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aux trois quarts ; les fragments du r^6?/o ont été imprimés tant bien que mal par Hudson et par M. Gail ; mais ces éditeurs, comme leurs devanciers, ont omis les fragments du verso. Cette omission provient, sans le moindre doute, de la négligence du copiste qui aura tourné le feuillet sans s'occuper du verso. J'ai publié ces fragments à leur place, et j*ai cherché à les restituer, restitution, du reste, que je ne hasarde qu'avec la plus grande réserve. »
4" Stathmes Parthiques, d'Isidore de Charax, attribuées faussement à Athénée dans le manuscrit; dans sa collection, M. Miller a intercalé les variantes du manuscrit grec, n* 571, qui n'avait pas encore été coUationné, ou, du moins, qui ne l'avait pas été avec soin ; il a publié un nouveau texte et une traduction en latin de cet ouvrage, parce qu'il manque dans les dernières éditions des Petits Géographes, Des notes accompagnent cet opuscule.
S" F?*agments en vers et en prose de Dicearque ^ moins celui qui est intitulé : de Pelià monte^ dont M. Miller s'est contenté de donner les variantes fournies par le manuscrit grec, n" 371.
6'' Les 741 vers de Sctjmnusde Chio, publiés par Hudson et par M. Gail ; le titre n'existe nulle part ; Touvrage est incomplet et s'arrête à la fin de la page 145, le verso de cette page étant resté illisible. M. Miller conjecture de l'absence du titre dans son manuscrit qu'il doit être regardé comme l'original qui a servi aux copies postérieures, et il ajoute : « La lacune qui existe dans les éditions, depuis les vers 119, jusqu'aux vers 125, existe aussi par le fait dans notre manuscrit, je veux dire que l'écriture est tellement effacée qu'il est impossible d'en tirer aucun sens, et même, à mon grand regret, je dois avouer que le procédé chimique de M. Simonin a échoué contre l'usure du parchemin. Ceci prouve encore que les manuscrits de Scymnus de Chio ont été faits d'après le nôtre, car il est évident que le copiste, ne pouvant lire ces vers, les aura laissés en blanc. »
L'examen approfondi de ce manuscrit précieux convainquit
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M. Miller qu*il était en présence du manuscrit même qui avait appartenu à Pierre Pithou, et que sa date ne pouvait guère remonter au delà du xiu® siècle. Une traduction latine accompagne le texte de Marcien d*HéracIée et d'Artémidore, qui sont en outre suivis de notes abondantes. Le volume se termine par (^ux fragments inédits de géographie, tirés du manuscrit grec, n* 39, et contenant une liste des principales tles de TEurope, avec leurs périmètres estimés en stades. Enfin, la carte comprenant tous les noms de lieux cités par Marcien d'Béraclée et Isidore de Charax a été dessinée par le colonel Lapie.
Cette publication faisait le plus grand honneur au jeune bibliothécaire, et dès le mois d*avril 1839, M. Letronne, dont l'importance scientifique était considérable et dont le nom faisait autorité en matière de critique, commença dans le Journal des Savants, une série d'articles à son sujet.
Après avoir rappelé les premières publications de peiùs traités grecs relatifs à la géographie^ depuis Sigismond Gelenius qui donna, en 1533, chez Froben, à Bàle, une édition princeps des Périples d'flannon et d'Arrien, après avoir mentionné les éditions d'Henri Estienne, en 1593, de Haeschel, en 1600, le projet de Lucas Holstenius, de réunir en un seul corps, tous les petits traités géographiques grecs qui nous restent de l'antiquité, projet qu*il développa dans une lettre à Peircsc, en 4628, lettre publiée d'abord par le marquis de FortiadTJrban (plan d'un atlas historique)^ M. Letronne parlait ainsi du nouvel éditeur :
c( M. Miller, jeune helléniste, employé au département des manuscrits, ayant fait une étude particulière du manuscrit de Pithou, se proposa d'en donner seulement une description sommaire, destinée aux notices des manuscrits ; mais il a pensé, et avec raison, que ce précieux monument méritait plus qu'une notice succincte ; il a préféré d'en faire l'objet d'une publication spéciale et la matière d*un volume séparé, où il consignerait tous les détails, toutes les observations qui lui paraîtraient nécessaires.
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« Ce plan arrêté, il pouvait publier de nouveau les six pièces que ]e manuscrit contient, ou bien n'en donner que les variantes, ou enfin publier les unes en entier, et seulement les variantes des autres. C'est à ce dernier parti que M. Miller s'est arrêté, en vue de Tédition de M. Gail qu'il a supposé devoir être entre les mains de ses lecteurs. Comme trois des six pièces du manuscrit existent dans c^tte édition, à savoir : Le Périple de Scylax, Dicéarque et Scymnus de Chio, il n*a donné le texte entier que du Périple de Marcien d'Héraclée^ des Epitome d'Artémidore et d'Iaidore de Charax. Il s'est contenté pour les trois autres d*en collationner avec soin les variantes, qu'il a mises en regard des leçons de l'édition de M. Gaii, en discutant quelques-unes d'entre elles, et en exposant les motifs qu'on peut avoir de les rejeter ou de les admettre.
« Je rcgretle qu'il ait adopté ce dernier parti... Je n'aî cependant ni le droit ni la volonté de lui en faire un reproche, s'il a élé arrêté par la crainte d'augmenter les frais de la publication ; encore moins, si le parti qu'il a pris tient àla défiance de ses forces. Cette modestie est un mérite assez rare pour qu'on doive l'en féliciter. Quand on sait tout ce qu'il y a de difficile, tout ce qu'exige de sagacité un travail critique sur des fragments tels que ceux de Dicéarque et de Scymnus de Chio, on conçoit qu'un jeune homme modeste, au début de sa carrière, craigne de se jeter au milieu de difficultés capables d'arrêter les plus habiles. Si donc j'exprime ce regret, c'est principalement dans l'intérêt de l'avenir scientifique du jeune éditeur. Les conseils éclairés et bienveillants ne lui auraient pas manqué. Son excellent mattre, M. Hase, ainsi que M. Boissonade, au mérite desquels il rend, dans sa préface, un si juste hommage, auraient soutenu ses pas dans cette carrière épineuse; ils lui auraient ouvert avec libéralité le trésor de leur érudition et de leur expérience. La philologie grecque et latine est une mine qui, depuis trois siècles, a été fouillée par tant de critiques éminents, qu'il est bien rare d'y découvrir un nouveau filon. Lorsqu'on est assez heureux pour en ren-
DE M. EMM. MILLER xun
conlrer un qui annonce quelque richesse, il faut se hâter de le suivre jusqu*au bout. L^acquisition du manuscrit de Pithou fournissait à M. Miller une occasion qu'on trouve difficilement deux fois. 11 Ta, je crois, laissé échapper en partie ; mais il est encore temps pour lui de la ressaisir avant qu*on ne la lui enlève sans retour. Je Tinvite à nous donner, d*ici à peu de temps, une édition des fragments deScymnuset de Dicéarque qui mette en lumière son sentiment critique et sa connaissance de la langue et de la littérature grecques. Je désire que les observations contenues dans cet article et le suivant lui montrent du moins la route, etc.. »
Malgré le ton bienveillant, en apparence du moins, de cet article, M. Miller se sentit blessé des critiques qu'il contenait ; il voulut répondre, et, comme les usages ne permettaient pas l'insertion de sa réponse dans les colonnes du Journal des Savants^ il fit imprimer chez H. Foumier, rue de Seine, 14, une Lettre à M. Lettonne sur un article du Jounml des Savants ^ lettre dans laquelle il reprochait, non sans quelque amertume, à M. Letronne, de chercher à décourager, par ses critiques, les jeunes gens qui se préparaient à la dure ef ingrate besogne de publier des manuscrits inédits ; il allait plus loin, et ne craignait pas de signaler les erreurs dans lesquelles l'auteur de Tarticle était tombé, en signalant celles que Téditeur du livre n'avait pas commises :
« Vous voyez, écrivait-il, que vous même n'êtes pas infaillible, surtout en latin, langue qui vous est, comme on sait, très peu familière, car je n'ai pas besoin, je pense, de vous rappeler à ce propos la lettre que vous écrivit M. Peyron, de Turin, en 4837. »
Cette lettre, on le voit, est d'un ton très vif; nous y insisterons d'autant moins que, plus tard, M. Miller a semblé regretter de s'être laissé emporter par sa susceptibilité en l'écrivant, et qu'il en a retiré les exemplaires qui avaient été mis dans le commerce.
Nous devions cependant la signaler comme le premier trait de cette indépendance d'esprit et de cette susceptibilité
XLiv NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
un peu ombrageuse qui ont été, jusqu*à la fin de sa vie, les traits caraclérisliques de sa nature.
M. Lctronne ne répondit pas aux reproches qui lui étaient adressés et continua, dans le Journal des Savants^ ses articles de critique sur le volume du Supplément aux petits géographes grecs ; seulement, Tannée suivante, comme, à l'occasion de la publication faite par M. Letronne des Fragments des poèmes géographiques de Scymmts de Chio et du faux Dicéarque^ restitués priiicipaiement d'après le 7nanuscrit de la Bibliothèque royale^ etc. (Paris, Pihan de La Forest, librairie de Gide, 1840, in-8), publication qui n'était qu'une refonte générale des quatre articles publiés sur Touvrage de M. Miller, ce dernier avait renouvelé ses critiques et ses réserves, dans la Revue de bibliographie analytique^ qu'il avait fondée avec son ami, M. Aubenas, M. Letronne répondit par une lettre très digne, qui, publiée dans le numéro de juillet 1840, mit fin à cette polémique, qui se comprend, en somme, entre deux savants si bien faits pour ne pas s'entendre.
Nous venons de parler de la Revue de bibliographie analytique ; c'est, en effet, une des publications périodiques les plus importantes de cette époque, et, comme elle est assez peu connue aujourd'hui, il est juste de la faire sortir d'un oubli immérité et de la signaler ou la rappeler à tous ceux qui s'intéressent aux choses de la science et de la haute littérature, comme un des recueils les plus sérieux. Son but, nettement défini dans quelques lignes de préface, était de tenir les lecteurs au courant de tout ce qui se publiait d'important en Europe et de leur fournir tous les renseignements qui leur étaient nécessaires.
« Voulant rendre cette entreprise tout à fait profitable aux savanLs, nous donnerons — disaient les éditeurs — sur chaque livre une analyse abrégée mais précise et complète, nous attachant à reproduire sa substance, son idée fondamentale, ses subdivisions, son esprit, son aspect et son objet ; nous signalerons surtout ce que les ouvrages d'érudition peuvent présenter de nouveau et d'inédit; nous mentionnerons avec
DE M. EMM. MILLER xlv
soin les sources, les pièces originales, les chartes, etc. Toutes les branches des connaissances humaines sont du domaine de notre Revue, et nous avons compris en même temps que, comme la science ne connaît pas les séparations des peuples et des nations, il était nécessaire de donner dans notre travail une large place aux productions étrangères et notamment à celles de TAUemagne et de TAngleterre, nos deux émules. »
C'était là un beau programme; le plus grand éloge que l'on puisse faire aux éditeurs de la Revue de bibliographie analytiquey c*est qu'ils Tout exactement rempli pendant cinq années.
Après six mois d'existence, la rédaction delà Revue pouvait se rendre cette justice d'avoir fidèlement tenu les promesses qu'elle avait faites ; elle avait rendu compte de plus de quatre cents ouvrages ; elle en avait annoncé plus de cent ; de ce nombre, la moitié étaient allemands, anglais, italiens ou espagnols^ et portaient ladate de 1839 ou de 1840. Ces chiffres seuls suffisent à prouver l'utilité de cette publication nouvelle.
Les articles n'étaient pas signés^ mais cependant leurs auteurs étaient généralement connus. Ils étaient presque tous de la familiarité du marquis de Forlia d'Urban, qui prenait luimême la plus grande part à la rédaction des notices concernant les ouvrages d'archéologie, d'histoire ou de géographie ; nous croyons qu*on peut, sans se tromper, attribuer, de même, à M. Miller, lapins grande partie des articles consacrés aux auteurs grecs et aux découvertes archéologiques. Du reste, dès la seconde année de son existence, la Revue de bibliographie analytique, inscrivit sur son titre les deux noms de M. E. Miller et de M. Aubenas, comme directeurs et rédacteurs généraux. C'est pour cela que nous mentionnons à cette date de 1840 ce recueil à la rédaction duquel M. Miller prit de 1840 à 1845 une si grande part.
Malheureusement, la Revue de bibliographie analytique n'eut pas une existence plus longue : elle cessa de paraître en 1845; mais cette publication, qui avait rendu de si grands services, avait ouvert une voie nouvelle dans laquelle devaient la suivre plus tard des successeurs, parmi lesquels il faut
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compter la Revue critique et le Bulletin critique j sans parler de beaucoup d'autres revues bibliographiques d^une moindre importance.
Celte même année^ 1840, M. Miller publia, chez Brockhaus et Avenarius (80, rue de Richelieu), un Éloge de la chevelure^ discours inédit d'un auteur grec anonyme, en réfutation du discours de Sgnémis, intitulé : Éloge de la Calvitie, d'après un manuscrit de la Bibliothèque royale.
En 1839, M. J. Geel, bibliothécaire en chef de TUniversité de Leyde, membre de llnslilut royal des Pays-Bas, et correspondant de celui de France, avait fait paraître, à Leyde, une brochure fort importante, sous le titre de : Lettre à M. Hase sur le discours de Dion Chrysostâme, intitulé : Éloge de la chevelure.
Dans celte lettre M. Geel cherchait à prouver que VÉloge de la chevelure, de Dion Chrysoslôme, que Ton croyait absolument perdu et qu'on cherchait en vain dans les manuscrits de cet écrivain et dans le catalogue de ses ouvrages que nous a laissé Pholius, se retrouvait tout entier dans le discours de Synésius, intitulé : Eloge de la calvitie, qui est une réfutation de celui de Dion. M. Geel prouvait que ce que l'on avait cru jusqu'alors être une simple citation faite par Synésius était, au contraire, Touvrage entier de Dion, et il arrivait à cette preuve par la discussion du texte lui-même, par la manière dont la prétendue citation est amenée, et par une phrase qui paraît positive*.
Celle découverte fit assez grand bruit et ramena Tatlention des savants sur ces deux opuscules. M. Miller, en s'en occupant, lui aussi, trouva dans un manuscrit grec de la Bibliothèque royale une réfutation de la Réfutation de Synésius, dans laquelle Tauteur parlait aussi du discours de Dion,
1. En effet) selon M. Giel, Synésius ne dit pas : « Je vous dispense de cher* cher le passage, dont je veux parler, dans le discours de Dion. En voici qu elques lignes que j ai copiées », il dit : » Ne prenez pas la peine de dérouler rÉioge: je vais vous le réciter; ce ne sont que peu de lignes. » Puis il ajoute: « Mais il est élégamment écrit. »
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mais sans en citer aacan fragment. L'oposcole était anonyme, et, malgré toutes ses recherches, M. Miller ne pnt parvenir à découvrir ni le nom de Tautenr ni à quelle époque elle avait été écrite. Cependant, dans son introduction, il s*esl attaché à démontrer que l'ouvrage a dû être composé à une époque à peu près contemporaine de Svnésius; il incline même à croire que Fauteur n*est pas un chrétien, comme sembleraient l'indiquer certaines expressions et certaines pensées qui dénotent Tesprit de la philosophie platonicienne.
Quoiqu'il en soit, Touvrage, en lui-même, est très remarquable par le style, par la forme et par la pensée. L'auteur anonyme a pris au sérieux V Éloge de la calvitie et a réfuté très spirituellement les arguments de Synésius. M. Miller en a publié le texte grec aussi purement qu*il était en son pouvoir, car le manuscrit était unique, en l'accompagnant de notes critiques et philologiques.
Mis en goût par cette découverte. M. Miller publia, Fanoée suivante, en 1841, dans la deuxième partie du tome XIV, des Notices et EIxtbaits des JU^rscBrrs, une Sotice sur un manuscrit grec, contenant une rédaction inédite des fables d'Ésope. Ce manuscrit, qui porte le n* 1788, avait échappé jusqu'alors aux investigations des éditeurs, si nombreux cependant, qui ont tant travaillé sur Ésope, et recherché les apologues qui portent son nom. Les fables, au nombre de soixante-huit, que M. Miller a publiées et dont la rédaction est souvent élégante et peut servir quelquefois à corriger le texte de celles qui sont connues, avaient été ignorées même de Coray qui avait fait paraître, en 1810, dans la collection de la Bibliothèque grecque qui porte son nom, le recueil le plus complet des fables connues sous le nom d'Ésope- La publication faite par M. Miller était donc des plus curieuses ; son mémoire offre pour nous un intérêt plus grand encore, car il se termine par une lettre de M. Wladimir Brunet de Presle, dont il devait être plus tard le confrère â llnstilut et le successeur dans la chaire de grec moderne à l'École des Langues orientales vivantes.
xLvni NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES
Voici quelques ligues par lesquelles M. Miller annonce la lettre de M. Brunet de Presle.
« Pour rendre plus complet encore cette collection de fables iuédites, j'ai cru devoir publier ici une petite notice qui m'a été communiquée par M. Wladimir Brunet^ helléniste distingué, dont le savoir, beaucoup trop modeste selon nous, pourrait rendre de si grands services à la science. »
Cette notice traitait de quelques fables (cinq), attribuées faussement à Babrius, découvertes par M. Brunet de Presle dans le manuscrit n"" 1685 de la Bibliothèque royale, manuscrit qui contenait aussi l'histoire fabuleuse d'Alexandre et renfermait des renseignements curieux sur les vers dodécasyllabiques, confondus quelquefois avec les vers iambiques.
La lettre de M. Brunet de Presle n'est pas un des moindres attraits du mémoire de M. Miller que devront consulter tous
ceux qui s'occuperont à l'avenir des fables d'Esope, auteur sur lequel nous n'avons pas encore de monographie complète. Il serait fort à souhaiter, ainsi que le dit M. Miller à la fin de son mémoire qu'on parcourût attentivement toutes les collections manuscrites des fables d'Esope, qui existent en si grand nombre dans les bibliothèques publiques d'Europe, afin d'en donner une description détaillée et complète.
En même temps que M. Miller s'occupait ainsi, activement et utilement, de la littérature savante, il pensait, non sans raison, à faire profiter des récentes découvertes de la paléographie, relativement à la correction des textes, les écoliers entre les mains desquels on met souvent des textes fautifs avec une trop coupable négligence. Aujourd'hui cela semble tout simple, et les écoliers de nos collèges, comme les étudiants de nos Universités ont entre les mains des éditions, non seulement correctes quant au texte, mais de véritables éditions savantes dues aux recherches et aux soins des membres les plus autorisés du haut enseignement. Il n'en était pas toutà-fait de même, en 1842, et la tentative hardie de M. Miller, lui fait d'autant plus d'honneur qu'elle était alors toute nouvelle.
Voici quelques mots de l'avertissement placé par M. Miller,
DE M. EMM. MILLER xliz
en tète d'une nouvelle édition de la Vie de Jules César par Plutarque, texte grec, avec sommaires et notes en français. (Paris, 1842, imprimerie de Firmin-Didot; librairie de Périsse frères, in-12.) Ils feront exactement connaître comment l'éditeur a compris sa tâche et comment il l'a remplie :
(( En général, dit-il, les éditions des classiques grecs que Ton met entre les mains des élèves pèchent par la partie philologique ; la critique appliquée au texte y est presque nulle, et l'éditeur semble se taire par système sur les passages les plus difficiles et qui demanderaient une explication. Il n^est pourtant point indifférent d'appeler Tattention de l'élève sur quelques-uns de ces problèmes philologiques, qui sont loin, comme on se plaît trop aie croire, de n'offrir que des questions de mots. Le sens plus vrai de l'auteur, une connaissance plus exacte de son génie sont au bout de ces analyses que l'on aurait grand tort de proclamer oiseuses ; mais, tout en cherchant par des explications à faciliter l'intelligence d'un texte grec, l'éditeur doit se garder d'une prolixité qui, de même qu'une absence complète de notes, jetterait du trouble dans déjeunes esprits peu faits aux discussions philologiques. Il faut donc tenir le milieu entre une trop grande sécheresse et des développements trop étendus ; il faut dire assez pour être compris, mais non pour fatiguer et pour dégoûter l'attention de rélève. »
M. Miller avait établi son texte en mettant à profit les variantes fournies par les manuscrits de la Bibliothèque royale dont il était le gardien. C'est, croyons-nous, le premier exemple de ces éditions savantes que Ton a mises depuis entre les mains des élèves.
En 1843, M. Villemain, ministre de l'Instruction publique, qui recherchait toutes les occasions de propager la connaissance de la littérature ancienne, pensa que des recherches faites en Espagne pouvaient être un complément utile à une importante publication dont il avait été le fondateur, et qui devait comprendre le catalogue de tous les manuscrits conservés dans les différentes bibliothèques de France, hors Paris,
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et de Tétranger. Il chargea M. Miller, que ses travaux désignaient à son attention, de la mission de rechercher les manuscrits précieux et inédits concernant la littérature grecque qui se trouvaient en Espagne. L*Espagne, à cette époque, était un champ encore inexploré au point de vue de la science paléographique. L'idée était bonne et faisait autant d'honneur au Ministre éclairé qui Tavait eue qu'au savant qu'il avait chargé de la réaliser.
M. Miller partit, le 16 mai 1843, et se rendit immédiatement à Madrid, où il dressa le catalogue des manuscrits grecs non compris dans celui d'Yriarte. De là, il alla à TEscurial, où il fit un séjour de deux mois et où il se livra aux recherches les plus minutieuses, malgré les obstacles et les dangers de la Révolution qui éclata alors en Espagne. Il voulait, comme il Ta dit lui même, dans le Discours préliminaire^ mis en tête du Catalogue des manuscrits grecs de la Bibliothèque de TEscurial (Paris, 1848), il voulait constater, avant tout, les richesses conservées dans la bibliothèque Saint- Laurent, se réservant de soumettre à un examen ultérieur et plus détaillé les manuscrits les plus importants, et de copier ceux qui n'avaient pas encore été publiés. C'est ainsi qu'il découvrit des fragments considérables de Nicolas de Damas et quelques-uns de Diodore de Sicile. Malheureusement un événement inattendu, la mort de son protecteur, le marquis de Fortia d'Urban, le rappela subitement en France et ne lui permit pas d'exécuter complètement son projet. Sa mission, qui devait durer quatre mois, se trouva ainsi réduite à trois seulement, dont il faut retrancher encore le temps de l'aller et du retour *.
Mais jusqu'à la mort de M. de Fortia d'Urban, la correspondance régulière et suivie qu'il entretint avec lui durant ce voyage, comme il avait fait lors de ses précédentes missions en Italie, correspondance que nous avons sous les yeux, nous permettra de suivre le jeune savant pendant la première
i. Discours préliminaire.
DE M. EMM. MILLER li
parlie de ce voyage en Espagne, qui fut pour M. Miller beaucoup moins agréable que ses précédentes excursions en Italie. Si même il avait été le moins du monde superstitieux, il est à croire qu'il aurait rebroussé chemin dès les premières étapes. En eiïet, entre Bordeaux et Bayonne, la diligence se cassa au beau milieu des Landes, et les voyageurs furent obligés de faire près de sept lieues à pied pour atteindre le village de Barsac où la voiture, à grand peine raccommodée, vint les reprendre. De Bayonne à Madrid, le voyage se fit sans encombre, malgré Tappréhension des brigands; on mettait alors trois jours et trois nuits pour franchir celte distance ; mais à son arrivée à Madrid, le 27 mai 1843, il trouva la ville en pleine révolution, la reine Christine chassée et la Régence confiée à Espartero, duc de la Victoire, qui était personnellement hostile à la France et aux Français. Pour comble de disgrâce, la Bibliothèque royale était fermée. En attendant sa réouverture, M. Miller parcourut la ville, qui lui plut médiocrement, assista à une course de taureaux qui lui parut une boucherie repoussante et fureta chez les bouquinistes où il fit plus d'une précieuse découverte ; la seule distraction qu'il se permettait était de se promener au Prado. Mais il ne tarda pas à payer son tribut au climat de Madrid, qui, selon le proverbe espagnol, — est si subtil qu'il n'éteint pas une chandelle, mais qu'il tue un homme. — Pendant une de ses promenades au Prado, il eut unétourdissemcnt; il tomba évanoui, laface contre terre, et les très nombreux promeneurs n'eurent garde de le déranger, même pour essayer de lui porter secours, car on le considérait comme un homme mort, et un homme mort est sacré, personne n'y doit toucher avant l'arrivée de la police. Fort heureusement, M. Miller revint de son évanouissement et reprit ses sens. Tout seul, il parvint à regagner sa demeure, mais meurtri, ensanglanté de sa chute et couvert de boue. Tout cela ne le découragea pas, et dès que les portes de la bibliothèque furent entr'ou vertes, il se mit courageusement à la besogne ; nous disons entr'ouvertes, car, à peine ouvertes officiellement, elles se refermèrent en l'honneur des fêtes reii-