M. Pincatü, op. eil, Grandel
à s'appliquer aux substances organiques contenant du carbone et de l’hydrogène pour en extraire des hydrocarbures utilisables pour la combustion et le graissage ».
Cette méthode a pour origine lointaine les expériences faites par Berthelot au Collège de France en 1869 et au cours des quelles il avait pu transformer en hydrocarbures liquides un charbon contenu dans un tube scellé en le traitant par l’acide iodhydrique à haute température (2700).
Bergius et ses disciples eurent le mérite d’adapter, en l’industrialisant, le principe de cette découverte aux huiles lourdes de pétrole et aux goudrons provenant de la distillation de la houille à haute ou basse température ainsi qu'aux lignites.
Les brevets Bergius furent acquis et mis au point par le trust allemand des matières colorantes « l’Interessen, Gemeinschaft fur Far benindustrie » qui en appliqua d’abord lé principe à l hydrogénation des lignites pulvérisés.
L'I.G.F. construisit en 1926 une première usine d’hydrogénation à Mersebourg dont la production atteignit en 1927, 1.000 tonnes d’essence synthétique par mois.
” Cette essence s’obtenait en deux temps : le lignite, pulvérisé et mélangé à de l’huile lourde, était porté d’abord à une température voisine de 4509 sous une pression de 200 /250 atmosphères et mis en présence d'hydrogène.
Dans une seconde épération, le goudron, provenant de ce traitement, était hydrogéné en présence d’un catalyseur à des températures toujours plus élèvées encore et donnait naissance d’abord à des huiles, dont une fraction était incorpôrée au lignite pulvérisé servant de matière première à la fabrication, puis à des hydrocarbures plus légers et enfin à de l'essence synthétique.
Ce procédé semble bien n’avoir pas donné entière satis-
faction, car l’I.G.F. abandonna bientôt l’hydrogénation directe du lignite et de la houille, pour se consacrer en 1929 à celle des goudrons provenant de la carbonisation à basse température des lignites.
Elle traita de la même façon, les huiles résiduaires de pétrole qu'elle pouvait se procurer à vil prix et qu'elle valorisa en les transformant en essence.
Tout en continuant ces fabrications, l'I.G.F, a repris depuis 1932, avec des méthodes nouvelles, l’hydrogénation directe du lignite.
L'I.G.F. ne communique aucune des données qui permettraient de calculer exactement le prix de revient de ses essences synthétiques.
Il est certain que ce prix de revient est assez élevé, car la fabrication industrielle de ces essences nécessite un outillage gigantesque dont la construction fait appel à toutes les ressources de la technique la plus moderne.
Mis en œuvre à des températures et à des pressions aussi élevées, cet outillage onéreux doit être amorti rapidement.
Les investissements qui lui correspondent s’élèvent, d’après M. Ch. Berthelot, aux chiffres suivants « 1.200 à 1.800 fr. par tonne pour obtenir annuellement une tonne de goudron primaire; il faut encore 1.200 à 1.500 fr. pour transformer une tonne de goudron primaire en une tonne d'essence. Au total il faut dépenser 2.400 à 3.000 fr. par tonne d’essence synthétique »1.
Quant au prix de revient de l’essence d’hydrogénation (tout au moins par les procédés actuels) il s’élèverait en Allemagne à 20 pfennigs par litre alors que le prix del’essence naturelle rendue à Hambourg est à peine de 5 pfennigs.
1. Ch. Berthelot, Le génie civil 5° des 25 novembre et 2 décembre 1933,
13 et 20 avril 1935. Voir aussi un article de M. Ed. Schnnitz dans Chaleur et industrie, janvier 1935.
Aussi la « Deutsches Gazolin » a-t-elle souvent été qualifiée d’« essence de chauvinisme ». Sa fabrication nécessite en Allemagne une protection très étroite, qui se manifeste surtout par des exemptions fiscales et aboutit finalement à un gaspillage insensé de capitaux et de matières premières.
Elle a pour origine la disette de combustibles liquides dont a souffert l'Allemagne vers la fin de la guerre.
Cette disette de combustibles, et surtout d’huiles de graissage, après avoir immobilisé des milliers de camions, d’autos et de motocyclettes, voire même des escadrilles complètes: d'aviation, a gêné considérablement la poursuite des hostilités et précipité, sans aucun doute, la défaite Ne des empires centraux. Ne
:: Depuis, les gouvernements allemands ont toujours eu à ‘Pesprit les enseignements du passé et poursuivi, avec une ténacité étonnante, une politique de nationalisme à outrance en matière de carburants.
-.Cefte politique d’autarchie, qui embrasse d’ailleurs la -plüpart des matières premières dont l’Allemagne est restée tributaire de l'étranger, a reçu de nouveaux encouragements après le triomphe du national socialisme.
-. C'est ainsi que la capacité de production des usines de l’IL.G.F. vient d’être portée à 350.000 tonnes par an et qu’un décret du docteur Schacht a prévu la création toute prochaine d’une usine de distillation des lignites par les soins de la « Brauenkohlen Benzin A.G. ».
Cette société a été fondée le 26 octobre 1934; son capital de 250 millions de marks a été souscrit à titre obligatoire par tous les propriétaires de mines de lignite.
Elie escompte une production de 400.000 tonnes d’essence par an.
S1 l’on ajoute à ces chiffres la production indigène d’es-
sence tirée des pétroles bruts allemands et celle du benzol, on voit que l’Allemagne sera bientôt à même de produire, à partir de matières premières tirées de son sol, près d’un million de tonnes de carburants pour automobiles et couvrir ainsi plus de 40% de ses besoins.
L'importance du problème de l’hydrogénation a été comprise un peu plus tard en Angleterre ou depuis plusieurs années la « Low Temperature Carbonisation ltd » expérimente divers procédés de liquéfaction du charbon.
Le problème s’y présente sous un double aspect, national d’abord, car l'Angleterre ne saurait négliger la perspective qui s'offre à elle de créer sur son sol, une source de production d’ hydrocarbures, social ensuite, car l'hydrogénation viendrait en aide à l’industrie charbonnière si atteinte par la crise et atténuerait le chômage qui Y sévit avec tant d’ acuité.
Pour encourager l'hydrogénation, le Parlement anglais
a accordé à chaque gallon d’essence nationale une protection de 8 pence pendant 10 ans à partir du 1er avril 1934.
Cette protection a incité «l’Impérial Chemical Industries » à entreprendre à Billingham da construction d’une usine d’hydrogénation dont la création nécessitera une dépense de 2.500.000£ et dont la production atteindrait 100.000 tonnes d’essence par an.
Pour les obtenir, « l’Imperial Chemical Industries » traiterait chaque année 350.000 tonnes de houille et mettrait en œuvre, compte tenu des besoins de sa fabrication, plus d’un million de tonnes de houille par an.
De son côté, la «Low Temperature Carbonisation » prévoit
la construction, dans le pays de Galles, de 10 stations de carbonisation à basse température équipées, chacune, pour le traitement de 1.000 tonnes de houille par jour.
Elle compte obtenir ainsi, outre 2.250.000 tonnes de semi-coke, 240.000 tonnes de goudron primaire donnant naissance par hydrogénation à 240.000 tonnes d'essence par an. |
Le capital nécessaire à ce programme s’élève à cinq millions de £ dont la majeure partie a été souscrite par le public.
En France, l’hydrogénation est restée plus longtemps au stade expérimental. M. Pineau, Directeur de l'Office National des Combustibles Liquides le constatait encore en mai 1934, dans le rapport qu'il avait rédigé au nom de la Commission des Pétroles 1,
Envisageant l'hypothèse d’une disette de pétrole, il écrivait : « On ne peut pas ne pas être extrêmement inquiet quand on songe que, si au cours d’un conflit, la guerre sousmarine ou le refus éventuel de certains détenteurs de pétrole de nous approvisionner venait à tarir nos importations, le ravitaillement des armées pourrait être compromis.
Tous les efforts doivent donc être faits pour réaliser dans les meilleures conditions techniques et industrielles, mais, dans un minimum de délai, la fabrication de quantités à fixer de carburants qui ne seraient pas dans la dépendance de matières premières d’origine étrangère ».
Ces considérations viennent d'aboutir avec l’appui de l'Etat, à la construction de deux usines d’hydrogénation à Liévin et Béthune où, d’après les premières estimations,