‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 10 sur 61 · IU · texte numérisé non relu

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LE SANCTL'MIU-:

trouver, à deux heures, pour la procession et les jinères réclamées par le roi. On s'y rendit avec empressement comme à une fête à la fois nationale et religieuse. Après l'office le P. D. Jevardac « fit prédication au peuple ». Au suri^lus le 5 septembre, .\nne d'Autriche ayant mis au monde '■ un Ijeau fils », Louis Xlll demanda que l'on rendit au ciel de particulières actions de grâces. Le prieur du Mont transmit la lettre royale aux curés dépendant de l'abbaye, et la fête fut fixée au mardi 28 septembre. A l'issue des vêpres, D. Jevardac « fit faire le feu de joye sur le Sault-Gaultier, ayant préparé un autel près d'iceluy, où les moynesprocessionnellement là arrivez, le H. P. le bénit, l'encensa et l'alluma, et puis l'on chanta le Te Deum ; l'artillerie grondait de toutes parts, dans cette place forte ». Ensuite, le prieur fit « faire largesse de vin aux lieutenant et soldats, et mettre des flambeaux ardents au plushauU de la lanterne du chœur et des fenêtres des chambres, des dortoirs, exhortant les bourgeois d'en

faire de mesme, toute la nuit, en signe d'allégresse. »

L'année 16i8 vit venir au Mont le manjuis de Mortemal avec un « grain train », et Mgr Aubri, évêque de Coutances, qui ne voulut aucun honneur. Le 27 mai, la porte s'ouvrait devant un pèlerin d'im caractère absolument original. L'abbé de Savigny, cadet de la maison de la Vieuville, <■ bien nay, bon cavalier et ayant déjà servi dans les armées, » visita le Mont. Il portait « un habit de drap de Hollande gris avec le juste au corps chargé de passements ou grandes nattes d'or, larges de trois doigts, avec le plumet à son chapeau et l'espée à son costé, pendue d'un bosdrier en broderie d'or. » .V l'entrée de la ville, les portiers et bourgeois de garde lui demandèrent de déposer ses armes, selon les ordonnances et la coutume. Le jeune cavalier s'emporta eu disant qu'il ■( les pnrtoit bien dans le Louvre, mit la main à l'espée et en donna plusieurs coups du plal sur un des portiers, celuy qui se trouva le plus près. » 11 s'en suivit du tumulte et peu s'en fallut « qu'on ne le canardast. » Par bonheur, fait observer le chroniqueur, le fait « arriva de bon matin et les cerveaux n'estoient point encore eschaulfez du cidre

liùtellcrie de pèlerins actuellement détruite.

t.E SANCTUAIUE lio

de Normandie. » Le lieutenant de la Guillonnière et le major de la Lande se rendirent à la ^lorte, et, par esprit de paix, permirent à Tabbé et à son gentilhomme de garder leur épée : puis, le prieur lui lit visiter le monastère, où il assista à la grand'messe. Après avoir goûté d'une ])Outeillerle vin à l'hôtellerie, il repartit pour Pontorson.

Labbé Michel de Saint-Martin, duquel l'érudition est inséparable du souvenir des mystifications dont il fut l'objet dans sa ville natale de Saint-Lo malgré son importante situation, vint faire ses dévotions, en 1654, avec la confrérie de Saint-Pierre deCaen, ville où il se relira et mourut ; en qualité de « roi » du pèlerinage, il écrivit une curieuse relation. M'"" de Sévigné, dont le nom projette un éclat si resplendissant sur les Lettres françaises, visita le Mont avec sa fille, en Ififil. et, plus d'un quart de siècle après, elle se plaisait à rappeler le fait à sa compagne de voyage. Xvi palais épiscopal d'Avranches, où elle était descendue, « je voyais, dit-elle, de ma chambre, la mer et le Mont-Suint-Michel, ce mont si orgueilleux que vous aviez vu si fier et qui vous a vue si belle. Je me suis souvenue avec tendresse de ce voyage. Nous dînâmes à Pontorson : vous en souvient-il ? «

La prestigieuse manjuise était très liée avec l'abbé d'Ell'iat, qui avait été nommé abbé du Mont (pielipe vingt ans auparavant, et l'un et l'autre étaient en rapport d'amitié, sinon de famille, avec le duc de Mazarin qui avait épousé Hortense Mancini, nièce du cardinal. Le 15 septeml)re 1665, le duc de Mazarin, qui venait de présider les Etats de Bretagne, à Vitré, avec le frère de Colbert, lit son pèlerinage. Il fut « receu au bas de l'escalier de Sault-Gaultier de toute la communauté revestue en froc, et le R. P. Prieur, avec deux chantres revestus en chappe, et deux acolittes en aube au milieu delà croix, et le R. P. prieur leur donnant de l'eau bénite, luy a fait une harangue, après la(pielle on luy a présenté le baldaquin porté par quatre religieux, revestus en diacre. Mais la modestie du d. seigneur Mazarin luy a fait refuser cest honneur ; aussi c'estoit luy en présenter trop, car ce baldaquin, avec toutes ces appareilles, ne sont deues qu'à Dieu. Le dit seigneur Mazarin, ayant fait ses dévotions, confessé et communié et disné céans à la chambre des hostes, avec le dit sieur Golbert et autres gentilhommes, s'en est allé. «

Un peu plus tard, le 9 novembre, « M. de Montausier, gouverneur de Normandie, est venu faire ses dévotions, et on lui a présenté les mesmes honneurs c£ue à M. Mazarin, lesquels il a receu fort franchement et hardiment et le disner «pi'on lui a présenté, et pour récompense de tant d'honneurs, il ne nous a payé que d'ingra-

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titude et mauvais offices, supportant nostre gouverneur contro nous, dans les occasions. » A ce sujet, le chroniqueur ajoute, avec une louable réserve : « Si le roy de France venoit icy on personne ce serait assez de lui i)résenter le baldaquin itorté j)ar quatre religieux seulement en froc, avec les autres cérémonies ci-dessus : car il faut réserver pour Dieu quelque chose de particulier. »

Les visites épiscopales n'avaient pas eu lieu depuis quelque trente-sept ans, cjuand la pensée de les rétablir vint à Tévêque, Mgr Froullay de Tessé rigoureux observateur de la résidence, dont M""' de Sévigné a écrit qu' « il avoit si peur de mourir hors de son diocèse, que pour éviter ce malheur, il n'en sortoit point du tout. » Une j)rocession formée des quatre paroisses d'Avranches, d'un clergé nombreux, en jiarticulier du chapitre, sous la présidence de l'évèque, se rendit au sanctuaire, le ;i juin WIQ. Le couvent otl'rit l'hospitalité au prélat, ainsi qu'à une cinquantaine de prêtres et à une vingtaine de laïques. A leur tour, quelques jours après, les religieux, après avoir traversé en l)ateau le Gué de l'Epine, allèrent officier à Avranches, où ils furent reçus avec la plus vive cordialité.

D'ailleurs, il n'est pas d'époque oii le Mont-Saint-Michel n'ait reçu des visiteurs de qualité. « Le samedi, 17 mai 1777, Mgr le Comte d'Artois (depuis Charles Xi arriva à Avranches, vers les onze heures du soir, et descendit à l'évêché où il coucha : le lendemain, S. A. R. partit d'.Avranches sur les six heures un quart du matin, passa par le Mont-Saint-Michel, dîna à Dol et se rendit ensuite à Saint-Malo, et de là à Brest. «L'empereur d'Autriche Joseph II, qui voyageait incognito sous le titre de Comte de Falkenstein, traversa Avranches, le 3 juin de la même année, et, d'après certains historiens, visita le Mont. Uuoiquil en soit, le duc de Chartres, depuis Louis-Philippe, vint au Mont avec sa sœur et ses frères, et ce fut en cette circonstance que, sur sa demande, on détruisit la fameuse cage de fer. M'"'' de (ïenlis a raconté ce voyage dans un récit pittoresque et sentimental, où le romanesque se mêle parfois à l'histoire.

Le symbolisme religieux, (pii a inspiré tant d'œuvres merveilleuses, parlait trop éliMpiomment à l'àuie des dévots, des pèlerius de Saint Michel, pour qu'ils ne se soient jias empressés de porter ses livrées et d'en faire des ex-voto et des insignes de pèlerinages. Ange et « prévùt » de la milice céleste, r.\rchange est représenté, d'ordinaire, terrassant le dragon, tantôt sous les dehors angéliques avec les ailes et la robe blanche, tantôt avec le costume et les armes de chevalier, rehaussées de la croix et d'emblèmes divers.

LE SANCTUAlliE

Parmi les emblèmes qui jouèrent un grand rôle, ligure au premier rang la coquille, produit de l'océan et mémorial des lointains voyages. Les pèlerins la portaient sur leur vêtement et à leur chapeau, et, au Mont, les abbés la placèrent comme motif de décoration sur les objets du culte, ainsi que sur les murailles de raljl:)atiale ; le chûjur est décoré, àTextérieur, d'une charmante frise où les coiiuilles alternent avec les cornets à bouquins, autres ol^jets familiers aux pèlerins. On sait que les coquilles figurent au nombre de dix sui- les arinniries de l'abbaye.

Les coquillages naturels ne suffisant pas à satisfaire la dévotion des pèlerins, on se mit à en fabri(pier avec le métal. Parfois ils étaient en argent, comme tel ex-voto offert à la liasilique, en émail ou en cristal de roche monté en or émaillé, comme trois lielles coquilles de la collection Spitzer. Mais c'étaient là des insignes de luxe, et, d'ordinaire, les coquilles servant d'enseignes étaient de plomb, et l'on y figura Saint Michel en clievalier terrassant le dragon.

De bonne heure, des fondeurs s'installèrent au Mont, et l'on possède des coquilles attribuées à une épo- #^^b>.

que antérieure au xni siècle. Charles VI étant venu en pèlerinage au mois de février 1393, les habitants profitèrent du « joyeux advènemenl» p(jur lui exposer leurs doléances. Le prince écouta « la supplication des povres gens demourans au Mont Sainct- Michiel, faisans et vendans enseignes de Monseigneur Sainct-Michiel, coquilles et cornez, qui sont nommez et appelez quincaillerie, avecques autre euvre de pion et estaing, getté en moule, pour cause des pèlerins qui illec viennent et affluent. » Ils remontrèrent au roi qu'ils ne sauraient « gouverner d'aultre métier, lequel mestier est si petit qu'il convient qu'il se vende par mailles et l)ar deniers, aux pèlerins ; mesmement (ju'il n'y croistblé ne anltres choses, dequoy ils puissent soutenir ne avoirleui'povre vie etestat. d Au surplus, ils « sont contrains de jour en join' à paier imposii'ion

Enseignes de pèlerins, xiii'-xv' siècles,

1. Troiivéeau Mont. 2. — dans la Seine. 3. Moule d'enseigne. '1, Ti. Moule et ejfigie trouvés au Mont en 1S76, par M. Corroyer. G. S. -Michel et la Vierge. 7, S, plaques de pclerins.

lis LE SAiNCTLAIRE

des dictes enseignes et aultres choses dessus desclairées, jiour laquelle chose ils sont si grevez qu'ils n'ont bonnement de quoy vivre ; et sont yceulx snpplians ou aucun d'eulx en voye do laissier la dicte ville et allerailleursqurrir leui' vie. » Or. cela sera très nuisil>le au pèlerinage, car les pèlerins, « pour l'onneur et révérence du <lil Mons. Sainct-Michiel, ont très grand plaisir de avoir des dictes enseignes et aultres choses dessus desclairées, pour emporter en leur pays en l'onneur et remembrance du dict Mons. Sainct-Michiel. »

Mû par ces- considérations et par sa « singulière et espéciale dévocion envers Monsieur Sainct-Michiel », le roi décida ([ue « eulx et leurs successeurs, marchans, faisans, vendans les dictes enseignes ou aultres choses dessus desclairées, soient frans, quittes et exemps à toujours maiz de paier la dicte imposicion de douze deniers pour livre pour cause de la vente des dictes enseignes. » La lettre royale, dont nous extrayons ces réflexions, se termine par la formule : « Donné au dict lieu du Mont-Sainct-Michiel, le xv" jour de febvrier, l'an de grâce, mil trois cens quatre vins et treze, et de nostre règne le xnn«. — Par le Roy. Présens : Mess, les ducs de Berry et d'Orliens, le Connestabble, l'Amirault, les seigneurs de Chastillon et d'Omont et plusieurs aultres du Conseil.— .1. Bei'taut. »

Grâce à la faveur royale, la confection des enseignes reprit un nouvel essor. De fait, parmi les spécimens conservés dans les musées, en particulier parmi les plombs découverts dans la Seine et savamment publiés par M. Forgeais, la série se fait plus intéressante à partir du xv siècle (1). Parmi ces enseignes, rehaussées de symboles

(I) Nous décrirons, somniairemi'iit, diverses enseignes de pèlerinage. .\u XV siècle on rapporte : 1° S. Miclicl en dievalier bardé de fer, la main gauche appuyée sur un bouclier orne d'une croix cantonnée de seize besans : la tète, le bras droit et les jambes font défaut : 2° en chevalier armé, avec souliers de ter sous lesquels s'agite le démon à ailes de chauve-souris ; il ne reste que la partie inférieure ; :i" S. Michel en chevalier — il manque la partie supérieure — foule aux pieds le diagon, (jui s'elTorce de mordre la rondaclie ilin du xv^ siècle^ ; i" en dievalier, les cheveux bouffants, tenant de la main droite une lance, et, de la gauche, un bouclier avec croix ancrée ; il n'y a pas de dragon (fragment).

Au xvr siècle on rattache : .")" S. Michel bardu de fer, tête nue. bouclier au bras et brandissant son cpée contre le démon qui rugit ; 0" outre le costume militaire du Moyen Age. il porte son manteau ; il lient sa lance dans la main droite ; dans ce fragment, la tète, les pieds avec le dragon, font défaut ; 7" S. Michel, les pieds nus sur un escabeau d'honneur, au-dessus des nuages, les ailes baissées, vêtu d'une robe traînante et d'un m.inteau ramené en avant ; de la main gauche, il lient le bouclier avec croix cantonnée de ((ualre disques et chargée en cieur d'un rais d'escarboudc pomnieté ; de la droite, il tient une longue hampe dirigée contre le démon absent : ce fragmeni est privé de lète ; S" S. Michel avec le nimbe, la barbe, les ailes au repos d l.i luMi(|ue recouverte d'un mardeau agrafe

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d'ordre général, il en est qui présentent dos caractères se rapportant plus spécialement au pèlerinage du Mont. Dans l'une, sur un fond en manière de médaillon, S. Michel parait en guerrier avec les ailes, le bouclier et la lance; près de lui, est « une sorte de château fort ou poupe de vaisseau, représentépardeux tourelles en eucorbelleuient. » Le sujet, à l'instar de ceux que l'on voit dans les miniatures du XV' siècle — date de l'enseigne — doit iigurer le Mont-Tombe avec sa forteresse, et la partie inférieure est absente. D'autres fois, le souvenir de Tombelaine est associé à celui du Mont. S. Michel en chevalier avec ceinture gemmée tient enchaîné et perce de sa lance le démon à longues dents et le corps couvert de pustules, à l'instar d'un crapaud ; à la droite de l'ange, la Vierge de Tombelaine avec un coq; l'enseigne semble appartenir au xiV ou xv siècle.

On sait qu'à Paris la corporation des pàtissiers-oublieurs avait des méreaux dont le champ était semé de coquilles avec trois cornets de pèlerins, emblème qui paraît d'ailleurs en plusieurs endroits.

L'abbaye du Mont-Saint-Michel possède des armoiries topiques qui sont : De sable à dix coquilles de S. Michel, d'anjent, i, :i, 2, 1 ; au chef de France, suivant la concession faite par Louis XI qui, d'ailleurs, plaça les coquilles d'argent dans le collier d'or de l'ordre chevaleresque, institué par lui. Le fonds de sable et la coquille sont

Enseignes de pèlerins. \i[i'-xv' siècle.

I, 2, 3. N.-D. de Tombelaine. frouvéeilaos la Seine. 4. S. Michel avec la Vierj;e et S Sébastien, 5, (i. CcxiuiUes de plomb (face et revers). 7, Ampoule en plomb. S Phupie.

sur la poiliiiie ; le bouclier, diapré de rinceaux, est orné dune croi.v pleine: l'Archange enfonce la pointe de sa croi.v processionnelle, Irédée, dan.s la gorge du dragon placé sous ses pieds et qui se redresse ; 9" sur une enseigne ronde, S. Mi<:hel en chevalier, tête nue et ailes baissées, transperce de sa lance le démon qui mord le bouclier ; lli" sur une enseigne à neuf pans, S. .Michel en costume militaire, le bouclier orné d'une croi.v;, lève son épée contre le dragon couronné et gisant à ses pieds (celte enseigne est du xv" siècle) : 11" sur une enseigne circulaire ajourée, avec anneau de suspension, l'ange, une croi.v au front, une tunique courte sur l'arinuie de fer, les ailes déployées, debout, l'épée levée sur le démon ; le bouclier est rehaussé de neuf étoiles, huit en orle et une au centre; détail particulier, l'archange est accosté de deux coquilles.

1;jO le SANCTL'AIHf:

une allusion à la .mèvc, où la mer dépose les coquillages nommés peignes; et l'on a pris une valve montrée du cô\.é externe avec les ailettes en haut. ^lais nous devons ajouter que cette opinion courante a contre elle un sentiment qui est loin d"ètre dénué de fondement. Ce dernier veut le fond « d'argent, » et les coiiuilles de « sable ». De l'ait, à partir de rabl>é Jolivet, qui donna les armoiries à l'abbaye, on remarque les coquilles ou « crouzilles » de saljle, c'est-à-dire noir(>s, sur les ornements, reliipiaires et autres objets.

Les armoiries de l'aJjbaye Montoise vont d'onlinaire avec une devise en rapjiort avec les pièces de l'écu. I.a devise Quis ut Deus. (jui est la traduction même du nom de S. Michel, en même temps que son cri de ralliement, se lit en maints endroits. Elle est placée, tantôt sur la croix de S. Michel, tantôt sur son bouclier, comme dans une gravure du xvii^ siècle, tantôt sur le sceau ou disque — signuin Dfi vivi — cfu'il tient à la main. D'un autre côté, la situation du Mmit au milieu de la mer a inspiré l'application de la devise qu'on retrouve en plusieurs endroits : Ininimsi trenior oceaiii i 1).

Le Catholicisme, dont la sollicitude embrasse la sphère inlinie des âmes de l'Eglise militante, souffrante et triomphante, suivant le langage ecclésiastique, entretient la vie spirituelle par la sève divine de la grâce et des mérites du Sauveur, appliqués par l'organe des ]irières, des sacrements et des indulgences. Connue le Mont attira de tout temps une foule innomlirable de pèliMins, pour développer le culte de l'Archange les Souverains-Pontifes prirent sous leur spéciale protection le couvent, ses religieux, ses biens ainsi que ses visiteurs, en punissant de l'anathème ceux qui causeraient des dommages aux pèlerins. En outre, les papes enricliirent le culte de S. Michel de précieuses indulgences, plénières ou jiartielles (2).

(l)La famille Miiliel porte: d'azur, à la croix d'or, cantonnée de quatre coquilles: avec, en cimier, l'archange, cl la devise : Quis itt Deus. Kn Italie, les .\.tlendoloUi>lognini. à Milan et à Pavie, ont un S. Michel punr cimier, en (pialilé de comtes de Sant-Anf,'elo Lodigiano.

(2)Lcsunsconcédèrcnt des indulgences temporaires, tels:Jean XIII qui accorda dix ans d'indulgence, pour dix ans ; Martin V, cpii accorda sept ans et i|uarante jours pour cin(| ans; Kugène IV, (jui concéda indulgence plénière. la veille et le jour de S. Michel, en mai et octobre, pour deux ans. A son (our, iNicolas V donna indulgence plénière en forme de jubilé à ceux qui visiteront ^l'■gli^e du Mont, comme s'ils visitaient celles de SS. Pierre et Paul à Home, et ce, depuis le I ' juin jusqu'au f' novembre 1431 . D'autres octroyèrent des indulgences à perpétuité : .\lexandrc IV, l'an ])remier de son pontificat, donna à perpétuité tOO jours à eeiu qui visileroni l'église de l',i(pies à l'oclave de la Pentecôte. Je.in Wll, la sei- /iènie année de sou punlificat. accorda ton jnurs ;i prrpi'luili' :'i n'ux (|iii visile-

LE SANCTUAIRE loi

Pour favoriser cette dévotiDii, on propnj^ea le chapelet dit de Saint-Michel, en l'honneur des neuf chœurs des anges, et qui s'ouvre par une médaille où l'Archange lient, d'une main, l'épée tlamboyante, et, de l'autre, la balance symbolique du Jugement des âmes. Un autre emblème est le scapulaire, armure spirituelle contre le démon, ayant la forme d'un bouclier de couleur bleu et noir, avec, au centre, S. Michel armé du glaive de la ])arole de Dieu et tenant l'étendaixl du Sacré-Cœur. Siùvant Mgr Barbier de Alontault, « le vrai type est celui de Rome, moins compliqué et où ne figurent pas les Sacrés-Cœurs. Les pendants sont en forme de bouclier ou d'écusson ogive, et ornés chacun d'une image imprimée de S. Michel, selon l'iconographie traditionnelle, et avec la devise Quis ut Deus. Les personnes i[ui portent ce scapulaire forment une pieuse association iirimaire. qui a rang d'archiconfrérie »(1).

La France voyait également tleurir plusieurs associations en l'honneur de l'Archange. A Lille, la chapelle do Saint-Michel était le

ront l'église, àlNoôl, P.'iqucs, l'Ascension, la l'cnli'ciMo cl au\ nulrcs (|ualrc fcles principales de la Vierge: la Purification, l'Annoncialion, l'Assoniplion cl la Nativité : il donna aussi quarante jours à cou\ qui viendront dans les octaves de ces félcs. Innocent XVI. l'an huitième de son pontifical, donna à perpcluitc 14(1 jours pour les deux fêtes de S. Michel, du 29 septembre et du 16 octobre. Urbain ^ I accorda les mêmes indulgences au\ fêtes de ^0('l, la Circoncision. l'Epiphanie, P.àques, l'Ascension, la Pentecôte, la l'ête-Dieu, la Toussaint, aux quatre principales fêtes de iNotre-Dame et de St .lean-lîaptiste. Nicolas V, en 1150, accorda sept ans et quarante jours à perpétuité, aux trois fêtes de S. Michel, le S mai, le 29 septembre et le 10 octobre. En I4.')i. le 24 avril, le cardinal d'Estoulcvillc. abbé du Mont, accorda un an et (luarante jours à perpétuité, « suivant la permission qu'il en avoit du pape. •< En 14."i9. le 7 janvier. Pic 11 accorda trois ans et trois quarantaines, chaque jour depuis la Purification jusqu'à la Toussaint. De nos jours, à commencer par Pie Vil. les papes ont ouvert de nouveau le trésor des libéralités spirituelles. — Un chroniqueur fait remarquer que ces indulgences sont accordées à ceux qui remplissent les conditions pieuses exigées, et <( non à ceux qui viennent seulement, par promenade, pour voir les bastiments et autres choses semblables, ou pour monter au plus haut du clocher. » — Pour le détail des indulgences et des dévotions à Saint-Michel, cf. Mgr Barbier de Monlanlt, (Jliuvres complètes, t. XI, p. 159-19S, et les Annales du Mant-Saiiil-Mii-hcl, deux sources précieuses à consulter.

(I) Cette association a été érigée canoniquement à Rome, dans l'église collégiale de Saint-Ange in pescheria, et elle a le pouvoir d'agréger les confréries érigées .sous le même vocable. Rome est encore le siège d'une confrérie de S. Michel établieen l'église Sant'Angelo ai corridori. dont les statuts ont été approuvés le 10 avril 1763. Elle comprend un nombre illimitc' de frères qui doivent être de (I bonne vie et réputation, de condition civile ou exerçant un métier honnête « ; ils peuvent être admis à partir de dix-huit ans et font une année de noviciat. La direction et l'administration de la compagnie sont confi(''es à vingt-quatre officici's. La confrérie prend soin de distribuer aux jeunes filles pauvres et " hoiuiêtes i des dots de 25 écus pour l'entrée en religion ou pour le mariage.

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