‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 4 sur 61 · IV, XXXII (XVIII · texte numérisé non relu

IV, XXXII (XVIII

(l) Dans la seconde Lyonnaise: CivUas Ahrincalum; var. : Abrincnlunim. Abrinlalcamm, Abriacatium. Abricantiiim. Abricalum. (Guérard, p, U, n" I).

ayant été donné au chef-lieu, et par le Notitia Digaitalum. D'après cette table, Avranclies était le siège d'une garnison de soldats Dalmates(l). Le vocable d'Avranches, emprunté au peuiilelui-iuèine, [irit détinitivenient la place de l'appellation primitive, et fut gravé

Les CoquelicreR de la Baie.

sur les monnaies de l'époque mérovingienne et carlovingienne CJ).

(Il BôcKiNG. II, p. lO'i : « Sous le commandement du dax Tractas Ariiioricaru el Neruicani.. . . prxfeclus miliUiin Dalmatarum, Abrincatis. ». Au rappoil de P(olémée,. la capitale des Alîiincates était /aycna. La lable de Peutinger donne Legedia. On a mis en doute l'identité des deux noms, mais il est à remarquer que cette localité est la première qui soit indiquée après Rennes sur la voie qui se dirigeait de ce point vers le nord du (^otenlin, et que la distance topograpliique de XLVIII lieues gauloises f^î^i m.) marquôe par la Table correspond à l'inlervalle entre les deux localités d'Avranches et de Coutancés (Cosedia). D'ailleurs, ainsi que l'a fait remarquer M. Desjardins. « si l'on considère la forme des lettres (xni' siècle) employées par le moine de (lolmar. l'auleur de l'unique manuscrit que nous possédions de ce documenl. on comprend lieaucoup mieux comment un mot a pu être pris pour un autre : l,e(jedia-lii(jenii {Grographie de la Gaule Romaine. l. I, p. 330, n. 6.1

(2) Sur les monnaies mérovingiennes, on lit : Abri^ktas, ÂBRE.Nkr.\s, .\biii>- CAT.^s, etc.", sur les monnaies carlovingiennnes on voit : .\brhc.\s.

Au Moyen âge, il est reproduit par les chroniqueurs, en particulier par (iuiilaume le Breton, (jui renianiue que Avranches est situé au confluent de la Sée et de la Sélune (1).

Le séjour des Romains dans la baie du Munt-'l'ombe trouve sa preuve dans les monnaies que Ton y a découvertes. On y a rencontré notamment un grand bronze de Faustine, femme d'AntoninlePieux, une monnaie de Philiiipe avec la couronne, et un petit bronze de Constantin le Grand {'2).

A son heure, l'introduciion du Christianisme sur les rivages de la Manche et dans la baie Montoise suivit le mouvement ascensionnel de la Religion dans la partie septentrionale de la troisième Lyonnaise. De Vannes. d'.\letetde Saint-Brieuc. l'Evangile projeta ses rayons sur le littoral. AvecsaintLéonce, à la fm du V siècle, ou tout au moins dès l'aurore du vis le Catholicisme s'asseyait sur le siège d'.\vranches, et de là étendait son influence bienfaisante sur la contrée. La retraite du Mont-Tombe était Ivop favorable à la vie contemplative pour ne pas attirer de pieux ermites. Les solitaires y construisirent un oratoire, et, à cet égard, nous laisserons parler vm flocte bénédictin Montois.

« Anciennement, écrit dom Huynes, ce rocher paraissait tout autre qu'ilfaict maintenant, car,outre qu'il n'étaitcouvertqued'épines et de buissons, tout autour on ne voyait qu'une espaisse forest, et le flux de la mer en estoit esloigné de trois lieues, excepté qu'il s'avancoit dans les rivières. Or, jaçoit que cette forêt fut si atTreuse et propre plustost i)our l'habitation des bestes que des hommes, ce néantmoins elle plust à quelcpies-uns grandement amateurs de la solitude, lesquels s'y retirèrent pour, là esloignez de tous les tracas et commerces du monde, contempler à loisir les perfections immenses du créateur de toutes choses. Pour cet elTect, ils bâtirent deux petites chapelles es lieux plus à l'escart, l'une en l'honneur de

(I l'iiii.iii' Vlli

obsedil Abrincas

Coite sitâs inler sevam sennnangite sapino.

lâi Cf. llUluire pittoresque du Moiil-Saint-Michet, par Maxiiiiilii'ti H.ioiil. iii-8. Paris. IS33 p. 242.

A) Diva Kvustina. lùte à droite — R. Aiclsta. ronimo ilcbout dcv.uil un aiilel : d.iiis le champ S. C.

H) Imp. m. Jul. l'iiiLii'i'Us AuG. Ti-fp de l'liili|ipi' avec la couronne radiée. — H. I.ihut. Vi\\i\T (l.ii'tilia fiindatai l'eninie debout, tenant d'une main un gouvernail, de la droite une patère ou une couronne.

C) Co.NSTANTiNUS. .\lg. Tètc loumée à droite. — H. Smimatia demcta. Une Vicloire debout, tenant de la droite nu trophée, de la gauche une patère: à ses pieds, un captif: exergue: pi.ev.

Saint-Eslienne, premier martyi-, et l'autre de Saint-Symphorien, lesquelles ont demeurez longtemps sur pied.

« Es anciens et recenst manuscripts de cette abbaye est rapportée une chose très digne de remaniue touchant la nourriture de ces dévots hermites; car on lit en iceux, et c'est l'opinion commune et cela se voit depint sur une vitre de cette éghse, faicte il y a environ cent soixante ans, que Dieu voulant soulager ces pieux hermites du travail qu'ils avoyent à sortir de cette forestpourchercherdes vivres, inspira un bon curé d'un village nommé pour lors Astériac,eta présent Beauvoir, de charger un asne de vivres convenables à ces solitaires. Ce qu'il faisait toutes et quantes fois qu'il voyait une grosse vapeur semblable à une espaisse fumée s'eslever de la forest, et cet asne ainsy chargé s'en allait seul sans aucune conduite es hermitages de ces solitaires et s'en retournait seul ayant esté deschargé, continuant toujours à faire cet office jusques à ce qu'un jour s'en allant, selon son ordinaire, versées hermites, un loup atïamé se rua de grande furie dessus et le dévora. Or, Dieu, cjui a soin de repaistre les petits des corbeaux qui l'invoquent, entendit aussy les gémissements de ces hermites qui ne savoyent pourquoi l'asne ne venoit vers eux selon son ordinaire, et voulut que le loup fit l'office de l'asne. Voilà ce que disent ces manuscripts.

« Ces hermites ainsy séquestrez du bruitdunionde nele peurent pas toujours estre de celui de la mer, car icelle tlottant souventefois contre les terres et racines de la forest qui luy estoit voisine, les renversoit petit à petit, et faisant tomber les arbres sans dessus dessous les couvrit pour la pluspartde ses ondes et de son sable en moins de deux ou trois ans, chose qui est grandement merveilleuse. Car bien que quelquefois la mer renverse ses rivages et s'étende sur les terres habita) îles (comme l'expérience journalière nous ai)prend), si est-ce néantmoins qu'elle renverse rarement en si peu de temps des forêts si longues et si larges comme estoit celle-là qui avoitde longueur six lieux ou environ, et de trois ou quatre de large en quelques endroits. Ce grand rivage contraignit ces solitaires qui avoyent mené si longtemps en ces désers une vie angélique en des corps mortels et corruptibles, de se retirer à quartier et chercher d'autres solitudes, marrys de ce grand changement, se résignant toutefois au bon plaisir de Dieu, les voyes et les pensées duquel sont plus tost à admirer que non point à examiner. » (1)

(l)Cf. HuYNEs, Histoire générale de l'abbayedu Mont-Saint-MiclicI, t. I. Bréviaires deCoutances(1602), cl de Lisicux (1G24). — Bibl. Nat. Ms. RR. 1 19 AA et d'autres,

il) LE MONÏ-rOMBE

On s'est ilemandé quel avait été le nom de ce premier monastère l)àlipar les solitaires Montois. I)"aucuus ont pensé que c'était Maudane ou Mandane, dans lequel on pourrait voir quelque allusion à l'existence d'un mégalithe; mais, il faut reconnaître que l'emplacement du couvent de ce nom demeure tout à fait incertain. Peut-être le souvenir du vocable de S' Etienne a-t-il survécu dans la curieuse chapelle que l'on remaniuedans la partie sud-ouest de l'Abliaye. On serait tenté de penser que les ermites s'établirent sur le versant oriental et que leur asile, dédié plus particulièrement à saint Symphorien, aurait laissé son nom à la fontaine qui conserve celle désignation et qui paraît dans les documents du Moyen âge. Du moins, il semble que de très bonne heure on l'ait appelé monasterium ad duas fumbas, pur allusion soit à la forme des deux îlots, soit à la présence de monuments mégalithiques.

Mais ce nom de « Moustier » peut être rapporté à un ;nitre édilice, contemporain de S. Aubert. Que le prélat en soit ou non le fondateur, il demanda d'être <i sepeliz en un moslier de Seint-Perron »; et de fait, il fut inhumé « dedenz l'igliese Seint-Perron ». Cet oratoire est évidemment le point de départ de l'église paroissiale, encore dédiée à S. Pierre, et qui dresse sa silhouette moyennageuse en face de l'ancienne porte de ville, donnant du côté d'Avranches.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les prodiges qui allaient s'accomplir en ce lieu si pittoresque, devaient bientôt iixer l'attention du monde chrétien et le rendreà jamais glorieux dans l'univers entier, des rivages d'émeraude de l'Irlande aux rives d'azur de la Péninsule italique.

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