PANTOCRATOR
AU père Antonio, il sera tout préparé quand vous arriverez à ATatopédi. »
"Voilà rintérêt général qui disparaît devant Tintérêl parti-
^lilier. Il est maintenant certain pour moi qu'ils possèdent
d^iis le monastère de Vatopédi des richesses lilléraircs qu'ils
'^^ montrent à personne; et il me semble que l'archimandrite
^^éophytos ne se serait pas ouvert à moi, d'une manière aussi
imprudente, s'il n'était pas sur de son fait. Il a fait un petit
<iC3mplot avec le père Antonio pour retirer à eux seuls les bé-
*x^fices de la communication que Ton me fera. Tout cela me
c&oQDC de bien grandes espérances. Mais avant d'arriver à
"\7atopédi, nous avons fait de petites excursions que je ne dois
X^as oublier.
Le samedi matin, je suis allé faire mes adieux à l'ambassadeur d'Angleterre qui m'avait pris en grande affection, et j'ai travaillé une partie de la journée à Colloumousi. J'ai passé tout mon dimanche au skite de Saint-André, sans sortir. Lundi matin, j'ai attendu pendant longtemps le jeune moine Dorothée qui voulait bien m'accompagner à Pantocrator. Enfin, vers huit heures, nous montions sur nos mulets et nous nous mettions en route. Au bout d'une demiheure, nous entrions au couvent où nous attendait l'archimandrite, homme très. simple, un peu commun, mais très bon et très hospitalier. J'allai à la bibliothèque sans plus tarder; au bout d'une heure, j'avais vu tous les manuscrits, parmi lesquels je ne trouvai absolument rien qui put m'engager à demeurer au couvent. Seulement, par convenance et comme j'avais apporté des bagages, il fut convenu entre Dorothée et moi, que j'y resterais jusqu'au lendemain.
Vers trois heures, Tarchimandrite m'apporta un manuscrit qui est vénéré comme une des plus précieuses reliques du couvent. Les moines prétendent que ce volume a été écrit par saint Calybite, qui vivait vers le v* ou vi* siècle de notre ère. A première vue, je lui dis que cela était impossible, car ce manuscrit était du xu' siècle. Je l'examinai, et je trouvai une loi d'Alexis Comnène, portant la date de 1086. Il n'y avait pas
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de réplique. Il me dit : « C*est étonnant; de temps immémoùalj on a toujours dit que ce manuscrit avait été écrit par Jean Calybite. » Il en est probablement de même de toutes les reliques du mont Athos, qui ne reposent que sur des traditions orales. Il y a trois couvents qui prétendent posséder l'éponge deNotre-Seigneur et, ce qu^ily a de piquant, c'est que ces trois monastères figurent, avec la même prétention, dans l'inventaire des reliques du mont Athos, qui a été dressé à Caryès, dans les premières années de ce siècle.
Le lendemain^ à neuf heures, nous partîmes pour le couvent de Stavronikita, qui est le plus petit de tous ceux que j'ai vus au mont Athos. Il est triste et mal tenu; le cœur me défaillait à l'idée que je pourrais être obligé d'y séjourner. Après les premiers compliments et les rafraîchissements de rigueur, nous abordâmes la question de la bibliothèque; il nous fut répondu qu'il n'y avait rien que quelques volumes sans valeur. Nous insistâmes pour la voir; alors on alla chercher Tépitrope qui avait les clefs et on nous introduisit dans une grande pièce, mal éclairée par une petite fenêtre borgne; sur une planche, régnant le long du mur, étaient empilés une masse de livres, parmi lesquels je remarquai des manuscrits anciens.
Ils se mirent alors cinq ou six à la besogne et m'apportèrent tous les manuscrits qui étaient pêle-mêle avec des imprimés.
Je fus tout étonné, et eux encore plus, de voir qu'ils possédaient un grand nombre de manuscrits anciens, malheureusement pour moi, ne contenant que des choses connues : vies de saints. Pères de l'Église, etc., etc. Vint le tour de la grande relique du couvent qu'on m'apporta triomphalement : c'était un manuscrit en lettres d'or, de la main même de saint Jean Chrysostôme. Je leur dis que leur manuscrit était du xu* siècle. Ils dirent alors à Dorothée : « Mais comment le sait-il, puisque l'année n'y est pas? » Le jeune Dorothée, qui m'avait vu à l'œuvre bien souvent, leur dit que ma science paléographique était infaillible et qu'ils pouvaient s'en rapporter à ce que je leur disais. Nous les laissâmes ébranlés, mais pas