LES RÉSULTATS FINANCIERS
Depuis la guerre, tous les Gouvernements, semblant obéir à un mot d’ordre mystérieux, ont adopté, à l'égard des combustibles liquides, une politique fiscale de plus en plus oppressive.
Tous ont cédé à la tentation que leur offraient le développement vertigineux de la consommation et la facilité avec laquelle ils pouvaient asseoir sur les hydrocarbures des taxes de plus en plus élevées sans avoir à redouter d'évasion fiscale, ni rencontrer la moindre difficulté dans leur perception.
Pour combler le déficit de leurs budgets, tous les Etats ont eu recours à des augmentations de droits et leur ont demandé, d’année en année, l’appoint de nouvelles ressources.
Malheureusement, tout a une fin ; les droits sont partout si élevés qu'ils finissent par se dévorer eux-mêmes en freinant la consommation et qu'ils constituent par là même un obstacle des plus sérieux à la reprise économique.
Que ce soit en Espagne ou ailleurs, la valeur intrinsèque du produit n’atteint plus qu’une fraction minime du prix de vente, tandis que, d’année en année, la quote part de
l'Etat représente une portion plus importante du produit.
Depuis une vingtaine d’années, les prix de vente à l’importation ont pu s'effondrer à travers le monde et perdre plus des 3/4 de leur valeur, le consommateur n’a pu être associé qu’en partie à cette bonne fortune.
Par le jeu des droïts et taxes, les Gouvernements ont, pour ainsi dire, tout confisqué à leur profit ; le mécanisme des prix en a été faussé ; la consommation, en plein essor depuis la guerre, a perdu toute élasticité ; elle n’a pu s’adapter au développement des possibilités de production et, dans la plupart des pays, elle subit même une régression.
Avec un monopole, cette tendance à l’oppression fiscale ne rencontrera plus d’obstacles et s’accentuera par la force des choses en recevant sa consécration légale.
Ce qui s’est passé en Espagne depuis 1928 en est la meilleure illustration. Le Monopole n’y est plus qu’un instrument fiscal servant à prélever sur l’économie naticnale une annuité considérable.
Sans doute, a-t-il apporté aux budgets espagnols une contribution toujours plus élevée. Cette contribution n’est pas due, comme on pourrait le penser, aux avantages plus ou moins incertains que le Moncpole retire d’une concentration plus poussée de l’affaire et des économies qu’il a pu réaliser dans ses frais de distribution.
Sans qu'il soit possible de les chiffrer, on ne s’aventure guère en affirmant que ces avantages sont contrebalancés par le développement inouïd’une bureaucratieenvahissante, le népotisme, les doubles emplois et tous les abus inhérents aux services publics industriels dont la conclusion du premier contrat de fourniture avec les Soviets nous a donné le bien fâcheux exemple.
Certes, le Monopole du Pétrole apporte chaque année au
Trésor des ressources nouvelles, mais leur accroissement résulte tout simplement du développement de la consommation et de l’élévation des prix de vente.
En examinant la soumission du Consortium des Banques, nous avons vu que la Compagnie Fermière demandait au Gouvernement, pour simplifier sa tâche, d’adopter pour l’essence un « prix unique ».
A lui seul, ce prix unique dénote le caractère purement fiscal du Monopole. Au point de vue économique, il constitue une véritable hérésie.
Il ne s’agit pas d’un produit de luxe comme le tabac, dont un monopole peut fixer sans inconvénient et d’une façon presque mathématique le prix de vente, pour obtenir des consommateurs la contribution maxima, mais d’une matière première fondamentale dont l’abondance et les facilités d’approvisionnement exercent uneinfluence prépondérante sur le développement économique d’un pays.
Avec un « prix unique », les prix de vente seront indépendants des prix de revient essentiellement variables avec les centres de distribution, et, pour une simple commodité de perception, le Monopole imposera à tous ses acheteurs les mêmes conditions de vente.
Les régions industrielles, qui se sont naturellement développées à proximité du littoral et dans les zones naturelles de pénétration plus facile, seront ainsi pénalisées au profit des régions moins favorisées.
Il en résultera pour elles un handicap très sérieux et un obstacle certain à leur développement rationel.
Devant leurs récriminations, le Monopole a voulu procéder par étapes. Il partagea d’abord l'Espagne en quatre zones à l’intérieur desquelles le prix de l’essence fut uniformisé.
Comme on le pense, cette première mesure s’accompagna
d’un rehaussement des prix, sauf dans la région de Madrid où le Directoire eut l’habileté d'adopter des prix de vente légèrement inférieurs aux prix en vigueur à la veille du changement de régime.
Les doléances n’en furent pas moins vives dans les autres régions, mais leur écho n’en parvint que fort atténué dans la capitale.
Avant le Monopole, le prix de vente était surtout fonction, d’un endroit à un autre, des frais de transport et il y avait, pour ainsi dire, un prix de vente par centre de distribution. La concurrence intervenait ensuite et imprimait à ces prix normaux de fréquentes oscillations.
Aussi conçoit-on l’extrême complexité qu’il y a à déterminer avec précision le prix de vente moyen de l’essence au cours d’une année par exemple.
On risque fort d’être sollicité par les chiffres, car il suffit d’une différence de quelques centimes par litre portant sur plusieurs centaines de milliers de tonnes pour fausser complètement les résultats et permettre, aux partisans comme aux adversaires du Monopole, de conclure en faveur de leur thèse.
Pour éviter pareil reproche, nous adopterons comme moyennes de prix celles qui ont été calculées par le Monopole lui-même et qui donnent pour l’essence par exemple en 1927 un prix moyen de pesetas, 0,52 le litre.
Nous signalons tout de suite que le Monopole a tenu compte, pour calculer cette moyenne, des dernières semaines de l’année au cours desquelles, cédant à une tentation bien légitime et mettant à profit les circonstances exceptionnelles, les diverses sociétés de pétrole avaient rehaussé d’un commun accord leurs prix de vente qui atteignirent à Madrid par exemple, pesetas 0,63 alors qu’ils n’avaient
pas dépassé pesetas 0,54 pendant tout le reste de l’année.
Sur le littoral, les prix de l’essence avaient oscillé au cours de 1927 entre pesetas 0,35 et pesetas 0,48.
Le 1er janvier 1928 le Monopole adopta pour chaque zone les prix de vente suivants :
0, 53 0,56 0, 58 0,60 faisant ressortir un prix moyen de pesetas 0, 5741 d’après les calculs de la C.A.M.P.S.A. ,
Il y eut ainsi à Madrid et aux environs (3€ zone) une diminution appréciable du prix de vente sur les cours de la veille dont nous avons souligné le caractère exceptionnel, mais il n’en résulta pas moins à Madrid, comme dans toute l'Espagne, une augmentation très sensible du prix moyen annuel qui fut ainsi porté de 0,52 à 0,5741.1
Ce système arbitraire de fixation des prix par zones fut également celui des pétroies white spirits et benzols; il ne fut pas appliqué de prime abord aux gaz oils et aux mazouts dont les prix restèrent fonction des frais de transport.
À six reprises différentes, la C.A.M.P.S.A. majora les prix de l’essence ; elle ne les diminua qu'une seule fois de deux centimes par litre, le 1er février 1929. Au début de juin, le prix antérieur était d’ailleurs rétabli et jusqu’au 1er avril 1932, les augmentations se succédèrent, allant même jusqu’à déclancher dans les principaux centres une grève de consommateurs |
La C.A.M.P.S.A. profita des dernières augmentations pour diminuer progressivement les différences de prix existant encore dans les différentes zones ; le 7 juillet 1931
1. Tous ces chiffres font abstraction des droits d'octroi (consumos) que les municipalités furent autorisées à maintenir provisoirement sous le nouveau
régime.
ses prix de vente furent unifiés dans toute l'Espagne (essence : pesetas 0,66, pétrole : pesetas 0,85).
Tous les produits monopolisés avaient fait l’objet de majorations analogues à l’exception des fuel oils dont il aurait été impossible de majorer le prix sans freiner immédiatement la consommation et porter aux utilisateurs le plus grave préjudice.
Le système du prix unique fut étendu aux gaz oils et diesel oils en 1931 (32 pesetas l’hectolitre). Pour les fuel oils, le prix de vente s’obtient toujours en majorant des frais de transport le prix fixé pour la zone littorale (140 pesetas la tonne).
Aux prix que nous avons indiqués, il fallait ajouter pour l’essence les droits d’octroi (en moyenne 0,05 par litre) toujours aussi vexatoires qu’impopulaires en Espagne. Le 1er avril 1932 ces droits furent supprimés et remplacés par une taxe de pesetas 0,10 par litre.
Depuis cette date, le prix de l’essence n’a pas varié et s’élève toujours à pesetas 0,76 le litre pour toute l'Espagne.
La taxe de pesetas 0,10 est perçue pour le compte de l’Etat ; la C.A.M.P.S.A ne la comprend pas dans ses recettes et lui en verse l’intégralité. L'Etat ristourne aux municipalités une somme égale aux droits perçus au cours de l’année qui a précédé leur suppression et garde le surplus.
Les municipalités s’estimèrent lésées car elles se trouvaient frustrées des ressources supplémentaires que leur aurait apporté le développement de la consommation. Celle de Barcelone intenta même une action en dommages et intérêts contre l’Etat et fut déboutée.
Nous venons de voir comment le Monopole, malgré ses promesses formelles, avait majoré progressivement ses prix de vente.
Pour l’essence, l’augmentation s’élève à près de pesetas 0,20 par litre (pesetas 0,71 — 0,52) en admettant que dans le nouveau prix de pesetas 0,76 se trouve incluse une somme de 0,05 par litre représentant les anciens droits d’octroi.
Les partisans du Monopole prétendent que ces majorations de prix sont purement nominales et ne font que traduire avec beaucoup de timidité la diminution du pouvoir d’achat de la devise espagnole. Ils soutiennent même que la dépréciation du change les a rendues inévitables et font valoir que le litre d’essence coûtait en pesetas or 0,481 en 1927 et seulement 0,295 peseta or en 1932, compte tenu de la dernière augmentation de prix.
Depuis lors, le prix or de l’essence n’a pas subide variation sensible.
Malheureusement, la conclusion que tirent de ces chiffres les dirigeants de la C.A.M.P.S.A., pour séduisante qu’elle soit, est trop simpliste et ne repose sur aucun fondement sérieux car ces prix or n’ont aucune signification pour le consommateur et ne correspondent pour lui à aucune réalité tangible.
L’automobiliste espagnol paie son essence en pesetas papier et tout revient à savoir si le sacrifice qu’il s’imposait avant le Monopole en payant 0,52 le litre (ou 0,48 peseta or} est supérieur ou non à celui qu’il s'impose en achetant à la C.A.M.P.S.A le même litre d’essence à 0,71 peseta papier (ou 0,295 peseta or).
Qu'ils soient exprimés en monnaie or ou en monnaie
fiduciaire, les chiffres que nous avons cités ne permettent pas à eux seuls de conclure qu’il y a ou non renchérissement du produit.
Il est nécessaire de comparer leurs fluctuations avec celles du mouvement général des prix. L’étude des deux mouvements mettra seule en évidence les variations relatives et leur examen résoudra de lui-même le problème avec impartialité.
Nous allons voir ce qui s’est passé en Espagne à ce sujet et rechercher l’allure de l’indice général des prix pendant les années qui se sont écoulées depuis 1927.
Or nous constatons immédiatement que cet indice est resté pour ainsi dire immuable et que de 1927 à 1934 ses oscillations n’ont jamais dépassé dans un sens ou dans l’autre 5% de leur valeur moyenne,
Ce qui est vrai pour les prix de gros l’est aussi pour le coût de la vie comme permettent de le constater les statistiques établies par le ministère du travail.
PRIX DE GROS INDICE DU COUT DE LA VIE (Direction générale de la Statistique à Dans les capitales de province de Madrid) toute l'Espagne correspondant à Indice de base : 1913 — 100 17 articles de première nécessité. (Ministère du Travail) Produits Produits die Années | industriels | alimentaires FE Années Indice (38) (36) di 1927 163 182 172 1928 158 176 167 1929 163 180 172 1929 168.8 1930 166 178 172 1930 169.4 1931 167 181 174 1931 175.6 1932 166 182 174 1932 175.2 1933 161 170 165 1933 169.5 1934 161 177 169 1934 172.5
Cette fermeté des prix intérieurs est tout à fait caractéristique de l’économie espagnole d’après guerre dont elle
explique même, dans une certaine mesure, la résistance aux effets de la crise mondiale.
En Espagne, tandis que les prix intérieurs restaient fixes, le change se dépréciait et c’est par le change que les prix intérieurs s’adaptaient aux prix mondiaux dont la chute s’est poursuivie d’une façon continue depuis 19291.
Si nous passons maintenant du général au particulier, et comparons ces différents indices aux prix de l’essence et à leurs variations, nous constatons immédiatement que l’augmentation des prix n’a pas été purement nominale comme le soutiennent les partisans du Monopole, mais qu'elle a été accompagnée d’en renchérissement appréciable du produit dépassant 35 % de sa valeur initiale.
Tous les Espagnols sont unanimes à déplorer ce renchérissement et c’est en vain qu’à chaque assemblée d’actionnaires le président de la C.A.M.P.S.A invite les protestataires à comparer les prix espagnols avec les prix en pesetas de l’essence dans les principaux pays étrangers.
Le 31 décembre 1933 cette comparaison aboutissait aux chifres suivants (Rapport du Conseil d’administration pour l'exercice 1933).
1. Ce phénomène est si curieux qu’il nous a paru intéressant de mettre sous les yeux du lecteur une statistique publiée par la Banque d’Espagne dans une étude sur le rythme de la crise économique espagnole comparé avec celui de la crise mondiale.
Cette statistique met en évidence les variations respectives de l’indice des prix de gros en Espagne d’une part et du même indice dans les cinq pays suivants : Allemagne, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Italie.
oct. 29 janv.30 janv.31 janv.32 janv.33 frév. 33
Indice moyen des 5 nations. 100 95, 9 81, 4 72, 1 66, 1 69 Espagne .... 100 100, 9 101,3 101, 6 98, 4 98, 8
Espagne Angleterre France Allemagne Belgique Italie
dont le Monopole tirait parti pour justifier sa politique de prix.
Il est facile de montrer que ce rapprochement n’a aucune signification et que la conclusion trop facile qu’en tirent les intéressés se retourne contre eux si l’on veut rester en contact avec la réalité des choses et ne passe laisser entrafner par une déduction purement théorique.
L'Espagne est, comme nous le savons, un des pays du monde où le coût de la vie est le moins élevé. Elle est restée sagement le pays des petites affaires et n’a pas connu comme d’autres, ou dans une mesure moindre, les abus du crédit.
La situation bancaire est restée fort saine et les entreprises ont pu, dans leur ensemble, éviter un endettement excessif.
Si l’on ajoute à cela la modération des charges fiscales, on ne s’étonne plus que les prix intérieurs aient pu conserver leur stabilité et se soient, en quelque sorte, désolidarisés des prix mondiaux.
Dans une étude très consciencieuse, publiée en septembre 1934 par le Bulletin de la Chambre Française de Commerce et d'Industrie de Madrid, M. José Saintz a comparé le coût de la vie à Paris, Madrid et Berlin à fin mai 1934.
Il a établi pour cela un budget type correspondant aux dépenses d’une famille ouvrière de quatre personnes vivant à Paris dont les ressources s’élevaient à 1.300 francs par mois (salaire d’un ouvrier métallurgique gagnant 50 francs par jour, marié et père de deux enfants).
Partant de ces données. M. Saintz a calculé le nombre de marks et de pesetas qu’il serait nécessaire à cette famille
de dépenser à Berlin ou Madrid pour y suivre le même train de vie en tenant compte naturellement des usages locaux. Ses travaux l’ont conduit aux résultats suivants
Budget typeà Parts eee Fr. 1.260.551 Dépenses correspondant à un budget identique : à Berlin 232, 11 reichsmarcks. Fr. 1.369,71 à Madrid 406, 95 pesetas ou ... Fr. 842,71
Il en a déduit que le coût de la vie en France et en Allemagne dépassait respectivement de 50 et 60% le coût de la vie en Espagne.
Si l’on veut bien appliquer des majorations analogues au prix de l’essence en Espagne (0,76 peseta) on voit immédiatement qu’en valeur relative l’essence y coûte beaucoup plus cher qu’en France ou en Allemagne, où comme nous l’avons vu, le prix de l’essence converti en pesetas s’élève à 0,86 et 1,01 peseta le litre.
L’essence bon marché n’est donc qu’un leurre pour le consommateur espagnol et seuls à l’étranger, les gens peu avertis ont pu se laisser convaincre par un argument pro domo qu’inspirent trop visiblement les besoins de la cause.
Le renchérissement des prix et surtout le développement de la consommation qui a presque doublé depuis 1927 ont apporté chaque année aux budgets espagnols une contribution plus importante.
Comme nous le savons, l’Etat encaisse le produit net du
1. M. Saintz suppose que la famille française a pu épargner au cours du mois considéré une somme de fr. 39,45.
Monopole et se contente de ristourner à la Compagnie Fermière . une commission de vente (premio de recaudaciôn) de 4%.
Au produit net versé par l'Etat, il faut ajouter la «taxe provisoire » de pesetas 0,10 en remplacement des anciens droits d’octroi. Cette taxe fait l’objet d’un compte spécial et ne subit pas le prélèvement de 4% en faveur de la C.A.M.P.S.A.
De 1928 à 1934 le chiffre d’affaires de la C.A.M.P.S.A. a suivi la progression suivante pour un tonnage de :
Tonnage vendu Prix de vente 1928 481.849 270.545.512 1929 617.462 353.423.112 1930 685.328 427.217.345 1931 674.147 448.355.888 1932 701.327 470.161.148 1933 686.758 449.490 .244 1934 784.869 466.694.525
tandis que le produit net du Monopole (y compris le dividende des 45.000 actions appartenant à l'Etat) et l’impôt provisoire de 0,10 peseta créé en 1932 s’élevaient respectivement à :
Pont oet Impôt provisoire
de 0, 10 en pesetas en pesetas 1928 112.462.554 1929 148.939.516 1930 173.944.026 1931 213.876.133 1932 225.864.382 38.583.150 1933 227.976.924 49.371.641 1934 258.054.446 52.602.873
Le Monopole des pétroles a donc rapporté à l'Etat plus de 300 millions de pesetas en 1934 pour une consommation intérieure de 800.000 tonnes par an environ.
A titre indicatif et sans qu’il soit possible de tirer une
conclusion très nette d’un rapprochement de chiffres répondant à des situations différentes, nous signalerons qu’en France la consommation a dépassé3.900.000tonnesd’hvdrocarbures en 1934 et que l’Etat a prélevé sur le consommateur au titre des droits de douane, taxes intérieures et autres, plus de 4 millards et demi (en y comprenant la taxe de remplacement du droit de circulation) à peu près le dixieme des recettes fiscales. En Espagne, où il existe encore un droit de circulation sur les véhicules automobiles, la proportion reste un peu inférieure puisque le budget de l'Etat ne dépasse pas 5 milliards de pesetas par an.
Ces résultats très appréciables impliquent-ils au point de vue fiscal la supériorité du nouveau régime sur l’ancien ?
Telle est la question que nous allons nous efforcer de résoudre malgré sa complexité.
La C.A.M.P.S.A. se prononce naturellement pour l’affirmative et, d’après elle, les avantages financiers que retire l'Etat du Monopole en sont la meilleure justification.
Pour étayer sa démonstration, elle annexe chaque année, aux comptes de l’exercice, un petit tableau qu’elle intitule « Impôts qu’aurait recouvrés le service des Douanes sur les produits monopolisés comparés aux résultats obtenus par le Monopole du Pétrole ».
Pour calculer ces impôts, la C.A.M.P.S.A. applique aux produits importés chaque année les droits de douane qui leur correspondaient en 1927 ; elle ajoute ensuite au « produit net » le dividende des actions appartenant à l'Etat et obtient par simple différence la plus-value acquise au Trésor par la création du Monopole.
A titre d'exemple, nous reproduisons ces calculs pour l’année 1934 :
Pesetas or Produits importés Kgr. par 100 kgr. Valeur 1934 (Droits de douane pesetas or de 1927)
BEDZOIS ee 1.137.398 60.00 682.438, 80 Essencesi.: "1.0 | 395.353.949 15.00 59.303.092, 35 Pétrole lampant .../| 16.621.567 14.00 2.327.019, 38 Gaz oil (consomma- |
tion intérieure) ... | 96.164.719 1.00 911.647, 19 Fuel Oil (id) ....... 162.080.435 0.50 810.402, 17 White spirit ....... 1.613.680 ‘14.00 225.915, 20 ASphalte".....1.... | 65.278.316 0.50 326.391, 58 Baraffines 4.21... | 5.784.854 40.00 2.313.941, 60 Vaselines te. ae | 1.240.759 20.00 248.151, 80 Lubrifiants (Import. 24.216.002 30.00 7.264.800. 60 Pétrole brut ...... 20.377.759 6.00 1.222.665, 54
75.636.466, 21 Au change moyen de 238,70 pesetas papier pour 100 pesetas or :
Pesetas papiers: 220 000 180.544.244, 84
Bénéfices acquis au Trésor par le Monopole (produit net)
- 254.454 .446, 47 Dividende des actions appartenant à
DRAM RE AN Le te aa lents e ciaxe à 3.600.000, 00 |258.054.446, 47
Différence en faveur du Trésor ...................... 77.510.201, 63
Pour les années antérieures nous nous contenterons d'indiquer les résultats bruts.
Dividence
Produit -et actions Droits de douane Différence
net appartenant | (en pesetas papier) en faveur
du Monopole à l'Etat du Trésor 1928 | 109.537.554| 2.925.000 60.272.195 52.190.539 1929 | 145.697.306| 3.150.000 88.829.018 60.018.287 1930 | 170.994.354| 3.375.000 124.264.928 50.104.426 1931 | 210.377.560| 3.375.000 150.819.882 62.932.678 1932 | 222.489.382| 3.375.000 173.710.207 52.154.174 1933 | 223.685.914| . 3.375.000 165.891.857 61.169.056 1934 | 254.454.446| 3.600.000 180.544.244 77.510.201
La C.A.M.P.S.A. et tous les défenseurs du Monopole en Espagne mènent grand bruit autour de ces chiffres.
En France même, ils ont été recueillis sans aucune critique et publiés dans un rapport semi officiel, dont certains politiciens se sont emparés pour exalter leurs doctrines étatistes et prôner dans notre pays l’établissement d’un régime similaire pour les hydrocarbures.
En admettant même que l’aspect fiscal du problème domine toute la question du pétrole dans un nays,ilreste à examiner le crédit que l’on peut accorder aux affirmations de la C.A.M.P.S.A et à la rigueur mathématique dont elle revêt ses conclusions. :
Nous allons donc rechercher l’origine de ces excédents de recettes pour l’année 1934, au cours de laquelle ils ont atteint leur maximum, et examiner s’ils impliquent bien au point de vue fiscal une supériorité quelconque du nouveau régime sur l’ancien.
En un mot, nous allons rechercher s’ils ont été prélevés sur les bénéfices et les frais généraux présumés des anciens importateurs ou si le consommateur n’a pas été appelé, en tout ou en partie, à en faire les frais.
Pour que la démonstration de la C.A.M.P.S.A. soit probante il faut d’abord admettre que le Monopole n’a pas majoré ses prix dans une mesure dépassant l’élévation des anciens droits de douane convertis en pesetas papier.
Cette élévation résulte tout simplement de la dévalorisation constante de la peseta dont le taux de dépréciation par rapport à l’or s’est élevé de 13,4 en 1927 à 63,3 % en 1950 pour atteindre son maximum en 1932 avec 140, 15% et 138,70 en 1934.
Un calcul très simple nous montre que pour l’essence, l’élévation des prix de 0,52 en 1927, à 0,66 depuis 1932 (sans tenir compte de la taxe provisoire de 0,10 peseta) correspond assez exactement à l’augmentation du droit
de douane de 15 pesetas or par 100 kgr. en 1927 converti en pesetas papier :
0,15 X (238,70 — 113, 74) X 0, 730, soit à peu de chose près 0,14 ou 0,66 — 0, 52.
Nous admettrons qu’il en a été de même pour les autres produits, quoique pour certains d’entre eux, et surtout pour les lubrifiants, l’augmentation des prix de vente ait dépassé celle du droit de douane converti en pesetas papier.
La C.A.M.P.S.A. en déduit que le commerce libre n’aurait pu vendre ses produits à des prix inférieurs à ceux du Monopole, en supposant naturellement, que les droits de douane aient été maintenus à leur valeur or 1927, malgré l’effondrement de la peseta qui en a rendu l’incidence beaucoup plus lourde pour le consommateur.
Cette affirmation repose sur une base beaucoup trop fragile pour que nous puissions l’adopter sans examen. Elle suppose en effet des frais généraux rigoureusement proportionnels au tonnage vendu, ce qui est inexact, car il est trop évident qu’un industriel qui double son chiffre d’affaires par exemple, ne voit pas ses frais généraux augmenter dans la même proportion.
A cet égard, la C.A.M.P.S.A. nous donne chaque année la décomposition de ses frais généraux avec leur incidence sur chaque hectolitre ou quintal vendu.
Ces calculs sont résumés dans le tableau suivant :
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