‹ Le Monopole du Pétrole en EspagneChapitre 16 sur 26 · LA PERIODE INTERIMAIRE LES EXPROPRIATIONS · texte numérisé non relu

LA PERIODE INTERIMAIRE LES EXPROPRIATIONS

Le Monopole devait commencer officiellement ses opérations le 1er janvier 1928 et il ne restait guère plus de deux mois pour assurer la transition entre les deux régimes.

Il appartenait à la DirectionGénérale du Timbre, aux termes du décret d’adjudication, de prendre les mesures appropriées et de veiller à ce que les approvisionnements en combustibles liquides ne vinssent pas à manquer.

Elle devait régler, sous le contrôle du Ministre des Finances, tous les incidents qui pourraient surgir à propos de l’importation, de la distribution des produits et de leur vente au consommateur.

Le décret du 17 octobre 1928 vint élargir encore ses attributions et lui conférer les droits les plus exorbitants, comme celui de saisir immédiatement et à titre discrétionnaire les installations de toute sorte appartenant encore aux importateurs de pétrole et de placer, dans toutes les usines et dépôts, des fonctionnaires chargés de surveiller les opérations courantes. Les récalcitrants étaient passibles d’amendes élevées et leur responsabilité personnelle

pouvait être mise en jeu sous son double aspect civil ou pénal.

La Direction Générale du Timbre usa largement des droits qui lui étaient accordés ; c’est ainsi qu’elle procéda à la saisie anticipée de plusieurs installations de déchargement et de réservoirs destinés à loger les cargaisons de gaz oil et de fuel oil que le Monopole venaït d’acheter en prévision de ses besoins futurs.

Le paiement de ces installations devait avoir lieu dans les formes prévues pour les expropriations.

Pour éviter toutes ces sujétions, les sociétés pétrolières avaient la faculté de demander leur mise sous séquestre anticipée. C’est ce que fit la Société Porto-Pi, dont le directeur, M. Ribas, resta en fonction et assura dès lors dans son anciennesociété lerôle decommissaire du Gouvernement. Il devint plus tard directeur adjoint de la C.A.M.P.S.A., tandis que le président du Conseil d'Administration, M. Anastasio, était appelé le premier à remplir les fonctions de directeur général.

Le Directoire s’était acquis, depuis longtemps, la complicité de ces deux personnages et c’est par leur intermédiaire qu’il avait obtenu, à l’insu de tous, et par une véritable trahison à l’encontre des intérêts dont ils avaient la charge, toute la documentation nécessaire à la mise au point du nouveau régime.

Leur duplicité avait singulièrement facilité sa tâche et lui avait seule permis de surmonter les difficultés de la dernière heure.

En les appelant à la direction de la C.A.M.P.S.À., le Directoire récompensait les services considérables, mais assez peu reluisants, qu'ils lui avaient rendus.

La question capitale à résoudre était celle des approvi-

sionnements et, à cet égard, la soumission des banques ne donnait aucune des garanties désirables.

L'intervention brutale du Directoire lui avait aliéné les trusts qui contrôlent à eux seuls, soit directement, soit indirectement, la plupart des marchés d’exportation et possèdent des intérêts dans la majeure partie des compagnies de transport par bateaux-citernes.

Ce fut la plus grande maladresse du Monopole de se les rendre hostiles, au lieu de contrôler leur activité et d’en faire ses collaborateurs, plutôt que ses ennemis, suivant la formule adoptée un peu plus tard par la France et, à son exemple, par bien d’autres pays. Les conséquences ne se firent pas attendre : l'Espagne se vit menacée d’une disette de combustibles liquides et le Directoire vécut des « jours tragiques » suivant l’expression même de M. Sotello.

Pour assurer son ravitaillement, le Monopole n'avait plus qu’une ressource : le pétrole russe. Le Syndicat du Naphte forçait alors sa production et pouvait seul, à l’époque, lui livrer avec certitude et régularité les combustibles liquides dont il avait besoin.

« L’approvisionnement russe n’était pas un plat de choix, nous dit M. Sotello, mais, à ce moment, outre qu'il était avantageux, il ne pouvait être remplacé ».

« Etant donnée sa grande élasticité, il pouvait couvrir, si c'était nécessaire, les exigences de la consommation nationale totale … et cela signifiait beaucoup »1!

L'Espagne n’avait pas encore reconnu les Soviets, et ce ne fut pas sans un certain froissement d’amour-propre, que le Directoire entreprit de négocier avec le Syndicat du Naphte.

Pour comble de malheur, le Syndicat du Naphte avait

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