L.-Â. BOSSEBŒUF
(I) Nous avons un devoir do graliludc à remplir. Nos rcmercienioiils vont tout d'abord au vaillant clcrgt- du diocè.-^e de Coutances, et en particiilior à S. G. Mgr (iuérard, qui nous a prodigué ses encouragements les plus paternels, à son digne vicaire-général, M. Lepclit, et aux dévoués chapelains iln Mont dont l'obligeance a été exquise, et aussi aux conservateurs d'arcliives, debibli(illièi|nes, de musées et colleclions, qui ont facililé nos recherches et nos reproduclinns. An point de vue de l'illnslralion, nous devons des remerciements très vifs à M. Léon Lemonnier, de Villedieu. cjui a l'ait poin- notre travail une excellenle sériede reproductions photographiques, notamment cellesde miniatures des manusciils du Mont, conservés à Avranches, et, de plus, a dessiné parfaitement la couverture et les initiales des chapitres. Nous remercions également la maison Neurdein qui nous a gracieusement autorisé à reproduire une série de ses photographies, et nous n'oublions pas les autres personnes auxquelles nous sommes redevables de quelcpie service, non plus ([uc les excellents imprimeurs cl photograveurs qui nous ont prêté leur concours.
Le Mont vti de roiiibelaine.
Le rocher de Toml^elaine, et le Mont à l'horizon.
En la l'orest aveit un mont En un planislre, alques roûnt.
Assis est eni péril de mer.
(lioman du Mont -Saint- Michel )
emontons par la pensée aux époques les plus reculées et parcourons les phases qu'a traversées la région qui nous occupe. L'écorce du glolje terrestre, envisagée dans sa structure ]>roprement dite, est formée de roches (jui résultent soit de la consolidation de la croûte primitive et des épanchements des matières internes à travers les crevasses, soit de la réaction que les agents extérieurs exercent sur les premiers matériaux. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de la constitution et de la classilication des roches, et nous renvoyons, à cet égard, aux ouvrages spéciaux pour nous borner aux ol;)servations qui rentrent dans notre cadre.
Malgré les difficultés que présente la détermination précise de
i LE MONT
l'âge des roches, on peut les diviser en roches anciennes ou antéjurassiques, et modernes ou postcrétacées. Quant à la texture, ou association des minéraux qui les constituent, comme le minéral peut prendre l'étal cristallin nu l'état amorphe, les roches comprennent ces deux types fondamentaux. Ici, notre attention doit se porter sur la première série, qu'on peut appeler granitoïde, parce qu'elle trouve son expression la plus nette dans les granités. Or, le granits est un agrégat de cristaux enveloppés d'une pâte également cristalline, en sorte que, sans le microscope polarisant, la distinction des deux séries d'éléments est impossible. Les minéraux essentiels constituant le granité sont, indépendamment de quelques espèces accessoires, le quartz, le feldspath et le mica ; d'ordinaire le feldspath domine, puis vient le quartz, et enfin le mica. Le granité se divise en une série de variétés suivant les éléments de la pâte et le mode de cristallisation.
Dans le Cotentin, l'on rencontre le granité commun, dit de Vire, qui sert pour le pavage de Paris, le granité porphyroïde, ou de CherJiourg, et le granité gneissique, ou gneiss-granitoïde, dont une variété a re(;u le nom de granilelle. Nous pénétrons dans la baie du Mont-Saint-Michel avec le granité à mica blanc; il a été appelé également granité à deux micas, le blanc venant s'ajouter au mica noir commun, et aussi granité à étain, parce que cette roche surtout renferme des gisements stannifères. Les Allemands voient en celuici le granité proprement dit, mais certains auteurs le rangent parmi les granulites, dont la couleur dominante est le rose-chair. On nomme ainsi une roche absolument cristalline, dans laquelle les éléments, au lieu de se développer en larges plages gardant la même orientation, constituent des individus isolés et juxtaposés, dont chacun a son orientation propre. Cette roche se remarque dans les départements du centre, tels que la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne, oi!i elle forme un filon considérable. D'importants massifs se montrent en Cornonailles, et l'on connaît plusieurs gisements dans le Cotentin.
A l'un de ces derniers, sans doute, se rattachent les îlots granitiques du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine. Le granité à mica blanc se distingue en général par sa teinte claire, résultant de l'abondance du mica blanc d'argent, par son peu de cohésion provenant de ce que le quartz, au lieu de s'y trouver en plages étendues, se concentre en grains au milieu du feldspath. Ce terrain, dit primitif, fondamental ou archéen, et dont les savants s'accordent à reconnaître le caractère primordial, est remarquable par l'identité
de composition ainsi que par la constance dans l'ordre général de succession des roches primitives. Il est constitué en substance par les gneiss et les micascliites avec les diverses variétés de roches qu'ils comprennent. On sait (jue le gneiss est un agrégat à texture rubanée, formé pur le ({uartz, le feldspath el le mica : il comprend donc les éléments du granité, mais il se distingue de celui-ci par le parallélisme des lamelles de mica.
La baie du Mont-Saint-Michel, à l'instar de l'Armorique et du Cotentin, a son teri'ain primitif constitué par les gneiss, au sein desquels se mêlent les micaschites et les granités. Le gneiss de l'Armorique se divise en deux étages. L'étage inférieur, ])lus développé et plus régulier, est formé de gneiss granitoïdes, glanduleux et rubanés, qui ont été modifiés au contact des éruptions granitiques; l'étage supérieur, plus varié dans ses éléments, est un gneiss feuilleté à mica noir alternant avec d'autres roches; et l'ensemble est couronné par des schistes de difTérentes variétés. Cette série permet de saisir sur le vif, dans le groupe primitif, tout à la fois la formation des roches par cristallisation, et la diminution progressive de la richesse chimique des matériaux qui les constituent.
L'analyse de la structure de lécorce primitive atteste, dans la formation, une sorte de lutte entre l'élément interne et la sédimentation tout à la fois chimique et mécanique. Ce travail a produit maintes dislocations, qui forment les aspérités et les reliefs du globe; les roches éruptives sont disposées en massifs, nappes, ou coulées, et en fdons. Dans r.\vrancliin et le Cotentin, le granité se montre en longues bandes à peu près orientées de l'ouest à l'est, et formant des filons de plusieurs kilomètres de hu'geur au milieu des schistes camliriens. Aux environs d'Avranches, parmi les phyl-
lades ou schistes argileux primitifs, ces massifs enfoncent des filous réguliers d'un à deux mètres de puissance. La roche qui domine est le granité commun de Vire, très propre aux constructions et aux dallages. Sur le bord de la baie, ce système porte, à sa base, un schiste dur, satiné, avec de fines veines de quartz, qui paraît en couches verticales avec un alignement général de l'est à l'ouest. Les ilôts du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine appartiennent à la
llnt graniliqiie de Toiiibetaiae.
seconde pério<le éruiitive ; leur massif est formé de granulite tourmaliiiifère. d'ailleurs identique avec le granité stannifère de Cornouailles.
La surface du globe, de plus en plus exposée à l'action des éléments externes, se recouvrit des formations sédimenlaires, provenant des matières détritiques. Dans la seconde phase de Tère primaire, ou paléozoïque, à la fin de la période diluvienne aux superbes organismes marins et aux rares végétaux terrestres, la région du Cotentin et de l'Armorique parait constituée, à peu près dans ses limites actuelles, à l'état d'île. Sur les bords, à l'est, à l'ouest et aussi au sud, la mer pénétrait par quelques échancrures, où l'on retrouve des schistes et quartzites. Avec la période permocarbonifère, les essais d'organismes à vertèbres et de végétations puissantes entrent dans une phase vraiment magnifique.
Lorsque luit l'aurore de l'ère secondaire ou mésozoïque, notre région marche vers sa formation définitive. Après la période Iriasique, représentée sur les rivages du Cotentin par des dépôts de graviers, de grès et de marnes rouges, le jurassique montre dans cette contrée des couches de calcaires gréseux. La série crétacée, roche blanche, tendre et traçante, fait entrer en scène des animaux gigantesques, comme les grands dinosauriens ; aux palmiers et aux lauriers, destinés à descendre vers le sud, sont associées des essences telles que peupliers, hêtres, châtaigniers, etc., qui constitueront le fond de la tlore indigène.
A la fin de l'ère crétacée, le massif central à faillie relief qui formait l'Europe, sous le réveil de l'activité interne du globe, accentue son mouvement d'ascension, le ^uel s'accélère avec l'époque tertiaire ou néozoïque. Les hautes chaînes de montagnes soulèvent leurs épaules vers le ciel. La température se modifie et s'abaisse au nord, à mesure que les masses continentales, en s'accroissant, amènent des changements sérieux dans la flore et la faune terrestres. Peu à peu, l'Océan va se trouver ramené aux limites (ju'il devra garder d'une façon générale. La mer de la mollasse, ou mer helvélienne. envahit une partie notable de l'Europe, pénètre en France }iar la Loire, et l'un de ses bras rejoint la Manche par rille-et-Vilaine, de façon à isoler l'Armorique comme une île. Au surplus, le Cotentin et l'Armorique ofirenl certaines portions de calcaires éocènes avec des fossiles abondants et variés; et. près de Carentan et de Reigneville, on remarque quelques traces de faluns.
L'ère quaternaire, par des précipitations atuiuspliériques extraordinaires, amena sur l'Europe de grandes nappes de neige et
de glace, et un ret'roidissenient sensible qui coïiKuda avec la fin de l'âge des grands cours d'eau. Puis la temi>éralure se lit plus clémente et, avec la période des tourbières, le globe inaugura le régime actuel. L'homme, coui'onnement de l'œuvre créatrice et anneau suprême de la chaîne des organismes, fit son apparition dans un milieu où son existence trouvera tous les éléments de viajjilité et de propagation qu'il peut souhaiter, à travers le monde.
C'est assurément un spectacle superbe et grandiose entre tous que celui du globe, passant de l'état primitif, qui refuse l'organisme le plus imparfait, à l'épanouissement de la vie dans sa magnificence inlinie. Tout d'abord, il semble que la nature laisse comme à regret les énergies vitales prendre racine sur les quelques ilôts émergeant du sein des océans. Mais, bientôt, ce n'est lc mo„i an cpusck- idess. goui,i). plus la mer seule qui possède sa
flore et sa faune; les rives des lagunes ci mlinentales d'abord, puis la terre ferme qui se dégage progressivement, offrent un essor illimité à la vie animale et végétale, dont le règne se diversifie suivant les climats. Sous l'action d'énergies puissantes, les montagnes pointent vers les nues avec, comme pendant, les grandes vallées fluviales, qui d'ailleurs ne forment guère que des rides au front de notre planète. Knfin, les côtes des océans revêtent leurs formes pittoresques et la surface du globe reçoit tous les éléments destinés à assurer, entre les mains de l'homme, le progrès de la civilisation. A cet égard, les traditions, les légendes et les divers documents de la paléontologie trouvent un précieux appoint dans les découvertes des restes curieux de l'industrie paléolithique, aussi bien que dans les autres vestiges du travail humain, révélés par les cavernes où ils sont associés à des ossements, soit d'hommes, soit d'animaux.
Depuis le jour où ont été fixées, d'une façon générale, lesgrandes lignes des rivages de la mer, l'activité du glol)e ne s'est pas éteinte ; le dualisme des océans et des continents a persévéré dune façon moins éclatante, il est vrai, mais quand même féconde en modifications, au bénéfice tour à tour de la mer et de la terre. Par suite de cet antagonisme irréductible, qui est la condition même du mouvement et, partant, de la vie, il est survenu une série de changements, par abaissement ou par élévation, qui ont modifié l'aspect des côtes. Les uns se rapportent aux époques antéhistoriques, et de celles-là
secomle période éruiitive ; leur massif est formé de jrranulite ti)urmalinifére, d'ailleurs identique avec le granité stannifère de Cornouailles.
La surface du globe, de plus en itlus exposée à l'action des éléments externes, se recouvrit des formations sédimentaires, provenant des matières détritiques. Dans la seconde phase de l'ère primaire, ou paléozoïque, à la fin île la période diluvienne aux superbes organismes marins et aux rares végétaux terrestres, la région du Cotentin et de l'Armorique i)araît constituée, à peu près dans ses limites actuelles, à l'état d'île. Sur les bords, à l'est, à l'ouest et aussi au sud, la mer pénétrait pai- quelques échancrures, où l'on retrouve des schistes et quartzites. Avec la période permocarbonifère, les essais d'organismes à vertèbres et de végétations puissantes entrent dans une phase vraiment magnifique.
Lorsque luit l'aurore de l'ère secondaire ou mésozoïque, notre région marche vers sa formation détinitive. Après la période triasique, représentée sur les rivages du Cotentin par des dépôts de graviers, de grès et de marnes rouges, le jurassique montre dans cette contrée des couches de calcaires gréseux. La série crétacée, roche blanche, tendre et traçante, fait entrer en scène des animaux gigantesques, comme les grands dinosauriens; aux palmiers et aux lauriers, destinés à descendre vers le sud, sont associées des essences telles que peupliers, hêtres, châtaigniers, etc., qui constitueront le fond de la tlore indigène.
A la fin de l'ère crétacée, le massif central à faible relief qui formait l'Europe, sous le réveil de l'activité interne du globe, accentue son mouvement d'ascension, le ^uel s'accélère avec l'époque tertiaire ou néozoïque. Les hautes chaînes de montagnes soulèvent leurs épaules vers le ciel. La température se modifie et s'abaisse au nord, à mesure que les masses continentales, en s'accroissant, amènent des changements sérieux dans la flore et la faune terrestres. Peu à peu, l'Océan va se trouver ramené aux limites qu'il devra garder d'une façon générale. La mer de la mollasse, ou mer helvétienne, envahit une partie notable de l'Europe, pénètre en France par la Loire, et l'un de ses bras rejoint la Manche par l'IUe-et-Vilaine, de façon à isoler l'Armoriciue comme une île. Au surplus, le Cotentin etlArmorique ofl'rent certaines portions de calcaires éocènes avec des fossiles abondants et variés; et, près de Carentan et de Heigneville, on remarque quelques traces defaluns.
L'ère quaternaire, par des précipitations almosphériqiK's extraordinaires, amena sur l'Europe de grandes nappes de neige et
Lli MONT
Le Mont a» crépuscule idess. (ioulii).
de glace, et un retroidissement sensible qui coïncida avec la fin de l'âge des grands cours d'eau. Puis la température se fit plus clémente et, avec la période des tourbières, le gloije inaugura le régime actuel. L'homme, couronnement de l'œuvre créatrice et anneau suprême de la chaîne des organismes, fit son apparition dans un milieu où son existence trouvera tous les éléments de viabilité et de propagation qu'il peut souhaiter, à travers le monde.
C'est assurément un spectacle superbe et grandiose entre tous que celui du globe, passant de l'état primitif, qui refuse l'organisme le plus imparfait, à l'épanouissement de la vie dans sa magnificence infinie. Tout d'abord, il semble que la nature laisse comme à regret les énergies vitales prendre racine sur les quelques îlots émergeant du sein des océans. Mais, bientôt, ce n'est plus la mer seule qui possède sa tlore et sa faune; les rives des lagunes continentales d'abord, puis la terre ferme qui se dégage progressivement, offrent un essor illimité à la vie animale et végétale, dont le règne se diversifie suivant les climats. Sous l'action d'énergies puissantes, les montagnes pointent vers les nues avec, comme pendant, les grandes vallées fluviales, qui d'ailleurs ne forment guère que des rides au front de notre planète. Enfin, les côtes des océans revêtent leurs formes pittoresques et la surface du globe reçoit tous les éléments destinés à assurer, entre les mains de l'homme, le progrès de la civilisation. A cet égard, les traditions, les légendes et les divers documents de la paléontologie trouvent un précieux appoint dans les découvertes des restes curieux de l'industrie paléolithique, aussi bien que dans les autres vestiges du travail humain, révélés par les cavernes où ils sont associés à des ossements, soit d'hommes, soit d'animaux.
Depuis le jouroù ont été fixées, d'une façon générale, lesgrandes lignes des rivages de la mer, l'activité du globe ne s'est pas éteinte ; le dualisme des océans et des continents a persévéré dune façon moins éclatante, il est vrai, mais quand même féconde en modifications,-au bénéfice tour à lourde la mer et de la terre. Par suite de cet antagonisme irréductible, qui est la condition même du mouvement et, partant, de la vie, il est survenu une série de changements, par abaissement ou par élévation, qui ont modifié l'aspect des côtes. Les uns se rapportent aux époques antéhistoriques, et de celles-là
nous n'avons pas à nous occuper; les autres ont eu lieu ilurant la période protohislorique ou depuis, et notre attention doit s'arrêter quelque temps à ceux qui ont pour ol)jet le Mont-Saint-Michel et la baie au milieu de laquelle il se dresse.
De l'ait, rien ne nous oblige à croiiv que le Mont soit dans le cadre même qu'il connut à l'origine. Bien au contraire, tout nous autorise à penser que la mer ayant abandonné ce point, comme tant d'autres, le sol modifié se couvrit de l)ois entrecoupés de marécages, dont les hommes et les fauves tirent leurs rei)aires. Les observations lopographiques et les découvertes géologiques s'accordent avec les traditions et avec les documents, pour porter à admettre la situation continentale du Mont (1). Ces considérations, il est vrai, se rattachent d'une certaine façon au chapitre suivant, mais nous préférons les exposer ici, parce qu'elles complètent l'étude du Mont sous le rapport physique et géographi(iue. D'ailleurs, ce phénomène du va et vient de la mer, de son éloignementpar l'élévation du sol, et de son retour otfensif par l'abaissement des côtes, n'a rien qui puisse nous surprendre. Une fois de plus, les théories géologiques trouvent une absolue conlinualinn dans les faits observés. Ces élévations et ces
abaissements ont été signalés en maints endroits de l'Euroiie occidentale. Au sud de la jiéninsule italique, aux environs de Naples, des localités entières, avec des moimments remarquables, ont été immergées par les eaux de la Méditerranée, depuis l'ère romaine, et cette circonstance provoquait vivement la curiosité des visiteurs de Baies. En revanche, dans le nord de l'Europe, à des époques reculées, les lignes des rives Scandinaves se sont relevées en i)lusieurs points, par suite d'une émersion lente et pas uniforme.
Au p,'ic;ige dans la Baie.
Cl) On a soutenu d'ardentes polémiques pour établir ou contester I r\i-.tencc de forêts couvrant l'cmplaccinonl aciuel do la baie et se proIonj,'panl sur les rôles qui forment aujourd'liui le liva^'C. I.a foret de Qnokclanile ou de Scissy a rencontré des défenseurs et des adversaires éfialeinentconvaliiius. Parmi les aulcurs qui ont écrit sur ce sujet, nous citerons ; MM. Manel, Gcrville, l'abbé Desroches et l'nliche.
Mais ne quittons pas la France. Les côtes de FOcéan, au sud de la Gironde, accusent une submersion manifeste, tandis rju'en remontant vers le nord, on remaniue (jue la mer seml)le n'avoir pas cessé d'aller délavant depuis répocjue historique. L'érosion maritime, la formation des dunes et les alluvions fluviales peuvent bien expliquer quelques phénomènes, mais les modifications considérables ne trouvent d'autres raisons d'être que l'oscillation, qui produit ici ratïaissement, et là le soulèvement ; au surplus, l'aflaissement de certaines portions des côtes a pour caractéristique l'existence des vallées sous-marines.
Le golfe du Morbihan paraît résulter d'un enfoncement, ainsi qu'en témoigne la présence, à l'entrée du golfe, d'un îlot graniliiiue. à peine découvert par les plus basses marées, et où l'on a remarqué d'importants vestiges de l'époque préhistorique (1). La preuve )-ésulte des nombreux vestiges de l'occupation romaine, retrouvés à marée basse, aussi l)ien que des restes de forêts découverts dans les baies de Donarnenez et de la Forêt, et dans le voisinage des îles Glénan. Les côtes du Finistère, en effet, ont subi la même dépression, et, indépendamment des vestiges humains, l'anse de Sainte-Anne renferme des restes de bois, qui reposent sur une couche de terre noire, recouvrant de l'argile grise. Le même phénomène a été constaté sur les côtes de la Manche, au nord de Lesneven, sur la plage de Morlaix et en plusieurs autres points du littoral breton. Des affaissements ont été observés au débouché de la i-ivière de Portrieux ot. j)lus récemment, à l'ouest de l'anse de Saint-Brieuc.
La presqu'île du Cotentin, devenue le département de la Manche, n'est pas restée étrangère à ces affaissements. Les sondages ont permis de constater que la mer a creusé la côte et reculé la ligne du rivage Normand. Cette oscillation de la côte septentrionale, se manifestant par une dépression sensible sur les rivages de Bretagne et de "Normandie, ne pouvait manquer de faire sentir ses effets sur la baie, limitée par ce même littoral. De la pointe de Cancale iGiJtes-du-Nord) à la pointe de Carolle (Manche), se dessine une ligne d'affaissement qui résulte de phénomènes identiques à ceux que nous venons de signaler. Sur la route du grand courant qui vient de l'ouest, la côte du Cotentin se présente conmie un gigantesque brise-lames que la mer, surtout par les gros temps et les fortes marées, sape à l'instar d'un irrésistible bélier, aux coups duquel aucun rivage ne saurait
(I) E. Desjardins. Géographie de la Gaule romaine. Paris, Ilachetle. 1S7S, f. I. p. 299-305. — De Lapparent, Traité de Géologie, 1885, passini.
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Au pâturage dans l.i b.iie Monloise.
résister, si cuirassé de roches qu'il puisse être. Brusquement refoulé, le tlot revient en remous vers Saiut-Malo et Saint-l'.rieuc. non sans s'attaquer aux inves de la l)aie du Monl-Saiut-Miihei.
Aux premiers temps de l'ère historique, la découpure, qui forme actuellement la haie du Mont, présentait un aspect hien différent. T'u cordciii de littoral partait de ce ipii est présentement la jioiute du
Groin et allait rejoindre vers nord-est la cote du Cotentin. constituant un rempart contre lequel venait se briser le flot des marées ordinaires, (jiâce à cette protection le sol , duquel émergeaient les pointes irranitiques du Mont- Tombe et de Tombelaine, devint progressivement habitable. La lagune devait présenter, à un moment dunné, quelque chose de l'aspect des Pays-Bas, qui formaient anciennement de grands marécages, coupés par des forêts et visités par les hautes marées. L'état des environs du Mont-Dol. à une époque assez rapprochée de nous, peut donner une idée do ce qu'était alors la région (pii nous occupe. Durant des siècles, l'homme se créa des habitations au milieu dos solitudes boisées de ce coin île terre, qui se lattachail tout à la fois à la Bretagne et à la Normandie. Indépendamment des visites de la mer, les rivières, la Sée, la Sélune et le Couesnon, sans parler des autres petits cours d'eau, promenaient à travers les lagunes et sous le dôme ombreux des bois leurs ondes, tour à tour somnolentes ou emportées suivant les saisons. A leur tour, les premiers ermites chrétiens trouvèrent là des retraites favorables à leur goût pour la vie contemplative.
Par suite d'un travail IimiI ou d'une osi-illati(ni subite, non sans quelque analogie avec les secousses sismiques et le raz de mer de Saint-Pierre et de Messine en ces derniers temps, le cordon du littoral s'affaissa dans celte partie de la côte, ainsi cpie nous l'avons constaté en plusieurs autres endinits. La mer trouva une porte toute ouverte pour envahir ce sol dont elle i^rit une possession réelle. Par une marche progressive, idle renversa les obstacles, rasa les rochers.
bouleversa les forêts et les habitations, et contraignit les indigènes à chercher un asile sur la côte, à moins que ce ne fut sur les deux rochers qu'elle transformait en îlots. Le souvenir de cette invasion progressive semble avoir persévéré dans lappellation de Tombelaine, qui paraît formée de tombe, ou élévation, et de lenn. marais.
D'abord large de quelques kilomètres, la trouée s'élargit encore par la submersion continue de nouvelles parties du littoral. La charge foudroyante des marées extraordinaires fut l'un des facteurs les plus efficaces de l'invasion. L'on est d'ailleurs en mesure de jalonner les étapes successives de ces envahissements, en faisant appel tout à la fois aux données de la géographie et de l'histoire locales. Les marées des armées 'M et 603 se signalèrent notamment par la violence de leurs intrusions, si bien que le havre montrait une échancrure pleine de menaces pour l'avenir. On peut admettre que la portion médiane des lagunes et de la forêt avait disparu sous les eaux. La partie inférieure des côtes devait conserver une lisière boisée d'environunedemi-lieue,(iuifutsubmergéeàsontour, en particulier par la catastrophe de l'année 709. N'est-ce pas en mémoire de cet événementextraoï'dinaii'e, plus que jiar allusion au flux et reflux, que la tradition populaire a imaginé l'expression de «Saint-Michel au péril de la mer » ? Ouoi qu'il en soit, le souvenir de l'état ancien a été conservé par les chroniques du Mont, auxquelles nous recourrons souvent, et l'écho fidèle nous en a été transmis par un moine du xiii« siècle, Guillaume de Saint-Pair, dans son curieux poème Le Roman du Mont-Sninl-Michel {\). La voie antique dont le poète indique le tracé d'.Vvranches àAlet, ou Saint-Servan, suffit à prouver que la baie était une terre ferme habitée. D'autre part, le caractère originairement boisé ressort des vestiges de forêt qui persistent sur le littoral et sur la pente septentrionale du Mont, aussi bien que des restes de bois de futaie qui ont été retrouvés dans les tangues à plusieurs reprises. Le travail de submersion fut accru, ou du moins consolidé, par les marées desannées 817 et 860. A partir du xu*" siècle, les chroniques ont conservé la mention des marées des années
(1 ) Voici le tableau que le bénrdiclin nous a laissé de cette forêt primitive et de ses hôtes :
Desou/. .\vrcnches vers Bretaigiie — Qui loz tens fut terre grifaine, — Eirst la forêt de Qnokelande. — Don grant parole eirt par le munde. — Ceu qui or est meire areine — En icel tens eirt foresf pleine — De ineinte riche veneison — Mes ors il noet li poisson — Dune pcust l'en très bien aler — Ni estent jà crendre nieir — D'Vvrenches dreit à l'oelet - A cité de Ridalet.
ll;il. 1224, 1340 et 1360. La dernière détruisit les villages de Bourgneuf et de la Paluelle, et, lors du cyclone de 173"). nn [Mit observer les vestiges de la localité de Bourgneuf.
Afin d>^ grouper tout ce qui concerne le côté physique du Mont, nous franchissons les siècles, pour arriver à l'époque contemporaine. La baie montre un des spectacles les plus cui'ieux (jui s'observent sur le littoral. Quand le flot s'arrête en murmurant, à l'horizon, à la distance de deux lieues et demie, on vciil s'étendre autour de soi une vaste superficie d'environ 250 kilomètres carrés de sable grisâtre, qui ressemble à de la cendre himiide. Puis, la mer montante recouvre ce désert avec une étonnante l'apidité, et, en quelques heures, prête à la baie une physionomie vivante. .\ marée basse, l'on découvre mieux les cours d'eau qui apportent leur tribut à la baie, et qui se nomment la Sée, la Sélune et le Couesnon. Le regard, au milieu des etïets de lumière infiniment variés, se repose avec complaisance sur la nappe grise formée par la tangue résultant de l'action érosive de la mer. La tangue est surtout constituée de menus débris de quartz, de mica et de feldspath, provenant de la destruction des terrains schisteux et granitiques du littoral. Il y a la tangue vive, formée des parties les plus grossières qui sont d'ordinaire précipitées sur les fonds recouverts d'une épaisse nappe d'eau, et la tangue grasse, limon plus fin, qui s.e dépose sur les parties iilus élevées de la grève qu'il contribue à exhausser, et foin-nit un précieux appoint pour la cultui'e (1).
Au surplus, 1 état de la baie est la résultante d'ime série d'emprises et de reprises, tour à tour au profil de la mer rt du continent. Sollicité par les tangues du fond de la baie, couvei-tes seulement aux grandes marées, l'homme a tenté d'en tirer parti, en particulier en 1024, où le marais de Dol fut octroyé à certains seigneurs, et, en 1009, oi'i deux Hollandais proposèrent, mais en vain, de construire une digue de Carolle à Château-Bicheux. Cependant, en 18ô(i, la compagnie des Polders de l'Ouest obtint de l'Etal une concession de 2.800 hectares de ces grèves, à la charge de rectifier le Couesnon, de Moidrey au Mont, sans d'ailleurs aboutir au dévelopiuMnent de la navigation. A son tour, le désir de faciliter les counnuiiicalinns a donné naissance à la digue, ou levée insubmersibh' ; mais ce n'est
Cl) Le chimistn Isidorp Pierro dans son analyse delà tangue do Moidrey, a trouvé : .\zole. I.l Acide jiliospliorique, i;).S — Potasse, 10 — Matières organiques, 2i) à 40. Pour l'aiiicndenietit des terres à l)lé, ce (|iii manque du coté des matières or;.'ani(]ues est sui)pléé par l'aliondance de l'acide pliosi)liori(}ue et des sels alcalins ou alcalins-terreux.
pas sans altérei" le charme pittoresque et sans nuire au caractère particulier, qui rend le Mont célèbre dans le monde entier.
Que nous réserve l'avenir au point de vue de l'aspect phj'sique de la l)aie ? Nous voulons espérer que devant les protestations de l'opinion publique, les Polders voudront s'arrêter à temps, et que nous ne verrons pas le Mont perdre sa situation insulaire, sa physionomie vraiment enchanteresse, qui laisse chez tous les visiteurs des souvenirs si délicieux. De leur côté, les pouvoirs pul)]ics et le Comité des monuments historiques tiendront à sauvegarder, à rencontre des intérêts particuliers, les légitimes exigences et les droits supérieurs de l'Art, de l'Histoire et de ce qui constitue le meilleur patrimoine de la France.
Pêcheur Montois.
Retour de la ptVhe îles cotiues dans la Bnie.
Que au Moril Saint Miiliiel apelc Ni avnit au le! ne capele Del lluet del mer montant ert clos.
(Le Roman île. finit, par U. WitE.)
e Ihéàlre sur leiinel va se dérouler le grand drame national que nous avons entrepris do redii-e, est esquissé dans ses ori^dnes et ses grandes lignes. .\ vaut d'y iidroduireles personnages, nous devons, suivant les traditions de la scène antique, débuter par !e lirologue dans lequel nous verrons paraître les précurseurs. Ce n'est plus l'ère de forniation. mais ce n'est ]ias encore la période liist(jtii|ue avec les créali'iirs des grandes œuvres que nous aurons à étudier. C'est, pour ainsi dire, l'avaiil scène ou, pour rester dans la note religieuse «pii convient à cette élude, c'est le jiortique du temple.
Ce coin de terre était l>ien fait pour répondre au goût particulier des premiers haliitants dont la chasse et la pèche étaient les occupations préférées. Au milieu des plaines marécageuses formées par l'invasion des courants d'eau salée et par le séjour des eaux douces amenées par les rivières, les rochers du Mont-Dol, du Mont Tombe et de Tombelaine furent tout naturellement les cimes sur lesquelles les hommes de l'époque protobistorique se retirèrent à certaines heures, du moins pour satisfaire leurs inclinations intimes vers le culte des morts aussi bien (jue de la Divinité. Le Mont-Dol conserve dans son appellation brève le souvenir de sa destination primitive ; Dol, qui signifie « table » en celtique, est l'équivalent de dolmen et indique la présence d'une construction mégalithique servant de crypte funéraire ; de son côté, le grand menhir du Champ Dolent, dans le voisinage de la ville, est un autre témoin des coutumes anciennes. A leur tour, les Celtes avec leurs habitudes religieuses, dont César et Tacite nous ont conservé les rites principaux, firent sans doute servir ces mégalithes imposants à leurs cérémonies, pour lesquelles ils semblaient avoir été dressés tout exprès. Tombelaine dût également attirer l'attention des premiers habitants : la désignation de « Folie » donnée au rocher le plus élevé de l'îlot, paraît un écho des rites païens cjui auraient été célébrés peut-être en l'honneur de Delen, l'Apollon des Celtes, ou de qiiehjue autre divinité.
Mais, entre tous, le rocher qui depuis a reçu le nom de Saint- Michel, semble avoir été l'objet d'un culte privilégié de la part des indigènes. De bonne heure, il fut appelé Mont-Tombe. On a pensé que cette appellation lui vient de ce qu'il présente la forme d'une tombe s'élevant au-dessus de la teri'e et de la mer. Il est vrai que dans les chartes du Moyen âge, les deux îlots jumeaux sont ilésignés par les exiaressions duas lutnbas. On peut néanmoins admettre que, dès l'époque protohistorique, sur le sommet, s'élevait un tumulus important — ■ dolmen ou tumba — qui servit de point de dépari pourdésigner plus spécialement le Mont, ainsi qu'il arriva pour h; Mont-Dol. De fait, maintes localités doivent leur nom à la présence d'un dolmen, de tombes antiques, ou d'un cimetière remontant à une époque reculée. S'il faut en croire les réflexions d'un auteur très autorisé, les forêts de la Fîretagne, en particulier « les redoutables Coquelande et Brocéliande «, étaient hantées par le séjour et par les exploits des génies. Aussi bien, quelque tumulus, accompagné de peulven, de menhir ou de galgal, sur la cime du Mont- Tombe, ne pouvait que faire le bonheur des djinns et des fées, aux
LE mont-tomiîf:
heures où les bas-fonds ombreux des lagunes les invitaient à rechercher les hauteurs, argentées par les rayons mystérieux de l'astre des nuits. On a d'ailleurs jiarlé. sans motif plausible d'un temple érigé en l'honneur de .Iti[)itpr ou Tentâtes. Si nous avions à émettre un avis au sujet de la divinité ijui dût recevoir, sur le Mont-'l'oml)e, les hommages des Gaulois et puis des Romains, nous inclinerions vers Apollon, le dieu de la lumière, ou vers Mercure. Ce dernier, en etfet, pré-idait aux voies romaines, aux transactions commerciales et aux atïaires mulUples de la vie. Il semble, du reste, que l'Eglise Cathorn[ue en liannissant Mercure des cimes ofi il régnait, se soit attachée d'ordinaire à le remplacer par l'Archange ailé, dont la mission est de mettre l'Olymiie chrétien, le Paradis, en counnunication plus directe avec la terre.
D'autre part, iJélen ouAiJoUon apparaît comme le dieu auquel la dévotion populaire rend des hommages jibis particuliers. Les pouvoirs publics ne demeuraient pas étrangers à ces marques de vénération, et les médailles nous en ont conservé le témoignage le plus authentique. Helen, qui implitjue l'idée de lumière, se retrouve dans le l'hénicien Tiaal et autres divinités asiaticpies, telles que Beel et
Wali, dans le Laconien Bêla et dans le Kymris Heli, dont les origines se rattachent au lierceau asiatique. D'ailleurs, l'identité de Belen et d'Apollon se retrouve mentionnée notamment dans le poète Ausone. qui signale sur les rivages de la Manche le licleni sai-ra/mn et les mtnis- (ros Ajio/i/nar/s mysliri (,1), ainsi que dans une inscription d'Aquilée : ApoUini Bcleno. Aussi, dans le Clamorgan de la (irande-Bretagne, les bardes étaient dits « les Initiés de la vallée de Belen ». Tout naturellement les idées nationales des Gaulois ont laissé leur empreinte, parfois étrange et toujours énigmati(]ue, sur les monnaies. Celles qui circulaient de préférence dans la région du Cotontin étaient les monnaies des Unelles et di's Baiocasscs. Sur un bon nombre, on remarque la tête de Belen. lauréc ou non, avec une chevelure bouclée et une lyre ou une éjiée. On sait que l'éjjée est le synd>ol(' des Unelles, et la lyre celui des Baiocasses ; parfois les .Vrmoricains y ajoutèrent les symboles du marteau et du chaudron.
-ir''îS«'"(
Monnaies g.iuloiKes de la n'^'ion.
(I) Professores, de, V. 7-12.
Monnaies gauloises de la rcgiori.
qui, eux aussi, offrent i)liis d"uae analogie avec le culte solaire des asiatiques (l). Quoiqu'il en soit, dans la désignation de Tombelaine, ou mieux Tomlielène, que les Chartres du xn'' siècle traduisaient, par corruption évidente, Tiunha Heleiur, il semlile ])len i(u'il y ait lui ressouvenir des antiques traditions relatives à Belen.
Autour des foyers du culte dont l'intluence est inséparable du développement de la civilisation, on se figure aisément les mœurs et les habitudes des autochtones, grâce aux peintures des auteurs anciens. Sous la hutte de liois et de glaise, sur la lourde table qui sert à porter les mets, on place jieu de pain, mais en abondance des viandes, cuites sur les charbons, que les indigènes déchirent à lielles dents, à moins que la résistance n'oblige à recourir au couteau de silex. Ils mangent aussi le poisson des rivières ou de la mer, qu'ils assaisonnent avec du sel, du vinaigre et du cumin. Pour le repas, ils se placent en cercle, et le personnage le plus digne par les exploits, la noblesse ou les richesses, se met au centre. La boisson passe dans des vases de terre ou d'argent, suivant la qualité des familles : il en est de même des aliments cjue l'on porte parfois sur des plats de bronze, <^('wvr, ou sur des corbeilles de bois; tandis que les riches
prennent du vin venant du Midi, qu'ils trempent à leiugré d'un peu d'eau, le peuple boit du zylhe ^-.fm fait de grain et de miel ; du reste, beaucouj) de gens usent de cette boisson sans miel, et elle est alors ap[ielée corme.
Les (Taulois vivaient ainsi svu- les pentes et dans la foret du Mont-Tombe, c{uand leur existence pacitique fut troublée par l'invasion des légions romaines : c'était à la fois la terreiu-du coup de foudre et les premières lueurs de rau])e. L'un des facteurs principaux de cette civilisation fut la création de l'incompa-
Pi!'cheur Montois.
(I) De la Touii, Allas, pi. XX, n» 69i7, 6049. — HuciiEit, Art. Gaulois, pi. 17, n° 2. — Maret. Catalogue des monnaies gauloises, n» 4541.
16 LE MONï-TOMlîE
rable réseau des voies de communication. Avec les Romains, en elTet, le Mont-Tonil)e commence à sortir des ombres qui enveloiipent ses origines historiques. La côte armoricaine du nord voyait son territoii-e occupé, à partir du couchant, par les Ossismiens, avec Vorganiuni ou Vorgium pour capitale, par les Curiosolites, chef-lieu Courseul, et. plus à l'ouest, sur le littoral actuel de la Normandie, par les Baiocasses, chef-lieu Bayeux ; entre les uns et les autres, dans la presqu'île du Cotentin, les Unelles et les Abrincates, avec pour capitales Couhmces (Cosedia) et Avranches, localités dont nous aurons plus d'une fois l'occasion de parler. Or, nousTavons dit, le long du littoral de la Manche se déroulait une voie militaire de premier ordre, dont on a retrouvé les vestiges en maints endroits. Pour ne pas dépasser la baie de Saint-Brieuc, on l'a reconnue notanmient à Port-.\urel, commune de Plerin, où elle est encore désignée sous le nom de « Chemin des romains (1; », dans le voisinage d'Erquy, et à Aletou Kidalet, très probablement Saint-Servan. La voie se rendait à Avranches en passant jJarDol, par Pioz sur Couesnon et le Mont Saint-Michel. D'après Guillaume de Saint-Pair, moine du xni" siècle, la voie allait « dreit » d"Alet à Avranches. S'il faut entendre droit au sens quasi géométrique, le chemin partant de Dol devait traverser la baie dans le voisinage du Mont-Saint-Michel. Si la ligne directe se doit prendre au sens ordinaire des chemins qui suivent les courbes imposées par les circonstances et les accidents du terrain, il peut se faire que la voie fut plus au sud, en se maintenant à peu près à la distance du littoi-al actuel, qu'elle gardait d'Alel à Dol. Défait, les documents du Moyen âge. que nous n'avons pas à rappeler ici, nous montrent un ancien chemin pavé qui passait le Couesnon à l'endroit dit le Pas-aux-Bœufs.
Quant à Avranches, on sait que de bonne heure, cette localité joua un rôle sérieux, et, à l'époque romaine, c'était une ville à la possession de laquelle les vainqueurs attachaient une véritable importance. Les Avranchais ont été mentionnés par Ptolémée (2) et par Pline (;i), aussi bien que par le Notilia Procinciftrum ('i) (jui les signale comme civitas ou peuple, et comme ville, le nom du peuple
{\) Rapport sur l'ori- Aurrl. coiiiminie de l'Iériii. dans le I. 1 dos Mèmùires de la Société nrcItéologUiue des Côtes du-Nord, p. 286-308.
(2) l'TOI.i:MKr., II, VIII. 10. P'ir'J. |//îT!t J<'j.;nf,f,v.i] ;j:/.:i tsû S/ij^O'y.vîf S5t«i/5Ù A^pr/xa T5Ù5t XV.I ro/cî 'Iv/îva.