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Salomon Reinacb, notice

LMxii NOtiCE suh LA Vie et les oeuvres

(1869, II, p. 50), Observations sur le ParisinusL. d'Eschyle, où il réfute quelques erreurs d'Alexis Pierron ; ibid,, 1869, une Notice sur deux sceaux amphoriques et inscriptions itiédites de Thasos; enfia, quittant pour un moment ses études habituelles, pour celles que nous avons déjà signalées et qu'il aimait àr faire sur les auteurs du xvi" et du xvn« siècle, il donna au Correspondant (n®du 10 janvier) un très curieux article intitulé : Pierre Taisand, Lettres inédites de Bossuet et de Mademoiselle de Scudéry. M. Miller raconte plaisamment, au début de cet article que, se trouvant accidentellement à Paris pendant Tété, il était monté, un soir, à la salle Sylvestre. On était en train de faire la vente de la bibliothèque de M. de Cayrol, amateur bien connu qui avait réuni une très grande quantité de livres et de manuscrits dans sa demeure de Compiègne. Au moment où il entrait, on vendait, sous le titre de Recueil de bons mots, un lot composé de 78 volumes în-8, manuscrits ; M. Miller ouvrit au hasard un de ces volumes, reconnut une écriture du temps de Louis XIV et acquit pour une somme peu élevée ces 78 volumes. Il avait acheté au hasard ; rentré chez lui, il feuilleta ces volumes et ne tarda pas à découvrir que ces manuscrits provenaient et étaient Touvrage d'un célèbre jurisconsulte de la fin du xvu** siècle, Pierre Taisand. C'est à l'occasion de ces manuscrits qu'il publia dans le Correspondant le très intéressant article que nous signalons aux curieux.

Au milieu de ces studieuses et savantes occupations éclata la nouvelle de la déclaration de guerre qui fut suivie de désastres qui sont trop présents à la mémoire de tous pour qu'il soit nécessaire ou même possible d'y insister. Dès l'entrée en France de l'armée prussienne qui envahissait sa chère Lorraine, la famille de M. Miller, qui habitait, pendant l'été, les environs de Metz, dut fuir et vint se réfugier à Paris, Lorsque l'on apprit que Paris allait être investi, M. Miller fit partir sa femme, sa fille, sa belle-sœur qui était venue habiter avec lui, et les envoya à Dieppe. Lui-même resta, comme un soldat, fidèle à son poste d'honneur et de combat ; il passa

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tout le temps du siège au Palais-Bourbon, no quittant pas la bibliothèque, et n'ayant pour toute distraction que les séances hebdomadaires de l'Institut ou celles de TAssociation pour Teneouragement des études grecques, qui se tenaient deux fois par mois dans le grand appartement qu'occupait M. Brunet de Presle, rue des Saints-Pères. Éloigné de sa famille, ne sachant même pas exactement où elle se trouvait, il ne manqua pas un seul jour d'écrire une longue lettre à Madame Miller. Il cherchait h faire parvenir ces lettres par tous les moyens possibles et les adressait régulièrement à Dieppe, où sa famille 86 trouvait au commencement du siège, mais d*où il savait qu'elle avait dû émigrer. Chose curieuse , aucune de ces lettres ne fut perdue ; Madame Miller les reçut toutes, et M. Miller fut ainsi récompensé de sa persévérance.

Continuons à noter le plus brièvement possible, avec l'aide de M. Salomon Reinach, les titres des travaux les plus importants publiés par M. Miller dans les années qui suivirent.

Revue archéologique (1870, I, p. 109 et 170), Inscription grecque trouvée à Memphis\ (1870-71, II, p. 94), Inscriptions grecques et latines d Alexandrie, en collaboration avec M. Léon Renier ; une Inscription grecque découverte à Cheikh-Ahad Pancienne Arsinoé ; — (1872, I, p. 298). Lettre à M. Waddington sur une inscription byzantine, trouvée dam la Petite Arméfiie {IS12, p. 353) ; sur une Inscription grecque conservée au Mubée de la Société archéologique d'Athènes.

Dans le Journal des Savants (juin et juillet 1872), il rend compte, avec Térudition qu'on lui connaît, des Nouveaux dictionnaires grecs de Chassang et de Sophoclès^ en donnani^ lui-même beaucoup de mois nouveaux et un texte meilleur de la notice de Suidas, zepl xflpiixq, qui contient Tétymologie du nom de Virunium en Norique ; dans la seconde partie du tome XXIII des Extraits et notices des manuscrits de la Bibliothèque nationale, il publie les Poèmes astronomiques de Théodore Prodrome et de Jean Gamatère, d'après les manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris (in-4*, 112 pages). Cettte année, 1872, il était président de l'Académie des

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Inscriptions et Belles-Letlrcs et, en cette qualité, il présentait le rapport des travaux de l'Académie ; en 1873, le Journal des Savants (cahiers de juin et juillet), renferme un article de lui sur le Traité de fortification de Philonde Bf/zance^ traduit par M. de Rochas d'Aiglun. Dans la seconde partie du tome XXVII des Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, il publie un Mémoire sur une inscription agonistique de Larissa, dont il est souvent question dans le présent volume.

£n 1873, rinfatigable paléographe, dit M. S. Reinach, commence, dans la Revue archéologique^ la publication des Poèmes histonques de Théodore Prodrome (I, p. 2S1, 344, 415 ; II, p. 23, 153) ; il donne au même recueil une très curieuse Inscription grecque trouvée à Enos (II, p. 84) et des Fragmentai inédits de Théodore le Lecteur et de Jean d'Egée ( II, p. 273 , 396), d'après des feuillets acquis par lui au Mont Athos.

Les années 1874-75 furent également bien remplies : dans le Journal des Savants (mars, 1874), un article sur Denys de Byzance, publié par M. C. Wescher, et le 8* volume de la Novapatrum bibliotheca d'Angelo Maï ; dans \sl Revue archéologique (1874, I, p. 42 et 145), des Inscriptions grecques découvertes en Egypte ; ibid (p. 260), extraits de VOnomasti-con de Julius Pollux, d'après un manuscrit de Paris ; ibid. (II, p. 158), Inscription grecque de Larissa; ibid, (p. 238), Inscription grecque découverte par M. Tissot, au Maroc; Annuaire de r Association pour F encouragement des études grecques en France, 1874 (p. 222-284), Fragments de lexiques grecs achetés par lui au Mont Alhos, publication complétée d'après les manuscrits de Smyrne, dans V Annuaire de 1876 (p. 121-136); ibid. 1875 (p. 23-75), Poème moral de Constantin Mamissès, en vers politiques, publié d'après le manuscrit 2750 A. de la Bibliothèque nationale ; dans le Journal des Savants (avril 1874 et janvier 1875), Notice sur f Histoire de Psellus, publiée dans le tome IV de la Bibliothèque grecque du moyen âge, par M. Constantin Sathas, et que M. Miller avait autrefois traduite en latin dans le dessein de la publier

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avec H. Hase ; une lecture faite à la séance publique annuelle des cinq Académies, le mercredi, 28 octobre 1874, Sur un poète de la cour des Comnènes, Théodore Prodrome, si bien surnommé le Ptochoprodrome. En 1875, la Revue archéologigue publie (1875, I, p. 374) des Inscriptions céramigues du Musée d'Alexandrie ; ibid. (1875, II, p. 107), Inscriptions grecgues découvertes en Egypte. Dans le même recueil, en 1874 et 1875 (1874, II, p. 361 ; 1875, I. p. 58, 183. 254), M. Miller publia avec M. Emile Legrand, \ù^ Poèmes vulgaires de Théodore Prodrome^ accompagnés d'une traduction.

« L'année 1875 vit enfin paraître le tome P' du Recueil des Historiens grecs des Croisades. En 1840, sur la proposition de Beugnot, l'Académie des Inscriptions avait décidé de publier ce recueil, dont la préparation fut d'abord confiée à M. Hase. Le travail n'avançant pas, M. Charles Alexandre lui fut adjoint en 1858, puis M. Miller fut adjoinl à Alexandre, en 1860, avec la mission spéciale de publier le X" livre de VAlexiade, dont il put étudier le manuscrit de Florence en pariant pour sa mission d'Orient ^ Alexandre resta chargé de Jean Cinname et de Nicétas Choniate.

« Après trente-cinq ans de travaux intermittents, le premier volume de ce recueil parut, en 1875, avec une préface de M. Miller; le second fut publié en 1881 avec une nouvelle préface du même, et un appendice contenant des Anecdota, trois discours de Nicétas Choniate et des poésies de Théodore Prodrome '. »

En 1876, M. Miller eut l'excellente idée de recueillir en volume un certain nombre de ses articles dispersés dans différentes Revues, particulièrement dans la Revue archéologigue. Sous le titre de Mélanges de philologie et d*épigrnphie, !• partie (la seconde n*a jamais paru, et cela est fort regrettable), il publia, à la librairie académique de Didier, un volume de 200 pages, contenant treize mémoires tirés de la

4. Cf. k ce sujet, Reifferscheid, dans riotroductiou du deuxième ▼olume de XAlexiade de Bodd.

t. SalomoQ Reioach., notice.

Lxxxv! NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

Revue archéologique; nous n'en donnons pas les litres, car ils ont déjà été mentionnés à leur date dans la revue rapide qu'à la suite de M. S. Reinach nous essayons de faire en ce moment des nombreux travaux de M. Miller pendant celle dernière partie de sa vie; mais nous croyons utile de rappeler et de recommander ce volume aux lecteurs que rebuteraient peut-être des recherches dans les volumes annuels de la Revue archéologique.

Cette année, 1876, est encore une date importante dans la carrière de M. Miller, car c'est celle où il fut nommée le 19 février, professeur de grec moderne à TÉcole des Langues orientales vivantes, en remplacement de son confrère, M. Brunet de Presle, mort Tannée précédente, et qui avait été appelé à succéder à M. Hase, dans cette chaire que M. Hase avait transformée de cours de grec moderne en cours de paléographie grecque, et transportée de TEcole des Langues orientales vivantes, alors sans demeure fixe, à la Bibliothèque nationale. Ce fut à la Bibliothèque nationale que M. Brunet de Presle ouvrit son cours, qui, sous sa direction, redevint vraiment un cours pratique, en même temps que savant, de langue grecque moderne. Nommé en remplacement de M. Brunet de Presle, M. Miller, à qui la connaissance de la langue parlée était moins familière qu'à son prédécesseur, redonna à ce cours un caractère mixle de paléographie et d*étude pratique de la langue grecque. On lira avec intérêt, dans la Revue politique et littéraire à\i^ ]\\\ii i876, le discours qu'il prononça en prenant possession de sa chaire, et qu'il publia sous ce titre : Le grec inoderne ; nous l'avons déjà mentionné au commencement de cette notice.

Reprenons avec M. Salomon Reinach la nomenclature des articles si intéressants et contenant des faits nouveaux, donnés, en si grand nombre, par M. Miller, pendant les dernières années de sa vie.

<( Journal des Savants (janvier 1876), sur le livre de M. Léopold Delisle, Le cabinet des ynanuscrits de la Bibliothèque nationale, un remarquable article où M. Miller a publié une

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notice des manuscrits de la Bibliothèque Yaticane, jadis à Paris, une liste des plus anciens manuscrits théologiques de Saint-Pétersbourg et deux pièces de vers inédites, attribuées à Fortunat; — ibid. (mars et avril 1877), deux importants articles sur les Lettres inédites de Coray à Chardon de la Rochette et à divers savants y publiées par M. E. Ëgger et le W* de Queux de Saint-Hilaire; — ibid.^ (janvier 1878), article sur V Histoire de la civilisation hellénique du professeur C. Paparrigopoulos; ibid, (février 1878), Sur le dictionnaire fran-çais-grec de Courtaud Diverneresse, avec une grande quantité A'Anecdota\ ibid. (avril et juin 1878), sur Les nouvelles études sur la littérature grecque moderne^ de M. Gidel ; ibid. (juillet 1879), sur les deux volumes du Théâtre Cre/owpublié par M. C. Sathas; ibid. (août 1879), Imcriptions grecques du Musée de Roulaqy communiquées par Mariette. — Revue archéologique [i^Tl^^ tome II, p. 39), Cure-oreille d'or byzantinavec iiiscrip- //o7i'. Cette année, 1879, M.Miller fit à TAcadémie des Inscriptions le rapport de la commission des Ecoles d'Athènes et de Rome, sur les travaux de ces deux écoles pendant Tannée

En 1880, M. Miller fit paraître dans la 2' partie du tome XXIX des notices et extrait des manuscrits de la Bibliothèque nationale, un très curieux Glossaire grec-latin de la Bibliothèque de Laon (in-i* de 238 pages (tirage à part), Imprimerie nationale, 1880). Le Journal des Savants (décembre 1880), contient un très savant article de M. Miller sur les œuvres de Michel Choniate Acominate, publiées à Athènes par Sp. Lambros. Les cahiers de février, mars et mai de 1881 en renferment un autre sur Les œuvres de Rufus (PEphèse et d'Oribase ; à cette occasion, M. Miller donna des fragments inédits d*Oribase et d'autres médecins grecs, provenant de TAthos. Le 28 janvier 1881, M. Miller avait entretenu l'Académie des Inscriptions sur V Inscription agonistique de Larissa^ dont il est fréquemment question dans les lettres datées de Thasos et de Larissa ;

i. Cf. aussi. Gazette archéologique , 1879, p. 120,

Lixxvm NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

M. Miller revint sur ce texte important au moment de donner l'original au Musée du Louvre *.

En 1882, M. Miller fit paraître, avec la collaboration de rinfatigable savant grec M. Constantin Sathas, dans les publications de rÉcole des Langues orientales vivantes, une Chronique de Chypre de Léonce Mâcheras, texte grec et traduction française (Paris, Leroux, 2 volumes, grand in-8s 1882), avec une carte en chromolithographie.

Le 9 juin de la même année, il fit connaître à TAcadémie des Inscriptions, une biscription de Paros et de Nouveaux fragments d'Élien.

Dans le Journal des Savants, le cahier de février 1882 contient un article sur la Bibliothèque grecque vulgaire, publiée par M. Legrand ; ceux d'avril et juin, sur le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale^ de M. Léopold Delisle, et les Mélanges de paléographie et de bibliographie^ du même; celui de décembre sur Gunion Rutherford, The new Phrynichus ; celui d'avril 1883, sur un Nouvel exemplaire de décret de Canope, texte et traduction. — La Revue archéologique de 1883 (I, p. 192 et II, p. 172) publie des Inscriptions grecques découvertes en Egypte. — Le Journal des Savants (janvier 1884) contient un très important compte rendu du Recueil des mots qui ne se trouvent pas dans les dictionnaires , de M.Koumanoudis, savant grec des plus estimés. Le Bulletin de correspondance hellénique (1883, tome IX, p. 431) inséra une Inscription grecque de FÉgypte, relative à une compagnie d'artistes dyonisiaques, Enfinle cahier (Vsiyrïl i 885 du Journal des Savants renferme un très important article sur la Sygillographie de l'Empire byzantin, d'après le bel ouvrage de M. Schlumberger ; ce fut le dernier article et la dernière publication de M. Miller.

« Depuis 4880, dit M. Salomon Reinach, M. Miller, dont la santé commençait adonner des inquiétudes, avait quitté la

1. Cf. Miller, Sur une inscription agoni^liqne de Larissa, dans les Mémoires de r Académie des inscriptions^ tome XXVll, deuxième partie.

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Bibliothèque de la Chambre des députés; il se fit suppléer par M. Emile Legrand dans sa chaire de grec moderne à TÉcole des Langues orientales vivantes, et, malgré les nombreux travaux dont nous avons donné plus haut la liste, s'occupa sérieusement de mettre en œuvre les matériaux considérables et inédits qu'il possédait. Malheureusement, ses forces physi* ques lui manquèrent pour mener à terme les deux travaux qui le préoccupaient le plus, un ouvrage sur les manuscrits grecs de TEspagne, dont il fit imprimer une partie en 1884, dans le recueil des Notices et extraits des mantfscrits ; c'est le catalogue des manuscrits grecs de Madrid^ pour servir de supplément à celui dTriarte,et un recueil A' Addenda au Thésaurus. On peut dire que M. Miller a emporté dans la tombe le regret d'avoir trop différé à faire connaître toutes ses richesses. Cette pensée lui revenait sans cesse et le tourmentait. La dernière fois que je le vis, au mois de novembre 1885, il était occupa à recopier les fiches de ses Addenda, mais il travaillait sans espérance, dans la conviction qu'il s*y était mis trop tard. Il me reprit quand je lui dis : — « Au revoir », — et insista pour que je lui dise : — « Adieu. » Après sa mort, on a exprimé la crainte que les 20,000 mots grecs recueillis par lui, dans ses lectures de manuscrits, et qui ne se trouvent pas dans les lexiques, réunis par lui dans des casiers spéciaux ou sur les marges de son exemplaire du Thésaurus ne fussent perdus pour la science, les indications dont ils sont accompagnés n'étant intelligibles que pour lui ; je suis heureux de dire, après les avoir examinés de près, qu'il n'en est rien, et que la publication de ce trésor de mots inédits ne sera pas difficile. L'étude des manuscrits grecs laissés par M. Miller a été confiée à M. Omont et fournira sans doute quelques découvertes intéressantes ; quant à ses autres travaux manuscrits, comme Y Essai sur tOnomatologie thasienne, y ignore si l'on pourra en tirer parti. » On voit, par tout ce qui précède, àquel point M. Miller était un travailleur assidu. On ne peut expliquer cette puissance de travail qu*en faisant connaître les habitudes intimes de sa vie. Il se levait régulièrement à cinq heures du matin, et se mettait

xc NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

à sa table souvent jusqu'à midi, sans interruption. Il travaillait peu le soir, pour ménager ses yeux, dont il sentait qu'il avait si grand besoin. A une certaine époque, trouvant que le repas de midi l'alourdissait et Tempèchait de se remettre au travail aussitôt après, avecTesprit libre et dégagé, il le supprima, et vécut longtemps en ne prenant, le matin, qu'une tasse de lait, jusqu'au repas du soir. Sa santé avait toujours été excellente, et il se vantait de n'avoir jamais été sérieusement malade ; mais les fièvres qu'il avait rapportées d'Orient avaient atteint et, sans qu'il aperçût, insensiblement miné sa forte constitution. Cependant, ce ne fut, comme nous l'avons dit^ qu'en 1880 qu*il commença à sentir ses forces décliner, ou, comme il le disait en plaisantant, qu'il s'aperçut que sa lampe baissait. Au mois de juin 1883, il fut pris d'étouiïements qui furent le début d'une période de vives souffrances avec des alternatives de bien et de mal qui ne cessèrent qu*avec sa vie, et au milieu desquelles il trouvait toujours le temps et le moyen de travailler.

Il ne se dissimulait pas la gravité de son état, et il parlait de sa mort prochaine avec un calme et une sérénité qui ne se démentirent jamais. Pendant ces dernières années de son existence, son caractère, qui avait toujours été très vif, devint d'une extrême douceur. Plein de reconnaissance pour les soins qu'on lui prodiguait, les larmes lui venaient aux yeux pour le plus petit service qu'on lui rendait. D'une bonté et d'une indulgence exemplaires envers sa famille et ses domestiques, il n'éprouvait de sentiments d'humeur, qu'il ne cherchait pas assez à dissimuler, qu'envers les étrangers ou les indifférents qui le détournaient de ses graves pensées. L'une des choses qui lui furent le plus pénibles, ce fut Timpossibilité où il se trouva bientôt de se livrer à son travail ordinaire. Chaque jour, il essayait de reprendre ses habitudes laborieuses, mais la plume lai tombait des mains, et sa faiblesse était plus grande que sa volonté. Il alla passer les deux derniers étés de sa vie chez sa fille, en Lorraine, où elle s'était mariée en 1877. Ce pays lui plaisait, et il trouvait beaucoup d'agrément à fréquenter la famille de son gendre, pour laquelle il ressentait

DE M. £MM. MILLER xci

une vive afTection. Pendant les beaux jours, il restait de longues heures sous les ombrages, entouré de ses petits-enfants, cherchant à lire, à corriger des épreuves^ mais déposant souvent son livre, vaincu par une lassitude qui l'envahissait peu à peu. Il avait toujours eu la passion de la pèche à la ligue, il essaya de s*y livrer encore, mais toute espèce d'exercice lui devenant pénible, il y renonça, comme à tout le reste, et avec une patience et une résignation touchantes, il accepta sans murmurer son rôle de malade.

Pendant l'automne de 1884, il eut comme un espoir de retour vers la santé qui dura un mois ou deux; mais hélas! ce bien-être ne devait pas continuer, et bientôt les accidents se renouvelèrent, plus graves qu'auparavant. C^est alors, à l'automne de 1885, qu'il voulut partir pour Cannes, où il espérait retrouver, non plus la santé, mais au moins un adoucissement à ses maux. Il y emporta, dans une grande caisse, tous les livres nécessaires pour achever ses travaux, et une valise remplie de notes ; mais il ne put y toucher. A peine arrivé à Cannes, il fut repris plus violemment que jamais de ses étouiïements ; il y passa un mois et mourut, le 9 janvier 1886. Les derniers jours et surtout les dernières nuits furent des plus pénibles. Vers midi^ il allait généralement un peu mieux ; il se levait quelques heures, et parlait de ses amis et de tout ce qui le préoccupait alors qu'il était en bonne santé. Puis, il se désolait, lorsqu'il voyait le soleil disparaître derrière les montagnes de TEstérel, car la nuit ne lui apportait qu'angoisses cruelles. Il demandait alors des prières à ceux qui le veillaient, et acceptait ses souffrances sans témoigner jamais la moindre impatience. La veille de sa mort, il voulut accomplir ses devoirs religieux ; il en ressentit une sorte de calme relatif qui ne le quitta plus jusqu'à son dernier soupir. Sa mort fut douce et sans agonie.

Comme il en avait souvent exprimé le désir, ses restes reposent près de Metz, « dans ce pays qu*en se mariant il avait adopté comme une seconde patrie, ot qui lui élail peutêtre devenu plus cher encore depuis qu'il Tavail vu si cruelle*

xcii NOTICE SUR LA VIE ET LES OEUVRES

ment arraché de la France et saignant toujours du démembrement. » Il ne reçut point en France les honneurs auxquels lui donnaient droit son titre de membre de Tlnstitut et son grade d'officier dans la Légion d'honneur, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe, mais M. Gaston Paris, qui, cette année, présidait l'Académie des Inscriptions, en annonçant à ses confrères la mort de M. Miller, fit son éloge, duquel nous détachons ces quelques traits qui peignent fort bien son caractère et son talent :

« Comme M. Hase, dit M. Gaston Paris, M. Miller était surtout attiré vers les coins inexplorés du vaste domaine de l'antiquité hellénique ; il aimait mieux, en fouillant curieusement dans les replis ou les rebuts de la grande mine ouverte à la Renaissance, y chercher des filons inconnus ou mal h propos dédaignés, que de travailler, avec la foule toujours renouvelée des savants, à la mise en œuvre et en valeur des trésors déjà mis au jour. Il fut plus d'une fois favorisé, dans ces recherches souvent pénibles, par cette fortune qui n'est point aveugle, et qui ne fait des heureux qu'avec les habiles. »

£t plus loin :

« M. Miller était par excellence un esprit investigateur, et sa curiosité ne se bornait pas à l'antiquité grecque, ni même à cette littérature byzantine qu*il connut mieux que personne et à laquelle sont consacrées plusieurs de ses plus importantes publications. Il s'intéressait à l'histoire et à la littérature de Rome et du moyen-âge, à l'histoire et à la littérature française des derniers siècles, et, dans tous ces domaines, il a fait dépiquantes et profitables excursions..., mais en même temps qu'il aimait à apprendre et à savoir beaucoup, il travaillait avec un soin minutieux ce qu'il voulait livrer au public. Il gardait pendant des années par devers lui les pièces qu*il ne trouvait pas encore assez bien accompagnées ou assez finies pour être exposées, et qu'il se complaisait à polir amoureusement; on disait même qu'il était un peu jaloux de ses richesses, et qu'il n'aimait pas qu'on les connût avant le moment choisi pour leur exhibition : c'est qu'il voulait les montrer

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dans tout leur lustre. Cette lenteur, pleine de charmes pour celui qui caresse et perfectionne sans cesse une idée qu'il croit pouvoir réaliser au jour voulu, n'est pas non plus sans périls, nous en faisons en ce moment la triste expérience...* »

Pour terminer notre notice, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de reproduire le dernier paragraphe de celle que M. Salomon Reinach a consacrée à M. Miller, et à laquelle nous avons fait déjà de nombreux emprunts :

« Miller a été un paléographe et un helléniste de l'espèce des grands éditeurs de la Renaissance, préoccupé avant tout de lire et de comprendre, laissant volontiers à d'autres le souci du menu détail philologique. Il n'a guère pratiqué les textes classiques, et a recherché de préférence les avia loca de la littérature byzantine. Comme il ne savait pas rallemand, il a échappé plus facilement que d*autres à la tentation de connaître les auteurs à travers les dissertations et les commentaires. Personne» peut-être, depuis Allatius et Du Cange^ n'a été aussi familier que lui avec la littérature grecque du moyen âge. A cet égard, il laisse en Europe un vide difficile à combler, et bien des années passeront sans doute avant que ce byzantiniste éminent ait trouvé un successeur. »

4. Discours de M. Gaston Paris, prc^sideiit de rAcadc^mic des luscriptions, lu à l'Acadéiuie, daus la séaucc du 15 jauvicr 1880.

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