C.ithédrale et évêché d'.Vvrauches igravureV
LE MOLbTlER
cienne chapelle de Sainte-Catherine, au rez-de-chaussée du logis. En qualité de plus ancien et « par commission ■>, D. Charles de Malleville eut la direction des religieux. De taille élevée, un peu voûté, il imposait le respect par la gravité de son maintien, la dignité do ses mœurs et sa piété, qui faisait que, dans sa cellule « il ostoit de
genoux continuellement ». Quel- <iues jours plus tard, de Barcillon, vicaire-général de rabl)é, donna la garde, d'ailleurs révocable à son gré, d'une des portes de Tabbaye, à Samson Laurent, dit Lavigne , bourgeois du Mont, avec jouissance des émoluments accoutumés. Au mois de septembre 1623, le chapitre général réuni à Saint-Faronlès-Meaux, désigna D. Malleville comme prieur ilu Mont. Dans sa vive dévotion pour la Sainte-Vierge, le prieur lit « le petit autel en la chapelle de Nostre-Dame du Circuit «, où il installa la confrérie du Rosaire.
En outre, il « lit clore le vitrail du milieu, lequel ostoit la facilité de célébrer la sainte messe au dit autel (1) ».
A l'automne de 162'i, le chapitre général de Saint-Faron nomma Cil. de Malleville prieur du collège de Cluny à Paris, et lui donna pour successeur D. Placide de Sarcus, prieur du Mont- Saint-Quentin, en Picardie, dont les rares qualités faisaient, selon l'expression d'un auteur, « la meilleure cervelle de l'ordre bénédictin ». L'année suivante, le cha-
Épée et bannière de G.-L.-L. La Moricière {IS'b},
({) Le 7 octobre 1623, Jacques de la Moricière, grand doyen de l.i cathédrale de Baycux. insliiiia iino fondalion pour l'âme de son frrre Louis de la Moricière, ancien gouverneur du Monl, ol de sa nu're, Esllier de 'l'cssier, et aussi pour son propre salul. Kllc consistait en une renie annuelle de 15 livres, payable au jour de la Madelaine, à prendre sur la terre de la Mothe de Geets, el sur la terre des
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pitre général, tenu à Saint-Pierre-de-Jumièges, maintint D. Sarcus dans la charge de prieur (i). D'ailleurs, comme aux âges précédents, l'abbaye continua à recevoir les marques de bienveillance de la part des personnages les plus qualifiés. En décembre 1627, le duc de Longueville, gouverneur de Normandie, fit défense aux chefs de gens de guerre de loger ou laisser loger aucuns soldats sur les paroisses d'Ardevon et de Beauvoir, d'y prendre des fourrages ou enlèvera aulcuns meubles, biens, bestiaux, volailles, foins, grains, pailles ny aultres choses ». C'est vers cette époque c{ue, grâce à la prudente habileté du prieur du Mont, l'abbaye de Saint-Mélaine, de Rennes, fut heureusement incorporée à la Congrégation de Saint- Maur.
En septembre 1628, D. 8arcus quitta le Mont pour devenir prieur de la Trinité de Vendôme ; il fut également visiteur de la province de France, occupa les plus hautes dignités de la Congrégation et fut choisi pour premier assistant du supérieur général. Il fut remplacé parD. Bède de Fiesque, qui avait été élevé près du frère de sa mère, M. de Saint-Ollange, abbé du couvent de Saint-Maur-sur- Loire. Après avoir édilié le monastère de Saint-Mélaine, à Rennes, il fut l'exemple de celui du Mont. Son prédécesseur avait eu, en outre, le titre d'archidiacre de l'abbaye et de la ville du Mont ; l'abbé donna cette dignité à D. Basile de Meslay (2).
Planches, paroisse de Sainl-Jean de la Héze, près d'Avranches. Les religieux devront chanter à perpétuité, le 23 juillet ou le premier jour libre, une graiid'messe de Angetis. précédée de la procession à laquelle les moines porteront (I un cierge de cire blanche », en action de grâces du recouvrement du Mont par le gouverneur ; en outre, ils célébreront une grand"mosse de defunctis. le 13 décembre, anniversaire de la mort de son père, et une autre, le lendemain de la Purification, jour où décéda sa mère : messe qui sera suivie du lAbern et de l'oraison. Eu 1622, Guillaume Chevalier, fut présenté à la cure de lioucey ; en 1623, on présenta Michel Manger à la cure de St-Brolade, et Louis Uuval à la cure de Saint-Michel de Beauvoir, vacante depuis deux ans. par le décès de Julien Le Blanc.
(1) Dans la suite, le chapitre général cessa d'être annuel pour devenir triennal ; seulement il y eut cliaque année une diète, où se réunissaient le supérieur général, ses deux assistants, et tous les visiteurs, pour constater l'état de la Congrégation : il en était ainsi en 1()47. — D. Lehoy, p. 617.
(2) Les religieux cédèrent à l'abbé !a terre de Montrouault, à la cliarge de payer à Jacques Berthoust, prieur de Boisroger et chanoine de Coutances, des sommes montant, dit-on, à 40.000 livres. .\u commencement de 1629 (6 janv.), le parlement de Rouen rendit un arrêt portant que les livres de receptes et autres mémoriaux de l'abbaye, serviraient de titres aux religieux. Par transaction du 2 novembre 1632, les moines renoncèrent à exercer le retrait des fiefs de Ballent, Mesnard et le Bourdonnay, dépendant de la seigneurie d'.Vrdevon et vendus, en 1587, à Nicolas de Verdun, pour 5. 48',) I. ; le prix du retraict avec les améliora-
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Lo chapitre génér;il iruni à la 'J'rinité de Vendôme, le 29 mai 1633, nomma I). Hède prieur de Sainl-Serge d'Anger^=;, et mil à sa place D. Michel Pirou, l'un des premiers rélormés du ]Monl, qui l'ut prieur de Saint-Corneille de Compiègne, de Saint-Fiacre en Brie, de Saint Faron do Meaux et de Saint-Sauveur de Redon. D. Pirou était à la tète de ce dernier couvent, quand on lappela au Mont, et, dans la suite, il devint visiteur de la province, prieur de Sainl-Serge et abbé de Saint-Martin de Saye. Le chapitre ayanldécidé qu'à l'avenir le prieur du Mont serait toujours archidiacre, D. Pirou prit possession de cette dignité, vacante par la démission de D. Basile de Meslay. En cette qualité, au mois de septemiire 1033, D. Pirou visita l'église et la paroisse de Notre-Dame d'Ardevon, et y arrêta « plusieurs ordonnances » pour le service divin. En ce temps, la charge de sous-prieur fut occupée par D. Maurice Poncignon, religieux dont l'aménité de caractère égalait la piété et la vertu, et qui occupa de hautes dignités dans les couvents de Saint-Augustin à Limoges, des Blancs-Manteaux, de Saint-Jean d'Angély, deSolignac, de Lehon et du Tronchet. En 1635, comme sous-prieur au Mont, on le voit « le plus soumis à l'obéissance, » donnant à tous l'édilication; et, en 1647, on l'y retrouve « chargé d'années et de travaux récents, » et quand même, « tout le premier aux exercisses communs. »
Le chapitre général, tenu le 4 octobre 1636, nomma D. Pirou visiteur de la province de Bourgogne, et élut, à sa place, D. Bernard Jevardac, né au Dorât, où son père siégeait comme juge au Consu-
tions et loyaux-cousl moule à 7. 789 1. au profit de Charles de Verdun, (|vii en conservera la propriété « inconimutablc », a charge de payer aux moines t.0.")0 1. formant une rente de .52 1. 10 s. Le curé d'Ardevon recevait annuellement du monastère fiu 1. Par accord du 17 août 1633, ils convinrent que le couvent conserverait tou.s les droits sur o les dismes grosses, menues, novelles cl anciennes ", mais payeraient en outre au curé. Louis tiarnier, ol livres de rente, le tout payable en deux annuités à Pi'uiues et à la Saint-Michel. .Ican le Chartier, curé de N.-U. d'Evrecy, diocèse de Bayeux, étant mort, on présenta René Uasselin, prêtre «gradue» (déc. 1633). Pour la cure de Saint-Plancheys, autrement de Saint- Pancrace, diocèse de Coutances, on présenta (Georges (iiroull, prèlre (août 1633).
Après la mort de (luillaunie le Chevalier, on présenta pour la cure de St-Elienne de Hacilley. M. Ccorfjes Ciroult, curé de Saintliiolade (ocl. 1634). Los moines alîernièrent pour un an à (iilbert Bertrand, au prix de 100 sols, o les pescherics ■> leur appartenant " sur les terres blanclies de Cliarrué » (1631 1. On présenta Michel (iermonl. prêtre du Maine et gradué, pourl.i cure de S.iiiit-.leandes-Chanips fjanv. 163."i); l''ran<;ois Auvray, chanoine et archidiacre d'.Xvranches, pour la cure de St- Pierre de Houcey. à la suite de la démission dotmée par (îilles des Brousses, aussi chanoine d'.Avranclies, en laveur de ce dernier i nov. 1035).
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lat. L'office d'archidiacre du ;Mont étant vacant par la démission de D. Micliel Pirou, le prieur D. Bernard Jevardac prit possession de cette dignité, le 2 mars lli-">7, en présence de D. Henri du Pont, prieur des anciens. Il se fit rendre compte du budget de la fal)ri(}ue de l'église de Saint- Pierre du Mont, s'élevant à 2(i0 1. 3 s. 10 d., et tit quelcjues ordonnances pour le service divin et la décoration du temple, ainsi que pour la règle de vie des curés, vicaires et prêtres de la paroisse.
Le lo novembre l(io7.Françoisde Péricard.évèque d'.Vvranches, vint rendre grâce à Dieu pour la victoire remportée par les Français à Leucate, en Poussilliin. Le prieur et le sous-pi'ieur descendirent le saluer en ville et montèrent avec lui à l'église. A son entrée, les moines « se mirent de genouil pour recepvoir sa bénédiction. » Le prélat célébra la messe au grand-autel, puis le prieur «< le mena à l'hostellerie où il fut traitté et cinq ou six de ses gens». Depuis un certain temps, il était ([uestiiiu d'unir à la manse conventuelle cinq offices du couvent, savoir la trésorerie, la chantrerie et sous-chantrerie, l'aumônerie et l'infinnerie. L'alïaire fut facilitée par les démissions des titulaires: Michel Pirou, trésorier : Pliilibert('.autelle, chantre ; Bède de Fiesque, sous-chantre; Nicolas Barboulin. aumônier, et Mathieu des Anges, infirmier. L'union fut prononcée le 28 avril 1639, par acte de François Le Conte, chanoine d'Avranches, vice-gérant de l'offîcial, licencié es lois et notaire aijostolique (1). Comme D. .Tevardac remplissait ses fonctions dune façon exemplaire, le chapitre général, teiui à Vendôme en 1040. le maintint dans sa charge. A l'occasion de sa visite de la paroisse d'Ardevon, il fit « plusieurs belles ordonnances à l'honneur de l'église et l'édification des fidèles ».
Cependant l'étoile de l'abbé Henri de Lorraine allait pâlir au
(1 ) La Chapelle de Saint-Aubert " du bas du Rocher '> était desservie par un prêtre désigné par l'abbaye. Jean l'cschard, de réylisc Saint-Pierre du Mont, étant décédé après un service de trois ans moins quelques mois, le prêtre Pierre Ilerpin fut cliargé de célébrer la messe pour les pèlerins et autres, dédire <' évangilles "et de II recepvoir les émoluments ■>. Le couvent acheta, pour 3.600 livres, la terre de la Bidonnière en Ardevon, de Richard le Conte, sieur du Mesnil-Terré et lieutenant-général à Avranches (avril 163!)). D. Dominique Huillard, cellerier. « pour bonnes et justes considéralions » remit « gratuitement » la garde noble du fief du Mcsnil-Adelée à Françoise Fortin, veuve de l'écuyer Bertrand de Poilvillain, dame du dit lieuffévr. 1639). Le prieur fit défense de prendre des pierres ol du sablon dans le rocher sans la permission des moines (janv. I63SI). Le couvent emprunta de M. Lezeau, à Paris, 3.1100 livres, à charge de payer 200 livres de renie, pour subvenir aux nécessités, tant pour l'entretien des religieux que pour la réfection des bâtiments du manoir d'Ardevon i nov. 1639).
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milieu de l'agitation ]inli(i({ue, créée ])ar la haulc iiolilesse sous le règne de Louis XIII. 11 avait un revenu annuel d"au moins (jualre cents mille livres, et parmi ses bénéfices on comptait l'archevêché de Reims, les abbayes de Saint-Hémi et de Saint-Xicaise en cette ville, celles de Saint-Denis, do Corbie, d'Orcamps, de Saint-Martin, de Pontoise, de Fécamp et de Moutier « en Dex ». Mais, il faut lui rendre cette justice que son trésor fut comme un réservoir d'où les libéralités se répandaient aulour de lui avec munilicence. « Osté le malheur des commendes qu'il n'avoil pas inventé, comme parle un annaliste, il a faict tout le bien possible aux abbayes qu'il a possédé, tant au spirituel qu'au temporel, ayant remis la splendeur et observance de la vertu en icelles et réparé et augmenté tous les bastiments. » En particulier, pour l'abbaye du Mont, il montra tout son zèle pour la restaurer, et « si ses agents avoient suivi ses inclinations, elle serait la mieux bastie et commode qu'aulcune du royaume. » Il aimait à dire « qu'il ne se souciait pas d'en toucher un denier de vingt ans, pourveu que les pères fussent bien accomodés. « Les réparations exécutées par ses soins gardent la croix de Lorraine. Ils constitua une manse conventuelle, partie en argent avec le revenu du couvent, et partie en fonds à l'aide de la Ijaronnie d'Ardevon et des pêcheries du Mont.
Mais, hélas ! l'abbé se trouva entraîné dans le mouvement d'opposition que les princes et les grands dirigeaient contre le cardinal de Richelieu. Dans une journée fameuse, il figura parmi les « Dupes » et les disgraciés; il s'en fut à Sedan avec le comte de Soissons et se retira en terre espagnole. On fit son procès et il fut condamné à être décapité, exécution qui so fit en effigie sur la place de Grève, le 11 septembre 16il. Ses bénéfices furent déclarés vacants et le roi donna à autrui le couvent du Mont, .^près la mort de Richelieu, Henri de Lorraine revint en France ; mais il ne réintégra pas ses bénéfices, dont il n'avait pas besoin d'ailleurs pour être puissant dans le monde et à la cour. Il vécut encore assez longtemps, et un chroniqueur, en l'année 1.547, écrivait de lui: «lise porte sain et gaillard, tenant l'aisnesse de la maison de Guyse en France et vivant toujours avec cette volonté deservir et obliger les moynes de laC.ongrégation, ce qu'il faict paroistre chascun jour dans les occasions. »
.\u premier rang dos favoris de Louis XIII, marchait Ileni'i Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq-Mars. Le lendemain de « l'exécution » de Henri de Lorraine, il s'empressa de demander l'abbaye au roi, pour son frère Jean, âgé d'environ dix-neuf ans, qui fut, en outre, prieur de Lonjumeaux, ablté do Saint-Sornin de Toulouse et des Trois-Fon-
tailles. Le roi accorda, niaiy le pape lit attendre l'envoi des bulles de confirmation. Au mois de décembre de la même année 1G41, le roi bailla l'économat de ral)i:)aye à M. François Robert, sieur de Saint- Rémi, trésorier de la gendarmerie, demeurant à Paris. On publia à son de trompes la ferme des dépendances, y compris la baronnie d'Ardevon et la terre de Montrouault, que D. Henri du Pont, grand prieur des anciens, avait obtenue en cour de Rome, « comme d'un prieuré dans l'altération desatîaires de M. de Guise ». Le bail général fut adjugé, le 34 février 1642, à Gilles Rouxel, docteur en médecine, qui signifia son acte aux religieux avec défense de s'immiscer dans ses affaires, et l'on annonça que la ferme serait baillée « par destail », à Pontorson et dans les paroisses voisines. Les moines firent valoir leurs droits particuliers sur le domaine d'Ardevon, demandant à être remboursés tout au moins de la somme d'environ 1.5.000 livres, dépensée pour la réédification des bâtiments.
Ne recevant pas de réponse de l'abbé « présomptif», ils recoururent aux voies de justice et firent opposition à la jouissance de la baronnie d'Ardevon. L'affaire n'était pas encore jugée quand le marquis de Cinq-Mars, compromis dans la conspiration politi(iue, fut décapité à Lyon, le 12 septembre 1642. Les biens furent confisqués et revinrent en partie à son frère .Jean, abbé de Saint-Sernin et des Trois-Fontaines, dont le curieux portrait est conservé chez une noble héritière de la famille, au château de Chézelles, en Touraine.
Comme il n'avait pas encore ses bulles pour le Mont, le roi disposa de l'abbaye en faveur d'un autre. En cette même année, D. Jevardac fut nommé prieur de Sainte- Croix de Bordeaux, et sa succession fut confiée à D. Dominique Huillard, prieur de Lehon-lès-Dinard, « et auparavant cellerier procureur de ce monastère ». Modèle et « enseigne » des moines par sa piété et son activité, malgré ses infirmités 1). Huillard donnait nie bransle aux actes vertueux de la religion ». Il gouverna l'abbaye plusieurs années, mourut au Mont le 2 janvier 1666 après « une longue maladie », et fut enterré « devant l'autel St-Michel, en la nef, du costé de l'évangile, tout proche le balustre, sous l'arcade. »
Église de Pontorson (façade sudi .
m LE MOI sTir.n
Au mois (l'avril Itl'io. le roi (ioiina l'abbaye à Jacques de Souvré, chevalier de l'ordre de Sainl-.leau (1). L'élu reçut, le 2\ jiun, ses bulles qui l'obligeaient, sous peine de nullité, à prendre l'engaoenient de « tenir l'alïbaye en bonne et deue réparation, de s'acquitter de toutes les charges, de n'amoindrire le nombre des moynes en icelle ny les incommoder, et leur administrer amplement les pensions accoustumées. » Il prit possession, le 19 mai suivant, par l'organed'un chanoine d'Avranchi-s et remplil loutes ses obligations. Entre l'abbé de Souvré, demeurant à Paris, « rue du Grand-Chantre, proche les Kiit'ants-Rouges, paroisse de Saint-.leaii en grève, » ft la congrégation de Saint-Maur, représentée par 1). (iatien Séguin, un concordat fut passé le 7 sepliMulir.^ I(i44, en l'abbaye do Saint-Germain-des-Prés.
Pour la réparation des liàtiments, l'abbi'' promit aux religieux 6.000 livres, réduction faite de l.OdO livres déjà reçues et des « matériaux, outils et meubles >■>, qui seront remis aux mains dos religieux pour l'entretien des édifices et « l'entretenement » de la sacristie : lalibé leurpayera annuellement l.'JOO livres pour lesquelles il leur concède, pour être uni à la manse conventuelle, la terre de Montrouault. diocèse de Dol, « exempte de toutes charges », à la réserve que l'abbé jouira du droit de confirmer les officiers de justice présentés par les religieux. Cependant, s'il survenait quelipie ruine ou démolition « par vétusté, tempête, foudre, feu du ciel, incendie, guerre, hostilité ou aultrement, » les religieux seront tenus, jusipi'à concurrence de 6.000 livi-es, et s'il faut plus grande somme, l'abbé en demeurera déchargé. Les moines auront la jouissance du logis abbatial et du jardin, en son absence, et si l'abbé envoyait un grand vicaire ou autre, ils lui rendront la maison abbatiale et non le jardin. L'abbé approuva l'union à la manse conventuelle dés oflices claustraux, « de l'aumônerie, infirmerie, trésorerie, clianterie et archidiaconat » ainsi que les concordats passi';s avec M. de Guise ; et les conclusions furent ratilii''esiiar les moines. .\ux termes d'un T'cliauge passé entre les couvents du Mont et de.lumièges, les moines Moiitois devaient jouir des revenus du ja-ieuré de Saint-Martin de Villamers, diocèse de Rennes, et ceux de Jumièges, du prieuré de Pierre-Soleil, diocèse de Bayeux. En 1644, les moines contractèrent deux emprunts, le premier de 1.000 livres faisant 50 1. de rente constituées
ili Ses arriic'S sont ; ■• il'iizur à 5 bancs (i'or. an ( licf <lc ^'iiculi^s. cliargr irunc cinix pleine d'argent »; en qualité de coiniiiaiideur, il portail la grande croix et le i liapelel.
au profit des moines île Lehoii ; le second de "2.4(11.) 1. faisani l.'iii 1. de renie, au profit des religieuses du Golninbier de Itennes ; les deux « constitutions » avaii'Ut jiour but de payer partie du prix île la terre de Rencontre.
Au chapitre l'éiiui en juin lii'i.">. !•. Huillard fut continué dans ses fonctions de prieur ; on fit de même pour D. Joacliim Le Contât, comme visiteur de la province, et pour D. (xrégoire Tarisse, comme supérieur général de la Congrégation. Dans la suite, on reçut les exemplaires imprimés des nouvelles constitutions de la Congrégation de Saint-Maur. et « chaque moyne devoit en avoir une paire en sa cellule». En 1617, on dressa une liste des prieurés et îles cures dépendant de fabljaye, et Louis XIV donna des lettres « de gardegardienne jjourle Mont.» On iit l'inventaire de l'argenterie du trésor, dont l'état a été pulîlié i)ar D. Leroy, ainsi que « des ornements et choses de réglise. » Le chapitre général, en 1648, désigna 1 >. Huillard comme prieur à Redon et mita sa place D. Charles Râteau ipii. par son aménité, gagna les bons sentimentsde l'évèqued'Avranches. D. Huillard devait, trois ans après, redevenir prieur du Mont, puis se retirer en Rretagne. De son côté, l'hislorien Thomas Leroy fut envoyé à Rennes, puis à Marmoulier, en qualité de cellerier ; le pieux érudit nous avoue que son goût prononcé pour la solitude lui lit regretter la retraite qu'il échangeait pour le tracas des « choses extérieures. » mais qu'il oiïrit à Dieu son « petit laberu' » avec son désir de suivre la volonté du ciel manifestée par ses supérieurs.
La direi-tion fut ensuite contiée à D. Placide Chassinat. que son atfaliilité lit ri;'chercher de tous. Au ch;ipitre-général, tenu à Marmoulier, il fut nommé à l'abbaye de Saint-Vincent du Mans, et remplacé par D. Augustin Moynet, qui lit preuve d'une charité inépuisable en nouiTissant plus de deux mille pauvres durant la disette de 1661. D. Moynet mourut au Mont et fat enterré dans la chapelle Saint-Pierre du Circuit, auprès du prieur (luillaume Duchesne. Puis la cliarge du prieur fut occupée par D. Arsène Mancel, ipii montra de la prudence à l'encontre des violences du capitaine-gouverneur de la Cliastière. Aux jeunes théologiens, il lit faire « leur année de récollection », et le 1" septembre 1664, il assista à la cérémonie de translation des reliques de saint Gaud, en l'église de Saint-Pair, effectuée i^ar févèque de Coutances, entouré de son chapitre et d'une assistance d'environ vingt mille personnes, solennité de laquelle D. Mancel rapporta « un ossement pour le trésor » du Mont.
Sous le prieur D. Michel (ia/on, le pape Clément IX concéda un juljilé universel à l'occasion de son élection. Le 1" dimanche de
ISi
LE MOISTIER
Médaille frappée en 1668.
mars 1668, « la coiiimunautt' en froc alla en procession à la paroisse, chantant le Vent Creator et autres prières accoustumées ; le R. S. prieur revestu en chappe avec deux chantres, la croix précédente, avec deux céroféraires revestus en aube et un tliuriléraire ». Les stations fixées pour les moines étaient « le grand-autel, la chapelle Nostre-Dame et S.-Aul)ert-Sous-TeiTe ». Le 20 septembre 1668, « il se lit un tremblement de terre environ les cinq laeures et demie du matin , du(iuel s'aperceurent plusieurs personnes icy et ailleurs ». L'année suivante, le chapitre tenu à Saint-Benoît-sur-Loire mahituit D, Gazon dans sa charge de prieur.
Nous n'oublions pas que, durant ce temps, le monastère était au pouvoir de l'alibé de Souvré. Jacques de Souvré mourut à Paris, le 22 mai 1670, et fut inliumé dans l'église du Temple, où le célèbre sculpteur Anguier lui lit un mausolée en marbre blanc. Son portrait a été gravé d'après un tableau de Mignard.
L'abbaye demeura aux mains des dignitaires de l'ordre de Malle. Le 14 août 1670, Louis XIV la remit à Etienne Texier de Hautefeuille, qui fui commandeur de Villedieu, prieur d'Aquitaine et abbé de Tiron. Jadis, à la requête des chevaliers de Malte, les réparations des bâtiments monastiques avaient été mises à la charge des religieux. Le nouvel abbé, non content d'exonérer les moines de ces dépenses, leur abandonna le logis abbatial et leur attribua les droits et dépendances des prieurés de Cancale et de Saint-Méloir des Ondes, de la baronnie de Rrion, des fiefs de Bacilly, de Bouillon, de Saint-Jean-le-Thomas et du Pré de la Haize, en se réservant la collatiun des bénéfices.
Durant l'abbatiat de Hautefeuille, nous voyons les prieurs : D. Jean Godefroy (1671), que sa santé obligea de se démettre l'année suivante, et qui se retira à Rennes» où il mourut saintement » ; D. Pierre Gherot (1672-74) qui, la ilernière année de son triennal, fut remi)lacé par D. Laurent Hunaull, leciuel occupa la charge de l)rieur jusipi'en 1678; D. Micliel Briant, que la maladie contraignit de démissionner et dont le triennal fut achevé par D. Philippe Rousseau. Viennent ensuite D. Guillaume de Rieux (1681-l(iS4), D. Pierre Perrien (1684-87), D. Joseph Aubrée (1687-90), D. Henri Formelys (1690-93), D. Jean Lorsie (1693), D. Antoine Fournel (1693-96), D. Jean Lorier (1696-99), D. Joseph Miniac de laMoinerie (1699-1702), et D. Julien Doyte (1702).
Etienne de Hautefeuille mourut à Paris le 4 mars 1703, à l'âge de 77 ans. La commende fut octroyée, le 2G mars 1708, au ])arou allemand Jean-Frédéric Karq de Bebeml)Ourg, auquel Clément XI donna ses bulles le 15 octobre suivant. Il prit possession, le 7 février 1704, par procureur et laissa l'administi-ation aux prieurs. La mémoire de l'alilié nous est surtout connue par la fonte de la belle cloche qui a survécu à la tourmente révolutionnaire ; elle mesure l^SS c. de diamètre à la base et 98 centimètres de hauteur. On y voit la date 1711, les armes de l'abbaye, de l'abbé, et les armoiries des bénédictins de Saint-Maur (1). Durant cette période, le bâton prieural passa successivement aux mains des moines: D. .Joseph Magloire (1708), D. André Le Maistre (1711). D. .Joseph Miniac 0714) pour la deuxième fois, et D. Benoît Petit (1717). L'abbé de Bel)embourg, chancelier de l'Electeur de Cologne, mourut au mois de décembre 1719, dans sa 72" année.
L'abbaye fut confiée à Charles-Maurice de Broglie, quatrième fils de Victor-Maurice, comte de lîroglie, maréchal de France, et de Marie de Lamoignon. Le privilégié du roi était honoré dos titres de docteur en théologie, chevalier de Malte dej^uis 1701, agent général du clergé de 1710 à 1720, et abbé de Beaune-lesMoines et des Vaux de Cernay. Innocent XIII le préconisa dans le consistoire du 16 juillet 1721. et, à l'assemblée généi-ale du clergé de 172;!. il fut nommé promoteur. Les rapports entre l'aJjbé et les moines ayant souffert quelque trouble, à l'occasion de la nomination aux l;)énéllces, une transaction, en 1749, remit tout au point. L'abbé céda aux religieux la nomination aux cures du Mont, de Boucey, de Servon, de Macey, de Curey, d'Ardevon, de Beauvoir, d'Huynes, d'Espas, de Genêts, de La Chapelle- Hamelin, de Saint-Michel des Loups et de Bacilly, et il se réserva les autres
nominations. L'abbé, chargé de faire réparer les prisons, reçut, à cet effet, la somme de 20.000 livres des héritiers de son prédécesseur; de leur côté, les religieux acceptèrent la tâche de conso-
Clûche dite « de hrume de Bebembourf?
abb<itial
(1) « D'azur au mol l'ax, de gueules, accompagné en chef d'une flour de lis d'or, et. eu pointe, d'un faisceau des trois clous de la croix d'argent ; le tout entouré d'une couronne d'épines posée en orle. >i
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lider et irassaiiiii- ces prisons. On sait que l'alibé île Iîim.^Ui' fut tr^s apprécié à la C-niir. où il vécut dans l'amitié de Marie Ijec/inska, et les Mémoires, puliliés par le duc de Luynes, parlent assez fré- ({uemment de son intluence.
Kn ce temps, le Mont fut, une fois de plus, témoin des luttes séculaires entre l'Angleterre et la France, mais sans y être mélt''. T^u haut des tours, les moines virent, non sans ({uelque inquiétude, la flotte anglaise menacer la côte parleur descente à Cancale, le 5 juin 1758, malgré les etïorts des Malouins, qui furent très éiirouvés. En revanche, les Montois applaudirent au succès remporté parle duc d'Aiguillon, à Saint-Cast, au mois de septemljre. X cette époque, où les annales du Mont, ainsi (jue celles des autres couvents, peid^'Ol de leur intérêt, la ilignité de prieur fut n'Uiplie par les religieux : D. .Joseph Castel (,1720;, D. Denys Benoistmont (1723). I). Guillaume Roumain (1726), D. Léon Le Chevalier (1729), D. Noël Le Goux(1733), D. Pierre Martin (1739), D. Hyacinthe de Briancourt (17i2), et D. Philippe Lebel (1745). Dans la suite, on voit D. Gautron (171Ï9), D. Charles de La Passeis, D, Gannat, D. Maurice élu en 1783 et continué en 1788 (1 1. Va\ 17."iII, les moines eurent gain de cause à l'cnconti'e des receveurs des fermes qui leur contestaient certaines franchises ; en outre, ils virent les habitants de Saint-Pair contester le droit do colombier, concédé à la terre Vauuinjsson, en Bouillon. Kn abolissant les privilèges, notamment celui des colombiers, la fameuse nuit du 4 août 1789 termina le procès pendant au parlement de Rouen.
Etienne-Charles de Loménie de Brienne, fils du comte Nicolas Louis de Brienne, était archevèf[ue de Toulouse, lors([u'il obtint du roi la commcnde du Mont, le 0 juillet 17li(i. Au mois de ilécembre ■1709, il sedémit etreçut ral)baye cistercienne de Froidmnnt. diocèse de Beauvais ; le revenu de la première valait 24.n(iii livres avec une taxe de 40t( florins en cour de Rome, et celui de la seconde 29.000 livres, avec une taxe de 133 florins. Etienne de Brienne devint, plus tard, archevêque de Sens et fut l'un des quatre prélats qui prêtèrent serment à la Constitution civile du clergé, ce qui ne l'empêcha
llj Le i juillet 1737. M. Ainmelot, seciélnirc d'Klat, écrivit à César le Blanc, cv(5qiie trAviaiichcs. pour (]uil exige des reli^'ieux, se présentant aux ordres, la signature du l-orniulaire et îles preuves d'orthodo\ie. D'après un acie du mois d'octobre 1731), l'abbaye reurerinail alors dix-sepi religieux : I). Marliri, prieur; I). Pierre Oollel, sous-prieur , D. l'r. l'irard, secrétaire ; I). I). (iabriel (iauvaiu, J.-l). Cosson, M. Oiiry, J.-H. Saichol. Hourgonnière, Alexandre (iuioii, I'"r. Autiry, Michel Ori, Augustin Costard, Aimé Suriueau, .\uguslin Kortier, Georges llcaudouiii, Edme Jean-Haptiste Petit et Antoine (iirard.
LE MOLSTIK.U 127
pas d'être aiTÙ té. Il mourut le Ki février 1794, et, le mois suivant, son frère périt sur l'échafaud (1).
Le dernier abbé comniendataire fut le cardinal Louis-Joseph de Montmorency-Laval, premier baron chrétien, prince de Saint-Empire romain, évèijue de Metz, grand-aumonier de France et commandeur de Tordre du Saint-Esprit. Pie VI, par bulles du 18 mars 1787. lui concéda ral)baye, et le titulaire en prit possession le 2 mai 1788 par le sous-prieur, D. Jacipies-Antoine Micliel Pichonnier. L'assemblée nationale ayant prescrit que les couvents déposassent l'état de leurs biens, meubles et inmieubles, le l'J février 1790, le prieur D. Maurice ]irésenta aux officiers municipaux du bailliage la déclaration exigée. C'est un cahier de 24 pages de grand papier, qui contient l'historique et la description sommaire de l'abbaye, et la nomenclature de ses possessions et revenus.
Le couvent possédait, au Mont, « troispetits jardins, défrichés sur le roc et clos de murs, qui ne produisent que de petits légumes et des fleurs pour la récréation des religieux. Hors la ville, est une cour et des bâtiments en ruine, nommés les Fenils, pour servir de décharge aux grosses provisions. On observe cfu'il y a dans la dite ville une maison appelée la Maison du Uoy, Vtàtie sur la troisième porte, comi)Osée de deux chambres avec un grenier, et au bout sont les prisons. De cette dite maison le sieur curé jouit gratuitement, à cause de la vétusté de son presbytère, qu'il ne veut pas halàter. » Les charges annuelles de la communauté s'élevaient à 12.87(1 1. 19 s. 10 d. pour décimes, portions congrues, rentes, honoraires de vicaires ou de chapelains, supplément de pension aux curés. Le revenu de la manse conventuelle et abbatiale et des prieurés, montait à 33.455 1. 18 s. 10 d.
Tout d'abord, il sembla aux moines qu'une aurore nouvelle, inaugurée par les réformes nationales, se levait pour la France. N'écoutant que leur dévouement pour la Patrie, par l'organe du prieur, ils offrirent au conseil Avranchin leur trésor, qui s'élevait à i)lus de 150 marcs d'oi'fèvrerie. Mais, en face des inquiétudes et de la tourmente qui suivirent à bref délai, ils eurent tout lieu de regretter leur otfre et en ajournèrent l'exécution, en partie. Bientôt, les lois arlntraires des 18, 19 et 20 février 17!)0. ordonnèrent la suppression des vœux et des ordres monastiques. La douleur dans l'âme et les larmes
(1) Ses armoiries sont : Ecarlelé au I et '/ d'or, à deux vaches de gueules accornêes d'azur, nu 2 et 3 d'argent au lion rempant d'or; sur le tout d'or, à l'arbre planté de sinople au.v racines chargées d'un besant d'or, qui est de Loinénie, au chef d'azur, chargé de trois losanges d'argeid.
Ià8 LE MOUSTIEU
aux yeux, les religieux furent contraints de dire adieu à cette pieuse retraite, à cette ab))atiale illustre, à ces cloîtres enchanteurs, à ce couvent dans lequel ils avaient goûté les charmes de la prière, les délices de l'étude au sein de la solitude la ])lus aérienne que l'on puisse rêver. Les vieillards gémissaient sur les dmileurs que les ennemis de la naliou réservaient à leurs cheveux iilancs, tandis que les jeunes, en s'éloignant, nourrissaient l'espoir de voir passer l'ouragan et luire des jours meilleurs (1).
Durant les dernières années, les moines, auxquels les tenanciers payaient négligemment les redevances, s'étaient vus contraints d'emprunter vingt à trente mille livres à un échevin d'Avranches, M. Joseph Henr\ , (jui leur était tout dévoué. En présence de la spoliation dont ils étaient menacés, il exprimèrent au Ijienveillant préteur le regret qu'ils avaient de ne pouvoir le rembourser présentement. « Nos biens, lui disaient-ils, vont être vendus en décret ; mais, avant peu, ils nous seront rendus, et nous nous acquitterons envers vous. Néanmoins, pour plus de sûreté, rendez -vous adjudicataire d'autant de terres que bon vous semblera et nous réglerons nos comptes ensuite. Si nous ne revenions pas, vous garderiez ces biens qui vous appartiendraient légitimement parle prêt que vous nous ave/, l'ait. >> M. Henry n'usa pas de cette l'acuité et préféra sacriliersa créance.
Le 12 octobre 1791, un ordre du district d'Avranches lit prendre le trésor. Les cloches furent descendues pour être envoyées à la Monnaie, à Rouen. On laissa seulement la grosse cloche, pour sonner au milieu des Ijrouillards et diriger les pécheurs égarés dans les grèves, ainsi i(ue le timbre de l'horloge. On ne tarda jias à enlever les blasons, de bronze ou d'étain. placés au-dessus des portes de la Bavole, du Boulevard et de Notre-Dame. Une bande de malfaiteurs, venue de la côte, livra aux llammes une grande quantité de titres, contenus dans le chartrier. Heureusement la milice d'.Vvranches vint arrêter cette combustion, inspirée par la haine, et le 21 décembre 1791, le pouvoir public fit transporter à Avranches le trésor des Manuscrits, qui constituent le fonds le plus précieux de la bibliothèque municij)ale.
Ainsi, dans la tourmente, s'éteignait le phare étincelant qui.
(I) Parmi les documents conservés aux Archives Nationales, on peut consulter ; l'Inventaire, dressé par les officiers municipaux le ."> mai 1700 accusant un revenu de 40.377 1., une bibliothèque de 4.819 v. cl 12 religieux, dont I dénient ; ainsi que les procès- verbaux d'arf.'enlerie du 27 février I7'J0, 6, 7, 15 et 22 déc. l'iM, 7 janvier et l'.i août I7«:j. il-'" 007, 012*1
LE MOLSTIER
pendant dix siècles, avait projeté ses rayons sur tout l'Occident. En cette abbaye glorieuse, dont les ombi'es sont inséparables de toute œuvre humaine, la civilisation avait trouvé un foyer puissant dans lequel les lettres, les sciences et les arts avaient réalisé une œuvre grandiose, d'une beauté incomparable. Sur cette cime angélique, le service divin et la réconfortante méditation avaient inspiré la pitié la plus tendre pour toutes les soulïrances. La phalange religieuse avait été une légion de vaillants, de penseurs, d'écrivains, d'artistes et de bienfaisants dont le Livre d'or, parmi la série pressée d'excellents ouvriers du Beau et du Bien, garde les noms de grands hommes, tels que Hildebert, Robert de Torigni, Guillaume de Saint-Pair, Pierre Le Roy et (luillaume d'Estouteville. Certes, une pareille histoire mérite bien d'exciter l'admiration et la reconnaissance de tout cœur français.
Cette histoire, après l'avoir es(iuissée dans ses lignes générales, nous avons à l'approfondir en l'étudiant sous ses divers aspects, qui en sont comme la floraison magnifique. Le Mont étant, par dessus tout, un lieu béni de pèlerinages, nous nous agenouillerons dans le Sanctuaire avant de porter notre attention sur les autres côtés de la vie religieuse.
Fcoinçon du cloître
Trifuriuni du chœur de l'nhbatiale du Mont, xv" s.
Vil. — LE SANCTUAIRE
De Iules parz liciii.sïaiU Miiit l'or la prantjoie qu'il unt.
(Le flomnn du Mont-Saml-Micliel).
aiiit Miclu'l av.-iil pris snli-iinrllcincul possession du Mont-'l'niiilic. ft le pieux évèque, orgaui,' (le L-ette li-aiisforniatiou, reposait à l'oni))i"e (lu sanctuaire. Désormais, l'ilol solitaire, entouré d'une auréole mystérieuse, va t^randir dans la vénération des jieuples et l'esplcndir de tout réiiatque i)euvent donner la dill'usion des croyances chrétiennes, le rayonneiiMiil de la cliinili', le prestige du savoii', le charme séducteur des ai'ts couronnant la culture des lettres et des sciences, au milieu de populations aux prises avecles rudes exigences d iuh' \ii' lahorieuse.
LE SANCTUAIRE i;il
« Ce serait chose impossible, dit une chronique, de faire le dénombrement de toutes les personnes de remarque qui sont venues visiter cette église, depuis sa fondation jusqu'à présent, quoi que ce soit lieu tant escarté du monde. » Rois et reines, princes et princesses, légats du pape, cardinaux, prélats et seigneurs du filus liant rang tenaient à faire leur pèlerinage au Mont. L'exemple fut donné par le roi Ghildebert III qui, pour solliciter les faveurs de l'Archange, apporta un reliquaire, orné dans la manière élégante des ouvrages d'orfèvrerie mérovingienne. La châsse, « vas formosum », contenait des reli({ues de S. Barthélémy, ([ue l'on conserva religieusement dans le trésor. De son cijté, vers 710, ou « à peu près » d'après les chroniques, le pape envoya une petite chasse de reliques, « pour l'honneur et le respect qu'il portait à ce sainct lieu. »
A son tour, suivant la ti-adilion, Charlemagne laissa plusieurs présents, et son pèlerinage est raconté dans un manuscrit provenant de la bibliothèque de Sainte-Geneviève. — « Au Mont s'en va le bon Roy de saison — A Saint-Michel faire son oraison — Et y list moult riche et grande ol)lation — Un marc d'argent offrit et un riche mangon.... Lors se devalle aval le sablon — Sonnant leurs cors de cuivre et de leton. »
Au cours du x' siècle, du temps de l'abbé Maynard, le Mont vit arriver, des profondeurs d'Irlande, un groupe de pèlerins portant des Ex-volo d'un caractère tout à fait insolite : il s'agissait d'un bouclier et d'un glaive, l'un et l'autre d'airain et de petite dimension, dont l'histoire nous a été transmise par un chroniqueur du xir' siècle, qui en recueillit les éléments, dans les traditions du monastère. On rapportait qu'un dragon monstrueux infectait les rivages hiberniens. A la suite de ferventes prières, le pontife, entouré de prêtres et de laï({ues, s'avança vers la retraite du monstre. On le trouva sans vie, ayant auprès de ses replis hideux le petit liouclier et le glaive, et l'Archange leur apprit que c'était lui qui les avait délivrés et leur recommanda de porter ces objets, comme pieux témoignages de gratitude, à son sanctuaire. Et ils s'empressèrent d'exécuter cet ordre, et, tout joyeux, parvinrent au Mont, où l'on a conservé leurs noms et la mémoire de leur séjour « avec les reliques insignes », que le pieux narrateur se réjouit d'avoir vénérées (1).
Robert de Torigni savait, à l'occasion, montrer qu'il avait sa iilace à côté des princes les plus renommés et comptait parmi les familiers
ll) Relation de Baldui, rvi'que de Dol, à la Bibl. nat. Ms. RR. fol. I."i0, publiée par I). HuïNEs, t. I, p. 137-1 16. et par M. de Beaurepaire.
du roi d'Angloterre. Henri TI ne vniiiut ])as rester en retard avec l'éininent abl)é sonanii. Kii l'aniiri' llôs, il lit un pèlerina,L,^) au Mont. « Ayant entendu la messe au L^rand aulcl, il alla, à la prière de Robert, disner au réfectoire avec luy et ses religieux. » A l'église et dans les grandes salles du couvent, Robert ne négligea rien de ce qui pouvait honorer le roi. Quoiqu'il en soit, le prince tlatté de l'accueil, donna aux religieux le ]iatronage des églises de Ponlorson, (jui fut confirmé pji réièque d'.Vvranches. En outre, le dimanche
2'-\ novembre, fête de S. Clément, le Mont reçut la visite de Louis VII, roi de France, et de Henri H. roi d'Angleterre, qui vinrent d'.\vranches, escortés de plusieurs prélats et grands seigneurs. Le clergé et les religieux allèi'ent au-devant du roi de France avec un immense concours de pen]>le. Dans la procession, outre les religieux et le clergé, on voyait figurer « deux éminents pontifes, l'un archevêque, l'autre évêque,et cinq abbés. » Les deux souverains entendirent la messe et retournèrent à Avi-anches (1).
Cette même année, saint Louis visita la Normandie au printemps de l'année 12-10. A Pontorson, le roi donna en faveur du couvent de la Luzerne une charte, datée du mois d'avril. Le désir de visiter la forteresse du Mont et la dévotion qu'il professait pour l'Archange, conduisirent le pieux roi au Mont- Saiut-Michel , « usque ad Montera Sancti Michaelis pervenit , » selon les expressions de la Chronique Normande. Le jtrince, avec sa cour, rei-ut au Mont un accueil digne de son rang et de ses méi'ites.
Philippe le Bel aimait à visiter les provinces de son royaume. En l:'.07, notamment, il parcourut la Normandie, et son itinéraire nous est conservé sur des tablettes de cire. I..e 7 mars, le roi était à Avranches, et le lendemain, il franchissait le seuil de 1 alibaye. Le
Crosse avec S. Michel, xiiC s., musée dioc. de LyoQ.
(I) Eodein anno (1138) iii feslivitatc S. Glemonlis, die doiniriira vcncruni Ludovicus rex Francorum et Heiiricus rex .\ngIoriir.i ad Moiilcm bcali arcaiigcli et cum magno tripudio tam cleri quani jiopuli ilum est rcgi Francorum obviam. De ipsa aiilem proccssione. cxccpto convciihi nionachoiuin et clericoriini et plèbe iiirmmcra fuerniit duo smniiii poiilifires uiius archiepiscopus et aller episcopus, et ([uinque albates. Aiidila niissa redierunl (reges) .\brincas.
8 mai 1311, F»hilippe le Bel visita de nouveau le Mont et 4 tit quantité de beaux et riches présents à l'église (1). «
La dévotion à saint Michel amenait une affluence considérable de pèlerins qui se succédaient chaque S3maine, surtout pendant l'été. K Nous lisons es écritures de ce Monastère, dit un chroniqueur, que souvent on a veu une si grande quantité que quelquesuns estoient estoutïez en la jjresse ; particulièrement dejiuis Pasques jusquesà la Toussaincts, on voit des pèlerins venir par bandes, marchants en rang quatre à quatre, le tambour bastand et l'enseigne desployée. u Cette attirance mystérieuse s'exerçait non seulement sur les adultes, mais encore sur les enfants, dont le souvenir a été conservé sous le nom de pastoureaux. Les pèlerinages d'enfants venaient des régions les plus éloignées de la France, et même de la Flandre et de l'Allemagne ; notamment, l'année 1333 fut signalée par la présence de troupes déjeunes j)èlerins ("2). « Une innombrable multitude de petits enfants qui se nommoient pastoureaux, veinrenten cette église de divers j^aj's
Monnaie de Philippe VI, à Teffigie de S Michel.
(I ) '( Premiôrcmeiil il fit faire quantité rl'oriicmenls piéliciix pour servir aux offices divins. Ilpiii il offrit deux espincs de la couronne de N.-S., lesquelles se volent encore aujourd'hui ricliement enchâssées dans la trésorerie delà dite église et supportées dans un vase, par un ange d'argent doré. Item il donna celle grande partie en croi.x de la vraye croix, laquelle se voit en ladite trésorerie, richement enchâssée et portée par une sainte Hélène d'argent doré. H fit une olTrande sur l'autel du S. .\rchange, de douze cents ducats d'or desquels, du depuis, peu après cecy, l'on fis faire le Saint-Michel qui est en la nef de l'église, sur l'autel du St. Sacrement (sur son autel) fait et construit aux frais et par les soings de R. S. dom Dominiipie lluillard, prieur des moines de la Congrégation de Saiut-Maur. Cet image de Sainct Michel, est parfaitement beau, ricli<' el bien fait. Il est de bois, couvert de lames de cuivre d'or pur et ducat (le mot cuivre a été rayé postérieurcmcnlV Tiré des manuscripis du Mont et des historiens de Philippe le Bel. ■> .Vjoutons que, dans la suite, le couvent et ses biens furent confirmés el mis sous la protection royale, par lettres de Philippe V, de Charles IV, de Philip[)e VI, de Jean, de (jharles V, de Charles \ H, de Louis M, et d'autres souverains,
(2) Des vers nous ont conservé la date. C'est d'abord ce chronogramme : Une M soûle, comme semble.
Trois G. trois X, trois I ensemble Le temps ([ue ces pasioureaux vindrcnt Au Mont .Saint-Michiel nous apprindrent.
Et aussi ces rimes :
En lan MCCCXYXIII -V Sainl-^Iichiel sa grant flance Fist venir au Mont grantentois De pastoreaus ^.'rant habundance En Saint-Michiel avoient fiance Qui leur a donne alégeanse.
131 LE S.WCTLAinE
lointains, les uns par bandes, les autres eu particulier. Plusieurs desquels asseuroient qu'ils avo\ent enti'udu des voix célestes (jui disoient à chacun d'eux: Va au Mont-S/ -Michel, et qu'incontinent ils avoyent obeys, poussez d'un ardent désir, et s'estoient dès aussy tost mis en chemin, laissant leurs troupeaux emmy les champs, et marchants vers ce Mont sans dire adieu à personne. » « A Mortain, un homme vouloit finement empêcher des petits enfants qu'il tenoit en pension chez soy, de venir en pèlerinage en cette église, ainsi qu'ils désiroient avec grande dévotion. ^lais dès aussy tost qu'il leur eut défendu de sortir, il devint muet et demeura immobile sans ([u'il iuiiesta aucun sentiment. » On rai:)porte ipiil fut guéri en faisant le vœu qn >< il viendroit pieds et teste nue visiter cette église du Mont. » Pour comprendre ce mouvement, au lieu de recourir aux charmes magiques des anciens, ou bien à la contagion magnétique des modernes, il convient d'y voir un de ces courants mystérieux, ayant sa source dans les puissances intimes de la nature et dans la grâce, dans les inspirations de la conscience religieuse : c'était une manifestation du souffle d'En-Haut, dont la Bible dit avec une philosophie profonde : « L'Esprit souffle où il le veut », et « la Sagesse se manifeste parfois par la bouche des enfants «.
Aussi bien, le xv« siècle fut loin de ralentir ce courant. Les
comptes royaux pour l'année 1421 contiennent la mention : « Mgr le
Régent jiour argent donné aux galopins de sa
cuisine, pour aller au Mont Saint-Michel, au teiups
de Karesme, mercredi 5 février, argent 18 sous. »
'^ij|jj|||j|l'/l L'Allemagne fournit un contingent considérable
/''f^^^V~^^Sm '^*i ces pastoureaux. En 14.")7. il vint desdits (juar-
tiers « si grande quantité d'hommes, de femmes
et d'enfants si jeunes que plusieurs n'avaient
point encore attint l'âge de neuf ans. De quoy
[ilusieurs prélats, seigneurs et autres personnes
Ampoule de pùierin, ^jg (fualité, s'esmerveillans en demandèrent la
x^' siècle.
cause à plusieurs prostrés et autres gens de qualité qui estoient parmy ces bandes, lesquels ne respondoient autre chose sinon que c'estoit la volonté de Dieu, que le désir de visiter cette église estoit venu à plusieurs d'entre eux, quelquefois si soudainement qu'ils ({uittoient toutes choses pour s'y acheminer. Et pour tesmoigner que cela estoit aggréable à Dieu, ceit qu'il se faisait es dits quartiers plusieurs miracles. « Au surplus, le mouvement prit alors une telle extension que les pèlerins avaient peine à trouver ini logement et que les inconvénients i)ortèrent cer
LE SANCTLAIRE
Coquilles en plorab.
tains théologiens à élever la voix au nom de la prudence chrétienne (1).
De leur côté, les princes aimaient à honorer l'Archange. En témoignage d'actions de grâces, Charles VI avait fait le vœu d'aller en pèlerinage au Mont. Il y vint à l'hiver de 139:^., et s'y trouvait le 18 février, ainsi que l'atteste une lettre royale. Le souverain était accompagné d'un brillant cortège de jirinces et de seigneurs, et dans les rangs, nous remarquons les ducs de Berry et d'Orléans, le connétable de Clisson, l'amiral de France, les seigneurs de Ghàtillon et d'Aumont, et « plusieurs autres du Conseil « , selon la clause finale. Le roi, pour venir en aide à la population fort éprouvée, accorda aux halntants l'exemption de la tailli' sur la fabrication et la vente des coquilles et images moulées, d'étain ou de plomb, destinées aux pèlerins, ainsi que l'exemption du droit de V2 deniers par livre, levés sur les chandelles ou cierges cjue l'on vendait pour être brûlés devant la statue de Saint Michel. Il n'est pas jusqu'aux bourgeois de Pontorson qui ne bénéficièrent de la visite du monarque : le 9 mars, il leur renouvela les franchises octroyées par le duc Henri II et par le roi Charles V.
Vers la fête de septembre, Charles VI revint en i)èlerinage, et demanda que l'on célébrât chacjue jour â son intention une messe, pour laquelle il promit une rente de 100 livres. Par acte rédigé au mois de juillet de l'année suivante, il indiqua que cette rente serait prise sur les terres de Hague ville et de 'l'rehonville, durant l'espace de trois ans, jusqu'à ce qu'ilait donné une terre de cette valeur. D'après la fondation royale, la messe C[uotidienne serait : le dimanche, selon le calendrier ; le lundi, de S. Michel ; le mardi, de S. Denys ; le mercredi, pour les morts; le jeudi, du Saint-Esprit; le vendredi, delà Croix, et le samedi, de Notre-Dame : si une fête survenant empê-
(l) Denis de Rickel, dit le Cliartreux, composa un traité qui est perdu et qui a pour titre: Epislola de carsa pueroruni ad sanctum Michaelein. En 1458, un professeur del'Université de Heidclbcrg, s'éleva, dans un traité tliéolofiique. contre la conduite de ces bandes déjeunes gens d'Outre-lîhin. (jul. malgré le froid le plus rigoureux, s'en vont, enseignes déployées, vers le Mont. « Les dangers pour la santé, les abus, au point de vue des mœurs, les délits et le mépris de l'autorité aussi bienque le dépeuplement, les risques de la servitude, et l'extorsion d'argent, » sont les raisons cju'il invoque, en ajoutant que cet entraînement est le fait d'illusions magiques ou diaboliques. Nous mentionnons ces rétlexions à titre documentaire.
chait cet ordre, on ferait « commémoraison des susdites ». En outre, le jeudi après la Saint-Micliel, chaque religieux célébrerait solonnellement la messe du Saint-Esprit. Après le décès du roi, les messes seront dites « des trépassés aux jours libres » ; le jour do sou décès, il y aura messe anniversaire et obit solennel avec la vigile et office, qui, dès lors, remplacera la messe annuelle du Saint-Esprit. Dans la suite, sa mère Marie d'Anjou et Louis XI ratifièrent cette fondation et donnèrent absolument ces terres à l'abbaye. L'impression laissée par la visite du Mont en l'âme de Charles VI fut profonde, et, suivant les expressions du chroniqueur de Saint-Denis, « le roi, qui vénérait l'archange par-dessus tous les hôtes du Ciel, voulut s'en approprier le nom. » Le 12 janvier 1390, il lui naquit une fdle, en l'hôtel de St-Paul, à Paris; c'était la cinquième, et, au baptême, célébré le lendemain, le roi voulut qu'on lui donna le nom de Michelle. On sait que cette princesse épousa Philippe le Ron et mourut à Gand, en li'?2. L'année qui vit naître Michelle, Charles VI emliellit une porte de Paris et changea le nom « d'enfer » en celui de « Porte Sl-Miehel ».
Le dauphin, depuis Charles MI, hérita de son père une vive dévotion pour l'Archange. Il se trouvait à la Rochelle à l'automne de 1421, pour s'assurer que cette ville était en état de tenir contre les Anglais, lorsqu' « il pensa estre accalilé soubs les ruynes d'une demi-lune », en particulier par une pierre « d'assez notable grosseur, qui tomba sur lui et ne luy fit aulcun mal» Dans la pensée cfu'il devait cet avantage à sa dévotion envers S. Michel, il envoya la pierre au sanctuaire de l'Archange, à titre d'ex-voto; au xvn" siècle, on la voyait encore « pendue à une chesne de fer à costé de l'autel de S. Michel, situé dans la nef de l'église, du costé de l'épitre. » Une faveur en appelle une autre ; le prince fonda une messe, à célébrer chaque année, le 11 octobre, et. à cet elTet, laissa 120 livres, dont lOn 1. assises sur la seigneurie de Saint-.Jean-le- Thomas, et 20 1. sur le moulin du Pray, au val de Beuvron (l'i23). A son tour, la Chronique du Mont nous apprend que « En l'an mil IIII' XLVII, laroine de France vint au Mont, en pèlerinage, le XX* jour de juing. » Il s'agit de Marie d'Anjou, qui fit ses dévotions du lundi 19 au 2") juin, en compagnie de la princesse Eléonore et de l)lusieurs ducs et duchesses.
Le duc François de Bretagne \isihi le sanilunire li' di'rnier jour de mai l'i.")0 : il revenait d'.\vranrhcs qu'il avait ôlé aux Anglais et replacé sous le sceptre do Charles VII, avec lequel il avait, peu auparavant, fait un traité d'alliance. Outre le désir de rendre gloire ;i 1 tiou
et à l'Archange pour la victoire, peut-être le duc éprouvait-il le besoin d'apaiser les remords d'une conscience tourmentée à la suite de la mort de son frère, ou tout au moins de se défendre contre le l:)ruit populaire qui l'accusait du meurtre de l'infortuné Gilles. Onsaitque le roman s'est plu à tirer parti de cet événement tragique et à transformer le service funèbre, célébré dans l'abbatiale pour l'âme du défunt, en une scène vengeresse. Nous n'entrerons pas dans cette voie, qui n'est point celle de l'histoire ; mais nous ne saurions omettre le récitconservé par la plume des chroniqueurs : « A la sortie de la porte de cette ville, le duc François rencontra un liomme vestu en cordelier, qui lui donna assignation de comparoir devant le trosne de Dieu, dans quarante jours, pour rendre raison de tout qu'il avait faict à son detl'unct frère Gilles (pour lequel, en ce monastère, il avait été célébré solennellement, un service) : ce qui arriva ainssy, s'estant retiré en une maison de plaisance, près Guingamp, où il fit pénitence et donna espérance de son salut, à l'heure diMa mort, arrivée au bout de la dite quarantaine. »
Pendant qu'il était " exilé de la cour de son père », le dauphin, futur Louis XI, s'estima redevable d'une faveur à Saint Michel. Devenu roi, il n'oublia pas les bienfaits reçus, et, en reconnaissance, fit une riche offrande. .\ cet égard, nous lisons dans la Chronique : « En l'an mil IlIF LXII, le roi Louys vint en Normandie et futreceu, à Rouen, le plus pompeusement de jamèset fut en plusieurs villes de la ditte duché. Et le xxvi" jour d'aoust, en dit an. fut au Mont- Sain t-Michiel, accompaignié de Mgr Charles, duc de Rerry, son frère, du prince de Navarre, filz Mgr le conte de Fouyes (il s'agit de Gaston de Foix, prince de Viane, beau-frère de Louis XI), du prince do Pymont, filz de Mgr de Calabre, du conte de BouUongne, du conte de la Marche et de plusieurs autres seigneurs. Et s'en retourna du dit Montle xxvm'' jourdu dit moysd'aoust,etalla couchier à Avrenches et donna et mis en otïrende en l'autel de Mgr Saint-Michiel, six cens escuz. I) Le 23 novembre de la même année, le prince envoya une image ou statue de l'Arcange, ■■ qu'il avoit toujours portée sursoy. »
Au mois d'août 1473, Louis XI vint prendre possession du duché d'Alençon et arriva dans la ville le 7 août. « Le lendemain, escorté de grands seigneurs, il ouït messe en l'église Notre-Dame, et après disner fut visiter le chasteau avec le parc, et, à son retour, comme il entroit du dit parc au chasteau. tomba sur luy une pierre, laquelle ne le blaissa pas, mais Iny rompit une partie de la robbe qui estoit de camelot tanné, dont il fut fort effrayé, se prosterna en terre, y fit le signe de la croix et la baisa, emporta la pierre en son logis et le
lendemain, parlil \muv aller au Mont t^aiul-^lichel, faisant jiorter avec luy la ilitte iiierre, laquelle avec la pièce de sa robbe il fil
pendre à une chaisne de fer en laditte église. On Ht enqueste du faict et fut trouvé que sur les nui rail les du chastoau t'stoit un page ayant une paillarde laquelle avoit désir de voir le roy, et comme il coiu'ut sur la dite muraille avet faict cheoir la ditte pierre avec le bas de sa robbe. Le roy fut content de cette inforniation, et le page et la paillarde n'eurent autre punition i[u"une longue jirison. »
Anne de Bretagne, la bonne duchesse et l'excellente reine, avait au cœur une dévotion sérieuse pour l'Aichange. Elle ne mani}uaitiias de la manifester, en particulirr. quand (jiieliin'un de ses familiers faisait le pieux ])èlerinage. Ainsi fut-il pour (luy XVI de Laval et sa femme Charlotte d'Aragon qui y vinrent durant les beaux joiu's de l'été. La reine leur f:t porter par son panetier l'iercelin une lettre les invitant à venir la trouver. Ils lui répondirent par une double lettre, Guy le Ki mai, et sa fennne, le 17 mai. Celle-ci pria la reine « d'avoir égard à son estai d'eslre grosse qui a esté cause de n'avoir pu faire grande diligence en mon voyage du Mont Saint- .Michel ». On n'est pas fixé sur la date précise de l'année, qui se place entre 1501 et 1505, le mariage de la [)rincesse de Tarente ayant eu lieu en 1500.
s. Michel par le l'c-nigin ( 141t)-i52-ii. Détail de VAssomptifm, Académie de Florence.
François I'"' vint en pèlerinage au Mont, avec le dauphin, son fils, au mois de mai 17)S2; vers la même époque, s'y trouvait Antoine du Pral, légat du Saint-Siège. En lôGl, les moines reçurent le roi (IharlesIX en compagnie de son frère Henri. Le 18 juin ].">7fi, fête de S. Aul)ert, ce fut le tour de « haulte, illustre et puissante dame Madame Marie de Bourbon et d'Estoutevilie ». duchesse de Bourbon. Le prieur, entouré des moines, alla au-devant d'elle « a l'heure de huit heures du matin précisément, en chappes, avec la croix, jusques à la porte de la bailliverie, et sur les neuf heures, ils receurent la dite dame et tous ses enfants, sçavoir trois fds et quatre filles, suivis de plus de trois cents personnes, partye de quoy estoit de grande qualité, .\yant assisté tous très dévotement à la grandmesse, pris leur disner au logis aljliatial et veu tout le monastère, ils sortirent de ce lieu à trois heures et demye. »
D'autre part, l'épiscopat se montra, de tout temps, plein de vénération pour l'Archange. Au mois de juin 1.178, l'évèque d'Angers fit pieusement son pèlerinage, et, le 7 octobre, Augustin Le Cirier, évèque d'Avranches, fit sa visite annuelle. Suivant la coutume, il fut reçu parles moines, « vis-à-vis de la bailliverie, avec la croix, l'eau béniste, les cierges allumez le livre aux évangiles, et chapes. » Il visita le Saint-Sacrement, les reliques, le chapitre <i oi'i il tit une exhortation » et « parfit sa visite. « Puis, « il monta es chèses du cheur et ayant ouy.la grande messe et vespres, qui se dirent ce jour-là un peu de meilleure heure pour son sujet, après (pi'il eust disné, il descendit pour voir les grands celliers. » Dans la soirée, le prélat rentra à Avranches. En Ki'Jo, nous saluons l'évèque de Rennes, Pierre Cornu Hier.
En l(!'2.j, l'abbaye accueillit une illustre visiteuse en la personne de la sœur utérine de l'abbé. M"" Marie de Bourbon, fille unique d'Henri de Bourbon, duc de Montpensier et seigneur de Champigny-sur-Yeude, et de Catherine de Joyeuse. La princesse, qui unit son existence à celle de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, pour attirer les bénédictions de l'Archange sur son hymen donna de magniticpies vêtements sacerdotaux : c'était un ornement complet « de drap d'or brocatel avec l'orfraiz en brodeiùe et un Saint- Michel sur la croix de derrière, ravissemment bien faict et Inen travaillé, » et le reste aussi de drap d'or avec « riche estotïe brodée ». Ces ornements, dont le prix s'élevait à â.'idii livres, étaient gardés avec soin en la sacristie et ne servaient qu'aux grandes fêtes.
Cependant le cardinal de Richelieu qui, suivant ses expressions, s'était donné pour mission de « réduire tous les sujets en leur
devoir et de relever le nom de la France dans les nations étrangères, au point où il devait être », avait résolu de s"emparer de la citadelle de la Rochelle, dans laquelle les Huguenots tenaient en échec son projet d'unité nationale. La citadelle du Mont, qui avait opposé aux protestants un romiiart inexpugnable, devait être associée à cette grande entreprise. Le 18jnin 1028, l'évêipie d'Avranohes vintimplorer le secours de l'Arcliange, et, à l'intention de Louis XIII, « apporta un vœu solennel inscript en lettres d"or dans un beau tableau et l'oflrit sur l'autel. « Après la prise de la l'ochelle, pour remercier le Ciel, Mgr François de Péricard revint au Mont, le premier dimanche de l'Avent, et y célébra une messe d'actions de grâces.
Le prélat avait pour coadjuteur son neveu Henri de Boyvin, évèquede Tarse, et celui-ci fit sa visite le 25 mai 'H>'-]0. Henri fut reçu «à la porte delà petite galerie sur le Sault-Gaultier », avec le cérémonial ordinaire. Après l'office, il déjeuna « à la chambre de la conférence » et, après les vêpres, soupa avec le prieur D. Bède et le curé du Mont, et coucha chez le prieur des anciens, D. du Pont. Quant au train de l'évêque, composé de plusieurs personnes et de neuf chevaux, il était descendu à la Tested'Or. Les gens, paraît-il, oubliant que les moines ne devaient que douze livres en pareil cas d'après les ordonnances, se livrèrent à des dépenses supertlues, « boivant d'autant et à la santé des moynes, à longs traits. » Le prieur en fut peiné. A la soirée, le prélat ayant dit à D. Bède qu'il .se proposait de visiter la paroisse d'.\rdevon, pour toute réponse le prieur lui répliqua « qu'il devoit prendre garde à ce qu'il feroit, que pour avoir la visite dans une simple paroisse, il y avoit crainte (pi'il ne la i)erdit dans une abbaye. » Et le chroniqueur d'ajouter : « Du depuis, il ne luyen parla ni se mit en devoir d'y faire visite ». Le lendemain, jour de la Trinité, « après avoir oui une messe basse et déjeusné », l'évêque d'.Vvranches quitta le Mont.
Le 2 juin 1031, Henri de Bourbon, prince de Condé, fit son pèlerinage escorté d'une quinzaine de cavaliers et descendit à l'hôtellerie de la Lycoi-ne, où le prieur de Bède. avec un religieux, alla le saluer. Le soir même, il « fut receu solennellement de tous les moynes, au bas de la nef où le prince s'agenouilla sur un prie-Dieu avec tapis et carreau de velours ». Ensuite, le prieur lui montra les Reliques et le conduisit dans tout le monastère, et « jusques à la porte du corps de garde ». Le lendemain, après avoir entendu la messe de son aumônier, le prince monta achevai, sans permettre que les pères le reconduisissent au-delà du corps de garde, et se dirigea vers Saint-Malo.
Ail mois do juillet 1631, ral)baye était toute rayonnante de joie intime. Le supérieur général de la Congrégation de Saint-Maur faisait son pèlerinage et sa visite. Il s"agit de D. (Irégoire Tarisse, auquel le chapitre général, tenu à Vendôme l'année précédente, avait confié la direction de l'ordre. Pleins de vénération pour « sa grande sainteté », les religieux le reçurent avec l'allégresse la plus vive. A son tour, l'évèque de Dol, « un des meilleiu-s amis » de la Congrégation, reçut des moines « tout riionneur et I)on accueil qui leur fut possible. » Quant à l'évè(iue d'Avranches, François de P(''ricard. lors de sa visite à cette époque et à l'automne de 1635. il fut accueilli « honnestement sans que le cœur fut de la partie. »
Aussi bien, « plus fait douceur que violence », dit un adage, dont tel prince de l'Eglise eut parfois le tort de méconnaître la portée. Le 5 mars 1636, on vit arriver au Mont, escorté d'une douzaine de cavaliers, Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Lyon, et, en même temiis abbé de Saint-Jouin de Marnes et chef d'environ douze ou quinze autres bénéfices « d'importance ». A la porte, on lui fit observer que lui et ses gens eussent à déposer leurs armes, selon la coutume. 11 refusa fièrement de se soumetti-e à cet usage. On lui dit que, quelque temps auparavant, M. le prince de Gondé « posa le premier son espée pour entrer » ; il répondit « qu'il estoit plus que M. le Pi'ince », et, sur le champ, il «' tira pays », sans entrer dans la ville, non plus que sa suite.
Tous les nobles visiteurs ne portaient pas « le cœur si haut », et, cette fois, l'exemple vint d'un cousin du cardinal de liichelieu, qui fit un pèlerinage au Mont, le li juillet 1638. L'abbé de Saint- Gildas des Bois, en Bretagne, — ainsi l'appelait-on, bien qu'il possédât une autre abbaye bénédictine — avait pour grand'mère, Louise du Plessis, sœur du père du grand Ministre, et lui-même était fils de Charles de Combourt, baron de Pontchàteau. Le pèlerin arriva avec une escorte d'une quinzaine de cavaliers. Au cours de ses entretiens, il fut vivement édifié par l'attitude des religieux, et résolut de doter son abbaye de Saint-Gildas d'une colonie de pères. Six ans plus tard, il fit, avec la Congrégation, un concordat « à fort adventageuse condition » pour elle, et, bientôt, un groupe de religieux rel)àtit « les lieux réguliers, lesi{uels estoient tous ruinez. »
Le siège d'.Vvranches, veuf de (Charles Vialard de Saint-Paul, échut en 1646 à Boger d'Aumont qui vint au Mont le 16 mai, et se montra d'une agréable simplicité de manières. « Il pria les moj'nes de ne luy faire aulcune réception, qui se mettoient en devoir de le
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faire, disant iiuil n'estoit ce jour-là qu'un pèlerin. » Lorsque le prélat eut fini ses dévotions, » veu et admiré tout le monastère, on le mena danslelogisal>l)atial,oii il prit seulem(^nt,avec (juelquesaumosniers, la collation, estant jeùsne ce jour-là ; il s'en retourna disner à Avranches ». Au cours de la collation, il remercia la communauté d'un bel esturgeon qu'on lui avait envoyé deux jours auparavant. De même, en Ifi'iS, Mgr Aubri. évèque de Coutances, fit ses dévotions en refusant les honneurs dus à son rang. Après la messe, il déjeuna
" dans la salle des hostes avec sesaumosniers et gentilshommes,)) et parlilencarosse pour Saint-Malo.
Les habitants des villes et des champs rivalisaient également de dévotion. Aussi bien, de tout temps, le Mont exerça sur les foules une invincible attraction. Nous aimerions à entrer dans le récit détaillé de ces solennités dont les historiens nous ont retracé la physionomie pittoresque, mais nous devons nous borner. Seulement, pour en liien présenter le caractère, nous détacherons des chroniques le tableau de (juel(pies-uns de ces pèlerinages populaires. Le 7 octobre 1034, notannnent, vint de Lisieux une compagnie formée de trois cents hommes, « tous lestes, bien accommode:^ et l'espée au costé et la liaguetle blanche à la main, en sorte de houlette. » A la porte de ville, ils ({uiltrroiit leurs armes, selon la coutume, à l'exception de trois auxquels on permit de garder leui- éiiée. .\i'rivés à Tabbaliale, « quelr[ues-uns d'entre eux, (]ui estaient d'église, chantèrent solennellement la grande messe en musique, à l'autel de S. Michel, situé dans le rond-point du chœur. »
Ce spectacle se répétait fréquemment. En particulier, le m mai Ifi'iO, on vit arriver une « compagnie de femmes bourgeoises, » de Haugé, en Anjou, au nomlire de trente-cinq. L'une d'elles, marchant en tète.w i)ortoit un guydond'nneniain et, de l'auti-e, le rli;ii)pelet ; « I)uis, « un petit enfant de dix à douze ans. leur Ijatlanl lu desmarclie sur une petite quaisse ». Elles montèrent ainsi u deux à deux en
Le Mnnt vu du cùU' d'Avranchcs.
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bon ordre, » à l'abbatiale. Le lendemain, après avoir fait leurs dévotions, elles s'en retournèrent. Près des portes de la ville, sur la grève, elles rencontrèrent une eomi)aonie de gens de pied, « bourgeois et citoyens de Baugé. » au nombre de '260, « parmi lesquels estoient les maris des dites femmes ». Les arrivants « se rangèrent en haye pour laisser passer lesdites femmes au milieu d'eux, ne leur donnant d'aultre quartier, puis montèrent avec fort bel ordre en l'église où ils firent leurs dévotions et puis s'en allèrent après leurs femmes. »
Une autre fois, le il mai Ifi'i?, à une heure après-midi, du haut des remparts, le regard distinguait, danslailireclion d'Ardevon, une compagnie dont les chauds rayons du soleil d"été avivaient l'éclat des insignes. Cinquante cinq jeunes hommes de Parce, diocèse du Mans, s'avançaient « bien couverts », sons la comluite de leur curé comme capitaine. Ils marchaient « en haye, deux à deux, avec demye-picque sur l'épaule, un rul)an de soye de diverses couleurs attaché au fer de chaque demye picque et l'espée au coslé ; au milieu estoit le tam'nour qui frappoit toujours la quesse, et à la teste estoit le sieur curé à cheval, les autres estans tous à pied, n'y ayant d'aultres chevaux, sinon trois pour porter les bardes et bagages menez par trois valets » Ils étaient porteurs d'un passe-port du gouverneur du Maine et de l'évèque diocésain, ainsi que d'une lettre de recommandation de l'abbé de Saint-Vincent, du Mans. A l'arrivée près delà porte de la ville, les soldats du corps de garde se présentèrent au devant d'eux, et « après leur avoir faict faii'ela desmarche en coquille, rendu les armes, ils montèrent dans le monastère en passant par le corps de garde du château, les soldais d'icelluy leur donnèrent passage en haye, estant enlr'eux, la mèche allumée sur le secret des arcjuebues à croq. » Les soldats les conduisirent solennellement à l'église, « tambour battant, avec unetluste d'AUemaigne et l'enseigne desployée ». Ils firent leurs dévotions et couchèrent en ville. Le lendemain, le curé célébra la messe, puis, ils « redevalèrent et s'en retournèrent avec le mesme ordre », vers les neuf heures.
L'âme delà patrie française avait toujours vibré d'une manière intense dans la cité Micheline, et les espérances et les angoisses de la nation y avaient trouvé, de tout temps, un écho fidèle. Le jour de l'Assomption 1638 fut marqué par une solennité brillante que le Mont voyait pour la première fois. La procession générale ordonnée par suite d'un vœu de Louis \III, se fit avec pompe. Le prieur-archidiacre manda aux curés et paroissiens du Mont et d'Ardevon de se