‹ Le Mont Palatin [microform]Chapitre 4 sur 5 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Mais la peinture la plus importante se trouve dans la pièce centrale, ou tablinium, correspondant au milieu de l'atrium, et qui par la place qu'elle occupe de même que par les proportions, devait être la salle principale, celle qui était plus particulièrement destinée à la réception. Nous y retrouvons des colonnes pareilles à celles qui ornent les autres pièces, et espacées à peu près également, mais ici elles sont cannelées sur toute leur hauteur et garnies de bracelets. Toutes portent sur des socles carrés, décorés de panneaux et de rosaces, laissant apercevoir entre elles une seconde décoration architecturale formée de colonneltes plus légères supportant des corniches, des couronnements, des génies en cariatides et tous ces décors élégants et pleins de finesse que les peintres de cette époque affectionnaient. Enfin, cette seconde décoration, au travers d'ouvertures ménagées sur des fonds plus clairs, permet de voir de nouvelles perspectives décorées aussi d'architecture, et animées de figures dont la signification exacte nous a échappé, mais qui doivent se rapporter au sujet principal qui occupe le centre du côté droit.

Celui-ci représente une femme assise sur un rocher derrière lequel s'élève sur une colonne la petite figure d'une déesse, un héros complètement nu parait lui parler, et un autre se présente dans le fond. (1)

(1) M. Georges Perrot, dans la livraison de juin 1870, de la Revue archéologique, s'occupe d'une manière toute particulière des peintures de la maison de Livie, et notamment du sujet principal placé sur la paroi latérale du , -^;

tablinium. S'appuyant sur l'opinion de M. Rosa, M. Perrot voit dans les 'l*

trois personnages qui s'y trouvent figurés, lo, Argus, et dans le fond Hermès #

ou Mercure arrivant à l'improviste pour surprendre le gardien que Junoh ' '!

avait préposé à la surveillance de celle qu'elle considérait comme une ^„

rivale. Au bas de la figure de Mercure et dessinées au pinceau sur le terrain, ^

se trouvent quelques lettres grecques, dans lesquelles M. Rosa a pu lire : ,j;

SPfifHC, et que nous n'avions pas remarquées, désignation suffisante de la ";

personne que l'artiste avait voulu représenter. Rien ne désigne au contraire lo et Argus d'une manière particulière ; la première n'a pas sur le front les petites cornes qui la distinguent sur quelques peintures de Pompeï et particulièrement sur celle que M. Roux, dans son ouvrage sur Herculanum et Pompéi (Paris, Firmin,Didot, 1861) désigne sous le n° 51, et le second, comme dans cette peinture, se montre seulement sous la figure d'un jeune

LE MONT PALATIN. - " ; i:;v^ " |3

Ce tableau est d'un très-beau dessin ; il forme au milieu de ce gracieux ensemble décoratif, dont les couleurs n'ont presque rien perdu de leur fraîcheur, un tout du plus haut intérêt.

L'exécution de toutes ces peintures est extrêmement facile ; on reconnaît que ceux qui les exécutaient étalent sûrs d'eux-mêmes et de leurs procédés ; la composition en est heureuse et le dessin délicat ; la perspective, qui y joue un rôle important, leur est familière, et nous n'y avons pas remarqué un seul de ces défauts qui se rencontrent fréquemment à Pompeï. Nous croyons donc pouvoir dire que la maison qui les renferme, et qui avait appartenu au premier époux de Livie, celui que Suétone appelle magni vir animi, doctissimi que ingenii, nous représente ce que pouvait être, dans les dernières années de la République, l'habitation d'un patricien, et devient pour nous, sous ce rapport, un jalon précieux dans l'histoire de l'art.

En suivant l'ordre de leur ancienneté, nous rencontrons encore au Palatin un des exemples importants du mode de construction dont

homme nu appuyé et le corps penché sur sa jambe droite tenant d'une main sa lance, son épée et quelques vêtements parmi lesquels on croit reconnaître la peau d'un animal.

Une autre peinture de Pompeï, qui porte dans le même ouvrage le n" 56, mais qui ne comprend, comme la précédente, que deux figures, présente encore plus d'analogie avec la peinture de la maison de Livie que celle dont il vient d'être fait mention. Dans cette peinture, Hermès manque, mais les deux personnages, la jeune femme et le jeune homme, ont la même pose, le même geste, et sont placés de la même façon, l'un par rapport à l'autre ; de toute évidence, les artistes qui les ont peints se sont inspirés du même type traditionnel, célèbre, sans doute, à cette époque de l'antiquité.

Toutefois, en l'absence de tout signe qui indiquât lo et Argus dans cette peinture n" 56, M. Roux a-t-il donné à ces deux figures les noms d'Ethra et d'Egée.

La question du sujet présenté par le motif principal des décorations de la maison de Livie, peut donc paraître controversable, à raison du défaut de signes certains pour deux des personnages représentés, cependant il faut convenir que l'opinion de MM. Rosa et Perrot se recommande par une forte apparence de certitude qui doit lui donner crédit jusqu'à plus ample informé.

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nous nous occupons, dans une de ses nouvelles périodes de dôvelop- ' •: ,' pement. Les bases du palais de l'empereur Tibère, fils de celui dont - '^;

nous venons de parler, ont été découvertes dans un état de conserva- /

tion assez complet. Ce sont de grandes galeries voûtées souterraines, qui mettaient en communication les diverses parties inférieures de cet édifice, dont l'étendue était considérable. Ces galeries sont bâties en briques et mortier, murs et voûtes, et décorées de stucs. De dis- -

tance en distance, elles sont éclairées par des ouvertures ménagées dans les voûtes, et qui correspondaient avec les cours du palais, et il reste encore quelques fragments des corniches et des balustrades en marbre blanc qui garantissaient ses habitants contre des chutes possibles dans ces excavations. Les stucs qui décoraient les voûtes paraissent n'avoir jamais été peints, et sont évidemment le résultat de moulages appliqués à l'état frais, et quelquefois retravaillés à l'outil. Ces stucs, qui ne sont plus apparents que sur quelques points, sont disposés par caissons et frises et décorés de rosaces, d'ornements ou de petites figures de génies, de griffons et d'oiseaux, avec quelques sujets plus importants pour les divisions principales et les grands panneaux.

Sur la gauche des substruclions du palais de Tibère s'élevait un autre palais presque aussi considérable (1) , mais construit postérieurement au premier, dont les parties inférieures à rez-de-chaussée sont encore en place, ou bien ont été rétablies au moyen des fragments trouvés dans les décombres et sur les lieux mêmes. Ici • ,-

nous rencontrons quelque chose de plus que les massifs du palais de Tibère, ce sont des parties fondamentales du monument, des fragments - -'-^ de colonnes plus ou moins complets, de corniches et d'architraves, î

de statues, d'ornements de tous genres et des placages en marbre i

de prix, témoignant de l'importance exceptionnelle de cet édifice, qui •

n'était pas habité par les empereurs, mais seulement destiné aux grandes réceptions.

(1) Ce palais a été construit par Domitien.

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^^i'récédéet entouré sur'trois côtés de portiques aux colonnes ties marbres les plus rares, il contenait à l'entrée une vaste salle, tablinium, dont la voûte s'appuyait sur des murs de plus de cinq mètres d'épaisseur, mais qui étaient évidés par des niches placées dans leur pourtour ; c'est là que devait se tenir le chef du gouvernement dans les occasions solennelles. A gauche de cette salle se trouvait le sanctuaire des dieux Lares ou Lararium, et à droite la basilique ou tribunal, avec une abside voûtée et deux galeries latérales séparées par des colonnes.

Derrière le tablinium s'étend un grand péristyle entouré de portiques sur les quatre faces, et donnant accès par les deux côtés latéraux à des salles ornées de marbres en placage, de stucs et de peintures, et qui devaient servir à divers usages, tant pour les réu • •nions d'affaires que pour celles de plaisir.

Un immense triclinium ou salle de banquets communiquait par une colonnade avec le fond du péristyle et, par des arcades, prenait jour sur des nymphées, situées latéralement, entourées de colonnes sur trois côtés, et dont la partie centrale à ciel ouvert correspondait à un bassin alimenté par une fontaine, et sans doute entouré d'arbustes et de fleurs ; quelques dépendances y étaient jointes et complétaient cet ensemble grandiose de bâtiments uniquement destinés aux réceptions et aux solennités impériales.

Indépendamment de ces grands édifices, on voit encore au Palatin les restes d'une académie et d'une bibliothèque, d'un temple de Jupiter vainqueur, du collège des Augures, et de plusieurs autres édifices de moindre importance. Cet ensemble de constructions publiques et privées, politiques et religieuses, justifie donc pleinement les travaux de fouilles considérables qu'on y a faits ; aussi les résultats, acquis pour l'histoire de Rome ot des arts qu'elle a cultivés, font-ils le plus grand honneur à l'éminent archéologue et savant distingué, M. Rosa, dont les recherches ingénieuses, le savoir profond et la critique éclairée, ont si bien élaboré pour les résoudre des problèmes d'une grande délicatesse en surmontant de très-sérieux obstables.

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