‹ Le mont AthosChapitre 6 sur 35 · X NOTICE SUR LA VIE ET LES OEIR'^RES · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR LA VIE ET LES OEIR'^RES

n entend rien aux manuscrits. Il madone imposé une petite condition qui me fait voir combien les bibliothèques d'Italie sont dénuées d'hommes capables. Je dois faire la notice de tons les manuscrits grecs qui me passent par les mains. Avec rhabitudc que j'ai de ce travail et mes faibles connaissances en fait de paléographie grecque, j'expédie facilement une notice, et je vous dirai, à la honte de cet établissement, que les miennes sont les premières. Les catalogues existants se composaient de quatre ou cinq alphabets de noms d'auteurs^ sans ordre de lettres et sans aucune espèce de détails. Ainsi Sophocle, cinq tragédies; Aristophane, Plutus, etc., etc. Le temps que l'abbé Maï a passé à Milan n'a pas été d'une très grande utilité ici ; pour ses palimpsestes, il a tout bouleversé, et n'a pas même fait remettre en place les feuilles de parchemin sur lesquelles il a travaillé. M. Diibner, latiniste de premier ordre, employé chez M. Firmin Didot, m'avait prié d'examiner le manuscrit palimpseste d'une comédie de Plante, dont M. Maï a donné un spécimen en 1818, je crois; mais le désordre est tel que je n'ai pas même voulu en examiner un feuillet. Ici, la classe laborieuse, littérairement parlant, est très minime. La bibliothèque, quoique publique, ne voit pas, par jour, plus de quatre travailleurs, encore sont-ce des abbés. Je suis regardé comme une bête curieu3e; avoir six heures de suite le nez dans ces grimoires leur semble une chose extraordinaire, et les employés qui passent leur temps à bâiller et à compter les minutes, m'apportent un manuscrit comme un ivrogne apporterait un verre d'eau. Cet établissement n'appartient pas au gouvernement, mais bien à la famille de saint Charles Borromée ; elle ne peut l'aliéner, mais elle a le droit de faire les nominations. Ces détails vous intéresseront peu, peut-être, monsieur le marquis, mais cette passion pour les livres, que j'ai puisée auprès de vous, me force de gémir sur l'abandon d'un trésor qui triplerait de valeur s'il était soigné, exploité par des mains comme les vôtres. Dans les villes d'Italie que j'ai parcourues, j'ai peu vu d'habiles gens à la tête des bibliothèques : ainsi, à Ravenne, M. Pavirani, quoique professeur

DE M. EMM. MILLER xi

de grec, n*eDtend rien à la lecture des manuscrits ; à Venise, je n'ose dire ce qu'il en est ; il n'y a qu'à Turin, mais là, nous nous rapprochons de noire France... »

Dans ses réponses, le marquis de Fortia donnait à son jeune secrétaire des nouvelles de Paris et de ses amis.

Le 8 août 1835, il lui écrivait :

(( M. le baron de ReiiFenberg a fait mention de vos importants travaux dans son bulletin imprimé de TAcadémie de Bruxelles, où vous êtes nommé honorablement, comme vous méritez de Têlre. Mais nous voyons avec peine vos travaux se prolonger; nous voudrions que le mémoire de TAcadémie ne fut pas laissé de côté; nous avons malheureusement des places vacantes: trois membres de Tlnstilut sont morts dans quatre jours : M. Caussin de Percfeval, le 29 juillet ; M. Mongez, le 31 ; et M. Carnot, de l'Académie des sciences morales, le l®' août... »

Ce paragraphe fait allusion à un travail que M. Miller avait commencé en vue d'un concours académique.

En 4834, l'Académie des Inscriptions et belles-lettres avait dû retirer, faute de mémoires présentés, la question qui concernait : Les changements survenus dans la géographie de l'empire de Constantinople. Elle l'avait remplacée par la suivante :

Tracer F histoire de l'établissement des Vandales en Afrique, et de leur administration, depuis Genséric jusqu'à la destruction de leur royaume par Bélisaire; s'efforcer de montrer quel fut Péiat de l'Afrique romaine sous leur domination, etjusqtCoù s'étendait leur pouvoir ou leur influence dans l'intérieur du continent ; rechercher quel fut T idiome dont ils faisaient habituellement usage y et quels rapports s'établirent entre le peuple conquérant et les indigènes; enfin, essayer de déterminer quels vestiges de leur langue et de leurs coutumes, les Vandales ont laissés en Afrique depuis l'invasion des Arabes,

M. Miller avait commencé de rédiger sur cette question, aussi vaste que confuse, un mémoire qu'il comptait présenter au concours. C'était avant son départ pour sa première mission en Italie, et c'est à ce travail que fait allusion le passage

laiDe Im pirtie déjà publiée et ceUe qui était préparée poor Tim-

pression, en y ajoutant le récit des péripéties par lesquelles dût passer ce savant paléorrajibe. devenu toat à conp et par hasard on éminent arcbé:>lorae. la faunille de M. Miller ne fait qae remplir on désir qu'il a plusieurs fois manifesté, notammtrnt dans les dernières années de sa vie. En remettant entre les mains de sa fille ses correspondances que Madame Miller avait précieusement conservées, il lui recommandait de les sarder pour les publier après sa mort.

C'est ce devoirqu'accomplissent en c-e moment Madame Miller et Madame Mathis de Grandseille ; cette dernière, avec un soin loutfiIial,a eu la patience de recopier la correspondance entière Je son père qui parait ici pour la première fois.et cen*était pas là un mince labeur, car M Miller, autant par habitade de paléofj^raphe que pour épar^er son temps, écrivait son journal, dans les pays un peu barbares où il était oblige de résider, sur du papier extrêmement mince, et d'une écriture si fine et si serrée que, très souvent, il a fallu une loupe pour la Jéchiffrer. Si Ton ajoute à cela, l'encre qui était de mauvaise qualité (M. Miller s'en plaint souvent dans ses lettres) et qui a blanchi au point d'en devenir presque invisible, on comprend loute la peine qu'a dû s'imposer celle qui a si fidèlement reproduit cette correspondance, et la reconnaissance que lui Joivenl ceux qui prendront plaisir et profit à celte lecture.

Les deux cartes de la presqu'île du Monl-Âtboset de l'ilede rhasosy qui sont placées à la fin du volume, ont été dessinées par M. Mathis de Grandseille, gendre de M. Miller, pour les montagnes et les contours, d après la carie de l'Amirauté anglaise intitulée: Golfe de Cassandre, iles de Thasos et de Lemnosy dressée entre les années 1833 et 1840 et complétée en 1872, réimprimée en 1888, pour la position des monastère», d'après le» indications de M. Miller.

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