‹ Le mont AthosChapitre 12 sur 35 · XXIV NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES · texte numérisé non relu

XXIV NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

doivent être tous les hommes, toutes les créatures intelligentes, par rapport à Dieu et entre elles ; la loi des êtres est la loi de l'amour, et le christianisme contient la révélation de cette loi et les moyens de Taccomplir.

Je suis allé à la diligence pontificale m'informer de votre encre et de votre papier sympathiques et lithographiques ; on m*a dit qu'on n'avait rien reçu. Pour les chapelets, je vais m'en occuper, et vous les enverrai à Paris par une occasion, à moins que vous ne me donniez d'autres ordres. — En m'écrivant, mettez sur l'adresse Via di S. Nicole ai Cesarini^ v^ 56, parce que cela m'évite la peine d'aller à la poste.

Prenez garde au choléra, ne mangez rien de cru, et faites attention aux maux d'estomac. En vous conservant^ vous me conservez un ami précieux ; c'est moi-même que vous soignez. Adieu^ cher ami, à bientôt.

H. Lacordâire.

Rome, 7 août 1836.

Je suis fâché, mon cher ami, de n'avoir pas su plus tôt que le paquet que vous attendiez était à l'ambassade de France ; mais vous vous rappelez que vous m'aviez dit ne pas savoir par quelle voie il vous était adressé, et l'idée de l'ambassade ne m'est pas venue. Vous le recevrez par le même courrier qui vous porte cette lettre, et je vous envoie le petit bulletin qu'on m'a délivré ici, en cas que cela soit nécessaire. J'ai payé pour vous la somme énorme de quinze baiocques, laquelle jointe à trente baiocques^ prix de vos six chapelets en bois de coco, fait que vous êtes mon débiteur d'environ quarante-huit sous français. Si vous voulez que je vous fasse parvenir ces six chapelets par le courrier, il est encore temps, car ils ne doivent partir pour Paris que le 24 de ce mois.

Pour en finir sur les petites affaires, qui sont grandes par

DE M. EMM. MILLER xxv

le plaisir qae j'ai de m'occuper de vous, j'ai porté voire lettre à ce docteur en us au palais Gaflarelli, ce qui m*a donné Toccasion de voir, des fenêtres, une belle vue de Rome que je ne connaissais pas encore. Ne craignez pas, cher ami, de m'employer, même lorsque je n'aurais rien à y gagner que la joie de vous servir.

Vous êtes bien puni de votre obstination à ne pas revenir à Rome. Vous voilà seul à Florence, ennuyé, rongeant vos ongles, faisant une moue colère que je connais bien, comme un enfant gâté. Au lieu qu'ici, dans vos moments forcés de loisir, vous auriez eu un ami, des livres, de douces promenades le soir; car déjà depuis longtemps nous avons des soirées agréables, rafraîchies par un grand air. Les grandes chaleurs n'ont guère duré que du 20 juin au 21 juillet, et chaque jour nous nous approchons davantage d*une saison que j'ai toujours beaucoup aimée à cause des vacances, des vendanges, des pommes et des feuilles jaunies sur les arbres. Mon imagination ne me transporte jamais dans les scènes de la société, au théâtre, au bal, aux banquets, aux conversations ; mais souvent encore elle me ramène aux scènes de la nature. Je vois mon village, j'entends le bruit du vent dans les bois, le parfum des fleurs me trouble doucement. La nature est toute pleine encore de sa beauté primitive, et il n'y a pas loin d'elle au paradis terrestre, tandis que la société dégradée par le vice originel nous présente sous des formes sans cesse renaissantes le triste spectacle de notre déchéance. Puisque vous me connaissez si bien déjà, vous me reconnaîtrez à ces sentiments. Je désire que vous me connaissiez toujours davantage, non que j'espère ne rien vous offrir de triste et d'infirme, ce serait trop d'orgueil, et tout homme vu au fond a des plaies cachées, mais parce que l'affection véritable est humble, et qu'elle est bien aise de montrer l'homme nu et pauvre. C'est pourquoi je vous accepte bien, avec tous vos défauts, si grands qu*ils puissent être, si incorrigibles qu'ils soient. Ne vous contraignez pas avec moi ; soyez méchant.

Je ne vois rien de nouveau dans ma vie, si ce n'est une nou-

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