inclusions : noyau, mitochondries, vacuoles, gouttelettes, lipoïdes, inclusions diverses résultant de la phagocytose ou de lultra-phagocytose ».
« Le noyau est généralement excentrique et fréquemment incurvé.….
« Le chondriome est formé par des éléments granuleux, généralement très fins, répartis autour du noyau. À l’état frais, les mitochondries se colorent facilement par le Vert Janus et le Violet Dalhia.…
« Le vacuome des choanoleucocytes est représenté normalement (nous voulons dire indépendamment des phénomènes de phagocytose qui peuvent déterminer l'apparition de vacuoles autour de corpuscules étrangers) par un ensemble, dont l'importance est
très variable, de petites vacuoles fixant électivement le Rouge Neutre « in vivo » et « in vitro »…
« Les gouttelettes graisseuses existent souvent, mais en petit nombre, dans le granuloplasme ; elles se colorent facilement par le Rouge Soudan.
« L’ultra phagocytose des colorants colloïdaux détermine l'introduction dans le protoplasme des choanaleucocytes de granulations insolubles (Bleu Trypan, Bleu Pyrrol ou Bleu d’Isamine)...
« La masse du granuloplasme est entièrement entourée d’une couche mince de cytoplasme hyalin, dépourvu d’inclusions, à partir de laquelle se forment des pseudopodes pétaloïdes… » |
L'auteur développe ensuite avec beaucoup de précisions le mécanisme de la formation des lames pétaloïdes et du mouvement des lames hyalines. L'étude cinématographique lui a permis de suivre ce phénomène et de constater qu’il est superficiel et qu’ « il ne met en jeu que la couche hyaloplasmique périphérique ». Les lames hyalines s'étendent et se rétractent sans aucun mouvement corrélatif des granulations protoplasmiques internes, phénomène qui est très différent « de la formation des pseudopodes qui est proprement amiboïde ». L'analyse minutieuse de ces mouvements prouve qu'ils sont en tous points identiques à ceux que Carrel a mis en évidence chez les monocytes de la poule.
Ce que nous retiendrons donc, c’est :
1° L'identité frappante qui existe entre la structure cellulaire du monocyte humain telle que nous
ri) —
l'avons décrite, avec ses deux zones — granuloplasme et hyaloplasme — et celle des amibocytes des invertébrés. |
2° Les affinités tinctoriales identiques des mitochondries pour le Vert Janus, des inclusions pour le Rouge Neutre. x
3° L'activité phagocytaire pour les substances colloïdales.
4° Le mode de propagation, à l’aide de processus pseudopodiques développés aux dépens du hyaloplasme.
Chez les Crustacés, on trouve également des leucocytes de grande taille, à protoplasme hyalin contenant de fines granulations, dont le noyau, souvent arrondi, est parfois irrégulier, en fer à cheval ou lobé; ils sont doués de mouvements amiboïdes et capables de phagocytose (Cuénot, Bruntz, Hollmann).
Enfin, on rencontre également dans le sang des ‘Arachnéides, des Myriapodes et des Insectes, de grandes cellules mononucléaires à caractères monocytaires. Zotta a montré, en particulier, que les leucocytes de certaines espèces d’insectes renferment en abondance des fines granulations dites « azurorhiles » (1921). Dans les grands mononucléaires de Carausus Morosus, il a montré que le nombre de ces granulations, dont certaines sont contenues dans des vacuoles, augmente au fur et à mesure de l’évolution de la cellule, en même temps que le protoplasme devient de moins en moins basophile. Il en est de même dans la larve adulte de Galleria Mellonella où,
PAAOURE
d’abord réduites à quelques-unes, ces granulations deviennent de plus en plus abondantes et remplissent bientôt tout le cytoplasme en formant en certains
endroits de véritables plages « azurophiles ».
Cette brève revue suffit à nous prouver que le monocyte constitue bien une espèce cellulaire propre, bien caractérisée, et qu’on rencontre à tous les échelons du règne animal. Cette remarquable fixité morphologique chez toutes les espèces animales n’est pas son caractère le moins étonnant et contribue à lui
assurer une autonomie indiscutable.
ne
DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL
Le monocyte, malgré ses caractères si particuliers, — si tranchés dans bien des cas, — et dont la reconnaissance peut être, en quelque sorte, évidente, offre par contre dans d’autres cas des difficultés de diagnostic parfois quasi insurmontables. Elles tiennent à sa grande variabilité morphologique sur laquelle nous n'avons cessé d’insister et qui a été la cause du refus d'autonomie que pendant longtemps certains auteurs lui ont opposé.
Ses contours nucléaires capricieux, sa chromatine si diversement disposée d’un élément à l’autre, la teinte de son protoplasme si volontiers indistincte, l'inconstance et l’extrême finesse de ses granulations et la présence de granulations plus grosses sont, entre autres, les raisons qui contribuent souvent à le rendre méconnaissable.
Dans le sang normal, les grands lymphocytes ou macro-lymphocytes (Chevallier) sont les éléments qu’on peut le plus souvent confondre avec les mono-
cytes.
Leurs dimensions sont comparables (20 # en moyenne), bien qu’assez souvent plus réduites que celles des monocytes (10 à 12 # pour Tzanck).
Le noyau est tantôt central, — toujours pour Tzanck — tantôt, au contraire, excentrique (Chevallier).
Dans les cas typiques, ses contours nucléaires, arrondis et réguliers, s'opposent à ceux du monocyte, encore que ce dernier possède parfois un noyau presqu’aussi régulier. Mais il n’est pas rare que le grand lymphocyte ait un noyau ovalaire ou même réniforme qui rappelle assez celui du monocyte. Sa taille toutefois, plus petite; analogue à celle du petit lymphocyte, le distingue du noyau plus grand du monocyte. Enfin, comme l'écrit Chevallier, « dans certaines réactions macrolymphocytiques, le noyau se lobe et s’incise de façon irrégulière : une forme assez habituelle est celle qui laisse à peu près intact le côté où le cytoplasme est peu abondant et qui, du côté abondant, dessine des montagnes plus où moins bizarrement découpées : cette altération ressemble beaucoup à celle déjà discutée du monocyte ».
La teinte du noyau lymphocytaire est généralement beaucoup plus sombre que celle du noyau monocytaire, mais elle peut être aussi plus claire, plus hydratée.
La chromatine du lymphocyte permet dans bien des cas de le reconnaître aisément. Elle est abondante et disposée sous forme de gros blocs, épais, denses, à
contours nets qui s'opposent au flou des mottes chro-
matiniennes du monocyte, à son fin réseau chevelu. Mais nous avons vu que dans certains états morbides, la chromatine du monocyte peut rappeler celle que nous venons de décrire au grand lymphocyte. Parfois la chromatine du grand lymphocyte se dispose sous forme de grains assez grossiers et épais ou bien sous forme de flaques étoilées (Glanzmann) qui s’opposent nettement aux points nodaux, fins et délicats, du
monocyte.
Les nucléoles s’observent dans le noyau lymphocytaire avec une bien plus grande fréquence sur les frottis secs et Bloom souligne qu’ils sont « bien plus grands et plus proéminents » que ceux qu’on peut voir chez les monocytes.
Le cytoplasme du grand lymphocyte est, dans les cas typiques, bien différent du cytoplasme monocytaire. Pappenheim avait déjà insisté sur ce caractère, en montrant que, dans les bonnes colorations, le cytoplasme lymphocytaire est franchement basophile et qu’il se colore en bleu ciel. Ce fait a été retrouvé depuis par tous les hématologistes et cette teinte bleu-ciel est généralement facile à distinguer de la teinte gris-sale du protoplasme monocytaire. Toutefois, soit que la coloration soit mal faite, trop poussée ou pas assez, soit qu’il existe des altérations cytoplasmiques, il peut être parfois difficile d'établir de différences nettes : ou que le cytoplasme du lymphocyte paraisse moins basophile et grisâtre (particulière-
ment chez les lymphocytes âgés) ; ou que le cyto-
OS
plasme monocytaire, surtout dans sa partie périphérique, hyaline, prenne une teinte plus bleue.
Par ailleurs, un caractère assez particulier au Iymphocyte est l’existence d’une zone claire périnu- . cléaire : la structure cytoplasmique semblant s’arrêter à distance du noyau et en être séparée par un intervalle clair, translucide, qui entoure le noyau sous forme d’un halo, d’une auréole..
Un troisième caractère différentiel du cytoplasme lymphocytaire est son homogénéité, l’absence de différenciation en deux zones, — granuleuse et hyaline —, comme chez le monocyte, ou, si l’on préfère, l’absence de bande périphérique plus foncée et hyaline. Rappelons toutefois qu’une bonne coloration et un examen minutieux sont souvent nécessaires pour mettre en évidence ce caractère du monocyte.
Hittmair a signalé un autre caractère propre au cytoplasme lymphocytaire : c’est l'existence de protubérances, « en calotte » qui semblent être des artefacts de frottis mais qui indiquent toujours, selon l’auteur, une modification de la structure protoplasmique ou de la consistance dès parois cellulaires; ces protubérances manqueraient toujours chez les monocytes. ce
Un élément important de différenciation est l’absence chez le macrolymphocyte de granulations monocytaires. Nous avons vu que, depuis Naegeli, on fait de ces très fines granulations poussiéreuses des éléments absolument propres au monocyte; de fait,
on ne les trouve dans aucune autre cellule et, en par-
nm (515 re
ticulier, chez les grands lymphocytes. Mais nous avons vu aussi que leur finesse même les rend souvent difficiles à bien observer, qu’elles exigent une coloration parfaite, et qu'il est enfin des cas où, bien qu'il s'agisse incontestablement de monocyte, elles semblent faire défaut.
D'autre part, nous avons signalé que les grands lymphocytes contiennent dans leur cytoplasme des granulations azurophiles, « relativement grosses, peu nombreuses et inconstantes >» comme l’écrivent Doan et Wiseman, en tous points comparables aux granulations azurophiles des monocytes. Violet-pourpres ou brunes, souvent envacuolées, énucléables. De plus, P. Chevallier fait observer que « dans les macrolymphocytes évolués, les grains azurophiles sont parfois plus nombreux, plus petits, rosés » et que « la figure du macrolÿymphocyte se rapproche alors de celle du monocyte ». Donc, si dans la majorité des cas, l’analyse des granulations permet de séparer nettement les grands Iymphocytes du monocyte, il ne faut pas s’attendre à ce que ce caractère soit facile à mettre en évidence et à ce qu’il soit constant.
Un autre caractère qui peut permettre la distinction entre grand lymphocyte et monocyte est l’absence de pouvoir phagocytaire chez les premiers, sur laquelle insistent plusieurs auteurs, et Bloom en particulier.
On ne peut donc jamais observer d’inclusions diverses, débris cellulaires, éclats nucléaires, pig-
ments et autres corps phagocytés comme cela se voit dans certains monocytes. Mais l’inconstance de ce phénomène chez ces derniers, nié même, rappelonsle, par certains, comme Di Guglielmo, ne permet pas de se fonder sur lui pour séparer nettement les deux variétés cellulaires. |
De même, la présence de corpuscules d’Auer, signalée chez les lymphocytes par Arneth, niée au contraire par de nombreux auteurs qui, à l’inverse, les rencontrent uniquement chez les monocytes des leucémies à monocytes. j
C’est en raison de ces multiples difficultés qu’on peut être amené à pratiquer avec profit la recherche de la réaction des oxydases et des peroxydases et les colorations supra-vitales,
Simpson et Cunningham, Sabin, Doan ont montré qu’on ne retrouve pas chez les grands lymphocytes la rosette de granulations rouge-neutre disposée chez les monocytes dans l’encoche nucléaire. On observe chez les grands lymphocytes, par cette méthode, quelques granulations rouge-neutre, très fines, en nombre restreint, disséminées dans le protoplasme, comme l’ont confirmé Masugi et Glanzeman. Il en est de même des mitochondries colorées par le vert-Janus, disposées à l’entour de la collerette de granulations rouge-neutre chez les monocytes et disséminées chez les grands lymphocytes en très grand nombre dans tout le cytoplasme. Nous avons déjà souligné les contestations et les discussions qu'ont soulevées cesrésultats et nous rappellerons seulement que dans les
rs 107 —
monocytes jeunes, Masugi et d'autres auteurs ont fait observer que les granulations rouge-neutre sont rares et non disposées en collerette et que ‘les mitochondries sont nombreuses et disposées sans ordre.
Les réactions des oxydases et des peroxydases sont toujours négatives chez les grands lymphocytes. Ce fait est unanimement accepté par les auteurs qui se sont occupés de la question et nous ne reviendrons pas sur les désaccords qui règnent encore en ce qui concerne les mêmes réactions chez le monocyte, pour retenir seulement qu’elles sont, d’après la plupart des auteurs actuels, généralement positives.
Quoi qu'il en soit, il nous paraît incontestable que ces deux ordres de recherches contribuent amplement, dans un grand nombre de cas, à trancher le doute entre monocytes et grands lymphocytes.
Aschoff fut, sur ce point, formel, au dernier congrès d’hématologie en 1938 à Wiesbaden, en déclarant que c'étaient seulement ces deux épreuves qui permettent d'établir une différenciation catégorique entre les deux espèces cellulaires.
En définitive, dans les cas typiques, il n’existe aucune discussion. Le noyau rond et régulier, foncé, la chromatine épaisse disposée en amas nets, le cytoplasme très basophile, bleu-ciel, homogène, n’allant pas jusqu’au noyau, sans granulations monocytaires, ne renfermant inconsfamment que quelques grosses granulations azurophiles, sans inclusions phagocytées, les réactions des oxydases et des peroxydases toujours négatives et les résultats de colorations
oo
supra-vitales, sont autant de caractères qui permettent de distinguer le macrolymphocyte du monocyte. En pratique, il arrive souvent qu’on ne puisse mettre en évidence un ou plusieurs d’entre eux ou que leur interprétation demeure délicate et on s’explique qu’ils puissent encore être confondus par certains auteurs sous la même rubrique de « grands mononucléaires ».
Ajoutons qu’il n’est même pas démontré, selon certains hématologistes, qu’il ne s'agisse pas là de deux aspects voisins de la même lignée cellulaire. Bioom admet, en tous cas, que tous les termes de passage sont possibles et visibles entre les deux éléments. C’est en s'appuyant sur l’analyse attentive de préparations soigneuses, sur la recherche des oxydases et les colorations supra-vitales, en s’aidant du contexte hématologique qu’on parviendra, parfois sans preuve entièrement convaincante, à classer les cellules dans
l’une ou l’autre des deux espèces.
Le diagnostic du monocyte doit encore se faire avec le myélocyte neutrophile (ainsi qu'avec le promyélocyte et le métamyélocyte). « Le monocyte jeune, a écrit Jolly, ressemble beaucoup au myélo-
cyte ». À priori, les différences paraissent assez tran-
chées. Pourtant, la taille 15 à 20 # — se rapproche déjà beaucoup de celle du monocyte. Le noyau, assez grand, est généralement sphérique mais assez souvent ovalaire ou réniforme, acquérant une lobulation
progressive et une irrégularité de plus en plus mar-
en LE or
quée au fur et à mesure que l’évolution se fait vers le neutrophile adulte. Le noyau est généralement plus foncé que le noyau monocytaire; la chromatine disposée sous forme de petits grains foncés peut rappeler les petites taches chromatiniennes de certains monocytes. Le cytoplasme présente une coloration variable; parfois partiellement basophile, « dichromatique » selon P. Chevallier, mais dont la coloration bleu-rosé par les colorants habituels est tout de même assez différente de la teinte gris-pâle du cytoplasme monocytaire. Un des points qui contribuent le plus à la confusion entre les deux espèces cellulaires est l’existence dans le cytoplasme du myélocyte de granulations. Certes, ses granulations sont, dans les cas typiques, très différentes de celles qu’on voit dans le monocyte. Elles sont assez grosses, plus grosses que celles du monocyte, beaucoup plus foncées, « très chromatiques » (Chevallier), moins nombreuses et disposées uniformément dans tout le corps cellulaire, Mais il est néanmoins des cas où elles sont plus fines et elles peuvent, alors, donner à la cellule un aspect qui, joint à ses autres caractères, surtout nucléaires, évoque. le monocyte. La confusion est d’autant plus facile qu’on voit apparaître ces myélocytes au cours de processus morbides où les monocytes peuvent être aitérés, présenter des formes jeunes, nombreuses et atypiques. Jolly conseille de s'adresser à la coloration par le Triacide d'Ehrlich qui teinte d’un violet caractéristique les
granulations neutrophiles de la série myéloïde.
HIOUE
La réaction des oxydases et des peroxydases ne. peut être employée comme moyen de différenciation. Elle est en effet positive chez les myélocytes comme chez la majorité des monocytes. Elle est, certes, un peu différente puisque les granulations oxydasiques et peroxydasiques sont, en général, plus nombreuses et plus grosses que celles des monocytes, mais ïl s’agit d’une différence qu’un œil très exercé peut seul déceler avec certitude.
Aussi, comme le disent W. Schultz et E. Krüger, est-ce parfois seulement la coloration supra-vitale qui peut permettre de trancher de façon certaine entre myélocytes et monocytes. Aucune granulation rouge-neutre n’est décelable dans le protoplasme myélocytaire.
Les mêmes auteurs et d’autres pensent que la confusion peut se faire aussi avec certains myéloblastes: de rares monocvtes ayant le même aspect. Il s’agit sans doute alors de formes très jeunes de monoeytes, à noyau régulier, très pauvres ou même dépourvus de granulations.
Rappelons que pour Naegeli et son école, la différenciation entre myélocytes et monocytes serait d’autant plus difficile à établir que ces deux variétés de cellules ne représenteraient que deux aspects évolutifs différents de la même lignée cellulaire et que des formes de passage pourraient s’observer -entre elles deux. Il s’agit là, bien entendu, d’une conception purement doctrinale,
Le diagnostic du monocyte se pose également avec les cellules conjonctives mobilisables du système réti-
culo-encothélial.
Schuleman pour la première fois, puis Evans et Winternitz avaient signalé la présence d’histiocytes dans Ie sang circulant d'animaux soumis à des injections répétées de colorants colloïdaux. Mais c’est à Aschoff et à Kiyono que revient le mérite d’en avoir fait l'étude systématique et souligné l’importance en hématologie. Par la suite, E. Simpson, Schittenhelm et Erhardt, Maximow et d’autres ont voulu établir une parenté génétique étroite entre histiocytes et monocytes. Récemment, Mas y Magro a insisté sur l’identité formelle entre les deux variétés cellulaires et a prétendu avoir démontré que la plupart des soi-disant histiocytes ne sont que des monocytes vrais. Certes, les analogies morphologiques sont souvent frappantes, mais il n’est cependant discuté par personne que lorsqu'il a pénétré dans le sang circulant, l’histiocyte ne peut pas se transformer en monocyte et qu’il évolue infailliblement vers la mort. D’autre part, l’aspect des deux sortes de cellules est, comme nous l’allons voir, souvent très différent.
Rappelons que ces éléments n’existent pas normalement dans le sang et qu’ils r’y apparaissent que dans certaines conditions expérimentales (après injections répétées de substances colloïdales par exemple) ou au cours de circonstances pathologiques telles qu’endocardite lente (Schilling, Fontano, etc.), ou certaines septicémies (Di Guglielmo), etc...
loi
Les histiocytes du sang peuvent se présenter sous des aspects différents qu'avec Lambin et Pieraerts on peut schématiser en trois groupes : histiocytes réticulaires ou monocytoïdes. histiocytes endothéliaux ou endothélioïdes, histiocytes, lymphocytoiïdes ; ces derniers beaucoup moins nombreux d’ailleurs et qui ne peuvent prêter à confusion avec le monocyte — sinon avec les lymphocytes — ne seront pas décrits ici.
Les histiocytes réticulaires sont de dimension généralement voisines de celles des monocytes (20 à 25 4), parfois plus petites (15 #) ou au contraire plus élevées, certaines formes hypertrophiques peuvent atteindre 30 et même 40 #.
Leur forme est souvent assez régulièrement arrondie ou ovalaire, ou au contraire irrégulière et à contours polycycliques. Un aspect fusiforme est parfois plus évocateur. Il n’est pas rare de trouver des éléments réunis, organisés en syncitium ou poussant des prolongements cytoplasmiques.
Le noyau est toujours grand et le rapport nucléoplasmatique est voisin de celui des monocytes. Il est assez polymorphe comme le noyau monocytaire.
Tantôt rond ou ovale, tantôt réniforme, il peut dans quelques cas être assez irrégulier, lobé, riedériforme. Il est clair, hydraté, de structure alvéolaire, pauvre en chromatine. Celle-ci semble parfois dissoute et le noyau paraît finement granuleux ; parfois au contraire elle dessine un réséau d’abord très fin, à mailles assez régulièrement entrecroisées qui, au fur
ct à mesure de l’évolution de la cellule, va s’épaissir
et se charger de blocs chromatiniens plus denses. La périphérie du noyau est souvent dessinée par une ligne fine, interrompue en certains points par des amas de chromatine.
On peut noter dans certains noyaux la présence de un à trois nucléoles, parfois volumineux, colorés en bleu. é
Au total, le noyau, par ses contours, sa teinte claire, sa chromatine rare, peut évoquer d’assez près le noyau du monocyte.
Le cytoplasme est plus ou moins abondant, vitreux et assez homogène. Il est faiblement basophile et, par le May-Giemsa il se colore de façon variable; parfois légèrement rosé ou au contraire bleuté, il est dans d’autres cas grisàâtre comme le cytoplasme monocytaire. Mais ce qui lui est particulier, c’est l’existence de zones non colorées, « achromophiles », qui le distingue de la basophilie plus homogène du monocyte.
Selon P. Chevallier, les cellules plus colorables qu’on observe parfois seraient en voie de dégénérescence.
Sa structure semble parfois légèrement réticulée ou granuleuse. Les granulations font défaut et ceci permet de les distinguer nettement des monocytes typiques. Ces cellules sont douées du pouvoir macrophagique.et il est fréquent d'observer des vacuoles ou des inclusions diverses, telles que des débris cellulaires en voie de digestion.
Une des fonctions propre aux histiocytes est de
fixer « in vivo » et « in vitro » les colorants colloiï-