LE MOI^MANE
. 1{ ft'apprncbe de Claudet. .P«ndfti»t tout le re»(e de ia «cène, Lëoatin^ suit tous les mouveqnens et toutes !e« paroles de son ipari ; son re{;ard et ses gestes expriment la douleur et Tinquiëlude.
— Ecoutez - moi , Claudet ! nous vivons en un siècle d'étranges contradic lions, où la société disloquée et chancelante n'*a de point d'appui, d'ancre de salut que la loi, et où tout le monde, cependant, la méconnaît, rinjurie, blasphème contre elle.-, dans un siècle d'égoïsme, de jalousies, de petites passions, d'intérêts misérables et sordides que chacun veut imposer à l'intérêt de tous ! , . . Eh bien ! au milieu de ce monde amolli et usé , j'ai juré , moi, qu'il y aurait un homme, au moins , en qui revivrait la fermeté et la vertu antiques! un homme qui ferait plier sespenchans, ses passions , ses intérêts les plus chers au salut public ! uu homme qui se dévouerait tout entier à la loi, et, pour la défendre, se ferait impassible et inébranlable comme elle î — Accusez celle résolulion d'orgueil j d'ambition j dites qu'elle est barbave , qu'elle n'est pas de notre époque ... mais acceptez-la au moins comme un fait accompli • car j'ai tenu mon serment. Ces qualités faciles et douces, que vous voulez bien me prêter, je ne les ai plus! Cette bienveillance, cette bonhomie, cette chaleur généreuse du jeune âge, j'ai chassé toutcela comme autant de faiblesses... j'ai voulufaire là place libre, afin que la loi y fut à Taise, qu'elle pût s'emparer de ma vie entière, pénétrer ma chair et mon sang, marcher victorieuse à travers mes pensées et trôner au milieu d'elles en souveraine ! J'ai tenu