XXXVI NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
bler pour délibérer sur notre sort. A trois heures après-midi, nous pûmes nous débattre avec la douane et à sept heures nous étions libres... » (15 septembre.)
Ainsi se terminait ce second voyage en Italie dont M. Miller a résumé les impressions dans ce paragraphe de la dernière lettre qu'il écrivit au marquis de Forlia, de Florence, le 2 septembre précédent :
Florence^ 2 septembre, — « Me voici donc à la fin de mon second pèlerinage, Dieu merci! Les saisons que j'ai choisies, ou plutôt que les^circonstances m'ont imposées pour voyager, sont les plus désagréables, et je quitte toujours l'Italie au moment où on y entre. Au fond, je n'en suis pas fâché, parce que le contraste sera plus tranché et j'apprécierai encore mieux le bien-être physique et moral que je goûte auprès de vous. La vie est pleine de sacrifices, et ce qui aux uns parait un plaisir, une jouissance, n'est bien souvent qu une corvée pour celui qui en acquiert Texpérience. Une existence traînée de ville en ville, seule, isolée, sans autre contact que celui des connaissances, des rencontres improvisées, porte avec elle trop d'ennui, de mélancolie, pour qu'on soit tout entier à l'admiration que peuvent exciter en nous un beau monument, de belles ruines, un chef-d'œuvre de Raphaël ou du Titien. Que seraitce si je n'avais pas eu l'avantage de rencontrer des personnes ausi bonnes, aussi bienveillantes, aussi obligeantes que celles qui m'ont reçu à Naples, à Rome et à Ravenne ? Il en est autrement du commis-voyageur qui roule avec sa pacotille, ses échantillons et une bonne dose d'affection cosmopolite. C'est là, le marin de seconde classe qui se marie dans tous les ports, et qui trouve des amis partout où il voit une pipe et une bouteille. Combien en ai-je rencontré de ces genslà, gais, insouciants, heureux, vantards, causeurs, insupportables ! Le voyageur seul, quand il n'est pas absorbé par des intérêts commerciaux, est dans la meilleure situation pour observer, juger, profiter. Le cœur humain a tant de variétés et prend tant de formes selon les occupations habituelles de l'esprit ! »
DE M. EMM. MILLER xxxvii
A peine revenu en France, M. Miller reprît, avec ses fonctions à la Bibliothèque royale, le cours de ses savants travaux.
Il transcrivit ou coUationna les différents morceaux qui forment les Anecdota Parisiensia, dans les Anecdota grœca e codd. manuscriptis Bibliothecœ Regiœ Parisiensis, édités par J. A. Cramer, à Oxford, en deux volumes (1839). Ce savant recueil est dédié à M. Hase, et la préface rend hommage au zèle et à l'érudition de M. Miller.
Celui-ci avait déjà publié dans le Journal des Savants^ en 1838, un article sur une nouvelle édition d'Etienne de Byzance, par Antoine Westermann, professeur de littérature grecque et romaine à l'Université de Leipsick.
L'année suivante, il consacra également dans le Journal des Savants deux longs articles à l'édition des paradoxographes grecs, donnée, cette même année (1839), à Londres, parWestermann *.
M. Miller fit faire de ce travail un tirage à part dont les exemplaires contiennent une partie qui manque au Journal des Savants^ sans que l'auteur explique les motifs de cette suppression. Ce supplément est consacré à la restitution d'une épigramme grecque d'un écrivain paradoxographe, se rattachant à un fait paradoxal, et publiée dans le volume de Weslermann, page 180. Il est difficile de comprendre pourquoi cette partie critique, Hée si intimement au sujet, ne se trouve pas à sa place dans le Jom*nal des Savants,
Mais ce n'étaient là que de savantes distractions que M. Mil-
1. nAPAAOSOrPA*OL Scriptores reram mirabillum Grœc!. Insuiit: (Aristotelis) mirabiles auscultatioucs, AntigoDif ApoIIoniif PhlegODtis historiffi mirabiles, Micbaelis Pselli lectiones mirabiles, reliquorum ejusdem gencrifl Bcriptoruin depcrditorum fragmenta; acceduot Phlegootis, Macrobii et olympiadum reliquise et anooymi tractatus : de mulieribus, etc. — Edidit Anto- Diu8 WeetermauD, Ph. D. lilt. gr. et rom. in nniv. Lips. P. P. 0. Brunsvige; sumptum fecit Georgius Wcstermann; Londini, apud Black et Armetrong, 1839, in-80 de 411-223 p.
(Journal des Savants, octobre-décembre 1839.)
xxvm NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
1er se permettait pendant Fimpression d'un ouvrage important qui, du premier coup, établit sa réputation. Le volume a pour titre :
Périple de Marcien d'Héraclée, Epitome d'Artémidorey Isidore de Charax, ctc, ou supplément aux deriiièrea éditions des Petits Géographes, d'après ini manuscrit grec de la Bibliothèque royale (avec une carte), — Paris, 1839, Imprimé par autorisation du roi à l'imprimerie royale, iQ-8% de xxiv-363 p.
Dans sa préface, M. Miller annonçait qu'en publiant cet ouvrage, il avait voulu faire une suite à Tédition comnnencée par M. Gail, des Geographi minoi^es, dont il déplorait Tinterruplion; puis il donnait de curieux détails sur le manuscrit même qui lui avait servi à établir son texte.
Ce manuscrit précieux venait d'entrer à la Bibliothèque royale. C'était un volume, de format très petit in-4*, de 143 pages, écrit sur parchemin, et qui ne pouvait être plus récent que le commencement du xni® siècle. Il avait été acquis on 1837, à la vente de la Bibliothèque de M"° la duchesse de Berry, ainsi que le fameux manuscrit du code Théodosien. — On pourrait s'étonner de trouver un manuscrit de géographie grecque dans une collection principalement formée de livres de luxe ou de manuscrits français et italiens que M"' la duchesse de Berry recherchait surtout à cause de leur mérite artistique et de la richesse des miniatures, si les amateurs de livres ne savaient qu'un savant collectionneur, M. le comte Lepeletier de Rosanbo avait obtenu Tautorisation de faire figurer dans cette vente plusieurs manuscrits importants de sa bibliothèque. Or, ces manuscrits se trouvaient dans la famille Lepeleticr de Rosanbo par suite du mariage de Marie UEschassier, petite-fille de Pierre Pithou, petite-nièce de François Pithou, avec Louis Lepeletier, secrétaire du roi, père de Claude Lepeletier, qui fut contrôleur général des finances après le grand Colbert *.
Avant la vente ce manuscrit avait été examiné par les
1. Voir la prérace de M. Berger de Xivrey, en tête de son édition des Fables de Phèdre^ d'après le manuscrit de Pithou, p. 30 et 31.
DE M. EMM. MILLER xxxix
experts de la Bibliothèque royale qui en avaient apprécié l'intérêt. M. Miller, en l'étudiant de plus près, en fit ressortir toute rimportance, bien plus considérable qu'on ne Tavait cru au premier abord.
Ce manuscrit, qui est inséré dans le fond du supplément grec, sous le numéro 443, contient six ouvrages différents dont voici le détail :
1** Périple de Marcien d'Béraclée^ en deux livres, ouvrage malheureusement incomplet.
2® Epitome des onze livres cTArtémidore d'Ephèse^ par Marcien d*Héraclée, publié dans Hudson, à la suite de l'ouvrage précédent. « Ces deux ouvrages de Marcien d'IIéraclée n'ayant pas élé publiés dans la collection des Petits Géographes de M. Gail, j'ai cru devoir, observe M. Miller, en donner une nouvelle édition d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale, qui fournit des rectifications importantes de noms et de chiffres ; plusieurs lacunes sont remplies et presque tous les nombres, défectueux jusqu'alors, y sont donnés avec la plus grande exactitude. »
3® Le Périple de Scylax^ avec le même titre au commencement et à la fin. Dans la préface, qui est d'un auteur anonyme, il est dit que ce Périple appartient à l'écrivain le plus ancien qui ait porté le nom de Scylax : ce point d'antiquité avait déjà été fort souvent et fort longuement discuté, et il est à croire que l'ouvrage, tel que nous le possédons aujourd'hui, n'est qu'un extrait abrégé du périple de Scylax. M. Miller s'est contenté de faire la collation de ce périple, en discutant, lorsqu'il y avait lieu, les bonnes et les mauvaises leçons. « C'est surtout en faisant ce travail, ajoute-t-il, que j'ai été à mèmed*apprécier toute Timporlancc du précieux monument géographique qui vient d'entrer dans le département des manuscrits grecs de la Bibliothèque du roi. Un examen consciencieux m'a fourni la preuve qu'aucun éditeur n'a connu notre manuscrit, et que les éditions de Scylax ont été faites d'après une copie inexacte de ce volume. En effet, le feuillet formant les pages 93 et 94 se trouve coupé diagonalement et