SAINT-DENYS
lombéo pendant une demi-heure. Malheureusement le soleil n'avait pas lardé à reparaître; cependant il y avait de Tair et on pouvait respirer, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Il parait que depuis un grand nombre d'années on n'avait pas va un temps pareil au mont Athos, et cette chaleur, à cette époque de Tannée, était regardée comme une chose tout à fait exceptionnelle.
Nous déjeunons avec M. Euripide, mais ce qu'on nous donne pour trois est tout à fait ridicule. Deux poissons bouillis, gros comme des goujons, et trois plies de la même grosseur. Une soupe où il y a à peine un peu de pâte. C'est une espèce d'eau chaude dans laquelle on a noyé deux ou trois tomates vertes.
Triste repas pour remettre des estomacs malades. Nous quittons la table, presque à jeun, et nous accompagnons M. Guillemet qui va se placer sur une roche pour prendre la vue du couvent. Il fera son possible pour terminer son dessin dans la journée, afin que nous puissions partir, le lendemain de bonne heure, pour le monastère appelé Grégoriou. Le soleil était si brûlant que je renonçai à rester aVcc ces messieurs. Je revins le long des rochers et j'allai m'asseoir dans le kiosque qui est à Tentrée du couvent et où il fait très frais. Après m'ètre reposé pend£uit une heure, je remarquai que le soleil avait assez tourné pour laisser dans Tombre quelques roches du côté droit. J'allai m'y installer et je ne résistai pas au plaisir de me mettre les jambes dnns Tcau pendant une heure. Sentant alors que le froid me gagnait, je retournai au kiosque où je trouvai M. Euripide qui avait été chassé par le soleil et qui était venu s y reposer, croyant que j'étais remonté dans ma chambre.
Vers la tombée du jour, nous allâmes retrouver M. Guillemet qui n'avait pas pu terminer son dessin. Il fut convenu qu'il resterait à Saint-Denys, le lendemain, pour le terminer. J'avais hâte départir et de me diriger surCaryès où j'espérais trouver un air meilleur.
Nous rentrons. On nous sert un dîner dans le même genre
Il est coDvaÏDCu, comme moi, qu'il me réserve une sur prise. Seulement avec ces coquins de moines, il ne faut rien brusquer et il faut laisser venir les choses. Un des épitropca causait souvent et très bas avec lui; il était clair qu'ils avaient quelque secret concernant les communications à me faire, de sorte que nous sommes dans l'attente. Je dus me couchci sans être plus avancé, et naturellement je ne pus fermei l'œil, de toute la nuit, préoccupé que j'étais de cette affaire. Je comptais sur ce matin pour joindre maître Antoine et causer seul à seul avec lui, mais je crains bien que la journée ne se passe comme celle d'hier. M. Guillemet est parti veri sept heures avec le cawas et notre Antonio pour aller desdessiner Pantocrator et Slavronikita que j'ai vus dernièrement. A huit heures, je suis allé vers l'appartement d'Antonio, malheureusement le despote était en visite chez lui.
On me força à entrer, et naturellement, nous ne pûmes parler de rien. En partant, le despote m'emmena avec lui poui aller faire visite k l'archimandrite qui vient aussi de passer par les fièvres et qui est en convalescence.
Je ne pouvais refuser celte visite, et je dus le suivre. Quand je revins, je trouvai Antonio dans le couloir, mais il avait du monde, et je dus rentrer chez moi, sans rien savoir encore. J'en étais là, lorsqu'on vînt me prévenir que le déjeuner était servi. Antonio se plaça auprès de moi et me fit mille politesses. Après le repas, le despote m'engagea à aller fumei une cigarette chez lui. Bien qu'il ne fume pas et ne prenne point de café, Aolonio est venu m'y retrouver, sans doute pour qu'en sortant, je me trouvasse seul avec lui.
Nous sortîmes ensemble, en eiïct, et je lui dis que quand il aurait dormi je serais bien aise d'avoir un entrelien parliculier avec lui, et que je le priais de me faire prévenir quand il pourrait me recevoir. Le grand mot est lâché maintenant, cl je suis sur qu'il désire celte entrevue tout autant que moi.
J'attends; je vous dirai le résultat de notre entretien.
plusieurs eu Orient et surtout au moût Athos , et comme Lavra est auprès de la montagne, les secousses y sont plus violentes qu'ailleurs. Toutefois, ces tremblements de terre n'ont jamais renversé de monastères.
Les deux moines qui accompagnaient le despote de Salonique vinrent me faire visite. L'un d*eux était très beau, très distingué et très élégant; il me parla d'un jeune français et de sa femme qui étaient allés à Pamphylie et qu'il avait connus; probablement M. et M"*' Waddington. Quand nous voulûmes rendre visite au despote, il était allé voir Tarsenal.
Le vendredi matin, vers huit heures, un moine vint me dire que le despote pouvait me recevoir, mais que plus tard il ne le pourrait pas parce qu'il dormirait. Je fis répondre qu'étant à la veille de partir, je regrettais de ne pouvoir aller rendre mes devoirs au despote. La veille, j'avais attendu longtemps et on était venu me prévenir qu'il ne pourrait pas me recevoir. J'avais été blessé de ce procédé et je n'étais pas fâché de lui témoigner mon mécontentement. En l'absence de l'archimandrite de Lavra, j'allai remercier le gros Melchisédech de l'hospitalité qu'il nous avait donnée, et en même temps je voulus lui mettre dans la main roiïrande habituelle que nous faisions aux couvents. Il me répondit assez durement que cela regardait les épitropes. Je lui demandai ensuite la permission de jeter les yeux sur les chrysobules : — « C'est impossible! » me dit-il d'une manière brutale. Et cependant, le grand conseil de Caryès m'avait promis qu'on me montrerait tout ce que je désirerais voir ! Il marmotta ensuite quelques paroles que je ne compris pas et nous nous séparâmes très mal. J'allai trouver les deux épitropes auxquels je remis notre offrande. Ils furent très aimables, mais je ne leur parlai pas de cette affaire.
J'étais heureux à l'idée de quitter ce couvent et de n'avoir plus à y revenir. L'ennui y pleuvait. Malgré une chaleur terrible, j'avais travaillé avec acharnement, luttant, même pendant le jour contre la vermine.
Du. reste» la mauvaise humeur de Melchisédech avait une
cause 1res légitime. Un violent incendie avait éclaté et dévorait une partie des bois de Lavra. Le feu s'était déclaré tout près du couvent, dans la direction de Saint-Paul, et avait pris des proportions effrayantes ; toute la forêt était en feu. Vers six heures du soir, les flammes parurent sur la crête de la montagne et elles occupèrent bientôt une étendue de deux kilomètres, au moins, de longueur. Il m'était impossible d'en apprécier la profondeur. Il faisait une chaleur intolérable ; heureusement il n'y avait point de vent. Le voisinage du feu se faisait sentir dans Tintérieur même du monastère. Tout le monde était aux abois. On sortit la Sainte Vierge; on fit des prières toute la nuit et on envoya une foule de monde avec des haches, mais il n'y avait rien à faire parce que toutes les parties de la montagne sont impraticables.
La chaleur, la mauvaise nourriture et Timpaiience que m'avait causée Melchisédech me donnèrent une fièvre des plus violentes qui dura toute la nuit. Il me fut impossible de fermer l'œil et j'eus des transpirations (rès abondantes.
Le matin, j'étais épuisé et j'avais un violent mal de tête.
Malgré ma faiblesse et ma souffrance, je fis mes préparatifs dans Tcspoir que nous partirions de très grand matin. Mais les muletiers, ayant été obligés d'aller au feu pendant toute la nuit, prenaient quelque repos. Le feu n'était pas éteint et on voyait encore des flammes sur une grande étendue. Malheureusement pour moi, il n'y avait pas de barque disponible, ce qui nous aurait permis de nous rendre par mer à Saint-Paul ; la fatigue eut été bien moins grande.
Enfin, à six heures un quart, on charge les mulets et nous nous mettons en roule. Le gros Melchisédech, accompagné d'un épilrope, était venu pour nous faire ses adieux. Je me contentai de le saluer très froidement, sans même lui donner
la main. Alors commença pour nous une journée des plus pénibles. Le soleil dardait déjà sur nous ses rayons les plus ardents et nous nous trouvions au milieu des roches el des broussailles. Le chemin est horriblement fatigant : sept heures de route sur des pierres roulantes, et il faut sans cesse monter et descendre !
La fièvre m'avait repris violemment et je me sentais tout à fait mal. A moitié route enfin, nous fîmes halte dans un endroit charmant, ombragé et rafraîchi par une source excellente. A quelques pas de là se trouvait une maison où Ton passe ordinairement la nuit, quand on veut faire la montée du mont Athos.
Notre cawas Constantin coupa des fougères, prit une des couvertures sur un mulet et me fabriqua sous les arbres un lit où je me couchai, épuisé de fatigue. M. Guillemet me fit boire de Téther étendu d'eau, et pendant qu'il déjeunait sur l'herbe, je pris un peu de repos pendant une demi-heure.
11 fallut se remettre en route. Les chemins devenaient de plus en plus impraticables. Les pentes étaient tellement raides qu'à chaque instant nous étions obligés de mettre pied à terre. Quelle fatigue ! Quelle chaleur suffocante, la plupart du temps sans un pouce d'ombre! Le soleil donnant sur les roches nous brûlait, littéralement; il y avait de quoi avoir un transport au cerveau. Malgré les vives douleurs que j'éprouvais, j'admirais combien Taspect du pays était sauvage et pittoresque. Des montagnes très élevées dont le sommet a été fendu de manière à livrer passage à un homme ou à un mulot. Quand on arrive de Taulre côté, on découvre un nouvel horizon ; mais toujours des roches et des broussailles.
A chaque pas, nous retrouvions les traces d'un récent incendie, des parties de bois qui avaient été dévorées par les flammes. On serait tenté de croire à la malveillance, mais le pays est tellement brûlé par le soleil qu'il est plus simple de penser à des accidents naturels.
Vers deux heures de l'après-midi nous arrivâmes au monastère de Saint-Paul, qui est bâti sur une roche, adossé à
une roche et entouré de roches ; il est exposé au couchant. On se trouve dans une sorte d'amphiihéâtre, et comme le soleil y donne presque toute la journée, nous avions lieu de craindre d y souffrir de la chaleur.
Constantin tira deux coups de fusil pour annoncer noire arrivée ; un écho prolongé se répercuta avec un fracas admi* rable dont j'aurais beaucoup joui dans d*autres circonstances.
Quand nous arrivâmes à la porte du couvent, les moines étaient tous à Tentrée; on fit sonner les cloches. On nous conduisit tout de suite à une grande pièce de réception dans laquelle donnaient deux petites chambres à coucher. Au premier abord, le couvent nous avait paru avoir un air de propreté qui nous tranquillisa. On attendait le despote de Salonique, et comme on lui réservait cet appartement, on nous offrit deux autres petites pièces donnant Tune dans Fautre. Dans Tune, blanchie à la chaux, je remarquai un lit de fer. Je me crus sauvé. J'allais au moins me reposer de toutes mes fatigues ! Après avoir pris le glyko et le café, nous nous installâmes dans ces deux chambres. Mon premier soin fut d'examiner le lit ; il était plein de punaises. Je rentrai alors dans la première pièce où un grand divan régnait tout le long du mur. Je m'étendis dans le voisinage de la fenêtre; M. Guillemet s'inslalla à l'autre bout, du côté de la porte. Au bout d'une heure, nous étions dévorés. Je fis venir Antonio et je lui recommandai d'aller dire aux moines que nous ne pouvions rosier dans des chambres infestées de la sorte. Je demandai, de plus,lapermissiondem'installer dans l'appartement réservé au despote, promettant de le rendre aussitôt son arrivée. Ce délai nous donnerait au moins deux jours de repos. Nous prîmes possession de nos nouvelles chambres; les moines y mirent beaucoup de complaisance et nous aidèrent même à transporter nos effets ; je me hâtai de monter mon lit,en attendant qu'on nous servît à dîner. Les jambes me refusaient leur service. Il y avait vingt-quatre heures que je n'avais mangé une bouchée de pain, et je n'étais pas resté une minute sans
perdre beaucoup de mes forces par une abondante transpiration. H. Guillemet me mit un peu d*eau camphrée sur la tète et aux poignets, ce qui me procura quelque soulagement. Il en fit autant pour lui, car il était aussi très fatigué et il avait un violent mal de tête. L'hégumène en chef du couvent était absent ; il élait allé à Caryès pour changer d'air. Celui qui le remplaçait fut très aimable pour nous et nous combla de soins et de prévenances. Il me proposa même de me mener à la bibliothèque. Il fallait que je fusse bien souffrant pour ne pas accepter immédiatement ; mais je n'étais pas en état de faire un pas.
J'eus occasion de la voir le lendemain.
Elle ne contient que des manuscrits serviens; il y en a environ deux cents. Un manuscrit grec du xi* siècle : Actes des Apôtres, et V Apocalypse^ avec le commentaire d'André de Cappadoce.
On nous donna à dîner. Jamais, depuis que nous étions au mont Athos, nous n'avions été aussi bien servis. Des serviettes très propres, pliées à la française, de la porcelaine, des verres bien lavés, une eau limpide, etc., on nous donna de tout à profusion. Un excellent potage aux pâtes me fit beaucoup de bien, mais je ne pus aller plus loin. On servit encore un morceau d'un gros et beau poisson bouilli, un autre morceau sauté aux tomates, puis des trilles frites, des sardines, des olives et du très bon vin. Pour dessert, des figues, des pêches et du raisin. Trois moines nous servaient ; le chef même était là, s'empressant de remplir notre verre quand il était vide. Après dîner, j'organisai mon lit sur un divan et M. Guillemet installa le sien sur l'autre partie. Je me couchai tout de suite pendant qu'il était occupé à écrire. La nuit fut excessivement chaude et il me fut impossible de dormir. Le matin, j*étais épuisé et aux prises avec une forle fièvre. Deux tasses de thé me rendirent quelques forces. M. Guillemet partit alors avec Antonio pour chercher le point le plus avantageux du couvent qu'il voulait dessiner au milieu du paysage. Je me mis sur mon lit, auprès des fenêtres
ouvertes pour lâcher d'avoir un peu d'air avant que le soleil eût tourné.
Quelque temps après, me sentant beaucoup mieux, j'allai me promener du côté de la fontaine afin de respirer l'air frais, et m'étant assis à l'ombrage, je lirai mon carnet et je pris quelques notes. Pendant que j'écrivais, un moine vint s'installer auprès de moi, cherchant à lire sur mon cahier et resta ainsi pendant près de vingt minutes, sans que nous échangeassions un seul mot.
Cependant la fièvre ne diminuait pas. Je rentrai pour me mettre sur mon lit. Vers trois heures, nous étions au dimanche, on nous annonça l'arrivée du despote qui venait un jour plus tôt, et il nous fallait quitter notre appartement. J'étais désolé.
A force de chercher, les bons moines trouvèrent moyen de nous laisser où nous étions, et de mettre ailleurs le despote et toute sa suite. En général, il n'est pas aimé dans les couvents parce qu'il faut sans cesse l'héberger et lui donner de l'argent. Le soir, je me sentis si mal que je fus obligé de me coucher sans dîner.
Après une nuit très agitée et très chaude, je commençais à reposer un peu, lorsque le despote nous fit demander si nous pouvions le recevoir. Il nous fit une petite visite et nous annonça qu'il partait le jour même pour le couvent de Saint- Denys. Le jeune moine de Lavra, qui l'avait accompagné, me dit que Melchisédech avait cherché à s'excuser de sa brutalité envers moi, parce qu'il n'avait pas la tête à lui, à cause du feu qui durait encore.
Vers midi, j'aperçus un bateau à vapeur. C'était celui de l'ambassadeur d'Angleterre à Constanlinople. Son interprète se dirigeait, en barque, vers le monastère, lorsqu'il rencontra le despote de Salonique. Ce dernier lui dit que le couvent le mieux situé pour la fraîcheur était Simopétra. La barque retourne à bord, et peu après, je vois le bateau à vapeur se diriger dans le sens indiqué. Vers quatre heures, il revient, et je reçois la visite de l'interprète qui vient me demander
desrensei^ementssurlc monastère de Saint-Paul. L'ambassadeur est malade; il désire éviter le soleil, la chaleur et la vermine, toutes choses qu'il trouvera ici en abondance, ce qui le décide à passer la nuit à bord. La journée avait été excessivement chaude, et le matin, nous avions ressenti un tremblement de terre qui avait duré une demi-minute.
Le lendemain matin^ vers six heures, on vient me prier de céder mon appartement à l'ambassadeur d'Angleterre qui va venir s'y installer!
Nous passons à la hàle nos effets dans les pièces situées en face, et nous décidons que nous partirons pour Saint-Denys, immédiatement après déjeuner, malgré ma fièvre qui avait redoublé avec violence.
M. Guillemet me laisse et va achever son dessin du monastère. Peu après, j'entends les cloches sonner à grandes volées. On avait jonché de feuillages l'entrée du couvent. Mais ce n'était pas sir Bulwer; c*étaicnt quelques jeunes gens de l'ambassade qui venaient visiter Saint-Paul. Ils s'installèrent simplement pour déjeuner, après quoi ils partirent. Le vapeur anglais se dirigea vers Xéropotami avec Thégumène de Saint-Paul qui venait d'arriver. Nous faisons nous-mêmes nos paquets et nous partons après avoir remercié les bons moines de leur généreuse et aimable hospitalité. On me donna un mulet pour descendre jusqu'à la mer, parce que j'étais trop faible pour marcher, et une barque nous mena en un quart d*heur6 à Saint-Denys. Nous étions pres({ue décidés à ne pas visiter ce couvent et à accompagner deux moines qui se trouvaient avec nous et qui allaient jusqu'à Xéropotami. 11 faisait une chaleur intolérable. Mais en arrivant à Saint-Denys vous voyons précisément le despote qui en partait. Nous nous décidons à rester. Je monte le premier au couvent qui est situé aune hauteur prodigieuse. On nous donne les chambres d'honneur : une petite, longue, avec quatre fenêtres sur la mer ; une autre en retour, donnant sur la montagne, et une troisième ne prenant jour que sur la petite, par conséquent très obscure. Les divans sont plus bas que partout ailleurs.
150 CARACALO
assez bien ; après les rafraîchissements de rigueur, nous visitâmes l'église qui est nouvelle et ne comporte rien d'intéressant, mais c'est toujours une visite indispensable.
Nous parlâmes ensuite de la bibliothèque. Ils me dirent alors qu'ils n'avaient rien, que les révolutions, comme ils le prétendent tous, leur avaient tout enlevé. J'insistai. Résistance de leur part. J'insistai de nouveau, en disant que puisqu'ils n'avaient rien, ce serait bientôt fait, que d'ailleurs, il fallait absolument que je visse toutes les bibliothèques du mont Athos, pour en rendre compte à l'empereur. Celui qui paraissait le chef se décida alors, bien que de très mauvaise humeur, à envoyer chercher les clefs. On ouvrit une espèce de cave plongée 'dans l'obscurité, et on apporta une petite bougie, comme celle qu'on brûle devant les autels de la Vierge ; ils me dirent qu'il n'y avait rien, que c'étaient des livres imprimés et modernes. II y avait, pêle-mêle sur des planches et dans des casiers, beaucoup de livres de toute espèce, et je distinguai tout de suite parmi eux un grand nombre de manuscrits, dont plusieurs étaient anciens. Je leur en montrai, en disant qu'ils ignoraient leurs propres richesses. Mauvaise humeur de leur part; ils étaient là sept ou huit moines, ils me dirent qu'ils n'étaient pas obligés de me montrer leurs livres.
Je m'emportai alors tellement contre eux qu'ils eurent peuret me dirent : « Eh bien, examinez-les. » — «Vous moquezvous de moi, leur dis-je, comment voulez-vous que j'examine ces volumes, avec une pareille lumière? Vous êtes des barbares, des misérables, et vous ne méritez pas l'intérêt que j'ai cherché à inspirer pour vous. Je ferai connaître votre conduite au monde entier. » Là-dessus, je partis furieux. Le peu que j'avais vu avait suffi pour me convaincre que les manuscrits de ce couvent étaient tous dans le même genre que ceux des autres, et qu'il n'y avait là rien pour moi. Ils prirent peur et cherchèrent à me retenir. Mais je sortis du couvent et j'allai avec le jeune Grec retrouver M. Guillemet.
Quelques minutes après, un moine qui me paraissait beaucoup mieux, beaucoup plus intelligent que les autres, vint me