PÉTRA
Les ruines dd’Ouadi-Moussa,# VallisMoysi, » indiquées par Seetzen retrouvées par Burckbardt % dessinées avec autant d’exactitude que de talent par M. de Laborde et publiéesdansson ma(;nirique ouvrage sur l’Arabie-Pétrée, occupent une situation bien connue dos géographes et des historiens de l’antiquité.
Strabon dit que l’élra était la métropole des Nabatbéens Pline décrit la position do cette ville incomparable en rappelant qu’elle était habitée par ies Nabatbéens Eusèbe mentionne Pélra comme faisant partie du royaume d’Edom ", Saint Jérôme confirme cette assertion' comme Flavius Josèpbc et tantd’autres l’avaient fait avant lui, et pei’sonno aujourd’hui n’hésite à reconnaitre dans les ruines do l’Ouadi-Moussa les restes de la ville d’Esaü, capitale d’Edom, métropole des Nabathéens. Le nom de Pétra est d’ailleurs parfaitement d’accord avec la
‘ Lettres à M. de Zach, xvii , p. 139.
’ Travels in Syria, p. Ù31.
* Slralx), lib. xvi, p. 779, fclit. Paris, 1G20.
* Plin., Hist. nat., p. 28.
* Euseb., Onomast., art. Petra, Idumeea, etc, ; UdaiiJ, Pal., p. 215, 217 et 926.
‘ Hicroii-, t. III, p. 59; ndaiid, t. 1, p. 70.
nature du lieu, et Bochart n’hésite pas à penser que l'appellation de Pétiée, donnée à toute cette portion de l’Arabie, remonte à la même origine Dans un savant mémoire sur les Nabathéens M. Quatremère a réuni un grand nombre de textes démontrant jusqu’à l’évidence l’identité qui nous occupe, et le docteur Vincent, auteur d’un excellent traité sur le commerce des anciens, proclamait la même vérité il y a longtemps déjà, en disant : « Pétraestla capitale d’Edom ou Scir, l’idumée ou l’Arabic-Pétréc des Grecs, le pays des Nabathéens, considéré par les géographes, par les historiens et par les poètes comme la source de toutes les choses précieuses et utiles qui atlluent en Orient \ »
Pétra,la frontière occidentale d’Edom, la chninc de Scir et le mont Hor occupent dans la géographie biblique des positions désormais parfaitement déterminées. En ajoutant à cette liste les autres lieux dont la situation n’est pas
' Cum Pclræa dicatur, dit lü docte géograplic , a luetropuli Petra, cujus llebrxum nomeii Sclab (II, Rois, xiv, 7), et Isaïe (xvi, 1), et Arabicuiu Hagar [Geograph. nub. Clinu, III , parL 5). Ilcbræis autem Selah et Arabibus Hagar id ipsum saut qnod Græcis Petra; atqiie hoc nomen urbi indituiii , quia illi imminent saxosi montes , de quibus ita Gcograplius Arabs ^ Hagar est arx pulchrc sita inter montes, suntquc ibi domus excisa; in pet Hos montes Arabica voce Hagar, id est, Pelram appellat Paulus tfial. , tv, 35} , tanquam urbi cognomines. (Bochart, Phateg., lib. tv, c. XXVII, p. 275, 276, ediL Lngd. Bat., 1712.)
’ Mémoire sur tes Nabalhieiu, par SI. Qualrenière. Paris, 1835.
* D' Viucenl's Commerce and navigation of tlie ancients.
moins certaine, tels que l’Horeb, Elath, Asioii-Gaber, les frontières de Canaan, etc., on sc trouve en possession d’une série de points de repère entre lesquels les autres localités visitées par les Israélites, durant leur long voyage, doivent retrouver leur véritable place.
Appliquant cette méthode à rechercher la position de Cadès, le lieu saint, la plus importante des stations de l’itinéraire, voyons s’il est possible do résoudre enfin une question qui a souvent mis en défaut la sagacité des commentateurs, des critiques et des voyageurs.
Partis du désert de Sinaï pour aller prendre possession de la terre promise, les enfants d’Israël se rendirent directement au désert de Pharan ' qui est vers Cadès ’. Le désert de Sinaï et Cadès sont donc les deux termes d’un voyage entrepris dans l’intention très-nettement exprimée de conduire le peuple vers la terre de Canaan.
Moïse, parfaitement instruit de la direction qu’il devait suivre, inspiré et dirigé par Dieu lui-même, ne pouvait SC tromper sur le choix de la route. 11 tira donc droit vers la terre de" Canaan et conduisit le peuple au pied de l’épaulcment qui termine au midi le plateau de la Judée.
Les pentes abruptes de cet épaulement forment un
‘ Nomb., X, 12.
’ Nomb., xm, 27.
obstacle difScilo à escalader; le peuple s’arrêta là et attendit le retour des espions envoyés en avant pour examinet le pays et reconnaître rennemi auquel on allait avoir affaire.
Ce campement au pied des premières pentes de la J udéc est certainement celui de Cadès-Barné, mentionné au Deutiîronomc ' et au livre des Nombres
Quant à la station do Cadès au désert de Sin où les Israélites s’arrêtèrent à la fin de leur long séjour dans le désert, au moment où ils voulurent traverser le jiays d’Edom, par la vallée de Pétra, il ne faut pas le confondre avec Cadès-Barné dont il est ici question.
Dans son savant Co/nmc/z/o/rc sur l’Exode et les Nombres, M. le comte do Laborde affirme que les Israélites ne campèrent qu’une seule fois à Cadès : « Je le soutiens, dit-il ; les deux passages à Cadès n’ont jamais eu lieu que
dans l’imagination des commentateurs et ne s’appuient
quesur la désignation d’un Cadès dans le désert de Pharan et d’un Cadès dans le désert de Sin \ »
Los commentateurs n’ont peut-être pas donné les nieil- Jeurs arguments en favçur de la distinction qu’ils clicr-
' Deut., I, 19; 11 , li; l.v, 23.
’ Nomb., XIII, 27; xxxil, 8; xxxiv, à.
* Deut., I, 2 J Aomb., XX, 1, 14: XXXIII, 36, 37.
‘ Comment, géographique sur l’Exode et les Nombres, par Leon ilc Ijtwrdc. Paris, 1841, p. 121, 1" cul., ii° 8.
chaicnt à établir mais ils avaient raison, nous espérons le démontrer, en reconnaissant deux Cadès placés l’un à l’occident, l’autre à l’orient de l’Ouadi-Araba, et en ne confondant pas deux haltes séparées par une période de trente-huit années.
En SC prononçant pour un seul séjour à Cades et un seul lieu de ce nom, M. de Laborde, pressé par le sens des textes qu’il cite, est conduit à conclure que les trentehuit années de séjour dans le désert se sont écoulées à Cadès
En effet, d’une part le Dcuti'ronomc (ii, 1 i) dit positivement que, depuis le campement de Cadès jusqu’à celui de Zared, il se passa trente-huit ans; et de l’autre, le livre des iXuDibrcs (xxxiii, 37,58) montre les Israélites partant de Cadès et arrivant au mont Ilor dans la quarantième année après la sortie d’Egypte, le premier jour du cinquième mois
Si, après avoir été à Cadès dans la deuxième année de l’Exode, les Israélites s’y trouvaient encore dans la
' On pourra consulter Ilengslcnberg {Aiilhentic. des Pentaieiiclt's, il, (i27;. P. 11. Ilankc [Untcrsiich’ingcn ûber den Pcnuueuch , II, 278), C. île lUumer ( rfer Zi/ÿ der Israelilcii, p. 60), I.iglitfool’s Clironica icinporiim et ordo lextuum Veterù Testamenti , I , p. S9.
’ Comment, ijeog., p. 128, 2* col.
‘ riomb., X, 11. La seconde anoÉc de l'Ëxodc correspond it l’an 1690 av. J.-C.
quaraulièmc année, il faut bien conclure qu’ils n’en bougèrent pas ou admettre que deux fois, à trente-huit années d’intervalle, ils campèrent à Cadès : il n’y a pas moyen d’échapper à ce dilemme. M. de Laborde l’a parfaitement senti, et, devant choisir entre les deux termes, il a opté pour le premier ; « C’est donc, dit-il, entre Cadès et le mont Ilor que s’écoulèrent ces trente-huit années, ou plutôt c’est à Cadès meme et dans ta grande vallée Araba, qui les sépare, et qui de Cadès prenait le nom de Cadès-Barnea »
Le système de M. de Laborde rencontre des obstacles qu’on ne pourrait tourner sans tomber dans des difficnltés plus {jrandes encore ; d’abord il retient le peuple à Cadès pendant trcntc'-lHiit années, tandis que Moïse dit formellement qu'il a marché ’ pendant cette même période; ensuite, il transforme en Cadès-Barné la vallée d’Araba (la vallée du désert) si justement désignée par la Bible comme « le chemin de la mer Bouge a et enfin, il presse vingt stations entre le Sinaï et Cadès sur une distance beaucoup trop courte pour être divisée en un si grand nombre d’étapes.
M. de Laborde est allé au-devant de cette dernière et
' Comm. geog., p. 128, 2' col.
’ Deui., Il, Vi.
’ Dcul., I, 40; lYomb., xiï, 24.
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très-grave diilicuKé en supposant qu’uiie partie do ces trop nombreuses stations étaient on dehors de la route directe et avaient été visitées par les Israélites en attendant le retour des espions envoyés en avant pour reconnaître la terre promise
Ainsi, pendant l’absence de ces hommes qui dura quarante jours le peuple aurait visité dix-sept stations, toutes fidèlement mentionnées par l’itinéraire, pois arrivé à Cadès, il serait resté trente-huit ans immobile, sans chercher une contrée moins aride, et pondant cette longue période, il n’aurait pas fourni à l’historien sacré l’occasion d’enregistrer le nom d’aucun campement nouveau ?
L’ingénieuse hypothèse dos stations d’attente n’est pas une solution de la difficulté; il faut chercher un autre moyen de faire concorder entre eux les différents livres de la Bible, qui rendent compte du voyage des Israélites depuis riloreb jusqu’au torrent de Zarod.
L’accord, entre les textes relatifs à ce voyage, est d’ailleurs moins difficile à établir qu’on ne pourrait le penser, car les conti’adictions qu’on y a relevées tiennent
‘ Comm. gtog., p. 121, 2'cül; et p. 122, 2' col. M. de [.aborde fait partir les espions do Ilctlinia, et c’est aussi de cette station qu'il conduit le |>cujile jusqu'il Asion-Gaber, sur la mer Uouge, avant de le ramener vers le véritable but du voyage.
' Nomb., XIII, 26.
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beaucoup moins au fond du récit lui-mOmc qu’à l’ordre dans lequel les campements se trouvent énumérés au xxxiir cliapUrc des Nombres.
Cette nomenclature, dans laquelle la moindre distrac-tion d’un copiste a pu intervertir l’ordre des stations, doit-elle prévaloir contre le récit circonstancié du livre des Nombres et du Deutéronome, ou bien, ne serait-il pSs plus naturel qu’elle fût rectifiée conformément au témoi{jna{je et à l’accord de celte double autorité?
Après avoir lonirtemps médité sur les textes bibliques, en m’aidant, pour les comprendre, de ce que la vue du terrain m’avait appris, je suis arrivé à concevoir sur la marche des Israélites depuis l’Iloreb jusqu’au torrent de Zared et an montNebo, un système qui m’a paru rationnel ; j’ai soumis ce système au contrôle des textes, et celte , épreuve ne lui ayant pas été défavorable, je vais on exposer le résultat.
Voici comment je comprends la marche des Israélites :
Ils parlent de l’Iloreb, ou du Sinaï, c’est tout un, pour aller prendre possession do la terre promise, et vont droit devant eux en suivant une voie fréquentée et alors bien connue. Treize journées de marche les conduisent sur la frontière du pays de Canaan, au pied do l’épaulement connu aujourd’hui sous le nom de Djcbol-Aémen. Là ils sont arrêtés parmi obstacle qui se dresse devant eux et
campent sur le bord d’un cours d’eau important, l’Ouadi- Fukré, d’où Moïse envoie on avant des espions chargés de reconnaître le pays qu’il se disposait à envahir.
Après quarante jours les éclaireurs reviennent à Cades, d’où ils étaient partis, et font un rapport qui effraye la multitude. Le peuple s’émeut au récit des dangers qu’il faudra braver et refuse de monter vers la terre promise. Dieu déclare alors à Moïse qu’aucun des rebelles ne pénétrera dans le pays qu’il avait voulu leur donner et que leurs enfants n’y entreront eux-mémes qu’apres avoir erré quarante ans dans le désert.
Comme les Amalécites et les Cananéens, ajoute l’Eternol, habitent dans les vallées voisines ', décampez demain et retournez dans le désert par le chemin de la mer Rouge
Le peuple, toujoure insoumis, après avoir refusé de se porter en avant quand on le lui commandait, veut escalader la montagne quand on le lui défend. Il se fait battre par les Amalécites et les Cananéens, qui le poursuivent jusqu’à Horma, et c’est seulement après cette défaite qu’il rentre dans l’obéissance.
Moïse quitte alors le campement de Cadès et les pA-
' ProbablciDcm la vallée de Siddim , dans laquelle le peuple auraft trouvé un passage vers la terre promise, si cette vallée n'eût été gardée par les Amaléciles et les Cananéens.
’ Nomb., XIV, 25.
lurages de la vallée de Fukré où les enfants d'Israël n’étaient plus en sécurité; il retourne en arrière, en inclinant vers l’est pour prendre le chemin de la mer Rouge, c’est-à-dire l’Ouadi-Araba, et ramener le peuple au désert, ainsi que l’Eternel le lui avait commandé.
Pendant trente-huit ans, les Hébreux parcourent la péninsule du Sinaï, s’arrêtant, comme le font les peuples nomades, là où ils trouvent de l’cau et des pâturages, quittant un campement dont les ressources sont épuisées pour y revenir alors que les pâturages ont eu le temps de se couvrir d’une herbe nouvelle.
Quand le temps marqué par l’Etcrncl fut accompli et que toute la génération révoltée à Cados eut été consumée par la mort. Moïse fit une nouvelle tentative pour pénétrer dans la terre promise. Le chef prudent, toutefois, se garde de ramener le peuple sur le terrain où il a éprouvé un défaite trente-huit années auparavant; il craindrait que cette multitude, toujours prompte à s’émouvoir, ne l ût troublée et découragée par le souvenir de l’échec subi par scs pères; aussi préfèrc-t-il entreprendre un long détour pour arriver à son but.
C’est alors que, cherchant un passage pour tourner la mer Morte vers l’orient, Mo'ïse s’engage dans les montagnes de Seir et pose son camp près de Cadès au désert de Sin, sur la frontière du pays d’Edom. De là il envoie des am-
bassadcursau roi d’Edom ou Pélra, cl lui faitdcmandcr la permission de traverser son pays. Ayant éprouvé un refus et une résistance invincibles, il se replie d’abord vers le mont Ifor, au sommet duquel son frère Aaron termina sa longue vie, puis descendant de nouveau dans la vallée d’Araba (le chemin de la mer Rouge), il retourne encore une fois vers le sud. Arrivé près d’Elath etd’Asion-Gaber, il reçoit de Dieu l’ordre de sc diriger vers l’aquilon par le chemin du désert de Moab; il entre dans la vallée de Djetoum, traverse la cbaiiic Arabique, marche vers le nord en bordant les confins d’Edom et conduit le peuple au torrent de Zared où il s’arrête pour constater la complote disparition des rebelles condamnés à Cades.
Du torrent de Zared, Moïse porte son camp sur les bords de l’Arnon et de là, par une série de marches hardies et de combats heureux, il se reml maiire des possessions orientales des Amorrbéens , pousse au delà de Galaad jusqu’à la montagne d’IIcrinon, puis, revenant sur ses pas jusqu’en face de Jéricho, il meurt au sommet du ^cbo au moment où il sc disposait à traverser le Jourdain.
Voilà comment j’ai compris la marche des Israélites; nous allons maintenant confronter les principaux traits de cet itinéraire avec la lettre des textes sacrés et des autres renseignements géographiques et historiques, propres à éclairer la discussion.
La partie de ritincrairo mise ici à l’étude part d’un point parfaitement déterminé : L’Eternel, dit Moïse, nous parla en Iloreb en disant: «Vous avez assez demeuré en cette montagne, partez et allez vers la terre promise'. » position de l’iloreb n’est pas contestable; cependant quelques savants voyageurs ont essayé de refaire sur ce point la géographie traditionnelle; mais ils ont toujours échoué devant des contradictions et des difficultés sans nombre. L’iloreb fait évidemment partie du groupe majestueux qui s’élève au milieu de la péninsule du Sinaï et se termine par trois pics d’inégales hauteurs, nommés Djebel-Coreb, Djebcl-Moussa, Djebel-Catherine, c’est-à-dire montagne de l’Iloreb, montagne de Moïse et montagne do sainte Catherine
Le point de départ du premier voyage vers Cades doit nécessairement être placé au pied do ce groupe; car d’une part, le Dcutci onomc àii que l’ordre de ce départ fut donné à Moïse en lloreb’; cl de l’autre, le livre dos Nonil/rcs fait partir le peuple du désert de Sinaï *.
• Deut., J, 6. 7.
’ Burckhaiill's, Trarels, p. 573; Lepsius, Lellers fromEgypi, Ethiopia, and llic peninsuta of Sinaï, p. 320, cl Appendice <i la lettre G. — Voy. aussi l'upiiiion de Hitler sur ce su/l; clic n'est pas favorable aux iiotaleui-s. — üio Erdkundc, Sinaï Ilalbinsel, vol. xiv, p. 742 ï 1U\. — JI. de Labordc, Comment, gèogr., p. lOù cl suiv.
’ Dent., 1 , 6.
* Nomb., X, 12; ixxni, 16.
La position de l’Horeb étant détcnninécj si ou pouvait fixer celle de Cadès avec une égale certitude, la roule suivie par Moïse se trouverait connue par ses deux extrémités, entre lesquelles les stations intermédiaires viendraient prendre place,selou lesdistanccs et les ressources locales.
Voyous donc où il convient de placer Cadès.