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LE RAFFINAGE ET LA PROSPECTION DU SOUS-SOL

Le problème des approvisionnements domine toute la question du pétrole dans les pays non producteurs.

C’est un point sur lequel nous pensons avoir suffisamment insisté dans les chapitres précédents.

Nous savons qu'avant le Monopole le marché espagnol avait été longtemps approvisionné par la Standard Oil Co (New-Jersey) et qu’en 1920 la Shell avait créé en Espagne une filiale de distribution.

En 1926 le pétrole russe avait fait son apparition; au cours de l’année suivante les importations russes atteignaient déjà 13% des importations globales.

En instituant alors le Monopole, l'Espagne s’aliénait délibérément ses deux premiers fournisseurs qui paraissent bien, malgré diverses tentatives de rapprochement, s'être toujours refusés à renouer avec elle leurs anciennes relations.

En bravant de la sorte les principaux producteurs du globe, dont l’hégémonie en matière de pétrole s’est exercée

si longtemps sur tous les pays importateurs et qui aujourd’hui encore contrôlent la plupart des marchés d’exportation, le Directoire faisait un geste bien téméraire.

Peu s’en fallut d’ailleurs que cette témérité ne lui devint fatale, car, si l'Espagne put en éviter les conséquences désastreuses, cela tint aux circonstances exceptionnelles qu'avait fait naître la surproduction aux Etats-Unis et le développement extraordinaire de la production russe.

L’omnipotence des trusts1 est si connue, elle a fait l’objet d’études si nombreuses que nous nous dispenserons d’esquisser à notre tour le rôle considérable que jouent, dans la distribution du pétrole à travers le monde, ces organismes hypertrophiés, aux ramifications tentaculaires et parfois mystérieuses que notre sens latin de la

mesure ne conçoit qu'avec un peu d’effroi et une certaine difficulté.

1. On sait qu’il existe aux Etats-Unis plusieurs «Standard Oil» provenant de la désagrégation de l’ancien trust créé en 1867 par John B. Rockfeller et dont la dissolution fut prononcée en 1911 par le Sherman Act.

A la suite de cette dissolution, les anciennes Compagnies du groupe de la Standard-Oil,au nombre de 33, reprirent leur indépendance, landis que ta société mère, la plus importante, prit le nom de Standard-Oil of New-Jersey et plus tard celui de Standard Oil C° (New-Jersey).

(Son capital s’élève à 750.000.000 de dollars et sa production de pétrole brut dépasse celle de la Russie avec 22.000.000 de tonnes en 1933.

La Standard Oil C° (New-Jersey) possède un immense réseau de pipelines et de raffineries, ainsi qu’une flotte de 196 bateaux-citernes. Elle a créé des filiales dans la plupart des pays du monde).

Le groupe rival la Royal Dutch-Shell, dirigé depuis près de 35 ans par Sir Henry Deterding, a pour origine l’alliance contractée entre la Royal Dutch fondée en 1890 et la Shell Transport And Trading Ce, société de navigation créée en 1893.

Le capital social, du groupe est d’un milliard de florins, près de 10 milliards de francs.

Sa production de brut s’est élevée, comme celle de la Standard Oil Ce (New-Jersey) à près de 22.000.000 de tonnes en 1933.

Au début de 1934, il possédait 42 raffineries réparties dans le monde et une flotte citerne de 1.818.245 tonnes.

En réalité il n’existe plus de trust dans l’industrie pétrolière et c’est seulement pour adopter la terminologie courante que nous nous servons de ce terme devenu impropre pour désigner les grands groupements pétroliers (Voir à ce propos une étude de M. J. Filhol, auquel nous emprutons ces données : «Les grands Truts pétroliers dans les Cahiers économiques et sociaux», op. cit.).

Le Monopole fut pour les trusts un véritable ultimatum. La mesure était dirigée contre eux. Le Directoire n’en faisait pas mystère et ne cachait nullement les sentiments qu'il professait à cet égard.

Non seulement la perte du marché espagnol, avec toutes ses possibilités, leur était sensible, mais, surtout, la contagion possible d’un pareil exemple à une époque où les théories étatistes connaissaient un regain de faveur.

Les efforts qu’ils firent pour déjouer la manœuvre furent vains et les « coups de poing sur la table » de M. Déterding restèrent sans écho.

« Le Monopole, déclara-t-il au général Primo de Riviera, au cours d’une entrevue épique relatée par M. Sotello, peut naître. Il vivra tout au plus un an ou deux. Après quoi il ne trouvera plus de fournisseurs »!.

La lutte paraissait inégale et tous les amis de l'Espagne étaient persuadés à l’époque qu’elle sortirait vaincue de la lutte et finirait par composer avec les trusts en suivant la loi du vainqueur.

Ii leur paraissait impossible en 1928 qu’un pays comme l'Espagne, dont la consommation était appelée à s’accroître considérablement du fait qu’elle ne comptait encore qu’un automobile pour 155 habitants ?, puisse assurer bien longtemps, avec toute la sécurité désirable, son ravitaillement en combustibles liquides sans le concours des deux puissantes entités qui en contrôlent pratiquement le marché.

En étudiant la période intérimaire, nous avons vu comment le Directoire avait relevé le défi et comment le pétrole russe avait sauvé le Monopole d’un échec certain. Nous 1. Calvo Sotello, op. cit.

2. Il y avait en Espagne 135.000 véhicules automobiles immatriculés en 1927

avons montré qu’au point de vue politique, le contrat russe avait eu des répercussions considérables et que le fait de traiter avec une des plus vieilles monarchies d'Europe avait été, pour les Soviets, un succès diplomatique incontestable et la première étape de la reconnaissance officielle de leur Gouvernement.

Le fait qu’un dictateur ait ainsi fait litière de son amour propre et se soit vu contraint, malgré sa répulsion, de faire appel à la république des Soviets, montre à lui seul combien le problème du ravitaillement des pays non producteurs est épineux et difficile à résoudre.

Pour conjurer l’emprise des trusts, qu’il redoutait d’ailleurs à juste titre, le Directoire courait délibérément un risque beaucoup plus redoutable : celui du fournisseur unique. Au lieu de s’attaquer résolument au problème de l’approvisionnement et d’en rechercher la solution dans un juste équilibre entre les différents producteurs du globe, il commençait par s’aliéner les plus puissants d’entre eux et liait partie avec un seul. C’était justement le Syndicat du Naphte placé, comme nous le savons, dans l’obédience absolue d’un Gouvernement dont la forme politique ne paraît pas encore donner des garanties telles qu’il semble indiqué de remettre entièrement entre ses mains le ravitaillement d’un pays en combustibles liquides. |

En faisant des Soviets son principal fournisseur et en se liant aussi intimement au Syndicat du Naphte, le Mono-

pole subordonnaïit trop étroitement son ravitaillement à la « grande inconnue russe ».

I] le laissait à la merci d’un changement de régime, qu’accompagneraient certainement de graves troubles intérieurs ou des complications internationales toujours possibles, pouvant amener un conflit dans les Balkans et entraîner inévitablement la fermeture des Dardanelles.

Privée pour une raison ou une autre du pétrole soviétique, l'Espagne se trouverait à l’heure actuelle dans une situation des plus critiques.

Ayant rompu toute relation avec ses anciens fournisseurs, elle se heurteraït de leur part à une fin de non recevoir, surtout en cas de guerre où la surproduction actuelle du pétrole ferait place bien vite à sa raréfaction.

Qu'on le veuille ou non, il est nécessaire de compter avec les trusts, étant donné leur puissance et les moyens dont ils disposent, qu’il s'agisse des sources de pétrole et de leur répartition géographique ou de leur organisation industrielle et commerciale (raffineries, pipe-lines, flotte pétrolière, parcs de stockage, wagons citernes, etc).

En le méconnaissant, le Monopole a commis une lourde faute dont l'Espagne peut un jour ou l’autre supporter les conséquences.

Certes, il était avantageux pour elle d’ouvrir largement son marché au pétrole russe que la proximité relative des centres de production y appelait tout naturellement.

Les conditions avantageuses offertes par le Syndicat du Naphte, jointes à l’économie sur le frêt, lui permettaient de jouer le rôle d’un volant régulateur des prix et de tenir en échec pour l'instant toute manœuvre de dumping ou tentative d’accaparement.

C'était déjà beaucoup et la sagesse eût voulu quele Monopole se contentât de ce résultat considérable.

En ne le faisant pas, et, en achetant aux Soviets plus de la moitié de ses fournitures, le Gouvernement espagnol, cédant à une solution de facilité, n’a pas compris que « le ravitaillement civil en temps de paix peut et doit servir de base à l’organisation des approvisionnements en temps de guerre» ?,

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