‹ Le mont AthosChapitre 10 sur 35 · XX NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES · texte numérisé non relu

XX NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

tienne que le P. Lacordaire'apportaii dans ses affections, son zèle pour le relèvement des âmes se retrouvent tout entiers dans ces lettres qui font en même temps l'éloge de celui qui avait su inspirer un pareil sentiment à une âme aussi élevée. Voici ces lettres, au nombre de huit, que nous reproduisons ici d'après les originaux qui nous ont été confiés :

Rome, 5 juillet 1836.

J'ai presque cru, mon cher Emmanuel, que vous m'aviez oublié. C'eût été bien mal à vous. Votre lettre, en me tirant de peine, m'apporte, en outre, l'espérance de vous revoir encore à Rome. J'ai reçu cette nouvelle avec une véritable joie du cœur et me suis empressé de savoir si la bibliothèque du Vatican était déjà fermée. Elle ne l'est qu'à la fin de septembre et pendant le mois d'octobre, époque où nous autres, Romains, prenons nos vacances, entre l'été et l'hiver. On peut travailler quatre heures par jour au Vatican ; mais j'ai quelqu'un qui connaît le bibliothécaire, M^' Mezzofanti, et qui obtiendra de lui tout ce qui est humainement possible d'obtenir dans Y aima Città. J'y ferai de mon côté l'impossible. Toutefois, malgré le désir de vous posséder bientôt, je ne puis vous cacher, cher ami, que nous avons bien chaud ici, que les promenades, même à la fin du jour, sont accablantes quand on n'a pas de voiture. Si vos arrangements vous permettaient de venir du 15 août à la fin de septembre, ce serait bien mieux pour le plaisir et pour la fatigue moindre du travail. Vous verrez.

Les arrangements que vous avez pris à Ravenne me charment pour vous, ainsi que l'accueil qu'on vous y fait. Je vois que vous avez reçu quelque part la bénédiction de plaire, car vous êtes trop modeste pour croire que tout vient de vous. Vous êtes encore ingrat envers la cause qui répand où elle veut la grâce et la rosée, qui ouvre le cœur des hommes à

DE M. EMM. MILLER xxi

notre égard et les fait pencher vers nous ; mais nous sommes nés dans un siècle où la vérité, toujours difficile à connaître à cause de nos passions, Test devenue davantage par les plus grands efforts d'esprit qui aient été faits jusqu'ici contre elle. Félix qui potuit rerum cognoscere causas!

Je souhaite bien, cher ami, que vos pensées se tournent un peu de ce côté, parce que je vous aime, et que j'y ai trouvé une paix et une joie que je voudrais partager avec votre âme. J'ai connu comme vous la vie des sens et de l'orgueil : il est une vie plus enivrante et plus haute, un amour plus doux, une satisfaction de soi-même plus pleine, un océan nouveau qu'on ne connaît qu'après s'y être haigné jusqu'au fond. Là, on n'a point de ces tristesses mélancoliques qui me font bien augurer de vous. La tristesse naturelle du cœur, quoiqu'elle puisse devenir inutile, est néanmoins le signe d'une âme trempée plus avant dans l'infini et qui s'en souvient davantage. Mais je ne veux pas trop vous prêcher,d'autant plus que vous commencez à faire pénitence chez ce bon marquis Gavalli. Je suis bien touché de ce que vous pensez souvent à moi. Je pense aussi bien à vous.

Vos chapelets, bénis par le Saint-Père, à son audience du 7 juin dernier, jour où j'ai été admis en sa présence, ont été envoyés à M. Lebel, à Florence. Un mot de sa femme m'a appris qu'il les avait reçus. Si vous en voulez d'autres, nous les choisirons ensemble, à votre second séjour ici, et je les ferai porter à l'audience du pape par quelqu'un de ma connaissance. Quand vous viendrez, vous me trouverez encore via di S. Nicolô à Cesariniy n? 86. J'y suis bien, surtout depuis que j'habite mon appartement définitif, qui est plus grand et plus commode, et où je pourrai vous faire asseoir sur une espèce de canapé. Adieu. Écrivez-moi bientôt vos résolutions et votre itinéraire. Surtout ne jugez pas de la grandeur de mon amitié par cette petite lettre, et croyez-moi bien à vous, mon cher Emmanuel.

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