XXVI NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
yelle. affligeante que j'ai reçue par deux voies. M. de la Mennais, avec qui j'ai été lié autrefois, fait imprimer, à ce qu'il parait, un ouvrage sanglant contre le Saint-Siège, à propos du voyage que nous avons fait ensemble à Rome, au commencement de 1832. Une autre nouvelle, c'est le mariage très avantageux d'un de mes frères, et Taccouchement d'une autre de mes belles-sœurs qui a mis au monde un garçon fort bien portant.
Adieu, cher ami, parlez-moi de tout ce qui vous vient à l'esprit, de tout ce qui vous plaît et de tout ce qui vous fait de la peine. Vous avez en moi un cœur ouvert au vôtre et un serviteur fidèle.
Rome, 3 novembre 1836.
Voilà plus de deux mois, mon cher ami, que je n'ai point de nouvelles de vous ; je vous ai écrit à Marseille, comme vous me Tavez mandé par votre billet du 30 août dernier, et depuis vous êtes tout à fait comme un homme mort. J'espère bien cependant que vous vivez et que vous m'aimez. La distance qui nous sépare aujourd'hui ne peut affaiblir votre souvenir en moi ; il est vivant, je vous assure. Je vous en aurais donné plus tôt des preuves si j'avais su où vous prendre ; mais où avez-vous été depuis deux mois? Je sais que vous avez dû passer quelque temps à Nuits, en Bourgogne, voilà tout, et j'imagine qu'à présent vous êtes de retour à Paris, dans la rue de la Rochefoucauld. Pour moi, cher ami, je n'ai pas quitté Rome, si ce n'est pour faire une course à Tivoli et à Subiaco. Ce dernier lieu est célèbre pour avoir servi d'asile à saint Benoit, le patriarche des ordres religieux de l'Occident; il s'y cacha dans une caverne, au-devant de laquelle on a bâti un couvent qui porte son nom, et qui est une chose aussi
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curieuse à voir qu'édifiante. Sauf cette promenade, ma vie n*a pas cessé d'être la même, telle que vous la connaissez.
J'attends prochainement un ami qui m'est bien cher, et qui passera l'hiver à Rome, M. de Montalembert. Il est actuellement à Venise avec une jeune et charmante femme qu'il vient d'épouser en Belgique, comme je crois vous l'avoir dit. C'est une grande joie pour moi que son arrivée. Quand on ne vit pas du monde, mais d'affections sérieuses, la présence d'un ami est un bien doux plaisir. C'est pourquoi j'aurais voulu vous conserver plus longtemps à Rome. Nous y avons eu une grande peur du choléra; nous n'y pensons plus aujourd'hui, bien qu'il soit à Naples, d'où il se répand dans les environs. Je crains bien qu'au printemps nous n'acquittions largement notre dette à son égard, à en juger du moins selon les probabilités humaines.
Je vous prie, mon cher ami, de m'écrire bientôt, et de me dire tout ce que vous avez fait depuis notre séparation, et ce dont vous vous occupez maintenant. Vous savez que tout ce qui vous intéresse, tout ce qui est vous ou de vous m'intéresse moi-même. Avez-vous revu nos deux aimables compagnons de voyage, M. et M"* Lebel ? Si vous les voyez, n'oubliez pas de leur présenter mes compliments et mes hommages, et de dire à Madame que j'ai reçu le petit billet qu'elle a eu la bonté de m'écrire de Florence. Et vous, avez-vous reçu les chapelets que je vous ai adressés à Paris? J'espère qu'ils vous sont parvenus .
Depuis votre départ, j'ai fait la connaissance du chargé d'affaires belge et de sa famille. Je vais souvent les voir ; ils ont mille bontés pour moi. J'aime beaucoup les Belges. C'est une nation qui n'est pas spirituelle, mais pleine de sens, énergique dans l'occasion et singulièrement attachée au christianisme. Voilà, mon cher ami, pour envoyer si loin, une bien pauvre et courte lettre. Heureusement le cœur d'où elle sort vaut mieux qu'elle, et il vous renouvelle toutes les expressions de son tendre et sincère attachement.
H. Lacordairb.
xxviii NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
Rome, 26 décembre 1836.
II est bien temps, mou cher bon ami, de vous envoyer mes souhaits de bonne année. Je vois finir avec regret celle où je vous ai connu ; mais tout s'en va, ce que Ton voudrait retenir aussi bien que le reste, et notre cœur seul peut opposer sa constance à la rapidité du temps. Je vous aime donc toujours comme à Gènes et à Rome ; je pense à vous, je me réjouis de vous revoir un jour, et en mettant le pied sur le sol de la France, elle sera plus grande et plus riche pour moi à cause de vous.
J'ai reçu votre lettre du 1" décembre oCi vous me dites des choses aimables pour notre Bourgogne. Je suis bien aise qu'elle vous ait plu et que vous y ayiez des amis. Revenez-y souvent. Avez-vous commencé à lire le comte de Maistre, comme vous me l'aviez promis ? Je tiens à ce que vous fassiez cette lecture. Vous n'êtes plus un enfant ni un écolier. Il est temps que vous songiez à ce qui a occupé toute la terre et les plus grands hommes qu'elle ait produits. Votre cœur, je le vois, est digne de connaître la vérité, et l'état d'indifférence où vous êtes ne tient qu'à une ignorance bien pardonnable dans le siècle qui nous a élevés, vous et moi. Mais il serait honteux de n'en pas sortir. Lisez donc de Maistre, 'je vous en prie, et faites cela pour moi puisque vous êtes assez bon pour m'aimer un peu. Je ne veux pas vous convertir, quoique vous en ayiez grand besoin. Dieu seul le peut, c'est son œuvre par excellence, plus difficile que la création d'un monde, parce qu'il rencontre dans notre liberté un obstacle à sa toute-puissance. Je me borne à vous souhaiter passionnément le bonheur que je ressens pour la vérité. J'étais hier à Saint-Pierre pour la fête de Noël, cela était beau et touchant.
A propos de Saint-Pierre, vous recevrez dans le courant de janvier une lettre sur le Saint-Siège que } envoie à Paris pour
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y être imprimée, à l'occasioD du malheureux livre qui a été publié récemment sur Rome. Je vous condamne à la lire jusqu'au bout, plus orgueilleux en cela que vous-même, qui ne voulez pas que je dévore tous vos Vandales. Mais je me garderai de vous obéir, et je vous remercie de l'exemplaire que vous me réservez. Je ne sais ce que sont devenus vos chapelets. Tant pis pour vous, vous n*êtes pas digne de donner de pareils objets de foi et d'amour. J*ai fait, du reste, toutes vos petites commissions avec fidélité.
Adieu, cher ami, ne m'oubliez pas et comptez sur mon tendre attachement.
Rome, !•' jaillet 1837.
Je suis charmé, mon cher ami, d'avoir mis votre science en défaut. Ce fameux ouvrage intitulé Mientras, Schediasmata antiqtia, Matriti, 1653, m-4*>, est cité plusieurs fois, particulièrement en notre page 34, dans une histoire des Vandales imprimée à Paris en 1836, par un Monsieur Marcus *. Du reste, je vous dirai, pour vous consoler, qu'on n'a pu trouver cet ouvrage dans les bibliothèques ni à Rome, ni à Naples, ni à Munich, ni à Vienne, ni à Berlin, ni à Londres. Il n'y a plus que Madrid à consulter, après quoi M. Marcus lui-même, lequel est professeur d'allemand au collège de Dijon.
Nous avons ici cette chaleur étoufTante qui vous était si agréable l'an passé. J'ai fait un petit séjour tout récemment à Genzano, joli village près du lac de Némi. Demain, je pars
1. Histoire des Wandales, depuis lear première apparition sur la scène historique Jdsqa*à la destruction de leur empire en Afrique; accompagnée de recherches sur le commerce que les États barbaresques àrcnt avec l'étranger dans les six premiers siècles de l'ère chrétienne, par Louis Marcus, professeur d'allemand, 1836. Paris, A. Bertrand, in-S». — Une seconde édition a para en 1838. Paris, Bofet, Brockhaus et Avenarius, in-S».
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pour Frascati, où je compte demeurer quelques jours chez la princesse Borghëse. Cela ne me rapproche pas de vous, cher ami, mais peut-être nous reverrons-nous encore en ce monde, et j'espère vous retrouver bon et aimable toujours. Adieu, mon cher savant ; je suis bien aise d'avoir un peu humilié votre orgueil et vous aime bien.
n. Lâcordaibe.
VU
Pari9^ 15 noTembre 1837.
Mille remerciements, mon cher ami, de vos bonnes recherches. Puisque Tannée dominicaine est si considérable, apportez-moi seulement le volume où est saint Dominique, qui doit èlre celui du mois d'août, sa fête étant le 4 août. Je serai de retour samedi avant midi, et donnerai Tordre de vous laisser monter à quelque heure que vous veniez. J'ai été bien heureux de vous revoir et vous embrasse tendrement.
U. Lacordairb.
vm
Paris, 27 avril 1838.
Mon boucher Emmanuel, je suis tout à fait casé à Thôtel du bon Lafontainc, rue de Grenelle, n° 16. C'est bien moins loin de vous qu'à Timpassc des Vignes, et c'est pourquoi je m*en réjouis. Si quelquefois, de midi à trois heures, vous avez un moment de libre, vous serez sûr de me trouver, et bien plus sûr encore de me causer une grande joie.
J'irai aussi vous voir, et de loin comme de près, je ne cesserai pas d*ètre le même, c'est-à-dire de vous aimer beaucoup.