‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 11 sur 61 · I.'ii · texte numérisé non relu

I.'ii

l.li SANCTLAlltK

siège d'une confrérie d'armes. Après celles des archers, desarhalétiers et des couleuvrinierSjSo forma la confrérie des escrimeurs ou tireurs d'armes, que l'on rencontre au xvi« siècle. La première était jtlacée sous le patronage de S. Sébastien, la seconde sous celui de S.Georges, la troisième sous celui de Sainte Fîarhe, et la dernière sous le vocable de S. Michel. ( )n ne pouvait y être reçu sans s'être « exercé auparavant à tirer armes sous maître ordinaire » ; c'était une vérital)le école d'escrime, réglementée par les statuts. .\ux solennités de la (Confrérie, outre les directeurs, on voyait figurer deux autres ofliciers, l'Ange « et « Satan », pour symboliser la lutte de S. Michel contre Lucifer. On faisait célébrer une messe solennelle, le jour de S. ^Michel, à la chapelle de l'.Xrchange. avec un « obit le lendemain II jwur les confrères défunts : à la procession on portait (' l'image de S. Michel » avec des cierges. D'ailleurs, S. Michel fut choisi pour patron par diverses corporations et, sous une forme ou sous une autre, plusieurs confréries se réclamaient jadis de son patronage. Parmi celles-ci, on peut citer la confrérie des pâtissiersoublieurs dont on connaît un inéreau du xv siècle.

Mais, entre toutes les associations plat-ées sous le vocal)lo de l'Archange, la plus célèbre est l'ordre l'oyal deSaint-Michel. Louis XI l'institua à Amboise, par décret du l" août l'M), et il eu compléta

les statuts par ordonnance du

McTcaii de la corporalion îles pàUssicrs-oublieurs droit et revers.

'2"2décend)re 147G. La compagnie, ayant pour chef le souverain . di'Viiit conipreiidri; trente-six chevaliers ]>arun les (I mieulx renonunés et plus vertneulx. n L'insigne était « un collier d'or faiet à co(iuilles assises sur mailles d'or » avec, sur ini rocher, (I une imaige de S. Michel, pendant siu- la poitrine ». Le roi, en choisissant pour patron l'Archange, avait en vue, comme siège de l'ordre, le Mont inviolable qui n'a jamais été « mis es mains des ennemis «. (;hiu[ue année, à la Saint-Michel, on devait faire « faste soiemielle. chapitre, convention et assemlilée générale ». Pour compléter sa fondation, Louis XI créa une collégiale de dix chanoines, à l'honneur de l'.^rchange. « en la chapelle de Saint-Michel, en son palais à Paris ». Comme le Mont était un <> lieu grandement esloigné et de très difficile accès, » en l.").")?, Henri II transféra le siège de l'i^nlre en laSainte-Cliapelle de

LE SANCTUAIUE 1.53

Vincennes. dite de Saint-Michel. On conserve plusieurs beaux livi-es des statuts, rehaussés d'enluminures et de miniatures, notamment à la Bibliothèque Nationale, dans les bibliothèques de Tours, de Saint- Germain et d'autres dépôts puhilicsou privés.

De nos jours, l'antique tradition a été renouée avec moins d'éclat, mais d'une manière très édifiante. L'archiconfrérie de Saint- Michel a été érigée canoniquement au Mont par Mgr l'évêque de Coutances, le 10 octobre 1867, et a été enrichie d'indulgences par bref de Pie IX, le l'J février IHOÛ. Lors de la désafîectation de ra))Iiatiale, le siège de la confrérie a été transféré en l'église paroissiale, par bref pontifical du 9 novembre 188G ; puis, un bref de Léon XIII, du 29 mai's 1895, étendit à l'univers entier les précieux avantages spirituels de l'archiconfrérie.

De tout temps, le sanctuaire de Saint-Michel offrit aux pèlerins, aux membres des confréries et associations diverses non seulement un aliment précieux à la piété de tous, petits et grands, mais encore une attraction puissante par la splendeur du monument et par la magniticence des cérémonies. On y tenait en grand honneur le service divin, la vénérable liturgie, qui est la forme extérieure du culte religieux, avec ses prescriptions, ses rites et ses usages. Une dans ses grandes lignes et ses préceptes essentiels, elle s'accommode bien, en effet, des traditions et des coutumes légitimes, propres aux diverses nations, et c'est là ce qui constitue tout à la fois le caractère unitaire et varié des cérémonies catholi({ues. Grâce à cette institution admirable, en tous lieux, chaque peuple sous les particularités locales retrouve l'universel code de croyances et de cérémonies qui unissent les âmes entrent elles et avec Dieu dans une communion souveraine, dépassant les limites de l'espace et du temps.

Aussi bien, le cérémonial du Mont présentait lui aussi cette physionomie, et les pratiques cultuelles du monde chrétien y conservaient leur couleur locale. Au xvn" siècle, on éprouva le besoin de donner un cadre plus général aux différentes coutumes particulières, et le chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur, tenu à Vendôme en 1(M5, arrêta le cérémonial dont on devait se servir dorénavant. On imprima le texte qui fut envoyé aux supérieurs des maisons, et on fit lire la teneur au chapitre, « afin que tous les moynes apprinssent plus diligemment les cérémonies.» Au mois de mars 1648, aux premières vêpres de la fête de saint Joseph, on commença à chanter, à l'abbatiale, « les hymnes nouveaux composez, ou plutôt les hynmes anciens corrigez, changez et augmen-

i.K s.vMjri Miti:

tez » par le jui])e T'rbain \III, « sur ley cliants nouveaux ou nouvellenieut accouiodez ausilils hymnes i)ar les religieux de la Congrégation de Saint-Maur. » A la même époijue, les religieux commencèrent à suivre le Rituel de la Congrégation, fait par un des Pères et imprimé cette année ; il renfermait les Oflices des drlunts, le Ri'éviaire, le Missel, et les diverses prières liturgiques.

La Liturgie Catholi({ue, pour répondre à toutes les nobles aspirations de l'âme humaine, sait mettre en anivre toutes les énergies natives et toutes les ressources que l'honmie porte au co-ur même de son être. Non contente de parler aux yeux, par les représentations des scènes historiques ou théologiques, elle sait captiver les oreilles par la voix de S9s orateurs et par les chants de ses artistes. La musique, qui naquit avec le premier homme et fut le premiei' hommage à la Divinité sous la voûte céleste, émigra des liasiiiques l^aïennes dans les temples chrétiens, et ses strojihes. puritiées aux

sources du Catholicisme, portèrent dans les âmes le culte du Vrai, du Beau et du Bien dans sa personnification la plus haute, le Verbe de Dieu, le Sauveur Jésus avec son évangile.

Entre les diverses formes de chants, les hymnes et les i)roses, aux envolées d'un souffle lyrique, tirent monter plus ardentes vers le Ciel les louanges et les prières adressées au Très Haut. LOrient avait initié la Grèce à ses mélopées langoureuses, et la Grèce avait vu le clin'in- lies Muses émigri'r en Italie en revêtant plus de vivai'ité à mesuie qu'elles allaient vers rOccident : puis, sous l'inspiration de grands papes comme S. Léon et surtout S. (irégnii'c, la Muse de la musiipic s'était faite chrétienne et c"est avec cette auréole qu'elle franchit les .\lpes. hère carloviugienne, sous les auspices de Charlemagne et d'.Mcuin, donna à la musique un essor tout particulier et fui pour le chant une période éclatante i-t féconde. Les couvents les maisons épiscopales et les palais étaient connue autant de conservatoires oij l'on s'adonnait à la nmsique avec un élan merveilleux, et d'exécutants plusieurs se tirent compositeurs jiour

Le Jlont Cloîlrc cl réfectoire.

traduire les inspirations de leurs sentiments et les rêves de leurs pensées. De son côté, le pape Adrien 11 favorisa le goût pour les proses liturgiques et le moine Noll<eren accrut le nombre.

Sous les voûtes aériemiesde l'église et du cloître du Mont, les mélopées sacrées prenaient un caractère, pour ainsi dire, plus céleste, et l'Archange était célébré par un harmonieux concert de voix d'une mâle beauté. Nous possédons la plus ancienne prose chantée sur le Mont. La première strophe seule est notée, et les syllabes de la première page sont marquées par des tirets ou des points. 11 y a autant ilo slruplies (jue de lettres dans l'alphabet, et chaque strophi' commence par une majuscule. Le morceau est réglé à la pointe sèche, et la diphtongue œ est représentée par une r avec cédille dessous, ou par a suivi de c, d'où l'on a conclu qu'il est antérieur à l'an 110(1. Au surplus l'on sait qu'avant le ix^ siècle on se servait uniquement des lettres de l'alphabet pour marquer la notation, et que dès la tin du ixi", on voit apparaître, à cet etTet, les notes graduées sans le secours de la portée, de f'ai;on uéamnoins à indiquer l'élévation i>u l'abaissement de la voix. Or. la prose qui nous occupe montre le double système, ce qui indique une période de transition comme la lin du ix« siècle ou le commencement du \^ siècle (1).

Celte esquisse de la vie religieuse manquerait d'un élément essentiel, si nous négligions les événements miraculeux. A cet égard, les chroniques du Mont renferment vme série de récits, charmants de grâce et de poésie, (jui faisaient les délices de nos aïeux et que nous aimons à relire, pour y retremper nos âmes aux sources

(1) La première strophe est ainsi conçue :

Signifer eiercîtiis angclorum

llefïe nos in prelio lideli p.ilrocini(i

lU'bcIKitnrus iioslem .iposlatiini

Atl lauilem suniiui régis et gioriani.

M. labljL- Dcsioclies a donné un fac-similo îles deux piemièrcs stroplies. Notice, elc, p. 92 (V. pour la musique. Desroches, p. 89'Jli. — Le Ms. 23(p Baftii Miisica, in-i duxi'.à longues lignes, très soigné, a une partie en écriture lombardi([ue, et l'on peut supposer avec vraisemblance qu'il a éléapporlé d'Italie par Laufranc ousescompagnons. — Extraits de lîède : E.rcepUones de Melicn arte ad iiistiluendos pueros, choix des principales considérations, imprimées en entier dans les œuvres de Bède. 11 en est de même des É.rceptiones de Beda super c.ompolum. qui est formée d'extraits de Bède ; sur le dernier feuillet on a ajouté eu écriture du \\' siècle quelques phrases u.suelles en langue grecque et latine. — ^° 2-37, Boelii Musica, in-4 du xn' siècle, à longues lignes, réglé à la pointe sèche, avec initiale historiée, majuscules de couleur. L'abbé Desroches en a reproduit un passage avec des figures relatives au ctiant (Ao^/ce, p. 90-91).

de la Foi et dos saintes croyances. L'imagination de nos pères a parfois embelli la simplicité des faits, eu y ajoutant dos circonstances qui sont comme des broderies populaires sur le canevas de l'histoire. D'autres fois, l'inintelligence de certaines lois de la nature a porté (juelques esprits à voir des prodiges en des phénomènes iniiquement produits i)ar les causes secondes. Mais, la part faite à la critique légitime, les Annales Montoises conservent une série de faits merveilleux qui. dans la langue ingénue du vieux temps, ne sont pas un des moindres charmes do l'étude de l'histoire religieuse.

l'ue pieuse tradition, inspirée par le respect du saini lieu, défendit longtemps de franchir la nuit le seuil du sancluaiie. On disait qu'il était convenable de ne pas « conqiaroir en la présence de ceux qui. durant ce temps obscui' ili' ]:i nuiil. remplissoient lnuto l'église d'une lumière pins claire qtio le soleil et chantoient très mélodieusement des motets angéliques, ainsy qu'on a remai'qué par plusieurs centaines d'années. »

D'ailleurs la dévotion envers l'Archange ne manquait pas d'avoir sa récompense. L'an " mil onze », un groujie de pèlerins « de cette

province » vint au Mont et , dans leur rang, se trouvait une femme dont les couches étaient pnirhes.

Au retour, entre le Mont etGenest, s'éleva soudain « une épaisse vapeur » — l'on voit ])iirfois cette brume envelopper suliite- III r 11 1 hi baie — et ccjinme la marée montait, les gens s'enfuirent au plus vite. La feunuefulsurprlsepar le tlot et se ri-coiiimanda <■ à Dieu et à S. Michfl ». l'ar la i)roteclion de r.\rcliange, la mer l'environna, « faisant autour d'elle un cercle de ses ondes, de sorte que, croissant toujours, elle fit conum' un puys très profond autour, et que pas une goutte ne tomba dans le cercle, bien que les (lot/, de la mer se Ijrisasscnt là. conune s'ils eussent rencontré un dur rocher. Ainsy cette femme demeurant à l'abry

Miracle en faveur d'iinp pèlerine, m^ du xv' s. à la liibl. N.itionalc.

LE SANCTUAIRE loT

de ces murs aquati(jues, enfanta un tils qu'elle baptlza dans les eaux de la mer». (Juunt le Ilot se fut retiré, les gens qui s'attendaient à trouver un cailavre, " la virent iileine de vie, tenant entre ses bras son petit lils. » Remplis de joie, ils remercièrent le Seigneur et S. Michel, et « s'en retournèrent en leur pays, où ils nonnnèrent l'enfant Péril, à cause qu'il avoit esté enfanté, au péril de la mer. » « Quelques années après, ils le mirent sous la conduite d'un docte personnage, lequel luy apprit les sciences divines et himiaines. » 11 reçut la prêtrise et, dès lors, vint chaque année au Mont, pour célébrer une messe d'actions de grâce. » En outre, l'abbé du Mont, pour « uionstrer à la postérité le propre endroict » du miracle, lit élever dans les grèves une croix de cent pieds de hauteur.

En 1046, le mercredi après l'Octave de Pâques, un pèlerin de Fougères, nommé André, « ayant les bras, les pieds et tous les doigts retors et nerfs tellement retirez, que difficilement pouvoit-il manier quelque chose, » se trouva guéri en entrant dans l'église. Soudain, « son baston sur lequel il s'a])puyait tellement quellement s'eschappa de ses mains : » et, api'ès une crise dans laquelle il jeloit des cris « véhéments et espouvantables », il se trouva plus calme devant l'autel de St-Michel. Sur l'indication du sacristain Richard, il se confessa au prêtre Martin; « puis, aspergé par trois fois d'eau bénite, à la troisième fois soudain les doigts de ses mains craquetans se mirent en leurs lieux ordinaires et naturels. » A la suite d'une nouvelle crise, « finalement ayant petit à petit recouvré ses forces, il s'en retourna sain et joyeux en son pays. »

La série des miracles dus à S. Michel est racontée par le docte historien D. Huynes, qui s'est attaché à en recueillir les éléments, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à ce récit si édifiant. A ce sujet, le chroniqueur ajoute cette observation : « Que si depins la fondation de ceste église et l'apparition de S. Michel à S. Aid)ert, il se fut rencontré des personnes qui eussent couché par escript, chaque année, tous les miracles faicts en ceste église, comme nous voyons avoir esté faict ceste année, nous en voyrions maintenant un nombre infini. » ()r, comme le gui à la branche, la crédulité et la parodie s'attachent aux manifestations les plus saintes de la Vie surnaturelle, que l'action du Verbe Divin entretient dans les âmes. Un certain jour du mois de septembre 1637, un moine Montois passait dans une rue de Paris, quand soudain il entend un crieur prononcer le nom du Mont-Saint-Michel. 11 s'approche, et voit que l'on vendait un petit Livret sans nom d'auteur, ni de libraire, ipji renfermait diverses narrations « fabuleuses « ;

lo8

LE SAM.ri MHK

qui contenait, en parliculiei", le liécit de rmlisement d'un nonnné Roljert. tils de lîodolphe le Fi/.elier, bourgeois du Mont ; el le dialjle aurait emporté le jeune homme, « chargé sur un baston ». Sachant qu iln'v avait pas d'habitant de ce nom, le religieux tlaira l'escroquerie et acheta un exemplaire qu'il envoya à ses confrères, et l'on reconnut ainsi « la grande fourbe et mensonge inventé par quelque folastre. pour gaigner de l'argent. »

Ces rétlexions de l'historien Montois montrenU(ue l'esprit d'une sage critique, en rapport avec ses moyens d'infitriiiation. inspirait sa i)lume et sont une sérieuse garantie de son iinldiili''. An surplus, c'est fidèle à ces principes de loyale recherchi' d de sincère exposition, que nous continuerons à tourner les fiMiilli'ts des Annales Montoises. VA de fait, à l'ombre du moustier el du sanctuaire, les Bénédictins, tout en s'adonnant avec finit aux soins de la vie ascétique et du service divin, ne négligeaient aucun des éléments qui concourent au développement de l'esprit et à l'avancement de la civilisation sous ses différentes formes. C'est ce côté infiniment précieux de l'histoire du Mont que nous avons à mettre en relief, en commençant par le travail fécond de la pensée, dont la richesse fit donner au couvent le nom glorieux de « Cité des livres ».

Ampoule (le pèlerin, en ptoiub. \\'

Le Mont, vue nord•oue^^, scripturium et chartrier.

VUl

Ilumilîs Iratris calamiis [Mnniisrrit du Mont un ïii« .s'i('cle|.

'œuvre liltéi'aire et scienljtujue des religieux Monluis marche de pair avec leur louvre artistique. Le monastère était comme une ruche laborieuse, dans la({uelle chacun selon ses aptitudes travaillait à la réalisation d'un l)ut commun, la culture des diverses facultés de l'homme, par l'expansion du Vrai, du Beau et du Bien. Dans la tourmente qui enveloppa la chute de l'ancien monde et l'élaboration d'un monde nouveau, au milieu des débris amoncelés, l'Eglise recueillit le patrimoine de l'esprit et lui donna asile dans ses monastères. Avec un soin religieux

)i;ii LA CITÉ DES LIVRES

elle veilla à la conservation du iiimix iJi'inM, iiu'i-lli' l'inichil ilc Inul^s les connaissances dont on était aloi's en possession, et prépara ainsi les grands siècles, où les lettres, les sciences et les arts ont jeté nn éclat immortel, qui pourra être égalé, mais jamais dépassé.

Aussi bien, les travaux des religieux Montois sont le i>lus élo- (jnent témoignage en faveur du iiMc fécond et gloi-ieux que le couvent Michelin a rempli, durant plus de dix siècles. Les manuscrits du Mont-Saint-Micliel. dont un très grand nombre se rattachent à la prélature de rab))é Robert au xu" siècle, et de l'abbé Pierre Le Roy au xiv* siècle, constituent, à cette heure, la meilleure i)arlie du fonds de la bibliothèque d'Avranches. Ce trésor littéraire et artistique a été l'objet d'études approfondies. Au xvn" siècle, les moines L). Huynes et D. Thomas Le Roy fouillèrent cette mine dans tous les sens, pour faire servir les recherches aux deux Histoires du Mont cju'ils ont écrites sans les pu))lier eux-mêmes. Plus près de nous, les érudits n'ont pas manqué d'exploiter ce riclie lilon presque inépuisable, et nous devons l'explorera notre tour en écartant li'S détails trop techniques (1).

Au Mont, les maîtres de rantii[uiti'', en {laiticuliiT Aristntc. Platon, Cicéron, Virgile, Sénèque, occupaient une place d'honneur sur les rayons de « la librairie » et dans le travail des religieux. Pour ce qui est d'Aristote, il est à remarquer que la vulgarisation de la Politique et de l'Œ'conowî'j'we. traduites par Nicolas Oresme, doyen du chapitre de N.-D. de Rouen, et offertes au roi Chai-îes V, en 137"J, n'a pas été sans intkience sur l'introduction de l'élément électoral dans les affaires publiques. Ce qui est certain, c'est (jue l'Ecole Montoise contribua dans une large mesure à faii-e pénétrer Arislote dans les couvents, où sa puissance de logique et sa méthode de déduction jouèrent un rôle si considérable, presque incomui des meilleurs esprits comme Lanfranc et S. Anselme. Aussi bien, les

(I) Moiitfaucoii, en 1739, en fit un Invent.iire dans la Bibliollieca bibliothecariiin(i. II. p. 1356-61). En IS:t:t, M.Txiniilicn Kaoul, h la fin de 17/is/oirc pilloresiiue du MoiU-Saint-Mir.Uel. dressa uno nomenclature abrégée des manuscrits. En 1840. ral)l)é Dcsroclies publia une notice sur un bon nombre des manuscrits avec quelques fac simile (Méni. des antiq. de Normandie. 2" sér., t. I. p. 70-1.").")). De son c<Mé, la mémo année, M. Uavaisson. inspecteur général des bjbliotbéqncs, dressa le calalo>fuc d'une quarantaine de manuscrits, dont il parla dans son Kapporl : et, (pielque temps après. M. Herllim.inn pi il des notes que .M. de l'eit/ a jiublii'es, en I8'i3, dans les Aikmiivks (p. 66 et suiv.. p. :i7.s et suiv.i. En I8H, \I. Taranne rédigea le catalogue complet auquel M. L. hctisle fit (piebpies retou - (lies; ce catalogu<' aiial)li<pic, qui se termine pni' ime lom iii<lani>' des numéros delà bibliolliéque d'.\vranclics et de ceux de la bil)li(ittié(]ue d'après .Montfaucon, a été publié dans le Catalogue général des IJibliotlié(jues (t. IV. p. 427-502).

religieux du Mont vivaient dans un cunimerce familier avec les plus célèbres écrivains de l'anliquiLé, comme groupés autour d'Aristote, ainsi que nous l'ai^prenons par leurs beaux manuscrits (1).

L'autre oracle de la i)ensée en Grèce et dans ranti(iuité, le « divin » Platon, avait sa place choisie sur les rayons de la librairie et sur les pui)itres du scriplorlum. Il la partageait avec l'harmonieux (licéron, avec le grave Sénèquc, avec le docte Pline, dont nous aurons l'occasion de parler plus loin, avec Macrol)e^ Claudion, Sidoine Apollinaire et plusieurs autres écrivains anciens (2).

(I; Les inanusciils du Mont, qui se rappoi (oui à r.iiiliiiiiilé. sont les suivants :

Ms. 221. Aristolelis Physica. iii-'i. du xii' siédi', à longues lignes, majuscules rouges. — Ms. 222. Arislolrlis Elhica, in-4, à longues lignes avec initiales historiées en or sur fond bleu, du xni= siècle. — Ms. 220. Aristolelis MeUtphysica cum Commentai- lis. in-l du \ni' siècle, à deux colonnes avec majuscul<-s de couleur. ^- Ms. 224, Arislotelis Analytica, in-4 du xai= siècle à longues lignes, à grandes marges, chargées de notes de dilVéïentes écritures qui leraient croire qu'il a servi de livre de Maître. — Ms. 223 Politique et économique de Nicolas Oresme, in-4 du XIV» siècle, reliure en vélin, à deux colonnes avec initiales de couleurs et dessins de fantaisie. Il s'agit de la Poliliciue d'Aristote, en huit livres traduits, à la demande de Charles V, jiar Nicolas Oresme, doyen, trésorier, grand niailrc et docteur en théologie. Dans une dissertation, lue à l'Acadéniic des hiscriplions et Belles-Lettres, le 24 septembre 18611, et (|u'il a publiée dans la Bibliollièijite de l'Ecole des Charles, 10" série, v. p. 001), M. L. Delisle s'est attaché à prouver que ce manuscrit est l'original de Nicolas Oresme. — Ms. 228. Loyica, in-4 du xnr siècle, à longues lignes, initiales de couleurs et quekiues-unes ornées de peintures, il y a des traités de l'orphvre, d'Aristote et de Boc'ce. — Ms. 227. Logica, iii-i fin du XIII" siècle, à longues lignes et grandes marges chargées ilc notes de plusieurs écritures, quelques lettres ornées. Il y a ■( Vsagoge l'orpliyrii », et des traités d'.\ristotc et de Boéce. — .Vis. 231. Aristolelis de Anima, lib. 111. — De Generalione, lib. II. — Metheorum, lib. IV — Pliysicorum, lib. \ 111, in-4 du xiV siècle, à de<ix colonnes, initiales en or et ornements de feuilles de vigne.

(2) Ms. 220. Macrobius. petit in-4 du xu' ou xmc siècle, à longues lignes, de plusieurs écritures, majuscules simples. Le Somniun Seipionis de Oicéron est suivi du Commentaire de Macrobe sur ce traité. Le volume, outre des travaux scientifiques, renferme un Gomnienlaiic anonyme sur le Commentaire de Macrobe, et le commencement d'un autre Commentaire, un Commentaire de l'riscien. Le même manuscrit conlieni un Extrait de Mamert Claudien : « De statu animte », et une lettre de Sidoine .\pollinaire à Mamert Claudien. Eu outre. Il Robert du Mont corrigea un manuscrit de l'Histoire de Pline et y ajouta une pïéfacc : Ingens Plinii hisloriarum volumen, et il est l'auteur de deux Commentaires de S. Paul. » (Annales religieuses de l'Auranchin, 2" part., p. 22. — Ms. 226. du xu" ou xiir siècle, enire autres ouvrages, renferme le Timée de Platon avec un Commentaire (17 feuillets), le commencement d'un autre Commentaire sur le Timée ; et un fragment sur le Timée. Ce fragment a été publié par M. Cousin, dans l'appendice aux œuvres d'.\belard (p. 658 i. d'après le manuscrit de la Bibliothèque Nationale Dans le Manuscrit Montois, le passage est plus étendu et comprend 10 feuillets d'une éciiture fine siu' deux colonnes. — Ms. 225. Tullius, De ofjlciis libri très Tasculanorum libri, in-4 du xii° siècle, à longues lignes, peu d'ornements, la première initiale, rouge et grossière. —

un I. \ i:iTi: i'i> i,i\uE?<

\\\ iiim-silu Moyon-àge, les Scj)! Ails lilit''r:iux, coniim' :inlaiit de disciples des Muses, présidèrent à la culture de l'entendenient humain. Ils formaient comme le cycle comjjlet des connaissances à acquérir, que Tun divisait alors en deux grandes cairgorics : le trivium et le <ii(a<h-iriaiii, distinction ijui correspond d uni' ciMl.iiin' façon à notre bifurcation moderne des lettres et des sciences, tl'élail également la méthode suivie àTEcole du Mont, et un manuscrit in-'i, qui est un recueil de travaux de plusieurs mains groupés sous le titre de Miscellanea et attribués à la lin «lu \\n' siècle, renferme un tableau figuratif dans lequel chacun tirs Arls Libéraux est détini avec précision ( 1 1.

Le ScrlplO}Hu/ti ihi Mont, tant cflui de la Mervidlle ([ue roux rjui l'ont précédé, a vu passer ime légion admirable de moines dnnt quekjues noms seulementsont venusjusqu a nous. Du moins, avonsnous le devoir de donner à ceux que nous connaissons la place qui leur appartient. Au x^ siècle, paraît-il, on observe un copiste du nom de (iosselin. Son nom figure à la fin d'un manuscrit in-4 à longue ligne, contenant des œuvres de Bède et desEpitresdeS. Paul. On y lit : « Gosselinns monachus scripsit » : il est vrai quf le dernier mot a été effacé, mais il semble (jue l'on doive conserver le souvenir du nom.

Au xr siècle, an numlire des scriptoresrecommandables connue sachant « bien écrire », on i-emarque Fromond ou Fi'otmond, (jui copia " nombre de manuscrits » et ainsi mérita qu'on tlit de lui : « Félix Frotnmndus, per secula frater amandus ». 11 a copié des traités de S. Jérôme, de 8. .Augustin et lU' S. Anil)r(iise. qui cunstituent un manuscrit in-folio à deux colonnes avec titres en ca]iitales de couleur et initiales rouges, dont quelques-unes ornées, avec quelques miniatures assez frustesin" 72). Cinq vers latins àla lin indiquent que le copiste est Frotmond.

Ms. 238. Ciceronis (iprra. De Oralun-, Oralnr. in l du ix' ou x' sirclo. à longues lignes. 1.1 première partie non réglée el la fin réglée à la pointe sèclie. pas d'ornemcnts. — .Vis. ïol). Senene EpisUjUv. iii-l du xu' siècle, a longues ligues, le premier titre eu capitales, les ])reniières initiales ornées d'aral)es<iues, les autres en couleur: ce marniscril renferme : I )|)inion de SlJérouic sur Séuèquc — l^pllres de Sénéque à Sl-Paul et de St-l'aul à Sénèque. — Kpilaphc de Séiiéque par luiiuémc — Lettres de Sénèque à l.uciliws, divisées en 20 livres. - - Ms. 232. Arislolelis cl Ahrlardi varia opéra, in-l des xu" et xui» siècles, à longues lignes, sans ornements : du xur's. certaines notes : parmi les ouvrages, le 10' est un traité de médecine, sans litre ni nom d'auteur.

(I ) (irammalira docel recte scrihere — Dialeclica doceldiscernere venim a faiso — Uheloriea docel ornalè loqui — .\ritlimelica docct numerare — fieomctria docet mensu rare terras ^Musicn docel consonanles voeu m — .Xslionoiniadocelileastris.

LA ClTli DES L1\RES 163

Vers la [in du xr ou le déljut du xn's., parmi les moines scrilies les plus réputés, on voit Giraud ((ui copia le Commentaire de S. Augustin sur les psaumes, grand in-folio à deux colonnes, en écriture fine avec des titres en capitales et initiales de couleur, dignes d'intérêt. La 3' partie, qui rompreml les psaumes CI à CL, se termine par des vers avec la signature du scribe qui se proclame « premodicus magni Michaelis alunmus, ( Jyraldus nomine ». Comme ce Ms. fn" 77) est d'une écriture identique à celui qui renferme la l''" partie du Commentaire (n" 76), il convient d'attribuer au fr. Girauil la transcription de ce dernier, qui est précédé de miniatures au trait représentant S. Michel. David et S. Augustin.

On doit encore à Giraud un traité de S. Augustin contre Fausle, évéque des Manichéens, grand in-4 à deux colonnes avec majuscules ornées d'arabesijues, et il signe à la fin : « humilis de nomine fratis Giraldi calamus » (n» 90). Il a aussi le droit de revendi<{uer, sans conteste, une portion d'un autre manuscrit des leuvres de. S. Augustin, d'ailleurs exécuté avec le concours d'autres frères. Ce ms. (n° 91) grand in-quarto à longues lignes avec initiales ornées, renferme tout d'abord les six livres de Réfutations contre Julien. Suivant un quatrain final, la première partie a été copiée par (jarin (Warinus), la seconde par Rannulfe , et la troisième par Cridus. Le manuscrit contient ensuite deux livres des Rétractations qui, suivant le quatrain de la tin, ont été copiés par Rannulfe, toujours « pour l'amoui' de S. Michel », summo Michaelis amore.

A la lin du xi" siècle ou au début du xu". l'abbaye Montoise renfermait encore des scribes recommandables que l'on voit notamment occupés à copier les Homélies de S. Grégoire jiape, beau volume in-folio à longues lignes avec majuscules de couli'ur, dont quelques-unes ornées. Vwe pièce de vers à latin nous ajiprend i{ue ce volume a été écrit par Gautier, « dit le chantre », Hilduin, " qui a copié nombre de livres », Scolland, théologien distingué, Ermenald et Osberne Nicolas, savants en philosophie, tous trois indi(iués comme « bretons ». A une époque oii l'on se plaît tant à soulever le voile, qui trop souvent recouvre le nom des auteurs des belles «envres du vieux temps, c'est un devoir de garder le fidèle souvenir de ces modestes ouvriers du labeur intellectuel.

On l'a remarqué, sur les cimes Montoises, l'austérité du granit se pare des charmes d'une patine d'or et d'argent, en même temps que de l'émail d'une végétation diaprée. Ainsi, dans les âges les plus reculés, la poésie couvrit de son brillant manteau la gravité des études monastiques. Les Muses, connue pour associer la mission

LA CITK DES I.IVHES

des neuf sœurs aux théories des neuf chœurs des anges, se firent l'écho do la foi et de Tonthousiasme poi)ulaire envers S. Michel. Les trouvères et les troubadours chanlèivnl sa puissance ef ses Ijjcufaits dans leurs odes inspirées, et les dames et seigneurs, durant les longues soii'ées, se plurent à entendre redire les gloires et les exploits du Prince de la milice céleste, dont la douce vision hantait

ensuite les rêves d'or. Ce sont les hymnes latines de l'Eglise et les cantiques des pèlerins en << versromieux ",qui lurent le point de départ de cette série de chants à l'honneur de l'Archange. Les maîtres du luth tirent écho aux voix du sanc- 1 1 laire et des grèves, et bientôt , If Prévôt du Ciel eut sa place marquée dans le cycle des poèmes nationaux. Aussi bien, la poésie avec ses grâces naïves dut éclore naturellement sur les hauteurs enchanteresses du Mont, battu par le perpétuel mouvement de l'océan, dans cette atmosphère jiure et sereine d'où le regard plonge en des horizons sans lin pour se perdre dans l'azur du firmament ou dans les profondeurs de la mer. Sur cet îlot solitaire, la lleur de la poésie poussait comme la bruyère rose ou la fougère capricieuse dans les libres espaces; et, pour être aromatisée des âpres saveurs de l'onde, son parfum ne présentait que plus de charme.

Au surplus, le Mont n'est pas sans avoir (pu'l((ue droit à revendiquer au sujet du magnifique poème national de La Chanson de Roland. La fête du sanctuaire, la désignation topograiihique et le culte de l'Archange sont célébrés dans cette épopée, « saine et vigoureuse, mâle et fière » comme les vieux ancêtres. Au dire du poète, Charlemagne réunit ses assises à la solennité de l'Archange, " a feste seint Michiel », et (juand l'empereur serade retour à.Vix-la-Chapelle, « A seint Michiel tiendrai mnlt halte feste ». Dans la suite, on indique que le souverain, rentré dans ses Etats, tiendra sa cour « à la grant feste seint ^lichiel de l'Peril ». Lorsque arrive le désastre de la mort de Roland à Ronce vaux, la nature est bouleversée par un

s. Michel. 2 S. Augustin. 3 David. — Min. du xi* Ms. du M. — B d'Avranches 75-76.

LA CIÏÉ DES LIVlîES

ICo

tremblement de terre, de l'ouest à l'est, et le poète pour préciser ces deux points cardinaux, mentionne, au couchant, le Mont et, au levant, Cologne : « De Seint Michiel de l'Péril jusqu'as Seinz «. A ses derniers moments (et c'est la fin de la seconde partie), le héros est assisté par les trois archanges, en particulier par « seint Michiel de l'Péril )) (1).

Le fait que la fête angélique était solennisée dans la seconde Lyonnaise, ne suffit pas à expliquer l'insistance et la précision de l'auteur du poème. Qu'on place cette épopée à la fin du XI" siècle, ou bien au siècle suivant — le premier manuscrit connu est de la seconde moitié du xu° — il est manifeste (jue le poèfi' a sulji le pur rayonnement de la Cité de l'Archange et des livres. C'est pourquoiledocte Léon Gautier, quia attaché son nom à cette épopée aussi bien qu'à la chevalerie, n'hésite pas à écrire : « Il n'y a qu'un normand, peut-être même n'y a-t-il qu'un Avranchinais, capable de donner tant d'importance à un pèlerinage, à une fête, à un saint de son pays ».

Le Christ, S. Augustin rcl'utant Fausle, su' s, Ms, du Mvint. lî. d'Avranclies n" 72.

(1) La CUanson de Roland, v. 37, .53, I.ï2, 1128, 239i.

1G6 LA CIIK l)i;s LIVRES

Assurément si rnutt'ur n'est pas un frère des ainialilfs Ictlrés que nous avons salués et saluerons sur cette cime bénie, du moins il avait été louché par le doux ra\on de la gloire de S. Michel « au péril <le la nier » .

Le xn" siècle fut au Mont l'âge d'or des manuscrits et, sous la crosse de l'abbé Robert, on vit une légion de scribes adonnés à la transcription des manuscrits. Mais, comme si la direction souveraine (le l'ablié eut invité ses collaborateurs à garder l'anouxuiat, onne retrouve plus au l>as des parclieniins la mention du nom des copistes, en ces versijui tout au moins satisfont la curiosité liu chercheur. Dans la suite, il en fut do luèine assez souvent, et plus dune fois nous voyons à la lin de tel ou tel manuscrit que tel abbé comme « Pierre le Roy l'a fait copier », sans que l'on y observe la menliou du copiste.

Mais l'œuvre poétique, la plus considérable à tous égards et celle qui a contribué le plus puissamment à la culture littéraire, est le Roman du Mo>it-Sa/ii/-M/ch<i. On sait peu de choses sur la vie de son auteur. 11 s"ai)pelait Guillaume, et la coulume de désigner les religieux, ainsi d'ailleurs que maints personnages, par le lieu d'origine, a permis de connaître son pays natal. — « Guillelme a non de Seint-Paier — Gen vei escrit en cest quaier », dit-il de lui-même au cours de son poème.

En la gracieuse paroisse de Saint-Pair, située sur le bord de la baie, près de Granville, Ton peut placer sa naissance vers 11:10. De bonne heure, Guillaume se sentit attiré vers la mystérieuse abbaye qu'il devait célébrer avec un si touchant entliousiasme. Devenu moine, « celle kalendre qui chantoit el demeuroit en i-ige », s'éprit des récits miraculeux contenus dans les chroniques latines et tenta de les exprimer en « veirs Romieus ». C'était l'époiiue où l'abbaye fleurissait comme un parterre formé de tous les arts réunis, sous la géniale direction de Robert du Mont, ainsi que le poète a pris soin de nous l'apprendre : « El tens Robert de Torignie-Fust cil romanz fait et trove » (1).

On aimerait à connaître certains détails biographiiiues de cette existence, d'un charme intense; mais il est difficile de distinguer Guillaume de Saint-Pair parmi les divers moines de même prénom, qui se rencontrent dans les obituaires et les autres registies fimé-

(I) 'lu (iiiii\c (i. do .'^aint-1'air iiiciiliiiiini' il.iii> des rliartcs, de 1I5.Ï i accord entre Holjcrt de T. cl Gilbert de Cliampeaiix); de titil (dli. d' Acliard. évèque d'Avranclies); V. mi (Ch. de Henri). - Chr<;,i,in,' d,- li„li,-rl de T . p. ïii2, 272. 30ti.

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raires, et la critique est réiliiite à souhaiter la découverte d'indications, de nature à tirer de l'oubli quelques circonstances île la vie du i-eligieux-poèle. En effet, pour toute esquisse de sa personnalité, il se borne à nous apprendre qu'il porte au cœur la tlamnie de la jeunesse et l'espérance des « joies du verdoyant paradis — Uns jovencels moine est liel Munt — Deus en son reigne par li dunt >>.

li'ouvrage n'a pas de dédicace, et néanmoins il a semblé qu'il n'était pas téméraire d'en atlribuer le patronage à un prélat, dans lequel les uns ont vu Baudry, évêque de Dol, et d'autres, Hugues, archevêque de Rouen. Les relations intimes entre ce dernier et l'abbé Robei't, aussi bien que la visite que Hugues fit eu 1156, au Mont, où il demeura quatre jours, pourraient donner ipxelque vraisemblance à cetteopiniou. Au surjilus, peut-être ne faut-il pas chercher d'autres encouragements que ceux de l'illustre abbé du Mont, dont la vaste et sereine intelligence s'ouvrait sur tous les horizons.

Du moins, le jeune Cl j(jvencels » garde tout le mérite de l'exécution

de l'œuvre, qui est du plus haut intérêt pour l'histoire de la littérature française au Moyen âge. Suivre l'inclination pieuse de sou âme, désireuse de chanter les dons de la nature et de la grâce, les merveilles de la foi et de la création; satisfaire, son goût pour la poésie, en exprimant dans une langue facile et colorée les mii'aides du bienheureux Archange, les solennités du culte, la reconnaissance des peuples, l'écho des traditions et des légendes, (jui séduisaient son intelligence et remuaient son cœur, telle fut la pensée qui porta (Tuillaume à composer son ouvrage. Le sentiment poétique s'est allié dans l'esprit du pieux trouvère au désir de vulgariser

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les trésors de la liturgie. Aux pèlerins laïques, il convenait de fournir un bréviaire en langage ])opulaire, ([ui contint l'histoire des origines du Mont, ses merveilles, le récit des miracles, en un mot, pût fournir aux voyageurs de pieux récitatifs, pour tempérer la longueur du chemin et pour édifier les soirées, après le retour. D'ailleurs, le rythme ailé de la poésie était de nature à faire voler ces récits de bouche en bouche et ne pouvait que favoriser l'essor des pèlerinages, en les popularisant. L'hymne latine, chantée par les clercs sous les voûtes mj'stérieusesdu temjjle, avait ainsi son pendant dans le sirvente français, redit par les laicpies au coin du foyer domestique (D.

Le jeune ti'ouvère puisa dans son imagination fleurie et dans les traditions fidèlement transmises du couvent, quelques-uns des traits de son livre; mais, surtout, il s'inspira des chroniques manuscrites, qu'il eut la suave inspiration d'exalter en « veirs romieus ». Ses contemporains, Robert AVace, le maître par excellence, Thiliault de Yernon,Sansonde Nanteuil et André de Coutances ne procédaient pas autrement pour la composition de leurs « romans ». Les manuscrits de la « librairie » du Mont, déposés jiour la plujiart à la bibliothèque d'Avranches, sont les sources auxquelles (Tuiliaume a puisé. A l'instar de l'abeille, sur ces fleurs tour à tour d'une âpre senteur et d'un arôme capiteux, il a butiné de quoi composer le miel savoureux de son poème. Le Roman du Mon! devint bien vite le guide des dévots de r.Vrcliange, qui se plaisaient à lire et relire les édifiants et naïfs récils. Le manuscrit original prit rang jiarmi « les ystoires, croniipjes el anciennes escritures de cest ostel, lesquelles choses on montre très bénignement es pèlerins •>, comme s'exprime un moine du xv siècle. On dut en faire de bonne heure des copies, et, au nombre de celles-ci, on peut placer le manuscrit du musée britannique (2j. Montfaucon eut connaissance de l'œuvre, et, en 1739, la

i\) Ij'aiilcur a indiqué le but de son travail dans les vers suivants: — Nfollz pèlerins (jui vunt al munt — Enquierent niolt el grant dreit unt — Comment ligliese fut fondée — Premièiemcnt et cstoice — Cil (jui lordieiit de lestoiie — Que cil demandeit en mémoire — Ne lunt pas t)ien ainz vunt faillant — Kn plusors Icus et mespcrnant — Por faire la aperlomeni — Kntcndre à cels (|ui escient — NunI de clezzie la lornée — De latin loto et ordenéc — l'ar veirs liomicns novclement — Molt en segrei par son couvent — Uns jovencels.

(t) Le ftoinan: du Monl-Sainl-Michel est conservé au Hrilisli Muséum dans le Ms. add. l(l,2S'j. ipie l'on place vers le milieu du xiv siècle; il occupe les fil premiers feuillets el cha(|ue vers débulc par deux majuscules inétrales ; la première alternalivemenl rouge et bleue, et la seconde uniformément noire. On y l'encontrc un dessin au trail (pii représente l'incendie du Mont avec les llammes en rouge. Le Manuscrit renferme en outre : une fCsluire de In rhiirrecliDn, traduite du latin

mentionna en ces termes : « Histoire du Mont-Saint-Michel, en vers, faite du temps de l'abbé Robert de Thorigny, in-8 ». Après la Révolution, on trouve deux manuscrits du Roman en Angleterre, et Tabbé De la Rue les connut durant l'émigration, les étudia en vue de ses travaux sur les Trouvères anglo-normands, et, de retour en P>ance, il publia dans ses Essais une notice sur Guillaume de Saint- Pair et quelques parties de son œuvre. Dès lors, l'attention se porta sur le moine trouvère et sur son curieux ouvrage (1).

Assurément rien n'est plus justitié que la curiosité et l'attention, désormais fixées sur l'aimable poète du couvent Michelin. Le Roman du Mont est l'un des monuments les iilus précieux de la langue française, sur laquelle lia exercé une heureuse influence. Dans son livre, le (I jovencels moine » nous a laissé, non seulement l'histoire de l'abbaye, mais un tableau des plus complets et des plus fidèles des croyances, des traditions, des légendes, des mœurs, des préjugés, en un mot, de la vie du Moven âge, en particulier du imuaie (Vun ms. <iu Mont.

B. d'jVvraucIies.

xu" siècle. Parmi les sources auxipielles

l'auteur a puisé, il convient de placer, en premier liim, la Chronique que Mabillon a attribuée à quelque chanoine montois du ix« ou x" siècle ; il s'agit de « La Révélation au Mont-Tombe », (pii a été le point de départ de maintes copies, parfois avec de légères variantes. Guillaume a laissé les sept leçons relatives à l'Apparition du Mont-Gargan, pour s'attacher aux sept leçons qui se rapportent au Mont-Saint- Michel, dont il a reiii'oduit et dévelojipé les moindres circonstances. Sur cette trame, il a brodé ça et là quelques détails empruntés soit à son imagination, soit à la tradition locale, soit aux manuscrits. Dans cette dernière catégorie, on

de Nicodemus par Mestre Andreu deCoslances; La Discipline du clergi'. tradiiclion en vers du Disciplina clericalis Pétri Alplionsi ; le Compendium amoris, en vers français; et Zouglel, fabliau par Colin Malet. — Une copie a été exécutée par les soins de sir Frédéric Madden, conservateur en clief des manuscrils, et a été oITerle à la bibliothèque d'Vvranclies par M. le baron Pirch, qui s'intéressait si particulièrement h l'Avrancbin. Une autre copie du poème (''lait jadis en la possession de sir Francis l'algrave « deputy keepcr"s of records »; elle est moins complète et moins soignée, mais croit-on, un peu plus ancienne. En France, à la Bibliothèque nationale, le fonds des Blancs-Manteaux, garde une copie moins importante, qui a été mentionnée par M. A. de la lîorderie.

(!) Le Roman du Mont-Saint-Micliel a été publié avec des notes par .MM. L. de Beaurepaire et Francisque Michel, Mém. des Aniiq. de Normandie, t. XIX, etc.

170 LA CITI': liKS LIVRES

doit ranger les poissons de la baie, l'itinéraire des chanoines envoyés au Mont-Gargan, ainsi que la pointure des fôles qui les acfueillirent, enfin la description très circonstanciée de la sépulture de S. Âubert.

Le Piouian forme une sorte de triptyipie, dontla jireniière partie est riiistoire i-eligieuse de la fondation, cl la seconde partie, l'histoire à la fois civile et religieuse des développements du monastère. Pour celle-ci, Guillaume avait entre les mains une chronique attribuée aux moines (iathon etOsmond, qui l'auraient composée sous rabl)é Ranulplie, et dont les leçons ont été transcrites dans le Cartulaire du Mont qui appartient également au xu" siècle (1) Iv Innivère Michelin reproduisit les traits de la chriini(pie ancienne, à conunencer par l'arrivée de Rou et des Normands. S'il supprime la description de la Normandie, en retour il s'étend sur les maux causés par les envahisseurs; à propos desamours de Rollon, il développe, avec une visible complaisance, le récit du remplacement des chanoines parles religieux. U se montre d'une exactitude presque notariale, quand il cite les chartes instituant les droits et privilèges de l'abbaye, en particulierle Sacrum du pape.Tean, le Pnecrplmn du roi Lothaire, et les chartes de Itichard I" et de Richard \\. S'il suspend rémunération, c'est iju'il craint de fatiguer le lecteur : car, dit-il, — « Knnoi sereit de lescouter — Si je voloie ore à conter — Toutes les Chartres as barons ». Aussi bien, le récit des événements qui se rattachent aux ducs de Normandie présente un intérêt plus général.

Quant à la troisième partie, malheureusement mutilée et incomplète, elle contientle récitdehuit miracles, dont sept sont emiuimtés au n" 3'j du manuscrit antique. Parmi ces prodiges, se lit le récit du bouclier et de l'épée apportés par les Irlandais, ipie le poète raconte d'après la nai'ralion du prieur qui l'a recueillie " petiz en cest mostier ». Pour certains renseignements, l'auteur déclare les tenir de Frotmont, «vieillard vénérable », et de Rernier, « qui vil encore, » et Guillaume de Saint-Pair, à propos d'un prodige, met en cause : « Dous moines de la meison — De moult grant religion — Dan Hideman et dan Fromont». De ces observations l'on i)eut concliu'e (pie c'est peu de temi)s après la mort de l'ablié Radiiiplie (|u'a été rédigée la relation qui nous occupe et, par les soins do son successeur, l'abin'' Pianulphe. Peut-être est-on endroit d'ajouter que le rédacteur a tra-

(\) lîibliolli. d'Avmnchos, ii"' 31 cl 80 : v. le litre des onze p.iiagia plies. M. l)cli^k' ;i piihlit; un \ls. fonlen.Tiil les mêmes documents, en p:ii'lieulier la de.scriptiiin de \,\ Normandie, (|iii forme le ililml de la seconde parUe du (i.uiulairc.

vaille d'après une doulde « Relation » (Rr/a//oiic\. la première se rapportant au départ des chanoines et à leur remiilacement par les moines, et qui aurait pour auteur (iathon et Osmond. et la seconde, comprenant la première série des miracles, composée par Frotmond et Bernier. Sous la plume élégante de Guillainne. conduite par un esprit affiné, une imagination brillante et un cœiu- <i enamoré « de S. Michel, récits et descriptions, tableaux et considérations revêtent un charme très prenant, c{ui tempère la sécheresse des faits par les grâces de la narration. Si nous ne nous étions imposé les limites nécessaires, nous aurions aimé à savourer les meilleures pages d<' ce poème à la fois si instructif et si séduisant, dans lequel revivent les chants tour à tour vilirantsuu nuManeoliques des bardes du vieux temps et des troubadours du Moyen âge. Mais nous devons nous borner à esquisser ce médaillon médiéval et à le suspendre dans la galerie des Maîtres près de l'illustre Robert du Mont, comme le disciple gracieux et lettré aux côtés du Maître grave et docte.

Comme récompense de son œuvre, harmonieuse et pure comme la brise marine qui se joue à travers les arceaux enchanteurs du cloître Montois, " le moine jouvencels » ne demande que « les joies du verdoyant paradis ». Du moins, dès ce monde, par la sincérité de son âme. l'aménité de son esprit et les grâces de son naïf langage, il a conquis une noble place dans notre respectueuse admiration et notre vive gratitude; et, pour notre part, nous lui disons non pas adieu, mais au revoir.

Parmi les Montois ([ui se sont acquis de la réputation dans le domaine littéraire, l'un des plus connus est Robert de Tomlielaine. ainsi appelé, peut-être, par ce qu'il aurait été à la tête du prieuré de ce nom. 11 lit profession au Mont, vers 1030, et, dans la suite, accompagné de cinq moines, il alla diriger l'abbaye de Saint-Vigor, fondée par Odon, en son diocèse de Bayeux. Ayant fait le Tombeiaine. vue ,iu s.-e.

voyage de Rome, il fut très a[ipréciê par

le pape s. Grégoire VII, qui le retint près de lui. Il revint à Saint- Yigor où l'on admet qu'il mourut vers 1090. Robert composa plusieurs ouvrages, dont on ne connaît ([ue le Conunentaire sur le Cantique des Canfiques, en deux livres. L'auteur y développe le sens moral et allégorique du texte, plus rarement le sens littéral, dans un Commentaire d'un style remarquable de précision et de facilité, et qui a été impiimé. Robert de Tombelaine composa

LA citF: des livres

.lt''tvrllio, iiiiii. lin \iti' s Bible (lu M., li <rAvrniichc^

ce travail, à la prii'i'e de son ami li> moine Anastase, venu au Mont, de Venise sa i)atrie, et il l'adressa à AulTroi, abV)é de Saint- Pierre-de-l'réaux, ainsi ((u'on le voit par le prologue. On possède encore de lui une lettre aux moines du Mont, qui relate une guérison miraculeuse, avec une allusion à l'abbé Roger, lequel eut. paraît-il, un ditTérend avec ses bénédictins.

Les religieux Montois vivaient dans une atmosphère toute imprégnée de l'arôme de la poésie la plus suave. Les charmes de la nature aux horizons infmis et les délices de l'abbaye aux profondeurs mystérieuses, étaient lui sol privilégié sur lequel les pieuses légendes s'épanouissaient avec toute leur fraîcheur. Tantôt les moines prêtaient l'oreille aux refrains que la brise, venant de la Normandie ou (le la Bretagne, leur apportait durant leur méditation sous les arceaux aériens du cloître; liuiti'it, sous le rayon de soleil qui pénétrait à Ilots par les baies si magnifiquement ajourées du scriptorium, ils écrivaient sur de blancs parcliemins des compositions inspirées par le souvenir des traditions de l'ile, de la région, ou de l'univers catholique , avec lequel ils vivaient en communion continuelle, au sein de leur retraite, qui était comme un monde en miniature. Parmi ces amis privilégiés des lettres, on compte notamment Nicolas de Belon, qui fut chaiielain de l'abbé Richard Tustin. Au nombre de ses œuvres, on commit un manuscrit daté de \'i\l, et que l'abbé Desroches place, en 18i7," chez M. d'Anizy ». Le poème comprend 228 vers, au cours desquels on remarque des tableaux de mœurs d'une sincérité parfaite. En particulier, la peinture du meunier et du boulanger en leur moulin et four à ban, aux prises avec le laboureur et les clients, est frappante de vérité. On s'arrête avec intérêt devantle porirait du boulanger et de la boulangère, ou « fornière. » — Encor va grochant, la fornière — Oui est moult orguellose et fière — Et le fornier requigne et jure — Que le for sera mal chaufé — Sa de boen pain nen mengera — Tôt cru mal atome sera. Des poèmes allégoriques provenant du Mont, il ne nous reste qu'un volume, j)etit in'isur vélin du connnencement du xv siècle, conservé à la bililiotbèque d'.Xvramhes, et qui a fait l'objet de diverses publications. Le manuscrit renferme deux recueils : le premier comprend ti-ente récils, sous le titre de Tonihcl de Charlroxo, par un écrivain qui se dit " ne cun'' ne prestre « ; le second, moins

LA CITfi DES LIVRES 173

étendu, dit Le Citant du Roussigneul. n'est ouère connu que par l'exemplaire de la bildiothèque Montoise. Le Tombel est une œuvre de mysticité religieuse et le Clianf du Rouss/gneu/, inspiré des « Philomena » de S. Bonaventuro, est une gracieuse allégorie destinée à faire aini'^r « Cil qui fist ciel et aer et la terre et la mer ». Au début du xv siècle, ces poèmes ' allégoriques faisaient les délices des moines du Mont. On se plaisait à les transcrire, et tel religieux bénédictin, Nicolas Delaunay, prieur au Mont-Dol, en 1428, en copia un exemplaire pour son usage. C'est celui-là même cjui est passé de « la librairie » du Mont à la bibliothèque d'Avranches {!).

Le théâtre, à son tour, devait placer sous les yeux du peuple les faits et gestes de Saint Michel, avec tout le relief que le drame emprunte aux éléments de la mise en scène. Sans doute, il n'y faut pas chercher les charmes d'un art absolument satisfaisant pour l'esprit non plus que pour le regard ; maïs, sous les rudiments de la poésie, du décor, des rôles et de la représentation en plein aii-. on sent vibrer la vivacité des sentiments, et palpiter les émotions de natures toutes naïves qui tentent de prendre leur essorvers un Idéal plus parfait. On ne saurait imaginer un écho jjIus fidèle des pensées, des légendes et des enthousiasmes qui remuèrent alors l'àrne delà nation. Les importants travaux d'histoire et les Ubres inspirations de la Muse poétique en ce Mont, i[ui fut une véritable académie, trouvaient leur complément dans la représentation scénique. Aux fêtes solennelles, en particulier à Noël et à Pâques, le drame liturgique lilaçait sous les regards les Mystères de la vie du Christ et des Saints, en des » pièces ■> que les Pastorales tentent de faire revivre de nos jours pour aviver la foi de nos contemporains.

L'Archange, aux divins exploits vraiment héroïques, ne pouvait manquer de devenir le sujet de quelque drame émouvant. Au xrv« siècle, un héritier de Guillaunae de Saint-Pair, en promenant ses méditations sous les arceaux du cloître, imagina de mettre à la scène, en vers de huit pieds, les Prodiges opérés par le sublime

(Il La souscription finale est ainsi conçue: « Sciiptiini in villa Dolensi per me fratrem Mcholauni Uclaunay, priorem de Monle-Uolis. An no Doiuini niillesinio quadracenlisimo vicesimo terlio. Mensc februarii ».

Lectures cari, curetis. qua-so, precari Pro scriptore Deum. salvet ut ille reura.

Il est conservé à la Bibliothèque d'Avranches, iV. I8G2. Une partie assez considérable de ces poésies a été publiée par M. l'abbé Desroches, et l'une des plus curieuses. « La mort du roi Siveyne », a été rééditée par M. Trébulieri (Caen, Poisson, 1846).

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Archange. Cette œuvre, bien (lu'iiuiiai-raite, étant la Iraiisfornialion (lu récit écrit en récit parlé et figuré, est un l'ait iniiMirlaut à relever. Dans le iireniier drame, relatif à un prodige de délivrance sur la grève, on voit paraître le mari et la femme, « sponsus et uxor sponsi ». Le second rapporte la destruction d'un dragon par la vertu lie l'Arcliange. auijuel on otïre en ex-voto un « escu » iiu liQuclier, et une « esjjée », sans tloute, les objets en luiiuze longtemiis conservés dans le trésor: on y voit ligurer les pèlerins, ^ populus », tM l'al^bé, « Mainart abbasMontis». La troisième scène montre les religieux se racontant un fait « merveilleux » surveim la nuit même, par l'organe de l'abbé de Je-nnyn, deux gardiens et deux moines, et l'abbé conclut en disant de jirier, afin de véiifier si « la chose vient de Dieu, ou d'ailleurs », ou l)ien " si le fait est fantaisie » (1 1

V partir de cette époque, S. INIichel occupa dans ré\iilution du théâtre religieux la place importante cjue lui donne la liturgie. On le rencontre dans le Mystère (le la Naiirilc de N.-S.-J.-C. dans le Mijsfèi'e du Siège d'Orle'ans , et en divers autres drames. Aussi bien, pai lui ces drames, les uns sont consacrés spécialement à la personne de S. Michi'l.qui y tient le rôle princiiial; en d'autres pièces, l'Arcliange joue un rôle secondaire, mais toujours avecl'éclat ipii lui ajipartient. Connue sa mémoire était inséparable de celle de Jeanne d'Arc, on devait retrouver 8. Michel dans les pièces relatives à la Pucelle, telles que \e Mystère du Siège d'Orlcaus, représenté en l'i^l'j. C'est sui- le souvenir rapproché de ces deux noms glorieux, si intimement unis dans notre histoire nationale, que nous terminerons ici ce qui se rappni-te à la littérature et i[ue nous passei-ons à (•ei[ui concerne la théologie et le droit.

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(I) Ce drame, ilmil on ne possède que des fragments, a été recueilli par M.r)cli^liMt publii- par M. dp l5i'aurcpairc.5ous le tilre/-es

Miracles du Mont Si-Michel. 1802.

Nous IVi'oris renianiiier que tir'ice à ce docuiiu'iil, le nom de l'abbé \la\Mard piMiiiet <le prl'•(■i^-(•^ la \('iuic des pi'leriiis irlandais avec leur e\-volo. el de placer le fait La Ceuiso. miiiinliiro dii xi.i' s. ;, ];, ,i„,iu x' s. OUau débuldu XI' S.

llilJle (lu Moiil. Iiil>l. u Avranclics.

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Selon la pensée de l'Eglise, les diverses sciences ont pnui' couronnement et clef de la voi'ite la lliéodicée, on la théologie, (lui s'occupe plus spécialement de l'étude de Dieu, de ses altriliuls et de ses opérations, et qui envisage le genre humain dans ses rapports avec la Divinité. De fait, de lnut temps et partout, les clercs et les religieux s'adonnèrent à l'élude de la théologie et des sciences ecclésiastiques qui s'y rattachent. Les moines Montois furent tldèles à suivre la tradition catholi(pie. et, avant tout, le Livre par excellence, la Bible, fut l'oljjet de leurs pieuses méditations.

De la bililiothè([ue du Mont, nous connaissons deux Bibles sur parchemin, du xm"" siècle. L'une est un in-i à deux colonnes d'écriture Une et serrée et sans ornements, dont la dernière page garde une indication sur l'état civil du volume (1). La seconde Bible, en deux tomes in-folio, bien qu'un peu gâtée par l'humidité et recouverte d'une reliure moderne, est très intéressante : éciite sur deux colonnes, elle est reliaussée de titres rouges et d'initiales ornées et historiées; chaque livre s'ouvre par une miniature sm- fond d'or, représentant des sujets de l'histoire sainte, et la Genèse, en particulier, montre une très curieuse série de médaillons, disposés verticalement en manière d'élégante enluminure. L'abbaye, entre autres manuscrits, possédait une Bible du xi"" siècle, mais celle-ci ne nous est parvenue que par desfragments, collés à l'intérieur de la couverture du Ms. n" lu.

L'une des sources de la théologie est la liturgie qui embrasse l'ensemble des paroles et des rites relatifsaux cérémonies du culte. Au sein du Catholicisme, la liturgie, s'inspirant à la fois de la plus sublime conception delà Majesté divine et des aspirations de l'âme humaine vers les symboles et les représentations sensibles, réalise le plus magnifique ensemble de cérémonies cju'il soit possible d'imaginer. D'ailleurs, cello-ci s'accommode à merveille aux temps et aux lieux. Une dans son principe et son but, elle sait varier les dehors et la pompe du culte, d'après le caractère des populations, les exigences des temps, et j'allais dire les conceptions artistiques du milieu. Les scribes apportaient d'autant plus de soin à la copie des livres liturgiques, que ceux-ci servaient à des usages plus saints. On possède plusieurs Missels manuscrits provenant du Mont, et parmi eux, nous mentionnerons un Missa/e ahbrecialujn, in-4 de la fin du

(\) u Iste est fiatris .lolianis Enete, nionachi monaslerii sancti Michaelis in periculo maris, quein iiiagisler J. Ilpllpquiii sibi dcilif, et coristilit X liljias parisicnsiuin. Vnno iJomiiii MCCGWI, clic marlis posl Iranslationcn beati lienedicli, in julio. ')

LA Crriv DES LIVRES

oftrad

xu' siècle, écrit à longues lignes, avec des majuscules ornées d'arabesques ou rehaussées de couleur, d'aucunes sans élégance (I).

D'ailleurs, au Mont, les études lleurissaient sous h's formes les plus variées. En K<21>, le sieur de Brouhé « paracheva l'inventaire des tiltres et enseignements de l'abbaye, ifu'il fit relier en veau rouge, et est un très grand travail ». De son côté, le .sous-prieur, Bernard de Requin, composa « un beau discours sur rappiirition de-S. Michel au Mont-Tombe, sur la vie de S. Aubert et sur la translation de ses reliques, travail destiné à être lu aux jours de fêtes, durant le repas des religieux >>. A son tour, D. ,Iean Huynes « a réduit le tout dans un petit livret » qui se conservait, jadis, dans la biblicilhèijuo du couvent. Un peu plus tard (UiiO), à l'occasion d'une diflicullé i)onr la garde d'un fils mineur de Gabriel Tardif, qui était

seigneur de Moidrey, le vicomte de Pontorson, en vue d'obtenir la garde noble, s'engagea à fournir, à ses frais, à la bibliothèque des moines une série d'ouvrages de patristi(iue, de théologie et d'histoire, que l'on lit venir de Paris moyennant (iiMl livres.

D'autri' jiart, la philosophie était cultivée avec soin, et, à la suite du chapitre général, tenu à Vendôme en Itiîi:}, le visiteur D. Placide Sarcus désigna D. Michel Pirou pour faire un cours de philosophie, composé de dix ou douze religieux. Trois ans après, quand le cours fut terminé, D. Pirou reçut l'ordre de se rendre à Saint-Serge d'Angers.

Au milieu du xyu-^ siècle, le Mont avait la bonne fortune de posséder l'un des maîtres les plus doctes et les plus renommés qu'il y eut alors en France, ij. .Jérôme d'IIaraucourt, d'une famille de Lorraine. Sa haute intelligence et son savoir a|)profondi, dans le vaste domaine des sciences Ihéologiques et philosophiques, tirent qu'on lui confia les chaires les plus impor-

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s, P.Tul (levant le proconsul, xiii^ s. Bible (lu Mont. — B. d'.Vvraiiches.

(1)()n s.Tit que plus laid, le savant Daniel Iliiet, qui fut ('•vè(]uc d'Avianclies (I689-'.I9), composa à la gloire de S. Micliel des (liants latins à l'occasion de ta publicalioti (l'tni Bréviaire. La beauté de ces etinnts leur a valu une place dans l'oflicc propre du diocèse de Coulaiices en l'honneur de l'Archange.

tantes de la Communauté. On le chargea d'un cours de philosophie à l'aljbaye de Redon et d'un cours de théologie à l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, en sorte ({ue l'on envoyait « les escholiers de l'une achever en l'autre. » Or, le Mont n'avait rien perdu de son antique renom littéraire et scientifique, et. pour recueillir l'héritage glorieux des siècles, les moines, réunis au chapitre général, à Vendôme, en IG'i-"), désignèrent D. .îéiôme d'Haraucourt. Le savant professeur ne négligea rien pour inculquer à ses disciples les éléments de la doctrine religieuse illuminée par les clartés des sciences qui s'y rattachent. Onze » escoliers » suivirent les cours durant trois ans et puisèrent auprès du maître, non seulement le savoir, mais ce cjui l'emporte, le goût ardent de l'élude qu'il excellait à répandre autour de lui. C'étaient les Pères D. Gélase Bidaut, Bomuald D'Anjou, Marc Foyer, Louis Vincent, Jaccjues Gaumert, Philippe de Versillé. Julien Cohu. Philibert Cliapel, Jean (luyart, Martin le Poitevin et Bernard Hamelin. A la fin des cours, ils étaient très versés n soit en la doctrine, soit en la prédication; » et les trois derniers surtout étaient « fort bons prédicateurs « et « capables d'enseigner », si bien que la Communauté fondait sur eux de sérieuses espérances jiour « honorer et servir la Religion ». Le Mont ne pouvait prétendre à garder plus longtemps cette lumière qu'on lui enviait : au chapitre général tenu à Vendôme, en lt)48, D. d'Haraucourt fut désigné pour faire un cours de théologie au célèbre monastère de Maimoutier, près de Tours.

L'abbaye Mimtoise, comme un phare lumineux, répandait autour d'elle le puv rayonnement de la science, en [larticulier sous la direction du prieur 1). Huillard, qui était un ami de l'instruction et de l'enseignement populaire en même temps que de la pureté des mœurs. 11 profila de la visite archidiaconale, iiu'il fit à l'église Saint-Pierre du Mont, en 1(345, pour porter un règlement à ce sujet : il ordonna que « Michel Sénéchal, prêtre de la dite église, enseignera doresnavant les jeunes enfants, dans la chapelle iirès le Tripot, et pourra loger en une petite chambre où y a une cheminée »; et que « Jeanne Courtineau enseignera les jeunes filles, en quelque lieu séparé, en ladite ville »; et comme traitement <■ pour chascun enfant, leur sera donné par mois, trois sols ». Son successeur, D. Charles Râteau, laissa la réputation d'un religieux « très docte dans les lettres humaines et divines, philosophie et théologie, comme aussy dans le droict canon et civil ».

Dans la suite, les cours de théologie et de philosophie conti-

LA CITlî DES LIVRES

nuèreni avec SUCCES. De 1051 à 1654, le cours de théologie fut professé par le R. P.Grégoire Bodin, et suivi par « douze ou (]uin/.e jeunes religieux de la Congrégation, qu'on avoit fait assembler en cette abbaye pour vacquer et s'emploier aux susdites estudes ». Puis, la ttiéologie fut professée par les prieurs D. D. Cliassinat et Mansel, et la philosoiiliie par D. i). Mue des Fosses et Le Maréclial (1654-67). Un cours de rhétorique fut dirigé, pendanti)iusieurs années, par D. D. Besnard, Mansel, Jean Damascène et Hinault, qui enseignèrent les moines du Mont et » les profès, envoyés de divers monastères pour cet effet ». Le renom scientifique et littéraire qui avait fait la gloire du ^lont. se prolongea à t ra vers le xvm* siècle, ainsi iiur muis l'apprennent les trop rares documents qui se rapportent à ci'tte époque, traversée par des événements peu fa voral)les au développement des études. Mais, l'un despluslieaux lleurons de la couronne

Micheline fut l'étude approfondie du droit civil et canouicpie.

De bonne, heure, la Normandie fut en possession d'écoles, dont la renommée s'étendait au loin. Kw celle (le l'abljaye du Bec. la théologie et la philosophie lleurissaient avec éclat, et celle d'Avranches avait des professeurs de droit fort remarquables. Quant au louvent Moutois, il se distinguait par la culture attentive des sciences, aussi bien que des lettres, et la jurisprudence y était en grand honneur. < tn admet généralement qu'au Bec, Lanfranc, l'introducteur en France du célèbre Gode .lustiuien, compta parmi ses élèves le docte Yves de Chartres, et surtout l'illustre S. Anselme, conmie lui originaire d'Italie. A l'instar de Lanfranc, avant de se ren.lre au Bec, Anselme fit. dil-on,un séjour comme à l'omlue du Mont-Saiut-Michel et professa un certain temps à Avranches, .\ la moil de son maître, Anselme composa un poème funèbre, dont nue partie a été reproduite par Boberl du Mont, dans sa Chroui(iue. S. .\tiselme avait soixante ans, (piaïui le roi d'Angleterre Guillaume le Boiix l'obligea,

\ . I.. .«L'UcillO

i. cliarirîer au N. 0.

pour ainsi dire, à accepter le siège primatiiil de C.aiitorbery, oi'i pour lui les épines poussèrent en aliondance sous les roses, tant il eut à soulfrir de l'arbitraire du souverain. Le maître se distingua par l'élévation de son esprit, par la profondeur et la variété de son savoir, en particulier dans le domaine des sciences philosophiques et théologiques, par la vigueur de sa logique, par la limpidité et la pureté de son langage, aussi bien que par la droiture de son caractère et par l'attachement inflexible au devoir. La dignité de son visage et la lieauté de ses traits s'envelopiiaient comme d'une auréole que lui donnait sa vie ascétitiue, dont les rigueurs excitaient les charitables reproches de la reine Mathilde,

Les leçons de maîtres tels que Lanfrane et Anselme, recueillies par des esprits tels que Robert et Richard, furent des semences précieuses pour la région, et le Mont devint comme une pépinière de travailleurs adonnés à l'étude de la jurisprudence. La « librairie » Montoise renfermait toute une série d'ouvrages de droit civil et canonique, remontant aux xu^ xni" et xiv siècles (1). Or, parmi ces

(I) Le Manuscrit 2184 est un Goiumcntairo sur les trois premiers livres du Code de Justinien. — Le ms. 2190 est un abrégé méthodique des textes les plus importants du Code et du Digeste, composé [lar Vacarius, dès le milieu du \n" siècle. — Le ms. Sa,")!; est un très bel exemplaire du \n' siècle, des (lapilulaires de Charlemagne, dont Haluze s'est servi pour préparer son excellente édition. — Ms. i'-il, Digestiim ]etus, grand in-fol du mu' siècle, à deux colonnes, avec initiales de couleur, tarhé par l'usage; à la fin. une note porte ; Iste liber est riuilleluii de liroie, clerici, abrincensis diuîcesis. Datum anno domiui M" (;CC' die \iitivitatis Domini ». — Ms. t:(8, Diriestoniiii libri .V.Y\7.V-/., in-f. du \\\' siècle, à deux colonnes, majuscules de couleur; en marge, il y a le commentaire perp<'tuel du texte ; au commencement du V.\' livre, une vignette figure des voyageurs qui demandent l'hospitalité à la porte d'un couvent, dont les moines, du haut de la vigie, paraissent n'être pas disposés à accueillir la requête sans examen ; les feuillets de garde du commencement et de la fin conservent, assez efTacées, une foule d'observations diverses.

Ms. 140, Instiluta. beau manuscrit, grand in-f. du xu[' s. à deux colonnes, initiales bleues, la première historiée : il y a quatre livres complets avec, en marge, le commentaire, de la même écriture : les trois derniers feuillets porteid des fragments de droit et un morceau sur l'art épistolaire, du xui'ou xiv° siècle. — Ms. 141, Codex el Inslitiita. petit in f. du xm' siècle, à longues lignes à deux colonnes, titres rouges et initiales peu ornées. — Ms. 142, Co(//cis libri IX priores. in-f. du xm' s. à deux colonnes, initiales de couleurs ornées : le texte est sur deux petites colonnes et le commentaire se déroule sur de grandes marges. — Ms. 14:!, Azo in Codicein, in-f. du xm' s. à deux colonnes et grandes marges. — Ms. 144, Azo in Codicis etc., in-4, fin du xm' s. à deux colonnes, écriture fine et peu d'ornements. — Ms. 145, Capitularia, in-4 du \h' siècle, à longues lignes. A la fin du volume, on lit : « Iste liber est sancli Michaelis de periculo maris quem Dominus Robertus abbas fecit fieri. Ouicumque librum istum furatus fuerit anathema sit >. : au-dessous, en écriture du xiV siècle : « .Vnno Domini MGGCLW.die Mercurii, in aurora, scilicct quarto die in tinc incnsis aprilis,

180 L.V cm:; i,E^ I,l\ UKS

inaiiuscrils, le n" 2ô'2l présente un intérèt (capital pour l'étude du Droit romain, puis lue cet exemplaire renferme les neuf premiers livres du Code de Justinien. On sait, en elTet, que jusqu'à l'invention de rimprimerie, les trois derniers étaient transcrits à part sous le titre de : « Très Libri », et que le Digeste également était d'ordinaire transcrit en parties distinctes. Ce qui donne à ce manusci-it une

mnlli nol)ilcs et iniiobiles dp e^e^cilu régis angliiL' iiitcrfecti fneninl in fulguir cl loinpcslalc et iiiaximi- miilli vidcruiit |ilii('re saiigniiiein per pluros provincias. » IJaliize, dans la préface de ses capilulaiics, parle de ee maimsciit. à la fin chKiuel il a écrit quelques mots.

Ms. MO, Isiilori Mercatoris CoUecUo Caiumiiin, in-f. delà liiiclu \r ou du début du \ii' siècle, hdeux colonnes, titres rouge et veit : au coniuieneeuienl il y a un catalogue de 110 provinces, divisées en II régions, cl la Moticc des cités des (îaules ; à la fin, on trouve le catalogue des papes, jusqu'à llonorius 11 inclusivement, ce qui indique qu'il a été rédigé entre les années Il2iet 1130. Une main dilTérente a continué le catalogue jusqu'à Alexandre III. Le scribe a partant écrit cette suite entre 1159 et 1181, époque du règne de ce dernier pape (Cf. l'ertz, 1, /l;r/u('/o, Vlll, 3S1). — Ms. Il", Yvunis Carnolensis Pannormin, in-l du xii' siècle à longues lignes litres rouges. — Ms. liS, Decretum Graliani, in-f. du Mil* siècle, très soigné, à deux colonnes, titres rouges et initiales de couleur, le |)remier titre est en lettres de fantaisie ; on y trouve un tableau des lettres grecques, avec leur valeur |Cf. Biblioth. de l'Ecole des Charles, 6' série, t. IV. p. 008). Au bas du premier feuillet est cette note : u Magistcr Thomas de Vumesnilcio posuit décréta in bibliothecam pro Vil libris solidis 1111 turonensium ; anno Domini .\n" CC" \X\o nono, die mercurii proxima post lestum beali (îregorii, ad inslanciam Ricardi l'Eschaudé. die Xlll Marcii. ■■

Ms. 149, Decrelales et varia ad JXorinanniain spectanlin, in-f. du xiii' siècle, à deux colonnes, majuscules de couleur et grandes marges, l.a colleclion de droit canon commence au folio 79. On y trouve toute une série de documents dont plusieurs se rapportent à l'histoire de l'abbaye. Au f. 2, Letlro d'un cvèquc de Tusculum à l'abbé du Mont, au sujet d'un moine, battu paj' ses confrères : Il Krater Nicolaus, l>ei gracia Tusculanus episcopus, vire vcneiabili abbati sancti Michaelis de periculo maris; •■ diverses pièces imprimées par Mailènc, 15essin ; certaines lettres dont quelques-unes relatives à na.\eux; une lettre de Guillaume IV, évèque d'Vvranches, à l'abbé Richard 1 (Cf. I). \Iartcnc, Thésaurus Anerdol. 1, 931): f. 118, des lettres à l'abbé du Mont, qui ont été publiées par 1). Marlène (Cf, Thesaur. Anecd. I, 807, SIS, 911) : f. 149, un concordat entre l'abbé et les moines (lue. cil. I, 838): f. 150, Petilio Raduliihi abbalis contra successorem suuin (loc. cit. I, S3S) : f. 150, v. Lettres de Thomas, pour l'année 1207 doc. cit. I, 861) : 3 lettres de Jean, abbé de Redon, au sujet de Raoul i /oc. cit.l, 962-901).

-Ms. 150, Décrétâtes Greguru I.\. graïui in-f. <lu mu- s.; quchpies iiièces lelalives à l'hisloire ccclésiaslique de la Normandie. — Ms. 151, Decrelales. iii-V «lu Xlll" siècle, très net, majuscules de couleur. — Ms. 152. Décrétâtes, in-f. du xiii' s, à deux colonnes, et de plusieurs mains, — Ms. 153, Se.rtus et Ctemenlina-, in-f. à deux colonnes, du xiv siècle, texte el commenlaire. — Ms. 154, Sextus et CtemeiiUno'. in-'i du xiv" siècle. — Ms. 153, Joltannis Andreie super se.rlum. ctc, in-f. du xiv s. à deux colonnes, de dilTérentes écritures, initiales de couleur. — .Ms 156, Maijislri Tancreli canonivi Bononiensis orih>judiciarliis. etc., in-f. des xiii»-' et xiv siècles, ;i deux colonnes, initiales de couleur rouge el bleue, divers fragments de droil.

LA r.lll-; DES LlVItES

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