L. Slaufield, gr. ^lillcr
Dans la suite, le « château » avec ses deux Exils continua de recevoir des prisonniers politiques et militaires, parmi lesquels des
royalistes. En même temps, un décret du (i juin 1811 transformait ral)baye en maison de correction, et inst:di;iitdes métiers dans la Merveille; en 181 'i, un visiteur y observa deux cents détenus occupés principalement à la filature du coton, les hommes dans la salle des chevaliers et les femmes dans le réfectoire. Avec l'inslailation de la maison centrale de force et de correction, en 1817, le nombre des détenus fut porté à cinq ou six cents. Les Montgomeries et le réfectoire furent divisés par étages, de mauière à serviid'atelier, de dortoirs et de salle à manj^er. La nef de l'église fut, elle aussi, divisée
en trois étages et reçut des ateliers; plusieurs chapelles eurent
également des ateliers.
Le Mont continua à servir de prison d'Etat et les détenus jioli-
tiques, royalistes et républicains, occupèrent les deux Exils.
Durant les Cent Jours, on y
enferma les chefs légitimistes
Chastenaix, de la Houssaye et
Lemoine. Puis vinrent Babeuf,
le pamplilétaii'e; Le Carpentier,
le conventionnel ; Mathurin
Bruno, le sabotier, qui prétendait « régner sur la France «
comme étant Louis X^'ll. A la
suite de la Bévolution de .luillrt.
le Mont reçut des partisans du
drapeau blanc et du drapeau
rouge. Parmi les plus connus,
se trouvaient de la Houssaye,
Prospert, Martin Bernard, Elle.
Lepage, et Blondeau ; mais,
entre tous, on doit citer Baspail
(1881), Blunqui, Stuble, Columljal et Barbes (183'Jj. Stuble se
coupa la gorge. Barbes tenta vainement de s'évader et Colomliat
l.c Muni, |ii'i>oniiiei's cl ^.irdien, travail et incendie, xi\' s.
L\ HAlM.IVKlilE
réussit à s'échapper grâce à une manceuvre des plus hardies. Quant à la maison centrale, elle persista jusqu'en 1865 (1). Mais nous avons hâte de faire trêve à ces souvenirs attristants, pour revenir à l'histoire monastique.
De l'administration temporelle de l'abbaye nous passons de soi à la gestion des prieurés qui en dépendaient. Le Mont possédait des bénéfices, prieurés ou cures en plusieurs diocèses de France, dansles Iles Normandes et jusqu'en Angleterre. Nous renvoyons la liste aux pièces annexes, mais nous entrerons ici dans quelques détails au sujet de certaines dépendances. La paroisse de Saint-Pair eut pour berceau le monastère bâti par S. Pair,({ui devint évèi^ue d'Avranches, et auprès duquel l'ut enterré S. Gaud, évèi[ue d'Evreux. Le vocable primitif de Scissy fut remplacé par celui du pieux abbé et érigé en cure. Vers l'an 11?>2. d'ai)rès I). .Jobart, à l'occasion de la découverte des reliques de S. Gaud, le curé de St-Pair fit une belle église et « une tour pyramide, une des plus belles de Normandie ». Durant les guerres du moyen âge les religieux se retiièrent au Munt. 1 )ans le voisinage , la cure de (Jenels jouissait de revenus importants, et l'archéologue se plait à étudier l'église romane dont le chevet, la nef et le clocher ont d'heureuses proportions, tandis que le bourg conserve de curieuses maisons des xv' et xvi" siècles.
D'autre part, l'abbé Robert de Torigni, non content d'augmenter l'abbaye, s'intéressait aux maisons ({ui en dépendaient. 11 fit rebâtir le prieuré de St-Victeur du- Mans, brûlé en 1170. En l;i21, l'abbé du Mont obtint de l'évéque de Coutances l'autorisation de
bâtir une chapelle au manoir de Loyselière. Auparavant lablié Bernard, en vue de procurer aux moines « quelques honnestes récréa-
I heiiiinre a lirion, xvi° s.
(I) La liste des directeurs coniiirend MM. Diiiuisseiui, ancien nfricicr supérieur (1817 au r'janvier 1827), Bouvier, inspecteur à Embrun (jusqu'en novembre 1828), Martin des Landes, inspecteur (^jusqu'au 9 déceinbie 1832) de la Rochelle (jusqu'à janvier 18331, Martin des Landes (jusqu'au 1'' avril 183-")). baron Moral, ancien colonel (jusqu'au 15 septembre 18 !5), Prat, ancien commissaire central (jusqu'au 28 novembre 1830). Deschamps, ancien offlcier supérieur, (jusqu'au 31 décembre 1838). Tlieurier (jusqu'au 4 décembre ISil), Bonnet (10 février 1812), Leblanc, ancien inspecteur (1.5 octobre 1844), Lespinasse (28 mars 184.")), Maniuot de Vasselot (7 août 1846). Regley (31 août 1830). A. Marquet(20 juillet 1831), Durand (2't août 1851), Leras (20 novembre 1851), Modot, inspecteur (intérim jusqu'au 17 mars 1832), Cliappas (13 mai 1832), Bail 2Vjanvier 1853), Peigné (31 mars 1838), A. Mar([uct (!" avril 1838 à 1863).
390 ]A liUi.i.iN i;i;ii:
lions, ■• avait édiliélelo,trisde Brion.dola baronniedeGenets, avec une « gentille église ». A son tonr, enl.")()!t,( îLiillaunie de Lamps c< fit parfaire un l)eau grand corps de logis au niaiinir de lîriDn. et, au m^nitiirde I.oyselière, fit faire quantité de beaux logements et des aquedurs et estangs pour recevoir l'eau»: le manoir-domaine qui comprenait « 12.000 vergées de terre environ, était un des plus beaux de tous ceux (pai dépendent de l'abbaye ». De son côté, l'abbé Jean de Lamps fit (' parachever les beaux bastiments » dans le style de la Henais-
sauce, ((ui sulistituaitseslinesarabesques
aux lignes plus austères de l'époque ogivale. A cette occasion , un chroniciueniécrit que son frère fil « merveille », et lui « miracle », non sans exprimer le regret qu'il ne s'appli([uàl pas à » continuer l'église du monastère dans l'entière perfection », ainsi qu'il avait commencé.
Ancie.1 nef de loyselière. ^^ ^^j^ ^^^^^ l'abbave pOSSédalt dcS
domaines en Angleterre et dans les îles de la Manche, en particulier à Chauzey et Jersey. Un document relatif à cette dernière se rapporte à la guerre de Cent ans. En 1412, le roi Charles VI octroya une charte en faveur de Guillaume Michiel, « prebstre natif de la terre et seigneurie que ont en liste de Gerzé » les religieux Montois. « En honneur et révérence deN.-S. J.-C. et de MgrSt-Michlel », il accorda à Guillaume et à son valet un " sauf conduit de venir et entrer par mer ou parterre avecques son or, argent, drap, chevaulx, maies, joyaux et autres bien quelzconques au dit lieu du Mont-Sl-Mirliiel ». Cette circonstance nous amène à parler de l'ilot et du prieuré de Tondjelaine.
Autour de ce nom, les philologues ont exercé leur sagacité. Ceuxci y ont vu le souvenir de Belène, l'Apollon des Gaulois, et ceux-là, un simple diminutif du Mont-Tombe, ou " lombellina >;. A son tour, la légende a mis en scène la nièce du roi lloel. fiancée à Artus et enlevée par un géant. Ajtrès la mort de celle-ci en l'îlot, Hoel « dolens y fit bàlir une capele quel Ion Tomlie ]':iaine apele ». Ce récit merveilleux emprunté à Geolfroy de Moiunonlh, et développé \y.w Wace dans le roman de Hrut, n'est [)as sans(pielque iclation avec la statue de Notre-Dame la Gisante qui se voyait dans l'église de Tombelaine. La géographie, qui s'inspire à des sources moins poétiques, tend à faire croire que l'origine du nom tient à sa situation jadis marécageuse et viendrait ilu celte Innilje et « Icnn ».
Toujours est-il que l'histoire de ce salellile du Mont, de dimension et de forme à peu prèsidentif(ues à •■ la lldcli.' Mieheline », ne se
L\ HAII,I,1\ lilUÊ
Enseigne de pèlerin.
sépare pas, en fait, de celte dernière. Nous savons qu'en IVM l'abbé Bernard, ayant jugé « ce lieu très pro[n-e à la contemplation », y lit bâtir un logis pour quelijues religieux el une église dédiée à NotreiJame la Gisante, peut-être par suite d'une statue de la Vierge de Pitié ou en pâmoison; et, de plus, on y vénérait Ste Apolline. De son côté, ral>bé .lourdainychoisitsa sépulture, dontnous avons retrouvé jadis les fragments en granitelle analogue à celle du cloître. Si l'espace ne nous faisait défaut, nous aimerions à résumer ici les.\nnaleg de « Tumbahelène » ou <> 'J'omliélène «suivant les Chroniques anciennes, mais ikius devons nous l)orner à quelques indications sommaires (1).
Parmi les revenus du prieuré au \iv"' siècle, on relève des cens s'élevant à 8'i 1. S s. (5 d., des i-edevances en vin, froment, volailles et poissons, ainsi ((u'un « droit de iiescheine dans le vieux lit de la Selune ». Onadmetque, vers 1220, l'ilot fut « mis en état de défense»; mais surtout il fut fortitié, alors que « l'an mil troys cens LXXVl, le Jour de la feste de S. Michel de may, les Angloys viendrent à Tomljelieienne ». Les religieux se retirèrent au Mont, non sans que le supériem- émigré reconnut « n'avoir aucun droit île possession dans le monastère tant i[u'il sera prieur ».
Les M(:intois [tars'inrent à déloger les ennemis de ce puste ; mais connne ceux-ci n'étaient pas gens à renoncer à ce point stratégique, ils le reprirent vers 141.S et s'y fortifièrent par la construction de remparts, d'épaisses tours rondes sur le côté sud, et d'un doulile donjon carré vers les extrémités est et ouest, (luvrages inqtortants dont il subsiste de curieux vestiges. Les Anglais y placèrent une garnison comprenant IG lances à cheval, 8 lances à pied et 72 archers avec autant de gens d'armes, c'est-à-dire environ 400 hommes, sous le commandement de Suiïolk,seconilé d'un capitaine ou dun lieulenant (2). Nous n'entrerons pas ici dans l'exposé des luttes entre les garnisons Française et Anglaise, dont nous avons d'ailleurs parlé à propos du Châtelet. Il mms suffira de faire remarquer avec la chniniijue Montoise que, à Tombelaine, les Anglais se « fortifièrent merveilleusement pour tenir les gens du Mont en snbjecion ; mes les
(1) Cf. le chaiioinp Pigeon. " Le Mont-StMicliel et sa baroniiie, Gone(s-Tombelaine ». .'V.vranclies, l'JOI.
(2) Dans la Clironiiine du Monl. nous lisons : <• En cet an (Ii23^ les Anglais vindrent à Tunibelaine le XI« jour tie febvrier ».
392 i.\ nxii.i ivKiiii:
gens de la garnison du Mont leur firent ]ilus de (l(jmmage et à mer et à terre, comme a gaigner leurs vesseaulx, all'ondrer les autres et aultrement, qu'ils ne tirent à ceux du Mont ».
A l'avance, les religieux avaient pris soin de soustraire à l'ennemi ce qui pouvait lui servir, en particulier les plombs. Un acte signé des moines du Mont et du prieur Jehan le Juif, le 27 juillet 1422, nous ai^prenil que « les pions pris au prieuré de Tombelaine, sur la chapelle St-Antuine, et aporté en cest hostel en gai'de pour le double des guerres », se montaient à « trois mil », qui furent « employez aux citernes et autres choses nécessaires de céans. » En retour, le couvent Montois s'engageait à les rendre pour « la reparacion du d. prieuré, au temps que l'on y pourra mesnagier ». A cette époque, on voit le capitaine Louis Haudin « commis pour mettre le siège par la mer », puis Thomas Bourgh ayant la garde du « chastel et forteresse de Thombelayne ». Des Montois « faicts. prisonniers sur la grève donnent pour leur rançon 18 et 20 saints d'or, » tandis que les « monstres » ou revues ont l'avantage de nous renseigner sur l'état de la garnison, le nom et la qualité des soldats. En 1435, le duc de Bedford, régent pour le roi d' .Angleterre, ordonnait au capitaine Guillaume de la Pôle, comte deSull'olk,de « tenir continuellement la place en seurté et defîense ».
Avec le milieu (luxv''siècle, la gai-nison Montoise eut la joie de voir rélendard anglais s'éloigner de la forteresse-sceur, devenue rivale. Après la prise d'Avranches, le duc de Bretagne et le connétable de Hichemont se préparèrent à assiéger l'ilot, défendu par une centaine d'hommes sous les ordres de Maquin Langueur: mais, le 1() juin, les ennemis « lessèrent la place au duc et à ses gens, et emportèrent leurs biens, » sauf l'artillerie poui' laquelle ils reçurent .")()() écus. La place fut occui)ée parles Français, (pii y tinrent garnison sous Enseigne de pèlerin, j,^ direction de Louls d'Estoutevllle. Après la mort de celui-ci, la place de gouverneur échut à Jean d Estoutoville, comme il appert par un compte de 1466. Une « monstre » faite dix ans après indique « 35 archiers soubz la charge de Baull de Saint-Gelays, escuier, cappitaine du dit lieu, » que l'on retrouve encore en 1491.
Durant les tenijjs de j)aix. l'église tiu pi'ieuré, à l'instar de son aînée, coimul elle aussi l'aflluence des pèlerins, dans une mesure plus limitée bien entendu. Parmi les insignes de plomb, il en osl qui portent la mention de Tombelaine, et, dans le Maine, le souvenir se perpétuait dans la vieille chapelle de St-Michel de Tombelaine,