‹ Le mont Hor, le tombeau d'Aaron, Cadès [Texte imprimé]Chapitre 4 sur 8 · CADÈS · texte numérisé non relu

CADÈS

Le nom de Cadcssa ou El-Madara , prononcé spontanément par mes guides arabes pour désigner une colline et une source situés à l’ouest de l’Ouadi-Araba, au pied du Djebel-^ émcn, me parut une indication digne d’clrc remarquée. Pensant qu’il y avait peut-être là un souvenir du Cadés-Barné de l’Écriture, je soumis cette bypothcse aux savants

Le D' Robinson, de New-York, ayant cherché ailleurs l’emplacement de Cadés-Barné, accueillit fort mal ndcnlification que j’avais présentée sous toutes réserves, et alla même jusqu’à nier l’existence d’un lieu nommé Cadcssa, dans l’endroit où je l’avais indiqué. Toutefois, mon hypothèse concorde si bien avec les renseigno-

’ tadès signifie lieu saint; c’est à peu pris l’équivalent de El-Khods, nom arabe de Jérusalem.

’ Bull, gèo/j. (le Paris, ann. 1839, p. 332. Iloy. goog. Soc. I/)udoD, 1839.

mcDls bibliques, que je me vois forcé de la mainlenir, même en face des dénégations du savant Américain.

Mon témoignage d’ailleurs n’est plus isolé, il a été pleinement confirmé, depuis, par d’autres voyageurs.

M. George Williams, parvenu à l’extrémité méridionale de la tribu de Juda, avait appris de ses guides arabes qu’il y avait un lieu nommé Cadessa dans une vallée peu éloignée, au pied do l’cpaulcment qui, de ce côté, marque la limite de la terre de Canaan Forcé de retourner en arrière, le voyageur ne put visiter Cadessa, mais du moins il en avait constaté l’existence. Plus heureux que lui, son compagnf)!! de voyage, le llév. J. llowlauds, ne larda pas à retourner dans la même contrée; il vit celle fois l’emplacement do Cadessa, et en fit une description détaillée, qui a paru depuis, sous forme d’appendice, dans le volume publié par M. G. Willianis%

Ce témoignage suffira, j’espère, pour lever tous les doutes; venu dix ans après le mien, il on est complètement indépendant. Les voyageurs anglais, conduits par des Arabes étrangers à la tribu qui m’avait fourni des guides, paraissent avoir ignoré mon passage sur ce terrain, et c’est de bien bonne foi qu’ils se sont attribué la découverte de Cadessa.

' Cfl ('paulcmcnt est le Djcbel-Yiincn de ma carte.

’ The Uohj City hütorical, topographical and antiquai lan notices of Jcrusalein, by Geurge XYilliams. 2'* edit. London, 18(i9.

La première mention tlu nom deCadèsse trouve au livre de la Genèse à propos de l’incursion deChodorlaliomor dans le pays placé au sud de la mer Morte. Ln comparant les versets du chapitre xiv de ce livre, depuis le premier jusqu’au dixième, on voit clairement que la fontaine do Mispbat, qui est Cadès, eomme dit le septième verset, était située entre les montagnes de Seir et Sodome, précisément vers le point où les Arabes placent Cadessa.

Le nom do Cadès se retrouve ensuite au chapitre x\i do \a.(tcncse, ù propos do la fuite d’Agar. L’Egyptienne quitte les lentes d’Ahram drossées dans la plaine doMamré en Hébron et se dirigeant vers son pays, elle s’arrête près de la fontaine qui est au chemin de Sur L Celle fontaine ou ce puits, nommé le puits du vivant qui me voit, d’après le livre do la Genèse, est entre Cadès et IJared ou Itarad

Ce nouveau renseignement, rapproché du précédent, détermine la situation do Cadès. L’un donne, pour ainsi dire, le degré de longitude, et l’autre le degré de latitude de cette station importante; car si le premier fixe l’emplacement de Cadès au sud do la mer .Morte, le second ne

' Genèse, xiv, 1 et siiiv.

’ Gen. , XVI , 6.

’ Gen., XIII, 18.

‘ Gen., XVI, 7.

‘ Gen., XVI, l/l.

perraol pas qu’on le rejclleaii delà d’une ligne tirée entre Hébron et l’Egypte.

En suivant cette indication, ou se trouve ramené vers la Cadessa moderne placée par les Arabes sur le bord du chemin qui conduit d’IIébron en Egypte, ii l’endroit où il est traversé par celui qui s’étend entre Mann et Gaza.

Le livre de la (ienèse fait une troisième fois mention de Cadès; c’est en rendant compte du départ d’Abraham après la ruine des villes de la Pentapole : « Et Abraham, » dit-il, 0 s’en alla de là ' au pays du midi, et demeura entre Cadès et Sur *. » Ceci confirme les renseignements déjà connus, et ne laisse aucun doute sur la position de Cadès, dont le nom se retrouve sous la plume biblique chaque fois que celle-ci, pour préciser une situation géographique, a besoin d’un point de repèrp jilacé entre la terre de Canaan et l’Egypte

Après avoir reconnu la position de Cadès, d’après les renseignements fournis par le livre de la Genèse, examinons comment cette mise en point s’accorde avec l’itinéraire du peuple hébreu dans le désert, tel qu’il est indiqué dans les livres mosaïques postérieurs à l’Exode.

La sainte Ecriture nous apprend, comme nous l’avons

* I.cs plaines lie Mamré (Ccn., xviii, 1), Marnré près d’H£broa (Cen., xiiii, 19).

’ Gcnhc, XX, 1.

* Josur, X, lit; XV, 3.

déjà vu, que Dieu parlant à Moïse en Iloreb (montagne de Sinaï), lui dit : « Vous avez assez demeuré en cetic montagne; allez prendre possession du pays que l’Eterncl a promis à vos pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner et à leur postérité après eux »

Le peuple, sous la conduite des chefs désignés par Moïse*, partit d’Horeb’ le vingtième jour du second mois, en la seconde année depuis sa sortie d’Egypte *, et marchant selon l’ordre de Dieu, par le chemin de la montagne des Amorrhéens *, se rendit au désert de Pharan * qui est vers Cadès’.

Alors Moïse envoya des espions pour reconnaître la terre de Canaan*; ils partirent au temps des premiers raisins *, montèrent sur le plateau brusquement terminé par le Djebel-Vemen explorèrent la terre deCa-

' Dent., 1 , 6, 8.

’ Deul., I, 15.

’ Deiil., I, 19.

* Somh., 1 , 11 . I.’é|xxjuc do l'année indiquée ici corrospond an roniinencemeDt du mois de mai.

* Devl., I, 19.

‘ Nomb., X, 12; XIII, 1.

’ bfomb., XIII, 27.

* Nomh., XIII, 3, 18; XXXII, 8; Peut., I, 22 et sois.

’ Nomb., XIII, 21. Le temps dos premiers raisins dans celte contrée répond à la Gn de jiiillet. Les espions, ab.scnls pendant quarante jours, durent être de retour au commencement de septembre.

'• njcbel-Yémen (montagne de la droite) répond <i la montagne

des Amorrhéens, indiquée par Moïse au xx* verset du l" chapiirt? du Dev-

iiaan allèrent jusqu’à Hébron et au torrent d’Escor , puis, au bout de quarante jours, revinrent au désert de Pharan, à Cadès, rendre compte de leur mission aux chefs du peuple hébreu Ils vantèrent les productions de la contrée qu’ils venaient d’explorer ; « C’est véritablement, dirent-ils, un pays découlant de lait et de miel; » mais en même temps ils dépeignirent les habitants sous un aspect redoutable \ Toute l’assemblée se mit alors à murmurer contre l’Eternel et s’ameuta contre Moïe et Aaron, en disant: «Pourquoi l’Eternel nous conduit-il vers ce pays-là, pour y tomber par l’épée? Mieux vaut retourner en Egypte; établissons-nous donc un chef et retournons en Egypte *. »

icronomc, nommée aussi montagne de Sepher au xxxni' chapitre dos ynmbrcs.

' Les limites de la terre de Canaan sont indiquées avec une grande précision au x° chapitre de la Genèse : « Les limites des Cananéens, dit le verset 19 de ce chapitre, furent depuis Sidon,qnand on vient vers Guérar, jusqu'iUaza, en tirant vers Sodome et Comorrhe, Adama et Sélxjïm jusqu’à Lésa. • Cnc ligne tirée entre Gaza et Sodome passerait en elTet au Djebel-Yémen , lintitc naturelle de la terre de Canaan vers le midi. — (Voy. A'omft., xxxjv, ù; Josué, XV, 1 et suiv ) '

’ Le torrent d'Escol on Nohel-Escol (le torrent de la grap|>e) n'est point éloigné des plaines de Mamré et de la ville d’Ilébron , car lorsque Abrain marcha de là contre Chodorlahomor, il emmena avec lui les gens d'Escol (Gen., XIV, 13, 2û). Le torrent d’Escol pourrait bien être le Cédron (Ouadien-Mar) ou l’Onadi-cl-Aredje qui traverse le terrain où devaient être les vignobles d’Engaddi (Ain-Djedi).

’ Üeui., I, 2?i et suiv. ; Komb., Xlll, 26, 27 et suiv.

* ^omb., Xlll, 26 et suiv.; Dent., i , 27.

‘ Nomb., XIV, I et suiv. ; Dnii., l, 27 et suiv.

La colère de rniernel s’alluma contre les prévaricateurs; elle allait les frapper, les anéantir, quand Moïse intervint par la prière. « Je leur ai pardonné, selon que vous me l’avez demandé, » dit Dieu au puissant intercesseur, je ne les ferai pas périr immédiatement; mais aucun de ceux qui se sont révoltés ne verra la terre promise; ils continueront à errer dans le désert pendant quarante ans, et leurs enfants n’entreront au pays que j’ai promis de leur donner qu’après la complète extinction de ceux qui ont murmuré contre moi; retournez donc demain en arrière et allez au désert par le chemin de la mer Rouge

Par un de ces retours fréquents au sein des masses populaires, les Hébreux passèrent tout à coup de l’excès de la timidité à l’excès de l’audace. Après avoir méconnu la voix de leurs chefs, quand elle leur commandait de marcher en avant, ils refusèrent encore de l’écouter quand, au nom de l’Eternel , elle leur ordonna de retourner en arrière; toujours insoumis, n'obéissant qu'aux conseils de leurs passions, les voilà qui s’élancent en désordre et sans chefs pour escalader la montagne au pied de laquelle ils étaient campés. Moïse a beau leur dire ; « N’y montez point, cela ne réussira pas, car l’Eterncl n’est pas au milieu de vous; » ils n’écoutent rien et

' Aorn/*., XIV, 19,

poussent en avant. Ils n’allèrent pas loin sans rencontrer le châtiment promis à leur témérité ; « Attaqués par les Amalécites et les Cananéens qui habitaient en cette montagne-là, ils furent battus et ramenés en déroute jusqu’à Ilorma »

Chacun des mouvements indiqués dans ce récit s’encadre admirablement dans le relief de la contrée où nous avons précédemment reconnu la Cadès de la Genèse et la Cadessa des Arabes.

Pour mieux se rendre compte du récit de Moïse, il faut se représenter le plateau de la Judée s’élevant entre la Méditerranée à l’occident, la vallée du Jourdain et la mer Morte à l’orient, et s’interrompant, au sud, par les pentes escarpées du Djebel-Yémen.

Iæ peuple est arrêté au pied de l’escarpement qui le sépare de la terre de Canaan ; son camp est assis sur le bord d’un coui's d’eau ’, formé par les égouts du haut pays. C’est de laque Moïse doit partir pour entrer dans la terre promise; il a fait étudier la contrée et s’est rendü compte des différents obstacles qu’il lui faudrait affronter. Usait qu’en appuyant sur sa gauche, vers la Méditerranée, il rencontrerait des pentes moins escarpées, mais protégées par des forteresses, et qu’il risquerait ainsi de se mettre sur

Nomb., üiv, ftO jiisqn’h la fin; Peut., \ , U!i cl .suit, l.c .N'alir-Fukré.

— Tl —

les bras, outre les habitants du pays, les Philistins et les Âmalécilcs. En tournant à droite, il pourrait descendre dans la vallée de Siddim et tenter l’escalade par le chemin de Zoar, mais de ce côté la montée est très-longue, Irès-diflicilc, et les Cananéens y font bonne garde. Moïse sait tout cela et se décide à franchir le Djebcl-Yéinen par le ravin qui sert de lit au Nahr-Fukré. Les expressions du récit biblique s’adaptent merveilleusement à la configuration du terrain :

« Considérez la terre que le Seigneur votre Dieu vous donne, » dit le chef à la multitude ; « montez-y et vous en rendez maîtres » Quoi do plus graphique? Le peuple est au pied du Djebel-Yémen, il n’a on effet qu’à monter et il sera dans la terre promise. Les espions s’étant mis en chemin, dit ailleurs Moïse, « montèrent sur la montagne » Quand les espions sont de retour à Cadès, Calcb dit au peuple : Montons hardiment et possédons ce pays-là. Mais le peuple répond : Nous ne pouvons monter vers ce peuple ’. L’expression ne se prête à aucune équivoque; elle indique clairement que le peuple est arrivé au pied du plateau de Juda et ne peut plus avancer qu’en montant sur la montagne ', c’est-à-dire on escaladant le

' Deut., I, 2l.

’ Nomb., XIII, 18; Dcul., I, 2’i.

* Xomh. , XIII , 31 , 32 ; Dent., 1 , 20 cl suiv.

* Nomb., XIV, 00, O'i.

Üjebel-Vémcn. Moïse le dit dans les leniies suivants à la précision desquels il semble diflicile de rien ajouter : Il Lorsque nous frtmes arrives à Cadès-Iîarné, je vous ai dit : Vous êtes parvenus à la montagne des Amorrbéens que le Seigneur, notre Dieu, doit nous donner » Le sens devient plus précis et la phrase plus graphique encore dans les derniei-s versets du xiv® chapitre des JVonifircs, quand le dialogue s’engage entre Moïse, resté dans le camp, et le peuple s’élançant sur les pentes du Djebel- Vémen.nNous monterons au lieu dont l’Eternel a parlé — Ne montez pas, leur cric Moïse sans quitter 1e milieu du camp % car l’Etcrnel n’est pas avec vous; » mais eux, frappés d’aveuglement, ino/ifcre/it sur le sommet tic ta montagne, et les Amalécites et les Eananéens qui habitaient cette montagne les attaquèrent et les mirent en déroute

• Deut., I, 19, 20, 2t.

* Nomb., XIV, ûO.

• Nomb., XIV, 04.

* Nomb., XIV, 45.

L’01JAUl-FtJKIIÉ‘.

Le long séjour des Israélites au campement de Cadès- Barné indique qu’il devait se trouver de l’eau dans le voisinage, non-seulement pour les besoins du peuple, mais aussi pour abreuver les nombreux troupeaux qu’il traînaif avec lui. L’Ouadi-Fukré, descendant du plateau de Canaan par une déchirure du Djebel-Yémen et coulant au pied de celle montagne sur une assez longue étendue, répondait à ce besoin.

C’est là, le long de ce cours d’eau, que le peuple dressa ses Icnteset attendit, pendant quarante jours, le retour des espions envoyés par Moïse pour reconnaitre le haut pays ; c’est bien en effet la station de Cadès-Barné où les Israélites vinrent après qu’ils eurent quitté le désert de Sinaï et d’où ils partirent pour retourner au désert par le chemin de la mer Rouge ’. Les deux extrémités de la route étant fixées, il faut maintenant s’occuper des stations intermédiaires.

' L'Cuadi-Fukré , un des principaux cours d'eau qui lom-

beut dans le Clior méridional, est alimenté par des sources pendant toute l'année ; mais l'Iiiver il se trouve considérablement augmenté par les eaux pluviales qui viennent du plateau de Canaan et se réunissent dans une décliirure du Djebel-Yémen. — Voy. mon Voyage depuis les sources du Jourdain jusqu’à la mer Rouge, I" part., p. 12, 13.

’ Nomb., XIV, 25; Deul., I, hO; H, 1.

DU SITUAI A CADÉS-DARAÉ.

On lit dans le Deutéronome' : a A onze joure d’Horeb, par le chemin de la montagne de Scir, jusqu’à Cadès- Barné. » Ce passage a fait croire qu’il fallait placer onze stations entre le désert de Sinai et Cadès-Barné; la conséquence est-elle fondée? Je ne le pense pas.

Moïse tint le discours dans lequel on trouve cette assertion dans la quarantième année de son pèlerinage -, quand il avait déjà vaincu Sehon, roi des Amorrhéens, et Og, roi de Basai) alors qu’il était dans le pays de Moab et sur le point de franchir le Jourdain ; ne faisait-il pas alors allusion au second voyage àCadès plutôt qu’au premier? Je n’hésite pas a le penser, en voyant qu’il compte les onze journées, en passant par le chemin de la montagne de Seir *, tandis que, dans le même chapitre, racontant les détails du premier voyage, il dit qu’il s’effectua par le chemin de la montagne des Amorrhéens \

‘ HciiI. , 1 , 2 .

’ J)tut., 1, s.

* Veut. ,1,4.

* Veut. ,1,2.

‘ Veut., I, 7, 19.

— ai

Or, le chemin de la montagne des Amorrhéens est d'un coté de la vallée d’Araba tandis que le chemin de la montagne de Seir est de l’autre. Il ne faut donc pas confondre deux routes si notablement séparées par la configuration du pays, ni appliquer à celle-ci ce que la Bible dit de l’autre.

11 est vrai que le texte dit Cadès-Barné. C’est là, j’en conviens, une grande difficulté. 1-lle suffirait même pour faire repousser l’interprétation que je propose, s’il n’était encore plus difficile de bouleverser la topographie du pays que d’admettre l’adjonction du mot Barné par un copiste ou un traducteur.

Sous la réserve de cette remarque, voyons quelles furent les stations du premier voyage à Cadès.

Les Israélites partirent donc de la montagne du Seigneur, et marchèrent pendant trois jours'. Le livre des Nombres, en donnant ce renseignement, ne nomme pas les campements de ces trois premières marches, et l’itinéraire, qui n’en fait aucune mention, conduit le peuple du

' Les rois (le Jérusalem, d'Ilébron , de Jérimolb, de I.achis ctd’Ûgloii, liabilant (eus à droite du Jourdain, sont uommé's au livre de Josuc (x, 5} rois des Amorrhéens. Le chemin par la montagne des Amorrhéens doit nécessairement SC diriger vers ces royaumes et être tracé 5 l'occident de la vallée d’Araba. Les Amorrhéens avaient aussi des possessions h l'orient de la mer Morte, mais on ne les traversait pas pour aller du Siual ii Cadès.

’ Nomb., X, 33.

désert de Sinaï directement aux Sépulcres de concupiscence

Le journal détaillé du livre des Nombres et le Deutéronome fournissent les noms de deux stations intermédiaires, Tubhéra ’ et Massa En sorte qu’on pourrait être tenté d’appliquer les noms dcTabbéra, Massa et Kibroth- Taava aux trois premières haltes des Israélites, si le livre des Nombres ne donnait à entendre que les trois journées de marche précédèrent l’arrivée à Tabhéra.

Le peuple étant parti du désert de Sinaï, marcha donc le chemin de trois jours *; après , le peuple se plaignit de la fatigue, il se mutina ; l’Etcrnel l’entendit et le feu du Seigneur s’allumant contre eux en consuma plusieurs t\ l’extrémilé du camp, et on nomma ce lieu-là Tabhéra (embrasement ),.parce que le fou du ciel s’y était allumé contre eux ^ Ce fut, selon toute apparence, la quatrième station sur le chemin de Cadès.

L’itinéraire général ne faisant! aucune mention de Tabhéra, des commentateurs ont pensé qu’ils devaient confondre cette station avec celle de Kibroth-Taava et les réunir toutes deux en une seule Cette opinion est for-

* Kihrolh Taava (les sépulcres de concupiscence). {Nomk, XXXllI, 16.)

’ .Vomi//., XI, 3.

' Detit. , IX , 22.

* Noinb., X, 33.

* Nomb., XI, 1, 2, 3.

* Voy. JJ. de Laboide, Comment, yiog., p. 117.

mcllemcnt contrcdile par le récit des Nombres ' et par ua verset An Deutéronome où Moïse, s’adressant au peuple, énumère les différents lieux dans lesquels il a fait entendre des murmures : « Vous avez aussi fort irrité l’Éternel, dit-il, on Tabhéra et en Massa, et en Kibroth-Taava , c’est- ii-dirc aux lieux dits l’Embrasement, la Tentation, les Sépulcres de la concupiscence-. » Ces appellations se rapportent trop bien aux événements racontes au livre des Nombres ’, pour qu’on puisse être tenté de changer l’ordre dans lequel les campements qu’elles désignent sont énumérés au livre du Deutéronome : à Tabhéra, le feu du ciel s’allume contre les Israélites révoltés; à Massa, le peuple est tenté par le désir de manger de la chair; à Kibroth-Taava , il est frappé d’une plaie qui fait de nombreuses victimes. En suivant l’ordre du récif, Massa deviendra la cinquième station après le départ du Sinaï et Kibroth-Taava la sixième.

Ea septième marche conduisit les Israélites à Ilasorotb, où ils s’arrêtèrent.

Le séjour prolongé du peuple à cotte station indique sullisamment qu’il faut ta chercher au delà des limites de cet affreux désort d’Et-Tyb dont la stérilité est pro-

* Nomb., XI, 1 et suiv. jusqu’à l.i fin.

* IX, 22; Nomb., XI, 31 et suiv.

* Nomb. , XI , 1 et suiv.

verbialc; llaserotb paraîtrait convenablement placé dans la vallée de Djaréfi ' non loin du Djcbel-el-llachicbe ’ dont le nom indique la fertilité.

Ce fut pendant le séjour à Haseroth que Marie et Aaron parlèrent contre Moïse à propos de sa femme Madianitc. Marie fut punie sans que l’intervention généreuse de Moïse parvint à détourner le châtiment. La lèpre couvrit son corps; pendant sept jours elle resta éloignée du camp et le peuple ne quitta point ce lieu jusqu’à ce que Marie fût rappelée ’.

I..a huitième marche aboutit au désert de Pharan ‘. Dès le début du récif, Moïse avait désigné le désert de Phai'an et le Sinaï comme les deux extrémités de la route ; a Les enfants d’Israël, dit-il, partirent selon leurs troupes, du désert de Sinaï, et la nuée se reposa au désert de Pharan » Plus tard, quand les Hébreux approchent des frontières de Canaan, c’est du désert de Pharan que leur chef fait partir les espions chargés de reconnaître le

* Ouadi cl Djaréfi. Celle Talléc, dWisée en plosienni branches, reçoit pendant l'biver une grande quantité d'eau ; on y tiwiTc encore au printemps de grandes mares, de l'berbc en abondance, cl en tout temps de nombreux arbustes, parliculR-rcmcnt le sayal et le turfa.

' Djebel-el-Hachicbc , montagne de i'herbe. Elle me fut

indiquée vers l’ouest , dans le lointain , quand j'étais dans l'Ouadi-Araba , !t SO kilomètres environ an nord de la latitude de Télra.

* Nomb., xu , 15.

* Nomb., xiii , 1.

* Nomb., X, 12.

pays qu’il veut envahir, et c’est là aussi qu’à leur retour les envoyés retrouvent le peuple et rendent compte de leur exploration. Le désert de Pharan est donc bien positivement au sud de la contrée qui sépare le désert do Sinaï de la frontière méridionale de Canaan, et en effet le 27' verset du xiii' chapitre àt‘s Nurnhres ne laisse aucun doute à cet égard en présentant Cadès et Pharan comme si étroitement unis qu’ils paraissent être un seul et môme lieu ; a Ceux qui avaient été envoyés pour considérer la terre, » dit le verset indiqué plus haut, retournèrent après quarante jours, ils vinrentvers Moïse et toute l’assemblée, dans le désert de Pharan j à Cadès, etc.

Où commence la solitude de Pharan et quelles furent les stations du peuple à travers ce désert?

Le journal détaille du livre des Nombres répond à la première question dans les termes suivants : a Après cela le peuple partit de Haseroth, et alla dresser ses tentes dans le désert de Pharan *. »

En suivant la même direction que les Israélites, du sud au nord, on doit rencontrer le désert de Pharan à une journée de marche de la station d’Hascroth. En effet, après avoir franchi la contrée fertilisée par les eaux des Ouadi-Djaréfi et Cascib, la route, dès qu’elle a dépassé les

' Nomb. , XllI , 26, 27.

’ Nomb., xui, 1.

dernières pentes du Pjebel-el-llachicbc, se développe à travers un terrain sec et aride qui s’étend jusqu’au pied de la terrasse de Canaan.

Quant aux stations du peuple à travers le désert de l’haran, le journal n’en dit rien et c’est à l’itinéraire général qu’il faut demander leur nombre et leur nom.

Avant de consulter la récapitulation générale qui se trouve au xxxiii' chapitre du livre des Nombres, qu’il nous soit permis de constater que le journal des ISombres et le résumé du Deutéronome ont déjà fourni les noms ou les indications de plusieurs campements qu’on ebereberait en vain dans la liste désignée ici sous le nom d’itinéraire général. Ces omissions suffisent pour démontrer que la routedes Israélites ne saiiraitétre tracée avec quelque certitude sans le concours de tous les renseignements mosaïques soigneusement examinés, contrôlés et complétés les uns par les autres.

Les informations fournies par Moïse dans les différentes parties deson récitnese contredisent jamais; mais comme elles ne se reproduisent que dans la mesure utile à l’intelligence des textes, on pourrait parfois prendre pour une contradiction ce qui n’est en effet que l’éliiniiiation d'un détail consigné ailleurs. Cette assertion va se trouver justifiée par la comparaison des différents passages du Penlateuquc où se trouve raconté le voyage des Israélites vers la terre de Canaan.

L’Uinérairo général, par exemple, conduit le peuple du désert de Sinaï directement à la station de Kibroth- Taava, sans parler ni des trois journées de chemin dont il est fait mention au x' chapitre du livre des Nombres, ni des campements de Tabhéra et de Massa cités l’un et l’autre au ix' chapitre du Deutéronome,

De kibroth -Taava, ritinéraire général fait passer l’assemblée au campement de llaseroth, et en cela il coïncide avec le journal de voyage; mais de cette dernière station il conduit les Israélites d,’abord à Rethina et successivement dans plusieurs lieux dont ni le journal des Nombres ni le résumé du Deutéronome n’ont fait aucune mention.

Si la route des Israélites devait être tracée en suivant aveuglément l’Itinéraire général, il faudrait, non-seulement trouver la place de dix-sepl stations entre llclhma et Cades, mais encore conduire cette route par Asion- Gaber, sur la mer Rouge, et de ce campement lointain , ramener le peuple à Cades en une seule marche, ce que les distances rendent matériellement inadmissible.

En examinant la liste des stations, on pourra remarquer que la seconde, la cinquième et la sixième après Rethma, c’est-à-dire f.cbna,la montagne de Sepher et Arada, rappellent des noms connus sur la frontière méridionale du plateau de Canaan.

L’Écriture parle plusieurs fois de Lebna, ville située

vers la partie méridionale de la tribu de Juda, entre Cadès et Gaza, d’après le livre de Josué Eiisèbe et saint Jérome ’ placent cette ville près d’Eleutlieropolis, mais D. Calmet croit qu’elle était plus au sud. S’il était permis de faire un rapprochement entre cette ville et la station de Lebna, portant le numéro 20 sur l’Itinéraire général, une grande difficiillé se trouverait résolue et le classement des stations aurait fait un progrès important.

Que pourrait-on objecter contre cette identification ?

J® Le nom de la station et celui de la ville sont écrits, en hébreu, avec les mémos caractères ■*;

2® La ville, d’après Josué, était située entre Cadès et

Gaza; or, une ligne tirée entre ces deux villes répondrait parfaitement aux limites qui séparent le désert de Pharan de la tribu de Juda. Nous avons vu précédemment le peuple partir de Ilaseroth, dix-huitième station de l’Itinéraire général, pour arriver au désert do Pharan *.

Le désert do Pharan n’est pas nommé dans l’Itinéraire général ; mais le Journal détaillé y supplée en disant que le peuple entra dans ce désert en quittant Ilaseroth.

Ilaseroth porte le numéro 17 sur l’Itinéraire général; de là le peuple entre dans le désert de Pharan, il s’arrête

‘ Josué, X, 29, 31, 32; I Paralip., VI, 57.

’ Etiseb. et Ilicroii. in Onomast. ad voeem Lebna.

* .1:24 Nomb., XXXIII, 20; Josué, 29, 31, 32; XII, 15.

* j\onib., XIII, 1.

siicccssivcmciil à Rclhinii, à Remmonpharès, et arrive à Lehna, vingtième station de ritinéraire général. La station deLebuaestdonc au sud du désert de Pliaran, et c’est l)ien dans celte situation que se trouvait lavillcdc Lcbna, entre Ladès et Gaza, c’est-à-dire il l’occident de Cadès, sur la limite de Juda. Sans doute, le peuple n’alla pas camper sous les murs de Lcbna, puisque cette ville était située dans la terre de Canaan, dont les Israélites ne francliirent pas la frontière à celle époque; mais serait-il téméraire de supposer que, arrêté au pied des pentes couronnées par la ville de Lebna, dans un lieu qui peut-être n’avait luimême aucun nom particulier. Moïse eût ilonné à ce campement le nom de la ville en vue de laquelle il se trouvait? "

L’orthographe du nom, la distance des lieux ne soulevant aucune difficulté contre l’identification que je propose, je demande la permission d’insister pour qu’elle soit prise en considération. La lumière qu’elle jetterait sur la question qui nous occupe serait tout à fait décisive.

lün effet, la position du campement de Lebna une fois fixée près de la frontière de Canaan, l’imagination n’a plus à s’égarer en vaincs conjectures à la recherche de cette longue liste de stations qui, sur l’Itinéraire général, précèdent l’arrivée à Cadès. Parvenus à Lebna, les Israélites touchent de bien près au termede leur marche vers le nord; ils attendent le retour de leurs espions, et s’ils

visitent encoredciix ou trois vallées, pour y chercher l’eau elles pâliiragesdontilsonltoujours besoin, ilsne peuvent tarder beaucoup à se rendreàCadcsoù nous savons qu’ils demeurèrent longtemps.

Cependant l’Itinéraire général nomme quatorze stations entre Lcbna et Cadès, et comme nous l’avons déjà fait remarquer, l’une de ces stations est au bord de la mer Rouge. 11 est donc tout à fait évident que le campement de Cadès portant sur l’ilinéraire le numéro 56 doit s’entendre du Cadès situé entre le mont Ilor et Pétra dans la montagne de Soir, et nullement de Cadès-Barné, terme du premier voyage des Israélites vers la terre de Canaan.

La conséquence de ce qui précède sera de reporter sur une autre partie du désert un certain nombre de stations qu’on s’efforcait de placer entre le mont Sinai et la frontière de Canaan. Voyons où il conviendrait de faire une section qui séparât du reste de l’Itinéraire les stations ayant vraiment leur place entre l’IIoreb et Cadès.

Nous avons vu précédemment que la station de Lcbna SC trouvait à l’ouest de Cadès, sur une ligne au nord do laquelle les Israélites ne s’avancèrent pas durant leur première campagne. Ainsi, en quittant Lcbna, le peuple dut se diriger vers l’est en suivant le pied des conlrc-forls de la plaine de Canaan jusqu’à ce qu’il vînt à Cadès, c’est-à-dire pendant une cinquantaine de kiloinèlies environ.

Dans <lcs circonstances ordinaires, une telle distance n’admettrait guère qu'un seul campement; mais Moïse, attendant le retour des espions, n’était pas pressé, et comme les pentes au pied desquelles il cheminait oiïraient des ressources relativement abondantes, il a pu faire de courtes étapes et s’arrêter ii Ressa et à Céelatha, deux stations qui doi\cnt trouver leur place à l’entrée des vallées débouchant du Djebel-Ycmen. Partis de Céelatha, les Israélites campèrent en la montagne de Sepher. Où était cette montagne?

i.c nom de Sepher (Shapher) réveille le souvenir de la ville de Dabir, nommée auparavant Cariath Sepher (la villedes lettres') et qui était située sur le plateau auquel le Djebel- Yemon sert de contre-fort du coté du midi. Serait il permis de supposer que la montagne avait emprunté le nom de la ville, à cause de la proximité des lieux et pourrait-on, sans trop d’invraisemblance, identifier la montagne de Sepher avec le Djebel-Yemcn?

Le nom de Sepher appliqué à une montagne n’est pas écrit en hébreu, au livre des Nombres', comme dans Josué quand il désigne la ville donnée eu partage à la fille de Caleb \ Cette différence d’orthographe rcnd-clje toute

‘ Jvsuc, XV, 15, 16; I Paralip., vi , 57.

’ ISO' Nomb., xwill, 23; Cesonius, Ltx. mon., p. 1036 a, putiliittudo, élégant ta.

‘ Josué, XV, 16. ISO Sci fpliira, liber.

assimilation impossible entre le nom de la montaj^nc et celui (le la ville? C’est là une question philologique que jesoumefs aux savants; mais ce qu’il me faut maintenir, c’est que la montagne de Sopher de l ltineraire répond admirablement, quant à la position, au Djebcl-Vcmen des Arabes.

Ainsi, selon moi, le campement de la montagne de Seplier, portant sur ritincraire général le numéro 25, doit prendre place au bas de la montagne de ce nom, c’està-dire au pied du Djebel-Vémen, à proximité de l’Ouadi- Fukré, non loin de la moderne Cadessa, dans l’endroit où se trouvent réunies toutes les conditions les plus propres à fixer la préférence de Moïse et à déterminer son choix pour un séjour prolongé.

L’Itinéraire général ne nomme pas Cadès-Barné, à la place qu’il devait occuper immédiatement après les monts de Sepher, pas plus qu’il ne fait mention du désert dePharan, quoique le peuple y entre en partant de llaseroth. Mais comme les autres parties du récit biblique suppléent à ces lacunes, ou peut, avec une égale certitude, tracer la limite de Pharau au nord d’IIaseroth et placer Cadès- Barné au sud de ce désert et au pied du Djebel-Yémen qui répond si exactement aux monts de Sepher de l’Itinéraire.

Quant au campement d’Arada, placé par ritinéraire général après celui des monts de Sepher, pourrait-on le

chercher au pied du plateau de Canaan, en face de la ville de Juda, nommée Hc'red au livre de .losuc ' ; .îrad au livre des Juges®; dont Eusèbe écrit le nom Apaua et saint Jérome Arath, en indiquant sa position dans la tribu de Juda, à 20 milles d’ilébron, près du désert de Cadès, précisément là où se trouve le Tell-Arad des Arabes®? J’avais d’abord crit pouvoir faire dériver le nom du campement de celui de la ville; mais cédant au\ sérieuses objections soulevées par un savant philologue, je renonce à cette identification, laissant le campement d’Arada en tète de ceux que le peuple visita quand il eut quitté Cadès-Barné après la défaite subie à llorma

‘ Josur, XII, lû.

' Jmjes, 1, 16.

’ lïi/c Rclamti Palestiiia, ail verb. Arad, t. t, |>. .'i81 , 301; t. il, l>. 573.

‘ On a nommû llorma, après la dûfailc, un lieu qui portait auparavant lo nom de Scpliaatli (lYomè., XIV, 50, 55 ; Juijes, i , 17). I.c nom de Sepliaatli parait s’êtrc conservé dans celui de Es-Safa ïli,a!! donné par les Arabe.s h une des déchirures du Ujebel-Vémcn.

L’examen des lexlcs relatifs au premier voyage à Cadès donne lieu au résumé suivant :

ni'MÊRoe m'mCros REcririCs

de ritin^rairc d’jpr^ rtmscnibic

général. dca

.Yomÿ., iixiii. reiueiBncinents bibliques.

15 Caiiipciuciil au ilv:>vrt tic Sinaï, poiulilt'

départ du premier voyage >l Cadi-s.

|l.e peuple niarclic le cliemiii de trois

j jours. jYom6., X, 33.

Le lieu de rembra.sement (Tabbéra).

Noml)., X, 3; Deul., IX, 22.

Le lieu de la tentation (Massa). Deiii.,

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