‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 18 sur 61 · îi · texte numérisé non relu

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Église abbatiale, nef romane.

Aubert. premier fondateur de ce monastère, ainsy que nous le voyons à présent, qui n'est pas une œuvre du commun (1) ». Puis, « après avoir fait son possible pour accommoder la sacristie de l'église, ayant enrichy l'église de {plusieurs vases d'or et d'argent, il fit refaire et réditierlanef de Téglise, vers le septentrion, cette partie laquelle estoit chutte sur le dortoir (à présent qui sert de salle) dès l'an 1103. Il fist bâtir une forte, belle et haulte tour sur les piliers du chceur, laquelle ne se void plus aujourd'huy, à cause que le feu du ciel la brusla en son merrain combustible et causa grande parlyede la ruyne du non combustible. »

« L'an 1138, au mois d'aoust, une multitude de mauvais garnements vinrent dans la ville de ce Mont , les guerres civiles estant pour lors en cette province de Normandie. Cette truandaille Avranchaise mit le feu dans la ville, laquelle fut en partye réduitte en

cendres de ce coup, puis après, dans ce beau monastère, lequel le bon abbé avoit avec tant de paines et de frais si gentillement raccommodé. Une chose le consola, que l'église ne fust nullement endommagée quoyque le reste du monastère fut ars. » Au temps de l'abbé Richard de la Mouche, un passage des Annales montoises rapporte qu'en l'année 11 il on vit des troupes d'hommes et de femmes faire

l'office de mameuvres afin de transporter des matériaux pour les travaux d'églises. Il est vrai que rien ne s'y rapporte directement à l'abliaye, mais ce mouvement général a du avoir son écho dans la baie Micheline. Ce qui est certain, c'est que cet abl)é M fit plusieurs augmentations, tant es bastiments du monastère (pie déj^endances d"icelluy, et orna l'église de quantité de joyaux et ornements. »

L'abbé Robert de ïorigni, l'une des gloires du Mont, s'occupa beaucoup de l'abbaye. En 1163, il « fit construire les bastiments qui sont dessus et dessoubs la chapelle Saint-Etienne

(1) L'abbé Bernard « y fil graver ces mots qu'on y lit: Caput beat! Auberti, hujus loci fundatoris. anno Dei incaroati septem cenlum illis horis et octavo, Abrincensis episcopi, forainen, siscertus. revelalione atigelica, rci bonif. ■>

Cliapelle Saint Iitioiiiie.

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qui est joignant la chapelle de N.-D. Sous-terre, du costé du midy, c'est le lieu à présent où, dit la chronique, le Père lecteur du monastère fait la leçon. » (Juant aux infirmeries, elles furent baslies en IKi'i. V.eiie année là, Robert « fit parachever le corps de logis dessus et dessoubs {fu)td(tmenlis ad summum) qui est au coing de la cour où autrefois estoit l'horloge au bout de la nef de l'église, où à présent les nioynes y traitent leurs infirmes et malades en un côté, et en l'autre joignant ceux où on faict la leçon de la théologie chacun jour aux jeunes moynes de ce Mont, qui aboutissent d'un bout à lagallerio du Sault- (laultier. » En 1186, « il lit paracliever le corps de logis, qui est entre le cloître, le chapitre cojiimenct'' el le viol durtolr. qui nous sert à présent de salle pour se promener, » logis (|ni doit être celui dit « les vieilles infirmeries » lequel était tombé. De plus, liobert « mit fin à tous les bastiments qu'il avoit fait encommencer en son monastère, comme eh celuy de la ville de Gaen. » Ce sont « les bastiments et voultes qui sont soubs le plomb du four, et qui prennent depuis les infirmeries soubs terre jusques à l'endroit d'icelluy, » ainsi ipie K deux fortes tours de pierre situées sur ledit plomb du four et vis à vis Tune de l'autre, aux deux coings du ]iignon de l'église, l'une desquelles tomba fort longtemps api'ès , l'autre mtus reste encore oi'i l'horloge a esté longuement situé; à iirésenl, ilit !>. Leroy, il est en la lanterne dessus le i Imur dei)uis peu. Dans un étage de celle qui est tombée, l'abbé Hubert avoit mis les 140 livies qu'il avoit composé sur diverses matières, lesquels, à la ruyne de ce colosse, fuient tous perdus et gastez. Peu nous en restent à présent qui sont dans la l)il)liothèijui' ilu monastère gardez bien chèrement. »

Chez l'abbé Robert, le culte des reliques allait de pair avec le goût de l'art. 11 fit i< richement enchâsser » (lltiô) deux côtes du martyr S. Agajjit, le chef du martyr S. Innocent, et le bras de S. Laurent. Un os du bras de S'« Agathe ayant été apporté de la chapelle royale de Palerme par le chancelier 'l'iiomas j'.iiui, fidliert le fit placer dans un bras d'argent doré avec une iiisi-riplion c(]iinnéiri(i:ative(ll.S'j;.

Robert Ceneau, célèbre évê<iue d'.Vvranclies. écrit au sujet de Robert de Torigni : « Ses œuvres sont illustres; il porta le couvent de quarante moines à soixante, il agrandit l'infirmerie, il restitua à l'oratoire (conditoriinn)de S. Aubert sa forme élégante, il enrichit de 620 volumes la bibliothèque rétablie à grands frais: l'église et le réfectoire virent leur toit protégé et leurs fenêtres munies de vitres: il refit avec une habileté admirable les tours ruinées ainsi que

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les citernes, les édiciiles sacrés et les chamjjres, au nomlire de sept (1) ».

Le goût élevé de Robert se manifestait en lnute circonstance. Nous savons qu'il déposa un os de S. Laurent dans un superbe reliquaire d'or et d'argent en forme de bras; mais, avant cela, il avait placé dans un reliquaire rond, doré au dedans et au deliors, le chef d'un compagnon de S. Maurice rapporté par l'abbé Suppo, de l'église de St-Benin. L'inclination que

Abbatiale, infirmerie ruinée et simljas-semenls.

Roliert nourrissait pour les lettres et les arts, se révélait en toute occasion et se fait jour dans le sceau dont il signait ses actes. Bien qu'iuqjersonnel il reflète bien le cai-actère et la correction de l'abbé aussi bien que le style du temps où il a été exécuté. Dans un cadre circulaire, il représente d'un côté l'abbé qui tient un livre de la main gauche et

bénit de la droite, et, de l'autre côté, un S. Michel en ro])e terrassant le dragon avec sa lance (2).

L'art, d'ailleurs, n'est l'esclave d'aucun procédé, et avec ses ressources infinies, il se manifeste sous les formes les plus diverses. Les profondeurs des tombeaux nous en révèlent les secrets aussi parfaitement que les monuments les plus vantés. Ceux de Piobert de Torigni et de Martin, découverts lors des travaux en 1875, ont mis au jour des fragments de vêtements, d'objets en plomb historiés, que l'on étudie avec intérêt dans le musée de l'aljbaye. Pour Robert, avec la crosse à volute en plomb, on trouva un disque de jjlomb de 12 centimètres de diamètre, orné sur un côté d'une croix, avec, au

liingue

(1) Hierarchia Neustriiv, lib. IV. — B.-N., lat. .ï201, f. I i5 v. et 146).

(2) Le sceau mutilé porto sur l'avers : Hoc esl sigiUuni Abhatis et sur le rever.s S'' \fichaeUs de periulo maris. Outre le sceau conservé sur un acte au,\ Archives de la Manche, il en existe un, détaché et scuiblalile, à la bibliothèque de Tours et qui parait provenir d'une pièce relative à Marnioutier ; ces deux Chartres publiées par M. Delisle (t. II. p. 321-327), se rapportent aux dernières années de Robert. S'il faut eu croire un dessin de M. Léchaudé (H. N. ms. I. 10.072, f. 41), dans le premier sceau le mol sigilUun serait suivi des lettres. H O ; mais cette lecture ne parait pas exacte à M. L. Delisle. — Aux archives de la Manche, un acte de 12ii5, relatif à l'abbaye de Montmorel, garde un sceau rond (de C.) m.;, dont les deux faces sont inspirées du précédent.

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centre une main bénissant et cantonnée de l'A et de Q ; et autour, on lit la légende. Pour ce qui est de Martin, avec le croceron en métal, le disciue de plomb, d'une ornementation moins soignée que le premier, offre la croix grecque, la main bénissant, ainsi que l'A et l'Q , et la légende circulaire, ainsi (juc nmis lavons vu à propos du Moustier.

Le xni« siècle, période souverainement éclatante pour l'art national, apporta au Mont de grandes ruines et des résurrections superbes. L'an 120:3, Phillippe II, à la suite de la condamnation de Jean Sans Terre, pénétra en Normandie, et Guy de Thouars, à la tète des troupes bretonnes, lui donna la main en ravageant tout le pays normand. «Entr'autres,celui-ci vinten la ville de ce Mont (close depaillis de bois seulement), y mit feu et passa les habitants, grands et petits au tilde l'épée, » et, parmi les logis incendiés, il faut sans doute placer le « couvent de Sainte-Catherine ». dont on voit um- ito.-te romane vers le haut du bourg. « Lestlamnies montèrent jus(iues à ceux de ce monastère et mirent les bastiments et choses combustibles en cendres, tant des lieux réguliers que de l'église. » A cette nouvelle, le roi fut très affligé et prit soin « d'envoyer à l'abbé Jourdain une boiino somme de deniers pour faire réparer cette

église et ce monastère. »

De fait, « Jourdain fit restaurer au mieux qu'il i)ut les dommages; mais connne tout estoit descouvert il eut beaucoup de paine d'en venir à bout, n Sans compter que les pillages des soldats empêchaient la rentrée normale <les revenus, et (pie la mort vint interrompre l'œuvre de l'abbé.

L'abbé Ranulphe (1212) continua et lit parachever le lambris etla couverture du grand réfectoire, « au plus hault endroict du corps du logis du costé du septentrion. » Il paracheva les lambris et charpentes du corps du logis « où sont les cloître, réfectoire, etc.; et les voûtes même du dessous avaient été fort endonnnagées. >> L'abbé fit tous ces travaux « avec une si grande dépense et si avantageusement ipie quelques manuscripts lefontautheur deces superbes édifices, quoyque selon la vérité nous en ayons l'obligation à

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r.ingle g-, dessin et iascrîptiou.

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