XIV NOTICK SUR LA VIE ET LES OEUVRES
trcprendre un travail de ce genre, j'attendrai dorénavant que les années aient mûri le peu que je sais et m'aient donné de nouvelles connaissances indispensables pour tout historien et tout archéologue. Je vous prie d*êlre mon interprète auprès de tous mes juges, et de les remercier de Tarrêt qu'ils viennent de rendre, quoiqu'il ne soit pas en ma faveur. Je ne leur demanderai même aucune explicalion à cet égard ; j'ai trop de confiance en leurs lumières. »
On ne peut s'empêcher de remarquer la modestie et la dignité de cette réponse à un âge où Ton est en général trop disposé à s'exagérer sa valeur et celle des travaux qui ont nécessité de nombreuses recherches et de longues fatigues. Le marquis de Forlia s'empresse de consoler son jeune ami, dans ses leltres des 20 juillet et 12 août :
« 20 juillet. — Vendredi, nous avons entendu le rapport sur vos Vandales, conforme à ce que je vous ai écrit. 11 paraît que votre adversaire était digne de lutter contre vous, et qu'il a eu plus de temps adonner à son travail. C'est tout son avantage, car ce n'est qu'un peu plus de soin pour la dernière rédaction qui vous a manqué. Peut-être, si nous avions vu ensemble votre ouvrage, auriez-vous approché davantage de la perfection. Nous avons, tous les deux, tant d'occupations, que nous n'avons pu consacrer à celle-ci toute l'attention nécessaire. Comme vous le dites, ce sera pour une autre fois*. »
« 12 août. — Tranquillisez-vous, mon cher Emmanuel, sur le prix de mille francs qui vous a été donné. Ce n'est nullement une faveur, c'est une justice qui vous a été rendue. J'en ai causé hier assez longuement avec un de vos commissaires, M. Walkenaer, qui a beaucoup de franchise. Il m'a dit avoir examiné avec attention votre mémoire et y avoir trouvé un
1. Lettre de M, Miller, de Florence, 7 août. — « MM. Hase et Uochette,
tout en in aniioDcaiit le résultat du coucours sur les Vandales, m'ont dit des choses très flatteuses et espèrent obtenir une médaille d'or au nom de l'Acadéniie. II parait que mon rival est un homme consomme en fait d'érudition et qu'il n'a pas trouvé un athlète digne de lui... »
DE M. EMM. MILLER xv
travail très étendu et des recherches savantes; mais vous aviez alTaire à un adversaire qui est professeur à Berlin, accoutumé à critiquer et à organiser les travaux de ses élèves, par lesquels il a pu faire faire aussi les recherches qu'il n'aurait peutêtre pas eu le temps de faire lui-même, et qu'il n'a eu qu'à diriger. Conséquemment il a pu s'occuper mieux que vous de l'ensemble de son travail et élaguer tout ce qui n'y était pas nécessaire. C'est ainsi qu'il l'a remporté sur vous. On s'accorde h trouver son mémoire excellent ; il n'y a nul déshonneur à l'avoir eu pour vainqueur; il est au contraire très honorable d'être associé à lui et d'obtenir une couronne immédiatement après la sienne. Ne vous découragez donc pas, mais, pourle moment, ne vous occupez que de nos Périples, ..n
Enfin, le 19 août :
« ...Il me semble que les lettres de M. Hase et de M. Raoul Rochelte vous ont tranquillisé sur votre mémoire qui, pour n'avoir pas remporté le prix, n'en a pas moins un très grand mérite et vous fait beaucoup d'honneur. On le jugera mieux encore lorsqu'il sera imprimé ; vous serez apprécié alors comme vous méritez de l'être *... »
Nous avons dit que c'était à Florence, où il était depuis quelques jours, que M. Miller avait appris le résultat de ce concours académique. Il était, en eiïet, retourné en Italie, dès le mois de mai 1836, chargé d'une nouvelle mission qui lui permît de compléter les études et les travaux qu'il avait commencés l'année précédente, et que, faute de temps, il n'avait pu achever. Son but, dans ce second voyage était,
1. Lettre de M. Miller. Florence, iT août — •< .... Je vous remercie du *oiu que vous lueltez à me relever à mes propres yeux. MM. Hase et Raoul Uoch(>tte m*out etTectivemeut donné des éloges sur mou grand travail, mais je dois vous avouer que je soupçonnais un peu leur bienveillance. Le résultat de votre séance publique m'a complètement tranquillisé, lorsque j'ai vu que deux prix avaient été remis à l'année prochaine, quoicju'il y ait eu cinq mémoires pour l'un, et deux pour l'autre. Dans tous les cas, ma prévention contre mou mérite, si mérite il y a, vient du désir extrême que j'ai de vous faire honneur, autre nent que par des succès dus à la protection. Puisque, heureusement, il n'en est rien, et je ne saurais me refuser à l'évidence sans improuver votre Académie, puisque, dis-je, il n'en est rien , permettez-moi de vous faire hommage de ce premier succès. C'est vous qui m'y avez conduit par vos bontés et par votre exemple...