‹ Le monomane, drame en cinq actesChapitre 23 sur 146 · ACTE I, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VU

mon fiermeut , vous dis-je ! le Balthazar que "vous ayez connu, le. jeune écolier de Sorrèze n'existe plus ; et ce n^est ni un bon compagnon, ni un homme du monde, ni un philosophe que vous aveK devant yous... c'est Thomme de la loi !

— Maintenant, vous me connaissez ! épargnez- TOUS des regrets superflus... prenez -moi comme je suis... et surtout laissez de côté cette philanthropie larmoyante dont le premier avocatimherbe nous assomine à chaque - audience !

— :De la pitié , pardieu ! non ! je n'ai pas de pitié pour des misérables qui, s'ils étaient libres, n'en auraient pour personne !

— Vous avez été soldat , n'est-ce pas? un soldat qui combat pour ses foyers, n'éprouve ni remords^ ni pitié quand Tennemi tombe sous ses coups ! il songe qu'il a sauvé. la fortune et là vie de ses concitoyens, et il s'enorgueillit, il se réjouit de sa victoire!... Eh bien J la justice, c'est la guerre aussi , et la seule légitime , la guerre aux méchans ! C'est là que j'ai mis: désormais mon orgueil et ^la joie ! C'est l'espoir de ma vie entière ! C'est ma première et mon unique pensée. Partout où le crime apaisé , j'accours sur sa trace, j'interroge, j'épie le moindre indice, je ne laisse aux coupables ni paix ni trêve ; je ne prends pas de repos qu'ils ne soient tombés en ma possession. Et , si partout mes recherches sont couronnées de succès, si les prisons regorgent de malfaiteurs , alors , je contemple au dehors la tranquillité de la ville et

4â LE MONOMANE.

des campagnes , je vois les voyageurs en paix sur les routes , les ouvriers dans les ateliers ; partout j dans les boutiques , au coin des rues , au sein des familles^ je vois Tordre et le calme, et )e me glorifie dans mon ouvrage ; je suis fier , heureux comme un général qui a cerné Tennemi et Ta réduit à Timpuissance. Et quand vient mon jour de bataille , à moi, le grand jour (les assises , j'attaque, sans faiblesse, sans ménagemens; poin4; de quartier! La mort aux empoisonneurs , aux incendiaires , aux assassips ! ... la mort ! afin qu'ils ne tuent plus personne !-*— Je la demande, je l'obtiens, je la signe d^une main ferme et assurée... pas une larme ! pas un serrement de cœur ! je signe , et je dors tranquille après; car ma conscience me dit que la miséricorde eût été de l'iniquité , et qu'en restant inexorable j'ai rendu la justice.

Il s^arrèle un moment , Ja léte haute , le regard triomphant , devant Ciandei, pais il traverse le théâtre (4).

GLAUDET» ému et attërë.

Que puis- je répondre? ma raison est muette et confondue... et toutes lès sympathies de mon ame se révoltent cependant. — Les larmes m'étouffent. *^ O mon Dieu ! se peut - il qu'au moment où rindulgence et la bonté sont si près d'entrer dans la loi , il y ait Uii homme qui donne tort à sou siècle et se fasse gloire de réveiller les rigueurs d'un autre âge !...et que cet homme, ce soit vous... ! i^h ! si'Dieu vous a laissé concevoir une

(1) Bahhazar, Ciaudct^ Léonilne.

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