XVI. — S. MICHEL DANS LA CHRETIENTE
Caries serat a Ai«, a *a capele, A seiiit Micliiel tiendrai nuilt liait feste. (Chanson de Roland, v. 52).
aint-Michel, tant dans l'Eglise d'Orient que dans l'Eglise latine, a été honofé d'ian culte particulier qui atteste bien le rôle providentiel de l'Archange dans le monde, et la confiance dont la vénération des fidèles l'a toujours entouré. Ce culte s'affirme dans les actes cérémoniels les plus importants, et l'Archange est invoqué immédiatement a])rès la Sainte-Vierge dans les litanies de la Semaine-Sainte, dans celles du Pontifical et du Rituel, au Confiteor\ à la bénédiction de l'encens. A l'ofTertoire des morts, il est
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honoré comme introilucti'ur dos àines au sein de la Béatitude l'itornelle. ainsi que dans les Laudes qui sont chantées à l'office du couronnement du pai)e à Saint-Pierre et à la cérémonie lio prise île possession à Saint-Jean-de-Lalran. Enlin Léon XI II, en 1S<S(), a prescrit de réciter, à la fin de la messe, une invocation jimpre à « l'Archange, i)rince de la milice céleste, >-• afin de réclamerson appui contre Satan et ses satellites.
Li' calendrii-r ISomnin renfei-inc di'ux l'êtes en l'in iiineiir di' Siunt Michel: l'une, ilite « .\pparilio S. Michaelis »,le8 mai. double majeur: et l'autre, « Dedicalio S. Michaelis », le 29 septembre, doul)le de seconde classe. .Comme ces deux solennités, apparition de l'Archange et érection de l'église, se réfèrent au Mont-Gargan, la liturgie française les confondit en une seule, célébrée le 29 septembre ; elle suivait d'ailleurs en cela les indications données par la Congrégation que Benoit XIV chargea, en 17 'il. de préparer la réforme du bréviaire. Pour les deux fêles, la messe est unique et entièrement projire, et les offices sont à pou près semijlables. L'Archange y apparaît connue prince de la milice céleste, adversaire des ennemis de Dieu et protecteur des fidèles. « .\nge de la .Justice « vis-à-vis des révoltés, il devient, à l'endroit dosâmes chrétiennes, « l'ange de la paix, >> et sa mission la plus douce est d'assister la légion des fidèles, de leur distribuer les bienfaits du Très-Haut, de recueillir les vieux et les prières, et de conduire au Paradis les âmes des justes. Ces leuvres de S. Michel sont célébrées par l'I'lglise dans les hymnes, les pi'oses, les leçons, les antiennes, les versets et répons, et les diverses oraisons. En particulier, deux manuscrits du xi« siècle conservés au Vatican renferment deux hymnes latines et six proses pour la messe, stances dans lesquelles la foi et la piété chrétiennes ont trouvé des accents d'une suave beauté. On a l'impression des verrières du moyen âge dont le coloris, étincelanl aux rayons du soleil, se marie agréablement avec l'ingénuité de l'expression et la naïveté des altitudes.
L'Orient est le berceau du culte de Saint Michel, aussi bien ([ue de la croyance et de la dévotion aux esprits angéliques. Les auteurs chrétiens et les artistes, en représentant la Lutte grandiose de Saint Michel contre le dragon, ont entendu interpréter et commenter la vision de Saint .lean dans l'ile de l'athmos, au sujet du «grand combat ([ui eut lieu dans le Ciel. » Selon les expressions de l'auteur de la Le<7c«de rforce, S. Micliel a été constitué successivement >■ ]r prince de la Synagogue et le prince de l'Kglise. » Ce n'est pas à dire qu'il l'aille lui' ntlrii)uer toutes les manifestations angélicpies de
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rAncieii-Testanient, pour lesquelles le nom particulier d'un ange n'est pas menLionné ; à cet égard, il importe de bien examiner le teste l:>iblique, à la faveur de la tradition antique dont l'écho s'est prolongé chez les écrivains et les artistes byzantins. Mais, ce qui est certain, c'est cjne les traditions orientales sont tout à fait favorables à l'intervention de S. Michel, auquel elles attrilmenl un r("ile prépondérant S. Michel vient au secours d'Agar au désert et lui montre de l'eau dont elle remplit une outre ; S. Michel arrête le glaive d'Abraham sur le point d'immoler Isaac, et, dans l'abbatiale du Mont, un bas-relief du xvi" siècle représente celte scène d'une façon naïve. A la mort de Moïse, une tradition, conservée dans la Biljle, rapporte que le démon tenta de s'emparer du coqis du législateur des Hébreux atîn de porter les .hiil's à l'adorer comme une idr^le; mais l'Archange Michel entra en lutte avec satan au sujet des restes mortels et, sans en venir à « la sentence du blasphème, » jeta à la face de l'ennemi cette apostroj^he triomphante: « Dieu te maîtrise ! » Cette scène a été reproduite par les artistes; en particulier, à la chapelle Sixtine, la rencontre a été peinte par Cecchino Salviati, et, lors de la restauration de la porte, la fresque a été refaite par Mathieu de Leccio. C'est également S Michel que l'on salue dans l'ange de Gédéon, de Josué, de Samson, de David, de Daniel et de Habacuc, suivant les données traditionnelles.
Byzance, trait d'union entre l'Orient et l'Occident, se ilistingua de bonne heure par sa vénération pour S. Michel. De fait, comme Constantinoiile était assiégée par les Perses, l'Archange vint au secours de la ville en se montrant sur les nuages, armé d'une épée flamboyante, « au milieu d'une lumière éclatante ». Ici, S. Michel protège une église cfui lui est dédiée, contre un torrent déchaîné de la montagne ; là, un enfant jeté dans les flots, est sauvé par les archanges Michel et Gabriel. Les reproductions du puissant patron avaient leur place marquée dans les tem[iles et au fo\er domestique (1).
(1| L'ôpoque By/anlino nous a logiio une plaque d'or sur laquelle est giavée une formule grecque de conjuialion ; par l'Invocation de Saint Michel et de Salomon, elle avait la propriété d'éloigner les esprits malfaisants de la personne qui la portait. Une amulette de bronze figure Salomon en cavalier qui terrasse le mal sous la forme d'une femme : au revers, il recourt à la proleclion de S. Micliel. de S. Gal)riel et d'Uriel. Le nom de S. .Michel est reproduit trois fois MIXAHA l'ABRIlIA IJOVl'HA (pour UVPIIIA) MIXAI M\.\1IA. D'autres amulettes évoquent également la puissance des archanges. Une inscription entourant l'Adoration des Mages, signifie : « Fuis ta détestée, l'auge archaf le poursuit ainsi qu'Ouriet " (OYl'IEA). Une autre légende offre le nom de (îabriel. mutilé, et celui d'Uiiel, et l'on peut supposer (pie ceux de .Michel et de Raphaël étaient eu léte.
SAINT MICIIKL DANS LA CIIRÉTIENTR
Saint Michel reniplil sa mission proleclricc à légard de l'Eylise, dès les premiers temps. « Diepane Flore, très vieux poète », et Si-
> Mt.li 1 il >rp .in^'Ls tliuiiipli.int ilt.3 diliiiuii.s. lablcau de Fi.iiis i'iuris iw' .^. Mus-^e d'Anvcr:!.
p;el)ert, relatent des apparitions très anciennes. Sozomène et Xicéphore en rapportent une fort signalée, ipii arriva auprès de Ojiistantinople, où l'on bâtit une église magnifique en l'honneur de
SAINT MICHEL DANS l,A CHRÉTIENTÉ
S Miclicl .1 li.iphuî^ I Asie-Mineurej pt'intiire ép. l)>/antine.
S. Michel. Les Grecs célèbrent une apparition très insi.une, près la ville de Rhodes. Du temps de l'emiJcreur Dioclétien, il y avait déjà en Bithynie une église de Saint-Michel. Au raiiport de Procope, l'empereur .Tustinien fit dédier dix églises sous le vocalile de l'Archange. L'apparition de S. Michel au Mont-Gargandès le début du M" siècle, etcelleau Mole d'Hadrien, sous le pontificat de Grégoire le (îrand, furent comme le couronnement et la consécration des vœux et de la vénération des fidèles. Aussi bien, dès les origines chrétiennes, les Pères et Docteurs de l'Eglise se plurent à exaller les grandeurs et les mérites de Saint Michel, qu'ils appellcni « prince des Sérapliins, prévôt du paradis et de rantic{ue Synagogue, protecteur de l'Eglise, président de la Milice céleste, grand capitaine de l'armée du Seigneur, tuteur de la Foi chrétienne, protecteur et consolateur des agonisants, vengeur de
la superbe des escadrons angéliques, et révéré par les barbares eux-mêmes ».
De l'Orient, le culte de S. Michel rayonna sur l'Occident, en particulier sur la ville de Rome. Au château Saint-Ange, la fête se célébrait avec une grande solennité ; au point du jour, on tirait le canon et l'on arborait les bannières pontificales; il y avait une imposante démonstration militaire, et le Saint-Père bénissait une pièce d'artillerie, enmémoire du patronage de l'Archange sur le château. La solennité se faisait avec éclat aussi à l'église de Saint-Michel iii Dorijo,k]a Itasilique deSaint- Jean-de-Latran. à Sainte-Marie Majeure dans la chapelle de l'Archange , et à l'oratoire de Saint-Fran(;ois-Xavier , où il y a une confrérie sous les auspices de l'Archange. Dans la basilique de Saint-Pierre, la dévotion se i)orte dès longtemps vers l'autel de S. Michel, l'un des sept privilégiés, « dont le talileau, dessiné par
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Château St Vuge, étal ancien, îles. Martvle\ . d'EI.
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lë^cl)evalier jDSepli dWi-piiio, a élé mis en mosaïque d'une façon excellente par Calaiidra ». Aussi bien, en nos jours, les Romains conservent vivace la dévotion envorsSaiul Micln'l (1).
Mais, c'est dans tout l'univers catholique, que le culte et le patronage de 8. Michel occupent une place tout à fait à part, comme
il convient au <■ prince de la milicecéleste », au vainqueur des ré vol tés contre Dieu, dont le nom llamboie comme 11' cii vaillant : Quis est Deus.
\'A\ qualité de patron de l'K'^lise, sa statuette dorée lirllle au-dessus du drapeau de soie rouge, tenu jjar le porte étendard de l'Eglise ; à Rome, la onzième région, dite SiinT A ngrlo, a mis l'Archange dans son blason. Parmi les ordres religieux, on sait que celui des Minimes l'a choisi pour patron. Des villes, des provinces, des royaumes, se placèrent sous le patronage de l'Archange; au rangdesnations, figurent la France, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal , le royaume de
,>. MÎLliii. p-UiDii des Minimes x' 1 i t \ !• l
Frontispice gravé par G. Scobin. Aajjles , la Lombardie. la
Pouille et la 15avière; au nombre des villes, on remarque Salerne, Bénévent, Sebenico, Ubeda,
l\) La solcniiilé se célèbre avec iiidiilj,'ence : " à Saiiit-Angc aile fornaci : à Sainl-Angc jiiùs des fossés du cliàlcau ; à la collégiale de Saint Vnge in po'chi'rin. pour saconsécialion ; à Saiiilc-Marie-des-Angos, à la Madone de Coiislanlinoplc : à Sainl-.Vdrien m cfimpo vacciiio; aux (lapuciiis, où l'on admire le lableau du Cnide, donné par l rhain Vlll ; à Sainl-Vndré delln valte, dans la somptueuse chapelle de S. Michel, qui appartient auN lîncci'llaï, de l'iorence. riche de marbres, avec, au rétable. <• un tableau remaniuablement peint par le chevalier Itoncagli ». S. Micliel iccevait égal(!nient des honneurs particuliers, à la petite église du Collège des Convertis i/i borgo. sous la protection de l'.Arcliange ; à l'église de Sainl-l"rani;ois de t'aulc, comme proleclcur des Minimes, à iSaInt-.Vndré délie fralle >• où il y a une noble autel 0 ; à la Trinité des Monts ; à Saint-Julien in linnclii. naguère Saint-Ange in Micinrllo, où le chapitre des Saints Celsc et .lulien vient célébrer solennellement la fêle. !/.\rchai)gc ctail honoré encore à l'église des Agonisants
SAIM MIUIIEL DANS LA CHRÉTIENTÉ 403
Madrid, Bruxelles, Bucharest. Batenburg, Berg, Hildesheim, Thoi'n, et maintes autres cités, (jui suivirent rexemple donné par la Capitale du Monde chrétien (1). Pour ce qui est de la France, on sait que la Normandie avait S. Michel pour patron spécial ; il en était de même de plusieurs cités comme le Puy , Saint-Mihiel et d'autres, qui gardent son nom et auxquelles nous reviendrons.
En outre, le nom de Saint Michel appartient à trois ordres de chevalerie. Louis XI institua le premier en 14l)!t, avec pour insigne un ruban noir et un collier de coquilles supportant un S. Michel ; Jacques Clément, de Bavière, créa un ordre dans ce pays, en 1693, avec un ruban bleu foncé, bordé de rouge ; en 1817, Georges III, d'Angleterre, fonda un ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, avec un ruban bleu foncé et une large raie rouge au milieu. D'ailleurs, les chevaliers n'étaient pas seuls à revendiquer le patronage de Saint Michel, et cet exemple fut suivi par un gi'and nombre de corporations ouvrières, ainsi que nous l'avons indiqué.
A l'instar de la foule qui se complaît dans l'usage et l'interprétation pittoresque des signes sensibles, les corporations se laissèrent guider par la pensée des emblèmes de l'Archange. La l^alance que l'iconographie lui attribue comme « peseur des âmes », lui conquit tout naturellement les différentes professions qui se servent de cet instrument : tels les épiciei's,les merciers, les fabricants d'oulilieset gauffriers, les boulangers, les fromagiers, les mesureurs de grains, par analogie avec les peseurs, et surtout les balanciers, qui, comme fabricants de l'objet, doivent tigurer en première ligne, ainsi que les
in Pasqiiino, comme protecteur des moribonds, et dans liuit autres églises de lîome, qu'un auteur romain dit supprimées dès 1713, soit parce qu'elles étaient privées d'un culte convenable, soil par suite des remaniements delà ville.
(i) V la fête du S mai, une partie du cliapilre de Saint-Pierre assiste à la },'rand' messe <i Saint-Michel in borgo, ainsi d'ailleurs qu'à la solennité du mois de septembre. Dans la collégiale Saint-Ange inpesclieria.alsL messe basse du matin, à l'olTraiidc, le sénat présente un calice d'argent à ses armes et quatre torches de cire blanche, qui restent au maislre-aulel durant la journée. l,a solennité de septembre se célèbre plus spéciali'inenl dans les églises sous le vocable de Saint-Michel, et dans celles de l'ordre des Minimes, dont il est le prolecteur. A l'hosjjice apostolique de San Michèle a ripa grande, le pape, avant l'envahissement de Rome, après sa visite à la pieuse maison, bénissait la flotille dont les blanches voiles égayaient le pont pittoresque du Tibre. .V Sant' Angelo ai Corridori. les jeunes filles dotées par la Confrérie assistent à la messe en costume d' « amantate ». .A la Mor(e, auprès du superbe palais l'arnèse, il y a messe ponlincaie et sermon ; l'iniversité de la Sapience réunit les auditeurs de rote et les avocats « qui tiennent chapelle o ; un élève du séminaire de Saint-Pierre en soutane violette et cotte, fait un sermon en langue latine ; à la fin de la cérémonie, les assistants au choHir reçoivent un bouquet de Heurs artificielles.
m SAINT MICIIKI. IJANS l.\ CUlUiTIliNTË
apothicaires et les marchands en général (1). I/épée angéliiiue, à son tour, devait décider du choix des fabricants d'armes, des escrimeurs, maîtres d'armes et autres professions qui s'y rapportent, en y joignant les rôtisseurs avec leursbroches; à moins ipi'il ne faillcgroupcr ces derniers avec les étuvistes, et chercher le motif du choix dans le fait que S. Michel a précipité Lucifer « dans la fournaise préi)arée pour Satan et ses compagnons. » Quant aux fouleurs et chapeliers, on sait qu'ils foulent le feutre comme S. Michel, dans l'iconographie chrétienne, foule le démon sous ses pieds. D'autres fois, sans doute, certaines corporations et confréries ont pris l'Archange pour patron, parce qu'elles avaient pour siège nne église ou une chapelle ])lacée sous son vocable.
A ces divers points de vue, 1 histoire tire le plus grand prolil de l'étude dés méreaux des corporations ouvrières et des enseignes de métiers, que l'on ne rencontre plus guère que dans les musées et chez les collectionneurs. Nous ajouterons que toute une série de saints, bienheureux et vénérables, ont eu S. Michel pour patron (2). Enfin, ce nom a été porté avec un éclat prestigieux par des génies, tels que Michel-Ange, Michel-Coloml)e. qui sont à leur manière comme le rayonnement des splendeurs cachées de Dieu et de son Archange, à l'instar de celui de Ilapliacl. ]irince do la peinture.
La chaîne mystérieuse des êtres, (jui commence à l'organisme le plus rudimentaire, aboutit à l'esprit doué d'une intelligence et d'une volonté d'autant plus puissantes qu'elles ne sont pas liées à des organes tangibles. Cet esprit pur, qui a sa place dans toutes les religions et dans les trailitions<les peuplessous lesdiverseslaliludes,
(\) l'nrmi les niaichnnds groupés sous la baiiiiicre de Saint Micliel. on pciil cilcr ceux de Paris, de >'aiicy. de Saint-Nicolas du Poil, et de plusieurs villes. .V Kome, il ('■lait le patron de la corporalion des marchands de drap : au CapilDle une des portes du l'alaisdcs Coitscrvatori ^'ardi', à son linteau, l'insciiplion : Cullkc.. i>r S. -S. (signori; NlEricvîsTi ui l'"o.\».vco Di S. Mi iiele vue (Vngeloi.
(2) Ce sont S. Michel 1' Vragani ou ancien, apôtre de rKthiopie, au v .siècle, cl un autre saint du même nom qui \int dans ce pays comme diacre et moine ; S. Michel, évèciuedc Trois-Chàteaux en Dauphiné, S. Michel, évèquc de Synnadc en Phrygie, que l'empereur (Àiropalatc envoya comme ambassadeur auprès de Léon III et de t;iiarlcmagne ; les deux martyrs ; S. Michel d'HcitIngun, enfant misa mort par les Juifs en 1540, et S. Michel Cosaqui, exécuté au Japon, en 1507; enfin, le trinitaire S. Michel des Saints. — Les liicnheureux sont : le B. Michel Pages; H. Michel Camaldule, et la 15. Micheline, veuve, du tiers ordre de S. l"rani;ois. morte à Pcsaroen 1350. — Les Vénérables sont : Michel Le Nobletz, prêtre breton, mort eu 1052: Michel-.Vngc de St-l'"iau<.ois, de iSaples ; Michel Garigois. de Bayonne ; Michel Mi. m.utyr au lontviu eu 1S.3S; Michel Manara, chevalier de Tordre militaire de (;alalrava.
SAINT MICHEL DANS LA CUKETIENTE
est appelé « ange » dans la langue chrétienne, par suite de son rôle, qui est celui de « messager » de la Divinité, tout en constituant, pour ainsi dire, la cour dans laquelle le chœur infini des esprits célèbre les louanges du « Dieu souverain des êtres visibles et invisibles. » Dans la tradition catholique, manifestée par les œuvres écrites ou par les ouvrages d'art, S. Michel apparaît, tour à tour, seul ou en compagnie d'un certain nombre d'anges. Nous l'étudierons d"a])ord dans le chieur angélique ; puis, nous nous arrêterons plus particulièrement aux représentations propres à l'Archange.
La Uible, qui considère la triade comme le nombre parfait, nous ré vêle la mission des trois archanges, Michel, Gabriel et Raphaël ; le premier est le porte-glaive de la Justice, l'ange du châtiment :
le second, le rameau d'olivier à la main, est l'ambassadeur de la miséricorde, l'ange de l'hicarnation : le troisième, porteur du poisson symbolique, est le messager des grâces célestes, l'ange de la Rédemption. Nous n'essayerons pas de mentionner les nombreuses l'eproductions dans lesquelles figurent ensemble les trois archanges, et nous nous bornerons à en signaler quelques exemples.
Dès le s-" siècle, Symmaque parle d'une mosaïque sur l'autel dédié à l'Archange dans l'église de « St-André ad lî. Petrum « : et la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte -Marie -Majeure place les trois archanges autour de la Vierge et de S. Joseph à la recherche de l'Enfant. Parfois, pour désigner la triade angélique, on se bornait à parler des « archanges », sans spécifier davantage, et un oratoire de la basilique de Saint-Pierre, élevé par S. Léon IIL gardait l'inscription: « Ad honorem archangelorum. » A l'encontre de certains novateurs, le concile de Latran, assemldé par le pape Zacharie. proclarna ne reconnaître que les archanges Michel, (Tabriel et Rai)hael. Dans une mosaïque de l'époque romaine, à Sant'Angelo in formis, près de Capoue, le Christ, assis en majesté, est accompagné des trois archanges vêtus à l'orientale et arborant un étendard.
L'époque carolingienne nous a légué, entre autres, l'évangéliaire
Détail du Jiig(>racnt dernier [lar fra AQgelico. Gallor antic. Flcironce.
du trésor de Trêves, dans lequel deux :inliaii,iies supportent une tablette, au titre de l'Evangile de S. Mathieu ; ainsi que l'ivoire de Bambei'g, dans lequel, au-dessus de la croix du Sauveur, planent les trois archanges nimbés. Sur la châsse de la cathédrale d'Astorga en Espagne, don du roi Alphonse III au x' siècle, les deux anges sont préposés à la garde des reli(iues : S. Gauiuel est désigné par son nom, et S. Michel est appelé Angélus, l'ange par excellence, comme on dit en Italie San/'Aiii/c/o.
A liome, un tableau — reliquaire by/antiu du x'' siècle ^ dans la mise au tombeau, montre deux archanges avec leur nom en grec ; S. Michel tient le Christ du côté de la tète, la figure voilée de douleur elles ailes abaissées. La croix byzantine, dite des Zaccaria, dans le trésor de la cathédrale de Gènes, est ornée au revers du Sauvciudans un médaillon : et. au-dessous, de la Vierge ayant à sa droite S. Michel, et, à sa gauche, S. Gabriel. Notre Archange, dont le nom est en grec, est figuré à mi-corps, ailes baissées, tenant dune main un bâton de commandement et, de l'autre, un globe avec un monogramme.
La crypte de Saint-Clément, à Rome, conserve une fresque attribuée au xi« siècle, dans laquelle, aux côtés du Sauveur assis, se tiennent S. Michel et S. 'Gabriel, désignés i)ar leur nom. Ailleurs une fresque de la Platonia, que l'on place plus tard, représente une crucifixion où les deux archanges essuyent leurs larmes avec un linge.
De son côté, l'autel de la cathédrale de Uâlc conservé au Musée de Cluny et rattaché au xi" siècle, représente un Christ et uin' série de trois arcades avec les archanges : outre le nom de chacun inscrit sur l'arcature, on lit l'inscription générale : Quis sicut Hel, Fohtis. Medicus. a la lin du xir siècle, le Christ de la collection Debruge place sur le pied de la croix les archanges avec leur nom inscrit sur un disque. La châsse de S Sigismond, à Sainl-^Iaurice d'Agaune, rapportée au xir siècle, fait voir S. Michel armé d'un bouclier et perçant le dragon de sa lance, tandis que, à gauche, S. Gabriel tient un sceptre trèfle avec un rouleau.
Le groupement harmoniciue des archanges se montre à iidus dans une peinture grecque du xv« siècle, qui a pour titre : H IVN- Aïii mx Ai>XArn;.\uN. L'Enfant Jésus dans une auréole, bénissant des deux mains et ayant des ailes pour exprimer qu'il est l'archange par excellence, « l'Ange du grand Conseil ». selon les termes de la Bible, est soutenu jiar les archanges dont les initiales MIT apparaissent dans le nimbe; S. Michel a le costume d'un guerrier, S. Gabriel a la dalmatique et le bâton des hérauts, et S. Raiihael porte l'aube et l'étole croisée.
SAINT MICIIKL DANS LA CHRETIENTE
Les artistes, se faisant l'écho de la liturgie, ont gloriflé les archanges dans des tableaux destinés à la décoration des autels et des nefs, ou dans des œuvres particulières: tels le travail attribué à Antonio PoUaiuolo, à 1" Académie de Florence, et l'ouvrage dans lequel le tlorentin Marco d'Oggione a liguré les anges conduisant le jeune Tobie, composition d'un charme pénétrant qui se trouve dans la galerie de Milan. De même, une exquise toile de Botticelli figure les archanges, qui se distinguent chacun par leurs symboles: et une
\n hange-i. atlrili. ii BnUiielM, \(ad <Ies [! -A., Flnrence
composilion de Raphaël, au-dessous de la Vierge avec l'Enfant, nous montre les archanges, dont S. Michel occupe le centre.
Ahiis, c'est surtout à Ravenne que l'Orient a laissé la trace enchanteresse des chauds rayons dont il a doré les hautes cimes de l'art. On dirait d'une cité éclose sous le ciel Levantin et transportée parmi les sables et les pins, sur un rivage silencieux du pays d'Occident. La capitale de l'art byzantin en Italie laisse dans l'âme une impression d'un charme ineffable, voilée d'une indéfinissable mélancolie, dont le séjour à Ravenne peut seul donner une idée. Aussi bien, le culte particulier des orientaux pour S. Michel se rellète d'une façon délicieuse dans les mosa'iques, qui recouvrent de leurs
408 SMM MHIIKI |i\\S l.\ ( IIHKTIKMI';
ors brunis et de leuis coiiU'uis (Idurcinfiiil cluitoyantes les anli((iies basiliques Uaveiinaises.
ASaint-Vital (vr siècle), la mosaïque de l'abside ligure le Christ assis sur le globe du monde ; à ses côtés, les deux archanges repré- ' sentent ceux qui ont été jugés dignes de la couronne que le Sauveur tient en main; vêtus de tuniijue et manteau blancs, nimbés de bleu, sandales au pied et ailes abaissées, ils portent une longue baguette pommetée d'or. Le même sujet, traité d'une façon à peu près identique, paraissait dans la mosaïque absidale de Sainte-Agathe (vi'siècle); mais son souvenir ne persiste que par unegravure défectueuse de Ciampini. Quant à la mosaïque de Saint-Michel//; Africisco (vu* siècle), il faut, hélas ! l'aller chercher à Berlin. Le L;hrist, croix en main, y est accompagné de deux anges nimbés, ailés et vêtus de bl-anc, avec les légendes Mic.MTEr,, OAimuiEL, dont l'un tient un sceptre crucifère, et l'autre, le bâton de commandement.
Parfois, le chieur archangélique s'élai-git et montre d'autres serviteurs de la Divinité. A Saint-Vital, à la représentation des éléments, des saisons, des fleuves paradisiaques, des grands prophètes et des évangélistes, s'ajoutent les quatre archanges; les cheveux retenus par un bandeau dans un nimbe, les ailes rougeàtres liaissées, vêtus d'une tuniciue et d'un manteau lilancs. les pieds nus sur le globe céleste, les anges supportent à bras tendus, au sommet de la voûte, l'auréole de l'Agneau divin. A Sanl' Apolliiuirc nuoco, une délicieuse procession de saintes s'avance vers le trône de la Vierge tenant l'Enfant, près duquel se tiennent quatre anges dont les pieds chaussés de sandales foulent un gazon lleuri; nimbés, les longs cheveux retenus sur le front par un bandeau lilanc, avec tunique et manteau de même couleur, ils portent à la main droite une tige d'or terminée par une lioule et présentent les Sages d'Orient à l'Enfant Jésus, but du pèlerinage. Ailleurs, une procession de martyrs arrive au Christ en majesté, dont le cortège est formé de quatre archanges semblables à ceux que nous venons de voir.
Si, du silence de la ville, nous passons à la solitude de la campagne pour chercher, comme à l'ombre d'une fôrèt de pins qui a pris la place de la mer, le dernier survivant du port de Havenne, noua arrivons à San/'Apolliiiare in c/asxe, aux antiques nefs enveloppées de mélancolie et de la lèpre veidàtre des moisissures. L'arc triomphal a ses pieds-droits ornés de la représentation du Christ et des apôtres, symbolisés jiar douze agneaux. On remarque, à droite, S. Michel et S. Mathieu, à gauche, S. (iabricl et S. Luc; à eu juger par les vestiges inférieurs, cette partie devait figurer les deux autres
SAIM' MICIIKL DANS LA CIlHÉTlENTli Ui9
évangélistes avec les deux autres archanges. La légende Mii;ahel et Gabriel accompagne les figures nimbées, à longues ailes blanches, les cheveux retenus par un ruban, les pieds chaussés sur un escabeau d'honneur, un manteau violet recouvrant la tunique blanche; S. Michel appuyé la main droite à la hampe de son étendard, sur lequel on lit : Arioc vrioc Arioc.
Ravenne, la patricienne en deuil, assise au fond de son désert de sable, s'est vu dépouiller de l'activité tlorissante, de la vie industrielle et commerciale, du mouvement artistique au profit de Venise, la reine toujours éveillée et sémillante de l'Adriatique. Ici, l'Orient nous apparaît, non plus dans une nappe immobile d'arène et de tristesse, mais dans le cristal perpétuellement en action de ses lagunes et dans le cadre d'or de ses monuments, qui en font une ville unique au monde. A Saint-Marc, où l'artiste et l'antiquaire tenteraient vainement de lutter contre le charme qui envahit la pensée et captive l'imagination, la grande coupole montre, sur ses pendentifs, des mosaïques du xn« siècle où paraissent les archanges tenant un étendard ; sur la bannière, à l'honneur de la Divinité, se lit une inscription bililique qui se poursuit au-dessous. De son côté, la jKila d'oro. cette merveille d'orfèvrerie, a l'un de ses émaux liyzantins, attriljué au x" siècle, orné des figures des archanges avec leur nom. dont celui <rUriel. Parmi les curiosités du trésorde Saint-Marc, tigin-e le buste de Saint Michel, accompagné des médaillons de (labriel et d'TTriel. La coupole de l'ancienne église des Jésuites, à Venise, montrait à ses pendentifs quatre statues d'anges : « Miehael, Gabriel, Raphaël, Seultiel. »
Avec non moins d'éclat que Ravenne et Venise, la Sicile, ce prolongement de l'Orient et de la (Irèce au cœur de l'Europe, reflète presligieusement les traditions et les aris de l'Orient et de Coustantinople. Au milieu de ses bosquets d'orangers et de citronniers, on dirait une princesse du Levant entourée de ses suivantes et parée de tous les charmes (jue la nature pittoresque et la civilisation archaïque peuvent donner à une contrée. Ses principales églises sont décorées de mosaïques ([ue les jirinces normands ont fait exécuter par des artistes byzantins et Arabes. A Palerme, à Monréal, à Gefalu, en particulier, la représentation imposante du Christ est accompagnée d'anges, au premier rang desquels figurent S. Michel et S. Gabriel. A Palerme, les archanges tiennent un étendard sur lequel est écrit : Arioc Arioc AriOG. Dans les mosaïques de la cathédrale de Gefalu, remontant au xni" siècle, au-dessous du Christ-Juge, la Vierge en orante est accompagnée des quatre anges avec leur
SAINI Mil IIKI. DANS I. A CHItl'TlENTK
nom ; la tête nimbée et inclinée, les ailes baissées, ils tiennent un étendard d'une main, et, de l'autre, le sceau de Dieu marqué d'une croix (1).
La France a connu, elle aussi, le culte rendu au crroupe des quatre archanges. La Sainte-Chapelle de Paris gardait la vi-aie croix dans un bel étui, pièce d'orfèvrerie byzantine du xn'" siècle :sur cet ouvrage, on voit s'incliner devant la relique les anges dans l'ordre suivant: Michel, Gabriel, Uriel et Raphaël. Des peintures du
xui'' siècle, à l'abbatiale de Saint-Savin, montrent, audessus du ]iorche, deux anges soutenant dans une auréole l'agneau nimbé, et, de chaque coté sont deux antres figures d'anges: à la partie supérieure du narlhex, près du Christ assis sur un trône, se tiennent ([uatre anges, dont l'un, à droite, porte la croix. La lienaissance a décoré la chapelle dédiée aux Saints Anges, dans la cathédrale d'Albi, d'une scène figui'ant un groupe de génies angéliques dont quelques-uns sonnent de la trompette et au milieu desquels parait
Michel et le dragon, p, m. xiii* s., église de Saint-Savin.
it) La tradition ri riccmograpliio chn liciincs dut parfois a^^sorii" I rii/l aux trois priMiiicrs arrlianges, cl on le voit en possession d'un rullo rcnionlanl à la plus haiilo antiipiilr. Le proplièlc Esdras fui visité par cet ange qui lui donna des indications i)our sa conduite ; les oracles sibyllins annonçaient la venue des ([uatre <■ iniinortels ministresdu Itoi éternel. Micliacl, (labriel. Ua|)lia('l et Uriel. » En particulier, les orientaux professaient un culte spécial pour les (|uatre archanges. .Vu Mont-.\lhos, en l'église d'iviron (|ui leur est dédié, on célébrait " l'histoire et les mérites » de ces anges. La coupole de l'église du couvent de Saint- Luc en Grèce montre Uriel avec les trois archanges traditionnels. I riel. sans être nommé d'ailleurs, est associé à la triade angélique dans le récit d'une vision de Satyre, rapportée dans les Actes des saintes Perpétue et Félicité, et au cours de laquelle celui-ci fut transportée par quatie anges jusqu'aux i' murailles de liuiiière » de la .Icrusalem céleste. Quoiqu'il en soit, l'une des premières représenlalions des quatre anges se voit dans un ouvrage d'orfèvrerie donné par l'empereur Constanlin à la basilique de I.atran. Pur un fasiigium de lames d'argent martelé, on remarquait, au sommet, le Sauveur assis, entouré des dou/e apùties ; et aussi les quatre anges également en argent, les yeux formés de pierres précieuses, et tenant des lances avec des croix. Nous sortons du groupement impersonnel, pour rencontrer, au \' siècle, la désign.ilion uninominale avec la bulle d'or, découverte dans le tombeau de Marie, fille de Slilicon : elle porte en lettres grecques les noms de \Iicbel. (jabriel, Raphaël et Iriel. V la même époque, la mosaïqvie de l'arc triomphal de Sainte-Marie NLijeure, à Home, montre, dans la scène de l'.Vdoralion des Mages, la présence des quatre~anges.
SAINT MICHEL D\NS LA CHUÉTIENTK
'filisn SI Mil liel a K;ivcnne.
S. Michel, tenant un glaive et des balances. L'Allemagne n'est pas restée en dehors de ce concert mystique, et le musée de Lyon conserve une crosse allemande du xi" siècle, dont le nceud en ivoire garde les noms des anges avec Uriel au second rang.
Mais, voici que s'élargit devant nous le cycle angélique et que nous assistons à une extension du cho'ur des Esprits. Conduits par « le prévôt céleste », au témoignage de la Bible, devant le trône du Très-Haut se tiennent sept anges pareils à des yeux éclatants, à des lampes ardentes, à des étoiles rayonnantes, dont la mission est de veiller sur les fidèles et d'exécuter les ordres du Seigneur. Aussi, à côté de la tradition ofticielle de l'Eglise sur les trois archanges, dans les usages et les pratiques de nomlires de fidèles, voire même dans certaines litanies anciennes, on retrouve les
I,.' i:liriKt
noms d'autres archanges. Outre les MosaiquL' iie lan anges quenousconnaissons, la foule
invoquait Raguel, Seultiel, .Jehudiel et Barachiel, ce qui [lorte le nombre à huit. Dans la mosaïque de S'-Michel in Africisco (vu'' siècle), que Ravenne a laissé transporter à Berlin, auprès du Christ assis en juge, outre les deux archanges jMichel et (Tabriel, tenant le roseau avec la lance et l'éponge, paraissent sept anges sans nimbe, la chevelure retenue au front par un ruban, les pieds dans luie omle transparente, d'après la vision de Pathnios. et sonnant de la trompette pour appeler au jugement. La création, figurée en mosaïque du xu'' siècle au iiorti(iue de la basilique de Saint-Marc à Venise, représente chacun des jours par un ange qui en est comme le protecteur ; on sait que le lundi a été attribué à Saint Miclitl.
A Rome, l'église de Sainte-Marie des Anges, dont le génie hardi de Michel-.\nge a jeté les voûtes à l'intérieur des Thermes de Uioclétien, conserve une Vierge avec l'Enfant, copie d'untableau de Venise, dans laquelle on voit sept anges tenant des banderoles où. dit-on, les noms se lisaient naguère. La galerie Sciarra renferme un grand tableau sin- bois, attribué à Gaudenzio Ferrari, dans lequel, auprès du Christ et de la Vierge assis sur le même trône, sont six anges divisés en deux groupes et portant l'épée et la cuirasse ; S. Michel tient un livre. Au ix' siècle, on voit mentionnée une patène d'or, sur laquelle le Sauveur est entouré des anges: et l'évèipie S. Athanase donna à l'église de Saint-Janvier, à Naples, une grande patène d'ar-
ilâ SU\I Mhlll I. li\NS l.\ CIIUIÎTIENTÊ
gent doré, ornée « du visage du Sauveur et des Anges. «En Sicile. la foi populaire en vint à consacrer officiellement le culle des " sept anges », en leur dédiant, à Palerme, une église spéciale (1).
La gracieuse théorie des sept anges trouva un écho sur la terre de France. Tin moule à patène mérovingien, découvert dans le Loiret, oiïrait neuf médaillons en relief avec les légendes respectives; or, en réservant le médaillon attribué au Sauveur, et aussi peut iHre le médaillon supérieur pour un Agneau de Dieu analogue à celui du pupitre de sainte Radégonde, il en demeurei-ait encore sept pour les anges, parmi lequels on voit Uriel et Raguel. Au palais des papes à Avignon, dans la chapelle de Saint-Martial, peinte par Jean de Viterbe, en 18i8, on voit sept anges recevoir l'âme de la martyre, sainte Valérie ; le pape Urbain V, qui bâtit l'aile orientale, ajouta une septième tour carrée, dite des Anges, et l'une des portes était dédiée à Saint Michel ('2).
Quant à l'Espagne, dont les croyances religieuses s'allient si intimement aux habitudes orientales dans des solennités prolongées et des démonstrations éclatantes, qui attirent les visiteurs de toutes les parties de l'Europe, elle n'a pas négligé la théorie archaugélique chère aux foules. .Ius([u'en ces derniers temps, à la jirocession de Séville, le vendredi-saint, on voyait figurer les sept anges.
A son tour, la gravure a contribué à entretenir la mémoire de la septade angélique. Sadeler a gravé, d'après Martin de Vos, une
(1) L'église était décorée d'une frps(|uc dans laquelle le Sauveur sur un trône était entouré de sept anges, avec l'inscriplion suivante : « Micliael. Vicloriosus ; Raiiliael. Medicus; (labriel. Nuncius ; Haracliiel. Adjutor: Jchudiel, Ueniuneralor ; L'rial, Sortis serins : Sealtiel, Orator. » La découverte de celle peinture, au début du wi' siècle, amena la création d'une confrérie et la fondation d'un monastère des Sept-Anges, dans lequel s'installèrent des So;urs Minimes de Saint-I'ran(,nis de Paule. Chacun des anges avait un symbole distinctif, quia servi de prototype pour les reproductions faites dans la suite. Pour ne parler que des anges apocryphes, Harachiel avait des roses sur la poitrine. Jéhndiel, une couronne d'or et un fouet dans chaque main: I riel, une flamme sous les pieds et une épée à la main, et Sealtiel se tenait les mains jointes et les yeux baissés.
(2) Parmi les objets d'art qui se rapportent à l'histoire des sept anges, l'attenlion se porte tout spc'cialement sur une intaille en améthyste d'environ .'t centimètres de hauteur, attribuée au iv siècle, et qui se remarciuail dans les vitrines du Trocadéro à l'Exposition de tST.S. Au côté droit du Christ bénissant, sont gravés en caractères grecs, et les uns au-dessus des autres, les noms: PA'I>.MI.\. PKNEA, OVPIHA. l.\(-)VS, MIXAUA, rAlJIMHA. AZAHL. Par une disposition bien rare, entre les noms des anges bibliques et ceux des apocryphes, figure, à la place d'hormeur. l'anagraïunie symbolicpie du Christ IXWX'i:. que le prophète a rippcli' '■ r.\nge du grand Conseil >i. Olte prière a été signalée par \l. .lulien Durand, dans un sav.int arlich! sur les SkI'T Am;!:-;. paru <liiis le lliitlrliii iiiiniiiniental {{. L, ; l'intaille appartenait ù .\I. de Montign).
SAWI' MICHEL l)\XS LA CHKÊTIENTÉ
planche dans laquelle les sept anges se distinguent par les attributs palermilains. Une estampe du graveur hollandais Jérôme Wierx. à la pointe d'une rare finesse, représente, au-dessous de la Trinité, de la Vierge et de plusieurs saints, les sept anges. Au milieu, parait S. Michel tenant l'étendard de la croix à la main droite, et une palme de la gauche, et foulant aux pieds le dragon. La signature porte : Ilieronym. Wierx fecil elexcicdU.
Jusqu'ici, S. Michel s'est montré à nous dans les événements, dans la liturgie et dans une série d'( eu vres d'art, où il nous est apparu comme le chef des archanges et comme le prince de la milice céleste. Avant de le considérer plus spécialement au point de vue des Eglises qui lui ont été dédiées et des ouvrages destinés à l'honorer d'une façon plus personnelle, nous allons faire la synthèse des emblèmes par lesquels on a l'habitude de caractériser sa mission. Les caractéristicpies de S. ;\Iichel peuvent être envisagées dans sa ligure propre, dans les sj'mboles ou attributs que la tradition lui accorde, et dans certaines circonstances particulières.
La figure est celle d'an adolescent qui respire à la fois la vigueur et l'élégance. A l'instar dos anges, il a d'ordinaire le nimbe, les ailes soit abaissées au repos , soit déployées pour l'action, et les pieds nus, comme à la fresque de l'église de Saint-.\guès, place Navone à Rome (xv siècle); par exception on lui voit des souliers comme à Sainte-Marie du Transtévère. ou des sandales, ce qui en Italie équivaut à la nudité du pied, comme dans un ivoire du vi* siècle. L'attitude varie selon qu'il est près du trône de Dieu, dans l'adoration ou dans l'attente, ou selon qu'il exécute les commandements du Très-
S. Michel par îva. Anfïelico.
Vcad. des Be.uix-Arts, Florence.
Mi
S\1M MICIlll. |)\\> l,\ illlill II.MK
Haut : rélan de l'action est })ien expi-inié dans les toiles de Hapharl et du Guide. Les vêtements portés par S. Michel sont dill'érents, suivant qu'il est représenté dans l'exercice d'une fonction sacrée, dans l'acconrii)lissement d'un acte de la vie ordinaii'e, un bien en chevalier armé pour Ihoniieur de l)ieu. On lui voit parfois l'aulje et la (i:ilinatiipie, et l'étole blanche, notaniuienl à Sainte-Marie du Transtévère et dans le Bréviaire du cardinal (irimani : la belle miniature de ce dernier le revêt en outre de la chappe.
L'arnmre complète, dont l'Arciiangc est souvent revêtu, i'mbrass<' Icn armes otfensives et défensives en fer forj^é. parfois doré etdamascpûné. On lui voit assez rarement la cotte de mailles et le casque, que l'on observepourtantà laScala-Saucta (tin du XV* siècle), à Sant'Andi'ea délie fratte, à Saint-Sauveur a ]:onlc rotio et à Saint-Chrysogone. S. Miiliel jiorte assez souvent le liouclier ; d'ordinaire, il le xceiilion il s'iijtpuie dessus dans le tableau à moins ipi'il ne soit à
s, Michel, sLiliiiUlc d'argent, xv s.
fc. Bonrjr , M >>., Florence,
tient au Itras, et pm- i de Perugin à Florence
terre, comme dans une gravure de Martin Schœn. .\u nond»re des armes défensives ])ropres aux chevaliers, on rencontre le bouclier orné d'un rais, symliole du coui'age, et, dans cerlaiiii's enseignes, le rais d'escarboucle ponnneté se combineavec la cioix. Au couvent de Saint-Michel en IHerm, en N'endée, pour lequel Louis XI professa une vénération toute particulière, on a trouvé une crosse en émail champlevé limousin du xm" siècle, (jui a été déposée à Cluny ; dans la voliiti'. S. Michel combat le dragon avec l'épée et porte un boucliei-, décoré d'un l'ais feuillage. Une croix ligure sur le l)0ucher d'une slalue en bois, attribuée à la lin tlu xvi'' siècle, et possédée
par l'église de Saint-^■vi, dans le Finistère. Dans telle enseigne de pèlerinage du xv"^ siècle, la cmix pleine est entourée de points
s Miilicl. viirail w s.
Cliiip Liivties. dc> liaifrnitTes.
SAIM MICHEL DANS LV CHRÉTIENTÉ
Mo
OU (le Ijesauts isolés on par groupes de quatre, pour syniljoliser les évangélistes. ou bien, elle est placée en sautoir, ancrée, ou sur champ diapré. Ailleurs, comme dans une miniature du xiv" siècle, elle est accompagnée d'un lion, emJilème du courage. En sa qualité de patron de la France, les tleurs de lis avaient leur place marquée sur les armes de l'Archange. Une miniature du Missel de Charles VI présente la croix du bouclier cantonnée de quatre tleurs de lis, et le bouclier porte également les fleurs de lis sur une monnaie de Philippe VI, et sur le sceau de l'ordre de S. Michel, exécuté en lilii'i : une statue de bois du xvi« siècle, au musée d'Angers, montre aussi le bouclier fleurdelisé.
A l'instar di- la cotte armoriée des chevaliers, la cuirasse de Saint Michel n'est pas demeurée sans ornements. Dans tel tableau italien du xvi" siècle, elle est constellée et. sur un semis d'étoiles, brillent le soleil el la lune, i(ui symbolisent le séjour de l'Ai^clianL^c cl la vigilance qu'il exerce, le joui- <■! la iiuil : li' Seigneur n'est-il pasappelé le «Créateur •> et le « Maître des astres? » .\ l'époque de Louis XIV, cet emblème chrétien pouvait bien renfermer en outre une allusion au souverain, et tel ivoire, où le soleil est peint sur la poitrine de l'Archange, contient peut-être une allusinn indirecte à l'adresse de celui qu'on a appelé le roisoleil. Sur une enseigne de pèlerinage, on remarque neuf étoiles, une en cœur et huit en orle.
Les armes offensives de S. Michel sont la lance et l'épée, et c'est contrairement à la coutume que dans le Châtiment d'Héliodore. il se sert d'iuae masse d'armes comme plus écrasante. C'est armé d'une lance dont il transperce le dragon que S. Michel nous apparaît : au xiv« siècle, dans une fresque de Saint-Sabas et dans un tableau du Musée Chi'éfien de Rome : au xv« siècle, en ce Musée, dans une statuette, une peinture byzantine et un tableau italien; en une statuette des souterrains de Saînt-Pierie : dans un tableau de la galerie Cainpana. dans une iir^dnlla à Saint-Grégoire, sur le Mont-Cœlius ;
s. Michel, col. Peyre(lS95).
SMNT MICilKl, D\NS \.\ CLinÉTIENTÉ
enfin tiu xvn" siècle, dans les éj^lises de Saint-Chi-ysogone et de Saint I.auienl m pane pcrna. Parfois la lance porte un étendard blanc, comme à Sainte-Catlierine dclla rotto (xvi« s.), ou un pennon comme dans nii ivniic du nniséc chrétien (xiv» siècle): on se rappelle tpu' liaphai'l, dans le beau tableau du Louvre, a représenté un abîme qui s'entrouvre pour engloutir le démon. (Juant à Fépée, il est à rt'maii|iii r ([u'aux mains de S. Miclii'l elle joue dilVi''rents rôles : ici. dans luu' toile de Pérugin à Florence, et dans une
;uili-e de Hai)liaël, à Paris, elle est au repos; là, elle est ))randie contre le dragon, comme dans un triptyque de 1365, au Musée Chrétien, et sur le tombeau du cardinal d'Albret, à lAra-Ca'li (1165); ailleurs, elle ligui'e la justice divine qui punit et pardonne, comme dans l'apijarilion où S. Grégoire vit TArchange remeltic la glaive au fourreau, pour «^Ipj^Lîf niaïquer la lin de la peste, ainsi que le
f ^L^JPH^ représente la fresque de Frédéric Zuccaro; Al Wk enlin, au jugement dernier, elle sert à sépa- ^ ^^ rer lesjustesdesréprouvés, ainsiqu'il paraît A ^^^ dans la scène d'Orcagna au Campo Santo à " Pise.
L'étemlartl de ((lulenr blanche, signi»
de ralliement pour la milice céleste dont S. Michel est le chef, est orné de divers symboles. Ce sont, tantôt une croix rougts comme dans un panneau peint du xV siècle, à Sainte-Catheiine délia roUa; tantôt le « trisagion % chant angélique par excellence, comme dans la mosaïque du vi" siècle à Sant'Apollinan^ in Classe, à Ravenne. La croix s'identifie ]iarfois avec l'étendard. S. Michel se st^rt du signe de la Rédemption pour maîtriser le dragon qu'il fiajipe au cou ou dans la gueule béante ; ce sujet se rencontre fréquenmient, et pour ce qui est des miniatures, on connaît une scène du Missel de Sainte-Sabine (xin" s.), et, dans le Bréviaire de Gi'imani, à la croix pend une bannière sur laquelle est figurée la lulle cuiiire le démou. De son côté, la sculpture a repiéseiité plus d'uni' lois la croix « justicière, notamment dans uiK' statuette en bron/e au Musée Chiétien (xv s.) et dans un motif du ci))orium donné à Sainte-Marie-Majeure par le cardinal d'Estouteville, (pu fut abbé du Mont oïi il s'immortalisa parle Grand- Œuvre. En d'autres circonstances, S. Michel se sert de la croix pour repousser les damnés dans l'enfer ; il se montre en cette attitude
s. Mirhcl p;ir OrCTgna au Caiiipn Santo, Pise.
SAINT MICIIIîr. DANS LA (".IIRÉTIEM'É
dans une intéressante peinture murale, de la fin du xv" siècle à l'ancienne collégiale Saint-Mexme de Chinon, et dans une belle fresque, aussi du xv« s., à Chàteaudun. En outre, la croix ligure comme ornement sur le bouclier au Musée Chrétien : sur 1 "étendard, dans un tableau du xvi* siècle à Sainte-Catherine délia rotlci; et sur la ferronnière du front de l'Archange dans le Bréviaire Grinnani.
D'autres fois, l'Archange porte un sceptre, symbole de la puissance, dans une peinture du Musée Chrétien, et celui-ci se termine en croix ou en trètle comme à Saint-Apollinaire-le-Neuf à Ravenne (vr siècle); un ivoire de la même époiiue lui prête le bâton des héi-auts, surmonté d'um- l)oule. Très rarement, il tient une palme, à moins que ce soit dans le groupe des anges, ou une Ijanderole comme dans la fresque d'Orcagna au Campo Santo de Pise, dans laquelle il appelle les élus et repousse les réprouvés avec les paroles bibliques écrites sur un double phvlactère. A partir de la Renais sance, quelquefois les artistes ont doté S. Michel des foudres vengeresses inspirées des emblèmes pa'iens; on voit cellesci, au xvi° siècle, à Sainte- Marie-des-Monts ; au xvn« siècle, à Saint-André délie fralfe, où l'Archange les tient d'une main ; au xvni'' siècle, en un tableau de l'église de l'Umilla, dans lequel les deux mains en sont armées: également, un tableau de Le Brun, conservé à Munich, représente l'Archange avec les foudres. Assez souvent S. Michel porte un globe, soit bleu comme à Sainte-Marie du Transtévèi-e (xiv s.\ soit doré, comme à Foligno, dans un panneau à fond d'or de la fin du xV siècle ; une croix sm-monte le globe dans un ivoire by/antin du vi'' siècle. Le disque timbré de la croix qu'on lui voit, est le « Signum Dei vivi, » dont parle l'Apocalypse .
Le plus ordinairement, S. Michel est représenté en vaincjuemde Satan. Le démon revêt des formes variées qui signifient la multiplicité des vices dont il est le pèi'e. C'est tantôt un anthropomorphe à
s. Michel triomphant îles démon:., par Uiibens. Musée Planlia à Anvers.
J^AIM Ml( llll. I)\NS l,\ CIlHiniliMK
tète d"animal, coninic liaiis la tuile de Rapluu'l an Louvi'e, où il ]ini-li' ili's coiiit'S de bélier et des ailes déchiquetées i-appelaiit l'ange déchu ; tautùl une sorte de monstre humain, comme dans un ivoire dn xiv« siècle, an Musée Chrétien de Rome, et tantôt un animal fantastique à corps de chii'n (4 coi'nes de bélier, dans un bas-relii Cdii XV siècle, à la Scala-Sancla à Rome. Lucifer vaincu est métamorphosé l'u serpi'nt dans un lalilcau dr Xuzzi (l;ifiô) où la tète (^st tranchée : en dragon dans uni' ]iic(lclla dn xv"' siècle, à Saint-(Ti'égoire
dn Mont-Oelius; en crapaud foulé aux pieds par l'Archange, dans un tableau de Kramantinoàla Bibliothèijne amlirosienne di' Milan. En ci'itainr rirconstancf, laitiste a tiré nu heinvux parti di' la soniili'sse dn monstre, et li'coriis (In reptile enroulé, dont S. Michel perce la tele de son épée, forme la volnle d'tine crosse émuillée au Musi'e Chrétien à Itome. On voit le démon tour à tour lié avec des chaînes que l'Ai'change tient à la main dans le beau tableau du Guide l't dans une fresijne à Sainte- Marie-des-Monts, à Rome (x\i'' siècle). on pr('M-ipitr' dans l'ablmi' enti'onvert an table:in de liaphael au Louvre.
et dans les tlannnes sur la toile du (iuide; à la frescpie de la coupole de Saint-.Vndré dellc fralte , en même tenqis ([ue la chaîne, l'Archange lient la clef qui doit fermer K jinits de l'abîme, selon les expressions de r.\pocalypse. Si nous avions à taire l'iconographie complète de S. Michel, nous ajouterions que dans telle gravui-e de l'époque de la iiestani'ation, le dragon a une tète de coq qui n'est pas sans quelque allusion avec la royauté de la brandie cadette.
Saint Micliel, justicier de Dieu, a la mission délicate de tenir le compte des mérites des âmes, de peser les })onnes et les mauvaises
s. Michel foudroyant le dragon.
Gravure ïronlispicc d'un Missel, xmi* s
SAIM \ll(;lli;i. DANS lA cmtKTlENTlî
actions dont la sonnrii' prépare la sentence du Très-haut. A Saint- Laïuvnt Hurs les Murs, sous le portique, dans une fresque du XKi'^ siècle, l'Archange pèse les reiivres qui sont représentées par les livres renfermant les actions bonnes et mauvaises, suivant le texte d'un hymnaire du xi" siècle, conservé au Vatican, et les stances de la superbe prose Dtes ira:. Le plus ordinairement, S. Michel, en qualité de i^rcicureur du Souverain Juge, tient une balance dans laquelle il pèse les âmes avec leiu-s mérites. Ou remai'que cet
emblème, au xiv" siècle, sur
univoirerlu Vatican : au xv s., à Saint-Grégoire sur le Monl- Co'lius , à Sainte - Croix di- Jérusalem et à la Scala-Sancta de rÉglise Saint-Michel et Saint-Magne, toujours à liomc^; au xvi<' s., au Musée Chrétien; et au xvu%àSainl- Sauveur a ponlv rollo et à Saiut-Chrysogone. En France, l'Archange paraît avec cet eml)lème en particulier, dans la fresque du Jugement deinier à l'église de Saint-Aignan, et sur divers porlails d'église, tels que les cathédi-ales de Bourges, d'Autun et d'Amiens. La scène du pèsement des âmes est représentée avec des circonstances aussi naïves que variées. Ici, les âmes groupées font appel à la miséricorde divine, dans la fresque de la sacristie de Sainte-Agnès, place Navone ( xv" siècle). Là, les anges et les démons apportent des l'ouleaux sur lesquels sont inscrites les (cuvres bonnes ou mauvaises des trépassés, comme au Musée Chrétien du Vatican. Ailleurs, h^ démon s'eflbrce d'incliner de son côté l'un des plateaux, comme sur la predella de Saint-Grégoire au Mont-Cœlius(xv« siècle) ; d'autres fois, deux âmes se font équilibre dans les plateaux, sur le bas-relief de la Scala-Sancta, dans une fresque de Saint-Sauveur in pane perna (xvn«s.) A l'hôpital de Beaune, un tableau remaïquable attribué à Roger van der Weyden(xv«s.) figure les mérites dans un bassin et les fautes dans l'autre. D'autres fois, en des sujets des xv" et xvi" siècles, les âmes
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s. Michel (( pcseur d'ùmes », sv'' s,. Dauil)erg
SAINT MlCIIi;i. IiAN:^ l.\ lIIlltKTlKNTI-:
sont pesées avec un poids, comme à la giilerie L'.ainpana et dans le superhe .Iii<^cment dernier du niafiniliqni' iioilail de la eatliédiale de lïourges.
Mais la mission de 8. Miclifl ennsisie sinlmil à dii-ij^er les élus vers l'élernelle félifilé. Aussi. rArclinuge suit avt'c sollicitude les âmes qui lui sont conliées, et, après avoir pesé leuis niériles. il les présente au Juge Suprêmi- ipii luoiionce la sentence: «piand elles sont dignes de la Béatitude, il les iniroduit au Paradis, et c'est avec une visible allégresse qui! [Ktrte lesàniesdans ses mains, au tableau de liramantino, à la ))ibliothè(pie ainl)iosienne (xvi'' siècle). On sait ((ue, suivant les Iradilionsde l'arl cluéHin. lis lu nu ai us sont représentés avec des corps sans voiles, el, pendant le moyen-âge, d'ordinaire sans sexe, eouime au Musée (Iluélien du Vatican.
Ni MIS lei'uiinerons ces réflexions en mentionnant (piel(iuesautr<^s détails de l'iconographie de S. Michel.
L'Archange i)0rte un diadème triangulaire, by/antin d'origine, dans un lal)leaudu Musée Clu'étien (l."!!).")}, et dans la fresque de Sainte-Marie du Transtévère, également du xiV siècle. Suivant li^s paioles de la Bible, auprès de l'autel d'or il lient l'encensoir, et l'encens qu'il ntTreàDieu symbolise les prièies. Ailleurs, sur un ivoire by/antin du Musée Chrétien, S. Michel escorte le Christ. Le coq, eni))lème de la vigilance selon la légende ancienne : <( Prye à cant de coq », paraît sur des enseignes de ))èlerinages Michelins, des xm*^ et xiv« siècles. A la suite de la fondation de fiiriiie rqyal )iar Louis XI, d'après la cnulnuir ilalleiun', nu iiii:ari|ui' au roii de r.\rcliangi' le
ColliiT ilr l'ordre dnUl il est le Jin it ecl l 'M I'.
Lé rôle particulier de S. Michel, en tant (jue couduett'Ur des âmes, eut pour effet d'associei' le culli' dr r.\rchange aux souvenirs funéraires. Depuis les âges les plus reculés, les cimetières installés à l'ombre du sanctuaire avaient comm<^' un annexe dans l'église, à savoir son atrium, son parvis, voire même ses toiu's. A Paris, à
s. Micltol. .*• la r.itlH-iIriile de Corloiie, porl.lil, cnv. Tiii* s.
SAINT MICHEL DAN.S LA CIIRÉTIENTË
Saint-Bfnoît et à ral;)l)aye de Montmartre notamment, on avait établi des ossuaires dans les tours ou dans les combles.
Dti haut du parvis ou des tours, où l'avait placé la foi clirélienne, S. Michel exerçait ses fonctions de céleste vrillcnr et de conducteur des âmes au bienheuieux séjour. A la cathédiale de Poitiers, la porte du xni« siècle ouvrant sur le cimetière, fut dite « de Saint-Michel ». Le charnier de Téglise dWrocuteuil était sous 1<' vocaljje de l'Archange. A l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, à Sens, une tour renfermait un autel de S. Michel, et, dans la suite, on le plaça dans l'église même. A l'église des Saintes-Mariés, la tour octogonale surmontant l'abside, d'où le gnclliMir veillait siu' la côte, conserve une chapelle déiliée à Saint Miciici. La célèljre abbaye de Saint-Riquicr avait son parvis précédé di' Irois portes surmontées de tours, où l'on voyait des autels en l'iiouiicur ilcs aiclianges, et celui de S. Michel élait à la porte du couchant. A l'abbaye de Saint-Gall, le devant du parvis est décoré de deux tours (pii ont reçu des autels consacrés à Saint Michel et à Saint Gabriel. A Saint-Benoît-sur-Loire, la grande tour précédant l'abbatiale porte le nom de Saint-Michel, en raison de la chapelle du premier étage. Le poi'che de la collégiale de Candes conserve une chapelle dédiée à l'Aichange. Parfois, grâce à une ouverture donnant sur l'intérieur, ces cliapelles formaieul une liiliiuie comme à Cluny. où la chapelle était suspendue sur un encorbellement.
Les chapelles de Saint-Michel n'ont pas toujours été placées à la cime des tours; on les a quelquefois installées à l'étage inférieui'. A l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, l'autel de S. Michel était érigé dans la tour occidentale, et l'on y célébrait à la fête de lArchange. Les églises de Brioude et de Saint-Ouentin ont gardé dans leurs tours des traces de chapelles, décorées de peinture.
Chapelle de St-Mitiiel (Mnrhihani
s. Mithul « peseur dVimes », Jiiy^emeiit dernier, catludralo de lioiirges.
XVU. — S. MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ
(Suite)
\ la prant foste Scinl Michiel de 1' Péril. IChanson de Roland, v. 152J.
"est à la lumière des documents liturgiques et artistiques que nous avons étudié le rôle de rArchange dans le monde. Nous avons maintenant à mentionner les sanctuaires où il reçut un culte plus iiarticulier.
L'Archange avait choisi pour son siège la cime aérienne du Mont-Tombe, et de ces hauteurs le culte de S. Miclirl rayonna suiles marches de Normandie cl de Bretagne, puis sur la France entière, dans laquelle soixante-quatre communes gardent encore le nom de Saint-Michel. Les monuments et les œuvres d'art des difîerents siècles nous permettent de snivr<' la marche jirogressivede la dévotion i)Opulaire. Leséglisesdu littoral, dont plusieurs sont reuiar(iuahle.-^ par lein:st> le, telles Genêts et runtiuson, et lUmt
SAINT MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ
telle autre comme Ardevon, avant sa reconstruction, montrait une muraille ancienne avec briques en arête de poisson, conservent des «figures» de S. Michel. D'ordinair(\ il s'agit destatues comme àPontorson,mais, parfois aussi, on rencontre des tableaux, comme à Beauvoir, où l'on remarque, au maître-autel, une bonne copie du tableau du Guide (chez les capucins de Rome), par F. de la Vente ('1762), peintre de Vire. A Avranches, dont l'intéressante cathédrale nous a été conservée par des dessins, les cultes de S. Michel et de S. Aubert n'étaient pas séparés l'un de l'autre, et se traduisent encore de nos jours par la vénération pour les « images » de l'Archange et pour le chef du pieux évêque.
Dans les deux diocèses d'Avranches et de Cnutances jadis distincts, il y avail nu bon nombre d'églises paroissiales ou conventuelles et de chapelles dédiées à S. Michel (1"). La cathédrale de Coutances conserve le souvenir de l'Archange dans une peintine murale, et l'on remarcjue , dans l'église de
Saint-Pierre, un vitrail donné en 1.")'22 « par les paroissiens «. Auprès de Mortain, au sommet d'une roche d'environ 300 mètres, se dresse une chapelle de St-Michel, rebâtie de notre temps.
De son côté, Rouen avait, place du Vieux-Marché, une égliçe remarqualile dédiée à Saint-Michel, dont le patronage appartenait aux Montois. Une tapisserie du xv« siècle, représentant l'Archange, est conservée au musée de la ville. On peut ajouter la chapelle du prieuré de St-Michel sui" le Mont Ste-Catherine, site bien caractéristique au diocèse de Rouen, et le couvent de St-Michel de l'Abbayette, dont le cartulaire aété publié par le docte M. Bertrand de Broussillon. A Caen, on voyait une curieuse statue de l'Archange, depuis mutilée et transformée, due, paraît-il, à l'habileté de Pierre Goujon, père du célèbre statuaire.
(I) Parmi les paroisses ayant s. Michel pour patron, on comptait notamment : St MIclicl-ile-la Pierre, Graignes, Pontbellenger, Ilerqueville et Briquebost : on connaît aujourd'liui St-Micliel-des-Loups.
Michel o( le dragon, p. m- W Cathédrale de Coutances.
SAIM Mic.iiKi. i)\Ns I \ (:iiiii;hi;mF.
L'Arnioiiqiii' lU' le coila à aiu-unc province dans la liévotion à Saint Michel. Sur la cinu' du Mont-Dol jaillit une fontaine (|ui ne tarit point, et la légende populaire montre l'empuinle du jiied de l'Arehange lorsque, d'un Ixmd, il s'élança de ce rocher sur le Moiit-Tombe qu'il devait consacrer par son ineffaçable souvenir. La l'emai'qualile cathédrale de Dul a lune de ses verrières occupée par un .lu.neuieul deiiiier ofi les anges assisleni le C'.lirist. suivant les traditions évangéliques. Dans le Morbihan, à un quart d'heure au nord-est lie Carnac, se di'esse le tumulus préhistorique dit Mont- St-Michel, d'où le regaid euilirasse un superbe panorama sur les plaines et les mystérieux alignements. Le caractère et les traditions de ce monticule ont porté a y élever une modeste chapelle dédiée à l'Archange, où les femmes des matelots viennent prier pour leiu's maris, sans oublier d'ailleurs la fontaine de Saint-Michel, sise dans la lande. J'^n nos temps, près de ('.arn;u/, à Kergonau en Plouharuel, les liénédictins fnudèreiil un couvent sous le vocable de S. Michel, au fond du vallon du Légué, tapissé de ju^airies et de jardins.
Lannion, petite ville aux rues tortueuses et escarpées, a pour principale foire celle de Saint- Michel «jui dure ti-ois jours; on y joue des tragéflies l)retonnes, qui t'ont passer les expressions les plus naïvemeiil éuuies sur la figure des jeunes tilles de la contrée, pareilles à des sphinx avec leuis coiffures à longui'S barbes. A l'nuest, dans une anse pittoresque, au noid de riestin,esl la grève dite de Saint-Michel, ju-ès de laquelle le roi Artur triomiiha, dit-on, d lui horrilile dragon qui désolait le pays. Dans les Côtes dii-Xord, l'église de Saint-Michel <^n Grève, au boni delà nier, conserve une statue en bois de l'Archange en chevalier, l'épée flamboyante levée, avec le bouclier d'azur à la croix alésée d'or (1) ; et l'église de Kermaria en Is([uif, remai'quable pai' son iMuche et les peintures de la danse macabre et de la légende des trois motls .t des trois vifs, garde aussi, du xv* siècle, une statue de S. Michel,' armé, le casque en tète et la lance eu main, l'iappanl Luiàfei' qui se
s. Michel, vitrail. 1522.
Eglise Sl-Pierrc, Coutances.
(1 1 M. r.aulliiT du Mollay a fait une étude inlôrossantc sur le Cutle de S. Michel dans le diocèse de St-llrieuc et Tréguier.
SAINT MICHEL HANS LA CIIRÉTIEMK
iio
redresse d'une faeou d'autant plus étrange que tous deux sont taillés dans le même l)locde pierre.
L'Arinorique revit toute entière en Tréguier, assise sur sa colline, les pieds dans la mer, ipii murmure à l'ombre des châtaigniers, et dont l'histoire s'incarne pour ainsi dire en sa curieuse cathédrale à la tour antique, aux tombeaux mystérieux et au cloître plein d'un charme lïiélancolique. En traversant les rues accidentées de la petite ville silencieuse, dont les dehors aussi bien que les habitants au type harmonieux font penser à Sienne, en Italie, on arrive sur la hauteur à une chapelle d'où le regard plonge sur la nier. Le monument, sous le vocable de S. Michel, rappelle un voyage, à Rome, de S. ïugdual dont le retour fut accompagné de circonstances merveilleuses ; l'éditice , remontant au xv« siècle, est démantelé, mais la tour sert de guide aux navires arrivant à Tréguier.
Entre Lamballe et Plougueiiast, à la rencontre de deux vallées, Montcontour étage ses maisons coquettes et ses frais vergers siu- un mamelon couronné par une église aux magnili(iues verrières Renaissance et par un clocher fantas- ^ ti(iue. La localité renfermait autrefois les trois paroisses de Notre-Dame, de Saint-Michel et de Saint-Mathurin, mais la dernière subsiste seule.
Puis, c'est Guingamp, assise au centre d'une fertile vallée, sur les boi"ds du Trieux, dans un cadre de riches plantations, et qui offre un aspect des plus pittoresques avec ses vieilles maisons dominées par l'imposante église de Notre-Dame. Avant la Révolution, Guingamp comptait, entr(^ autres églises paroissiales, Saint-Michel qui était située en dehors de l'enceinte ou faubourg de ce nom ; à l'édifice détruit a succédé une petite place, mais lesou\"enir de l'Archange persiste dans une des portes de ville, dite de Saint-Michel ou de Brest. Au Folgoèt,célèbre par la gracieuse légende du «Fou du bois », lacharmante église flamboyante montre im autel décoré surle devant d'une aimable série de seize anges tenant des banderoles, tandis que le portail latéral conserve une naïve statue en granit de S. Michel terrassant le dragon au milieu des Ilots, aussi du xv siècU'. .\ Les-
Michel, slatue \\' s , église Kemuiria
426 SUM MICllRI, D\NS LA CHRP.TIENTR
nevon. l'cgliso paroissiale moderne est dédiée à Saint-Micliel ; à Brasports, au-dessus de la porte principale de Téglise, se voyait une chapelle de Saint-Michel pinlaiil la date de 1674.
La Rretagne nous réserve d'autres souvenirs de l'Arcliange. Dans le fronton du curieux porche de l'église de Lampaul,on reuiar(iue uni' statue de S. Michel avec, au-dessous, la date : A.D.MYXXXIIl. A Douarnenez, la porte principale est surmontée d'une chapelle dédiée à l'Archange avec une voûte à lanihris, ornée de curieuses peintures du xvn' siècle. L'élégante église des Iffo, à cjuelques lieues de Rennes, intéresse par son architecture des xv et xvi« siècles et surtout par ses trois belles verrières. La fenètn» du chevet montre dans le tympan le Jugement dernier, où S. Michel conil)at li' démon qui cherche à s'empai'er des âmes pour les engoufTrer dans l'énorme gueule enflammée qui reçoit les damnés. Dans la cité n)ème de Rennes, au xu<' siècle, le duc Conan III et sa mère Ermengarde fondèrent une chai)ellc en riionneur deS. Michel, et celle-ci a donné sa désignation à une porte de ville, disparue mais dont lesouvenirpersiste dans la place et la rue de ce nom.
En parcdui'ant la lisière de Bretagne et de Normandie, nous salmms quelques oratoires Michelins. A Limi-ai, près d'.Vlençon, les seigneurs avaient fondé une chapelle en l'honneur de l'Archange dans l'église paroissiale. Le château de Gui ou (ioul, au canton de Carrouges, ruiné durant la giu^ri-e de Cent ans, avait une chapelle sous le vocable de l'Archange, et elle a été reconstruite de nos jours; à quelques lieues s'élève St-Michel des Andaines. Le diocèse île Séez renferme, en outre, comme paroisses sous le vocalile de S. Michel, Celles de St-Michel de la Forèt, d'Ecorsoy. de jiidierti'é, de Criia])tes et de Montsecrel. .\u iliocèse de Bayeux, se voyait Saint-Michel-de-Montse(a-et,tiui fut icconstruili' au xvui" siècle. Dès le XI* siècle, l'église du château de Tinchebray avait une chapelle dédiée à l'Archange ; la tour de Saint-Rémy garde, à sa base, une chajjelle de Saint Michel, dans laquelle une peinture ancienne le représente terrassant le dragon, f'.e sanctuaire était le siège d'une confrérie de Saint-Miihel l'nudée jiar treize notables « chaiilaliliunnl congrégez ». Laval avait jadis une collégiale du même nom, et le musée garde la statue de Saiut-Michi'l de Monlours. Le château de Caen, à roccasion des fouilles, a livré une statue de S. Michel on guerrier avec bouclier orné d'une croix rouge, l't terrassant le dragon. La chapelle de Saint-Michel des Vignes, dont le coteau domine Evreux, a été heureusement restaurée de noti'e temps.
La Basse Bretagne est demeurée fidèleau culte de Saint-Michel.
SAINT MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ
Gnérande, au front de remparts unanimement admirés, montre parmi ses portes et ses tours celle de S. Michel, d'une allure imposante. Plus au sud, la petite plage de Saint-Micliel-Clief-Chef est justement fière de sa nouvelle et élégante église, consacrée» à l'Arcliange avec une décoration dont les motifs sont empruntés à l'océan; celle-ci renferme deux «figures» de S. Michel, l'une du xv« et l'autre du xtx« s.
Après avoir suivi le courant religieux qui nous portait d'Orient en Occident, nous revenons vers le Centre en remontant la Loire dont la vallée est si fertile et les coteaux si ravissants. L'Anjou tient sa place dans le concert en l'honneur de l'Archange. Jadis, « près de l'église Saint-Michel, était une placi' des plus belles de la ville, et à cette église commençait une grande rue du même nom, el à côté, l'Hôtel de Ville, orné d'une belle tour d'horloge. « Outre l'église paroissiale de Saint-Micliel du Tertre, on voyait à Angers la chapelle de
St-Michel de laPalude, près Saint-Aubin. En côtoyant la Loire sur la rive gauche, on salue l'abbaye de Saint-Maur, ou de Glanfeuil,où l'on a retrouvé les vestiges de la chapelle Micheline flanquée de contreforts. Le clîâteau de Montsoreau, beau spécimen mutilé de la tin du XV" siècle avec un escalier rehaussé d'ornements Renaissance, avait une chapelle dédiée à S. Michel, dont on voit les restes de style ogival auprès du portail d'entrée du chastel. Plus au sud, Fontevrault, célèbre par son monastère de femmes fondé par Robert d'Arbrissel, et illustré par un ensemble de monuments superbes, par les tombeaux des rois d'Angleterre, dits Plantagenêts, et par une série d'al)besses du sang royal, possède une église paroissiale sous le vocable de S. Michel ; l'édifice se rattache au xii" siècle par ses voûtes de style angevin, avec des remaniements au xv' s. et une galerie extérieure en bois,
S. Michel a reçu une place d'iionneurdansle .Jardin de la France, en la Touraine aux riantes vallées arrosées des ondes transparentes de maintes rivières, avec ses coteaux mollement ondulés où les sveltes clochers d'églises et les tourelles ajourées de châteaux se cachent derrière des rideaux de verdure, au milieu des bosquets de
Purte de S. Michel ii <-iiu''rande, \\' s.
S\l\r MK'IIF.I. I>A\S I.\ i:HHI'.TIENTF:
Chàleaii lie Sl-Micliel (l.-ct L.).
roses, do lilas et de jasmins. A une lii'ue en amont, Candcs, au conlluent di' la Loin' et de la Vii-nnc, nous intioduit on Touraino. J)ans un panoi-ama mcrvcilliux où les Romains ont laissé des vestiges, le souvenir de S. Martin, '[ui ninurul en cet endroit, persiste en la monumentale église op;ivale au front crénelé. Au-dessus du portail latéral, avec porche reposant siu' une colonne çentiaie it animi' de curieuses statues, l'sl ime ancienne chapelle dédiée à St Michel; une peint ui'e murale figure l'archange prenant sous sa protection une âme ({u'il présente à son juge. La très intéressante collégiale de Saint-Mexme. à Chinon, garde un Jugement dernifr de l;i lin du xv*" siècle. a\ec un Saint Michel terrassant le démon.
Dans la Véron, dépendant jadis du chapitre de Candes, se voit l'église de Savigny, sous le vocable de l'Archange ; elle a été reconstruite de notr(^ temps, mais, de lionne heuri', le J)ourg eut une chapelli» dilf « desanges ». Non loin de la voie romaine de Tours à Angers, au sommet de la colline, se dresse le bourg de Saiut-Miclul : la lucalité doit son nom à l'église paroissiale dont la construction bien caractéristitpie en petit appareil culiique a été remplacée par un édifice moderne. Le château féodal de « Saint- Michau , » dont il demem-e ime portion, a été reconsl ruit au xv siècle, et le souvenir pojiulaire de r.\rchange se manifeste par cUpieux pèlerinages et par une foin' champêtre considéralile , le jour même de la solennité.
En remontant vers le nord, nous saluons l'église paroissiale de Souvigné, également dédiée à l'.Vrchange ; l'édifice roman a été remanié et a l'eçu, au xvi» siècle, deux belles veriièiesd.'MOi, qui trcjuvenf Iimu- C(jmplémenl dans un vitrail moderne, représentant S. Michel cpii tenasse le dragon, et sorti des ateliers justement renommés de M. Lobin. L'Archange a d'ailleurs sa
AbiKivo do .~. MiL-licl di- lkii3-\ubrj il.t.-1-L.).
SAINT MICHEL DANS LA CHliRTIENTË
représentation ancienne dans le vnussoir du portail roman, et, mieux encore, dans une statue eni^ierre du xv siècle;sa figuie calmes'encadre dans une chevelure épaisse retenue par une t'ei-ronnière avec la croix; rAicliange vêtu d'une robe tient d'une main son bouclier en forme de blason triangulaire et, de l'autre, manie la lance dont il perce le dos du monstre ; celui-ci, au corps de quadrupède et à la tète en partie humaine et en partie léonine, d'une patte saisit le bas du l)Ouclier et de l'autre prend la partie inférieure de l'aile. Ce détail a peut être quelque rapport avec la légende de la plume de l'aile de Saint Michel; du moins, dans sa simplicité et sa sérénité, cette statue otfre un type intéressant de l'iconographie Micheline à la fin du moyen âge.
Parmi les nombreuses aljbayes bénédictines de Touraine, celle de Luzé ou de Bois- Aubry, non loin de la Vienne, était sous le vocable de S. Michel. L'église, de la seconde moitié du xn'' siècle, fut dotée au xv« s. d'un beau clocher et d'un élégant « sacraire ; » on remarque sa salle capitulaire aux chapiteaux élégamment ouvragés. L'Archange était aussi le patron d'un autre couvent bénédictin au nord-est de la Touraine ; j'ai nommé Villeloin dont il subsiste l'ancienne église paroissiale et dont l'édifice, l'econstruit, conserve une curieuse statue de S. Michel terrassant le dragon. Au nomltre des anciennes paroisses de Touraine supprimées et rattachées aux communes les plus proches, plusieurs avaient l'Archange pour patron. Ce sont : Saint-Michel-des- Landes, devenu un hameau de la commune de Charnizay; Saîht- Michel-du-Bois, dont la dédicace eut lieu le 8 mai, et Saint-Michelde-Chédigny appelée aussi Saint Michau-sur-Lidrois, qui a été fondue avec la paroisse de Chédigny ; on y conserve deux statues de S. Michel.
La capitale tourangelle donna toujours l'exemple de la dévotion envers l'Archange. On y voyait, dans le voisinage de l'Oratoire, l'église prieurale de St-Michel-de-la-Guerche. A la collégiale Martinienne, la belle tour dite Charlemagne s'appelait aussi « de Saint-Michel. «D'ailleurs, à défaut du vocable donné à l'édifice lui-même, le culte Michelin s'exprimait parfois par le nom d'ime chapelle, d'un oratoire, ou par quelque objet de piété. On connaît la cathédrale de Tours, ce
s. Michel, st. b, x^'■ s Église de Chédigny (I. et-L ).
S\!\T MlCllKl. ll.VNS LA ClIltRTIF.MF:
gracieux monuniPiil d'une unité parfaite dans la nuance des trois époques ogivales, avec ses deux teiirs élégantes aux fines arcatiires, aux intéressantes statues, à l'escalier incomparable, et aux dômes d'une liardiesse et d'une grâce achevée, œuvre des architectes Bastien et Martin François, alliés à Micliel-Cdlonilje. Or, entre les deux tours, au sommet du fronton triangulaire, rayonnait la statue de l'Archange en costume de chevalier et de sa lance terrassant le di'agrm, travail de la seconde moitié du xv" siècle comme le portail lui-même, et dont le dessin nous a été conservé par les anciennes gravures. La collégiale de Saint-Gatien avait plusieurs chapelles desservies sous le titre de St-Michel (1). Une chapelle, dédiée à Saint Michel, servit de sépulture à quelques archevêques de Toui's.
D'ailleurs, Tours montrait d'autres témoignages de sa dévotion envers l'Archange. Sur la paroisse de Saint-Pierre-du-t'.liardounet était le fief de S. -Michel de la Guerche. Une rue de la ville, proche l'église de Saint-?:;tienne, portait le nom de Saint-Michel. Siu- divers points, des enseignes laissaient pendre leurs carreaux, en fer ouvragé, « à l'Image de Saint Michel ». Les antiques maisons de bois avaient placé la représentation de l'Archange sur leurs chambranles sculptés, et l'une des plus curieuses maisons de la rue du Change conserve, mutilé, S. Michel revêtu d'une robe terrassant le démon
qui, sous la forme d'un dragon, mord le bas du bouclier.
Dans les environs, jadis, on voyait à
Vençay, actuellement SaintAvertin, la cha-
pelle de Saint-Michel qui dépendait de Saint-
K' ^ ^^ Martin. Sur la paroisse de Ballan, jn-ès du
ehàteau de Carnaux, s'élevait une chapelle dédiéi' à Saint-Michi'l et relevant ilu chapitre lie Saint-Gatien. En outre, l'on observait des chapelles dédiées à S. Michel dans l'église cistercienne de Fontaines-les-Rlanches,dans s. Michel de Souvigné (i.-et-L ). j^ cimetière d'Artaunes et à Crouzilles ; Faye-
la-Vineuse, doté d'une belle église romane avec déambulatoire, avait
(I) Ce sont : St-Michcl-des-Anges, St-Miclielde-la-Grange, fonili'-o en 1312, St-Michel-dc-Lanbnrdemont, St-MichpI-de-Ia-I5asochc, .^l-Mictiel-dcs-Crdncaiix, SlMicliel-de-.loliiiiont. St-Micliel-dc-Hocliepinaid, qui possédait le fii'f de ce nom en la paroisc de Monllouis ; d'autres chapelles avaieiil associé le nom li'nii saint il celui de r.\rclianf,'e comme celles de SlMichel et St-(iilles, de Sl-\!iclicl et St-Malhurln, la(|ucllc, au xni' siècle, possédai! un domaine à I.i \ ille-,Tux- Damcs.
SAIM MICIIKL DANS LA ClIKËriE.NTK
trois chapt'lli'S dites Sl-Michel-iles-Anges, St-Micliel-dc-Cantault et St-Michel-du-Pont. A Cliinon, l'ancienne et curieuse collégiale de Saint-Mexme avait une chapelle dédiée à l'Archange, et, nous l'avons dit, une peinture murale du Jugement dernier, de la fin du xV' siècle, garde un S. Michel en chevalier au manteau agrafé sur la cuirasse, qui éloigne les damnés avec la croix. La magnifique Sainte- Chapelle de Champigny-sur-Yt'ude, bijou de la Renaissance, émaillé de onze splendides verrières de la vie de Saint Louis, qui iléiient toute supériorité, portait à son pignon occidental une statue actuellement disparue de S. Michel terrassant le dragon, du xvi" siècle.
La cité Amboisienne, qui fut longtemps le séjour de la cour, montrait untdévotion toute spéciale poiu' S. Michel. On n'a pas oublié cjue c'est là que Louis XI institua son ordre de chevalerie. L'Hôtel de Ville était surmonté d'une statue, exécutée en 1487 par le « tailleur d'ymage» Antoine Briaut, peut-être celle qui se voit à l'église paroissiale de Saint-Denis ; et nous ajouterons ici qu'à Saint-Martin-le- Beau, une jolie maison Renaissance porte à son sommet une statue de l'Archange terrassant le dragon. La cullégiale Saint- Florentin du Château , aujourd'hui détruite, renfermait une autre statue en jjierre de S. Michel. A l'église des Gordeliers, en grande partie ruinée, un vitrail montrait le seigneur Cliarles d'Amljoise, revêtu du collier di' lOi-ilro. et, sur son prie-Dieu, on lisait: « ,S7 Michael sa/va me. >>
C'est qu'en ell'et la peinture sur verre n'avait pas manqué de payer son tribut à l'Archange. On le salue notamment dans les verrières du xvr siècle, àCangy, à Yillandry dans un .Jugement dernier (1543) ; à Mettray, S. Michel se tient, la lance à la main gauche et les ailes déployées, en qualité de patron derrière un donateur et une donatrice, peut-être Michelle de Fescan, agenouillés aux pieds de la Vierge avec l'Enfant, sous un élégant portique : on suppose que c'est à cette dame de Mettray que l'on doit la fondation, proche l'église, d'une chapelle dédiée à l'Archange, qui fut détruite au xvn" siècle. Quoi qu'il en soit, la chatellenie payait à son suzerain cinq sols par an, à « la feste sainct Michel Mont de Garganne. » De son côté, la
». Mklu-I, façade d'Azay-le-Ricleau, xvi' s.
S\iM' MICIII I. |i\\> l,\ Cllllllll'MI
S. Michel l'I les dc.n.iteiirs Eglise de ilettray, xvi' s.
famille de Beaune, célèbre par la protection qu'elle accorda aux arts etdonl la fortune connutdesallériiativesd'éclat et de revers, a laissé sur le verre la jireiive de sa dévotion à Saint Michel. A Scniblançay,
où Jacques de Beaune avait son château féodal, il dota Téglisc d'un vitrail représentant S. Michel et le dra^'on. Il fit de même pour l'église de Ballan, jiaroisse I lu il possédait son joli manoir de la Carte. Dans ce dernier vitrail, fort ri'inaniualilc l'Archange, quiijorleune cuirasse damasquinée d'or et un manteau de pourpre, descend du ciel, foudroie le dragon, aux couleurs verte et rouge feu, d'un geste souverain exprimant bien l'expression bil)liijiie : Qia'.s ul Drus.
En même temjjs, le bronze célébrait en notes harmonieuses les louanges de S. Michel. On avait assez l'habitude de graver son effigie sur les cloches, avec limage de la croix et de la Vierge ; en particulier on la retrouve sur une cloche de Saint-Martin de Tours, dite de Saint Michel, sur les cloches de Semblençay, du château de Chavigny (1.j61) et de l'église de Cbaiiipigny (1.570): celle de Sl-Michel-sur-Loire avait la légende : « Sancte Michael ora pro nobis , l'an ].")72 jay été fondue et nommée Michel. «
En poursuivant vers le sud notre pèlerinage Michelin, nous observons dans la très curieuse église de Saint-Savin, en Poitou, d'intéressantes peintures attribuées au xm"" siècle et représentant des scènes de l'Apocalypse, entre autres le combat contre les anges révoltés ; S. Michel jiaraît à la tète des anges, armés de la lance, de l'épée et du bouclier et montés sur d'ardents coursiers. Parmi les scènes mouvementées, où les artistes ont exercé la virtuosité de leur ciseau pour reiirésenter le Jugement dernier à l'entrée des i-athédrales, il n'en est pas de iilus remarquable que celle du magnifique portail de Bourges; S. Michel y ligure en « peseur d'âmes » avec une majesté qui' iiiHis :hv(iiis jiji'ii leinaripiée . Au siiipliis. en parcourant Im
,i^ai>»»i
s. Michel, xw' s Vitniil à Uatlan
SAINT MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ
magnifique série des vitraux nous relevons, ici, un Saint Michel terrassant le dragon, de petite dimension, et ailleurs, un Saint Michel, Tépée à la main, avec la famille des donateurs. On n'a pas oublié (juc Jacques Cœur, le célèbre argentier de Charles VJI, I)ossédait quatre « galleassi'S », ou naviivs, poiu- son commerce, et que rvm se nommait Saint-Michel. Près de Bourges, au village de Plainpied, un<- belle église romane de cisterciens garde, sin- un chapiteau, une représentation sculptée de deux archanges avec les noms de « S. Michael » et de « S. Piai)hael ». Dans la Creuse, la chapelle reconstruite du Puy-Saint-Michel redit sur les cimes la gloire de l'Archange.
A Limoges, écrivait un touriste du xvni"' siècle, « il faut voir l'église de St-Michel ». .\ussi bien, fidèle à ses traditions religieuses, lémaillerie a redit la gloire de l'Archange d'une faron charmante, suivant le vieu des paroisses etdes couvents. Croix pr(jcessionnelles, reliquaires, cotfrets, plaques d'ornements et autres objets conservent l'empreinte de la vénération du moyen-àge. Parmi les œuvres de l'atelier de Limoges, au xiii« siècle, on doit signaler dans le trésor de Chervez, notamment, une crucifixion avec les deux archanges » S. Michel » et « S. Gabriel », une descente de croix, où S. Michel paraît les ailes baissées et le manteau agrafé sur la jioitrine, et une croix processionnelle, où l'Archange attend la mort du Sauveur pour porter l'âme au Père Céleste. Ajoutons que S. Michel remplit le même rôle dans le beau triptyque en émail du xui'" s. conservé à Chartres, et dit Châsse de Saint-Aignan.
Rocamadoui', au site si pittoresque et au pèlerinage si célèbre, conserve ime chapelle très ancienne dédiée à S. Michel. La Sainte- Chapelle de Bourbon-l'Archambault, parmi une foule de curiosités, avait une verrière représentant l'apparition de l'Archange à Constantin. iJans le Gers, la fertile vallée de la Baïse nous montre le bourg de Saint-Michel, qui doit son nom au vocalile de l'église. La petite église Saint-Michel d'Entraigues, dans le village de ce nom, à une heue d'Angoulême, a la forme octogonale avec une abside semi-circulaire à chaque pan, et le tympan de la porte d'entrée est orné d'un bas-relief ijui représente Saint Michel , vainqueur du dragon.
Oratoire S-Tînt-Mù-hel à Roc.imadour.
SMM Mll.llEl. liAN> l.\ (.llHi;riENTÉ
Lr culte (le S. Miclu'l a fleuri avec éclat sur los rives de la Garonne et s'est épanoui à Bordeaux en une église vraiment monumentale, qui compte parmi les plus ivuiarquables édifices dédiés à l'Archange. Fondée vers le milieu du xn* siècle, l'église de Saint- Michel a été reconstruite au xv siècle avec des embellissements qui se rattachent au xvi" siècli'. Le uioiiuuK'nt avec les trois nefs d'égale largeur, et niesuiaul 7i mètres de longueur et 22 mètres de hauteur, impressionne par la beauté des proporlinns, par l'élégance de la décoration et par les (fuvics d'art qu'on y remarque. La l'eprésenlalinudeS. Michel figure au sommet de la chaiic, dans deux vitraux et dans une toile, mais il occupe une autre place d'honneur. Dans la décoration des trois remarquables portails aux élégantes broderies d'arcatures et de feuillages, mouvementées de lines statuettes, la porte offre ime délicieuse page « ystoriée « figurant r.\|ipariliiiu de l'.Xrchange à révè(pie dv Sijjonte, près le Mont- Gargan. Enfin, au sommet de la façade principale, au-dessous d'ime petite bretèche. une niche de style Renaissance abjite une statue de S. Michel qui triompVie du di'agon. Au surplus, le^clocherest digne (je l'église, dont il est d'ailleurs séparé de quel(iues mètres: c'est une superbe tour sur plan hexagonal, de 108 mètres d'élévation, bâtie vers la fin du xV siècle, restaui'ée et consolidée par les soins de M. Abadie. Ajoutons qu'à l'église romane de Sainte-Croix, avec curieux portail véritable échiquier des archéologues, on voit un tableau dans lequel r.4.rchange combat le dragon avec un trident. Au pays de Gascogne, l'Archange n'est pas seulement honoré dans les somptueuses églises. En la paniisse de Lagos, un oratoire isolé parmi les bois convie chacjue année les pèlerins à venir eu fnule à la fête du patron: Saint-Michel d(- RicafTret joui! également d'un pèlerinage populaire.
L'Archange, messager des volontés divines, ne pouvait recevoir une place mieux en rapport avec son rôle que la cime aérienne des édifices et des tours. La cathédrale de Chartres avait sa toiture surmontée d'une statue Micheline, et, dans un di)cuinent, on voit le prévôt Henry faire « réparer le toit de l'église et dorer l'ange de la girouette. » Le clocher de l'église du Dorât est surmonté d'une statue pivotante tenant une croix hastée. lîne statue de l'.Vrchange, une grande croix en main, se dresse à rorient de la toiture de la
Ëglise S'-Micbcl, Borde-iiu.
SAINT MICIIKI. hWS l,\ CIIUKTIENTIÎ
Saiiitc-Cliaiji'lle à Paris. D'ailleui-s. les monuments civils exprimaient parfois, eux aunsi. les aspirations des liaLiilants de la cité. La tour du liclTi-oi de l'Hôtel de Ville d'Orléans portait à son sommet une statue de S. Michel tei-i'assant le dragon; elle était en ploml> doré avec des reliques, fut érigée en l'tOl par les échevins et fui renversée par les Huguenots, en l.'jti'J. Puisque -— ;;j nous sommes dans l'Orléanais, nous ajouterons (pie l'abljaye de Ferrièi'es possédait une statue ({ui est conservée au musée de Montargis.
Au Puy (Haute- Loire), de bonne heure, l'abrupt roclier volcanique appelé Saint-Michel d'Aiguilhe, sur sa cime aiguë d'envii'on 80 mètres, redit les gloires de l'Arcliange; c'est en9(i-J que le doyen donna au chapitre l'oratoire récemment construit. Autour de rédicule carré à voûte pyramidale et aljsidioles, on construisit, vers la fin du xr^ siècle, l'église actuelle au vaisseau très curieux et dont la façade décorée d'incrustations montre, dans les niches de la jjartie supérieure, la
figure de S. Michel avec celles du Père Eternel, de la Vierge, de S. Pierre et de S. Jean.
A aucune épo(pie, la ca{)itale di' la France n'a mamfué de témoignera S. Michel sa vénération publique ou privée. La belle Fontaine moderne de St-Michel. sur le grand boulevard de ce nom, résume cette longue tradition d'histoire et d'art, ipii s'exprimait, en qiielipie sorte, dans la poi-te, la voie et l'édifice placés sous le vocable de l'Ar-
Moiii-Saint-Mitliel dWiguilhe, .lU Pu>
SMM Ml(;ili:i. |i\\S l.\ CIIItl.TlKNTK
S'-MicIiL'l dWitruiihe, faradc el in Irrieur.
cliange; U- Pont, daboid .'ii bois cl bàli en i;!S'j, ayant été emporté ail XVI" sièclo avec <> les maisons du custé du Cliàlclcl », l'ut rccons-
I i- Il i I . L ' i'' l; 1 i SI' des Saints- liniocenls avait iiiu' chapelle dédiée à S. Michel, et Notre- Dame, enire antres sujets, dans les bas-reliefs de sa façade, conserve \\i\ élé;4anl S.Michel lerlassanl le dragon. Saint- Michel-des-Batignolles, de nos jours, a sa confrérie et une revue Mil'heline.
Si nous prenons piiiir guide li'l iM'rivain du milieu du wni*" siècle, il nous signale divers ouvrages, nolamment « dans la galerie d'Apollon, un S. Michel précipitant aux enfers les mauvais anges, peint par Le Brun : aux Feuillants de la rue Saint-Honoré, dans la deuxième chapelle sutla gauche, S.Michel combatlant contre 11' démon, peint par \'ouel : dans le cabinel du Itiii au Luxembourg, S. Micliel foudroyant le démon , peint par Raphaël ; dans l'église des Carmélites de la rue Sainl-.lacipies, sur la porte^ une ligure de Saint
Michel qui terrasse Lucifer, sculiilés d'après les dessins de Stella. » Il est à peine utile d'ajouter que, actuellemeiil. le Louvre, outre les deux toiles de Hapliael, possède de Mantagna un S. Michel avi-c les Gon/agiie, et St- Michel avec Ste-Apolliue, ;dnsi qu'une autre représentation de \'\v-
ÏS. Michel, p. m., xi' s i'-glis3 >.-D. du Puy.
FonLiioc J> Michel. xi\' s., Paris.
s VINT MICHEL DANS LA (:IIRKTIE\TK
Église Sl-Micbel de Dijon, a» xvn^ s.
change avec ileux monstres et une ville. Nous pourrions poursuivre cette énuniération, mais nous devons nous limiter.
En iiuittant la capitale, nous mentionnerons, près de Brétigny, une église dédiée à l'Archange ; au château de Pierrefons, une statue en bronze ; au portail méridional de la cathédrale de Meaux, du moins jadis, iinr statue de S. Michel qui lui a donné son nom. A Saint- Michel -sur- Orge (Seineet-Oise), l'église est décorée d'une statue récente de l'Archange en terre de Lorraine. La Bourgogne tient son rang avec honneur dans le livre d"or à la gloiri' de S. Michel. A Dijon, d'après le récit d'un voyageur du xviir siècle, « il y a sept églises paroissiales, dont celle
de Saint-Michel, recomniandable par la beauté de sou portail orné de sculptures, et par ses deux tours faites en Ibiiue de Dôme. » L'église de Saint-Philibert de Tournus (Saône et-Loire) , l'un des édifices du xi" siècle les pi us curieux de France, offi'e un narthex dont l'étage supérieur était consacré à S. Michel. A Avallon, en souvenir
de la délivrance à rencontre des Protestants en 1591, on faisait chaque année, le jour de Saint-Michel, une procession solennelle à laquelle assistaient les habitants « jusques au.'c escoliers, deux à deux honneslement vestus , ayant chaciui un cierge ardent, accompagnés et conduits par le principal du collège. »
Dans le canton de Ville en Tardenois , les églises de Sarcay et de Rosnay gardent deux statues de S. Michel terrassant Lucifer. A Amiens, le portail nord de la cathédrale a une statue, et l'une des portes a le nom de l'Archange ; à Poligny, la chapelle de Tournay avait « une ymage de St-Michel d'argent >> avec des reliques. N'oublions pas de mentioimer, dans le Nord, les belles églises du Havre et de Lille, non plus que l'ancienne abbaye de St-Michel du Tréport.
Abbaye St-.Miciirl du Ireporl (mon
S\l\r Mli.lli:i. |)\NS l.A I.IIKKIIKNTÉ
Dans l'Est, nin' alibayc dédiée à Saint Mieliil amail été fondée par N'olfang, on 70!), sui' la montagne do Chàliljun, il, an ix'' siècle, Smaragde en aurait transporté lo siège à Saint-.Mihifl : dans l'église de cette localité, on voit une ^taliie monumentale en buis. L'abbaye de Gorze possédai! un oratoire de Saint-Mieliel, installé dans une tour et dédié, en lldô, par Hicliard, évè<pied'Albano et lé.yal du i)ape. A (iuc'jiw illcr. en Alsace, l'é.yiisi' romane de Saint-Léger i)réseule un pon-lie compris eiilre les deux tours occidentales, d le premii'i' étage a une ancieime chapelle de Saint-Michel. A Schlesladt. une chaiiellr de l'Archange s'élevait sur l'ossuaire dans le cimetière de l'église de Saint Georges.
Si nous allons vers les reliions plus ensoleillées, nous voyons, dans l'Aude, la belle égliseSt-Micliel de Carcassonne. L'.\rcliange a
un sanctuaire vénéi'é à Cousson, dans la liaulieuede Digne. Saint-]\[ichel-en-Iieaurnonl, dans l'Isère, est en possession d'une ■\L;lise neuve dotée d'un vitrail ligurant l'Archange ; l'abbatiale de Saint-Antoine en Nii'nnois, dans une crucifixion yx'inte an w' siècle, otïre le S. Michel « ijeseui' d';'iines ». Le jièleriu Mic-heliu (loi! un souvenirau couvent bénédictin «le Si-Michel de C-Lixa, enHoussillon ; à Toulouse, au J'anlMiurg de St-Michel ; à Marseille, à l'église de l'Archange : à Avignon, à la porte de l'i'nceinte papale placée sous le nnin de St-Michel. et aussi à la chapelle dans le couvent des Céleslins. A Aix, le tableau du (Jourrinnement de la Vierge l)ar le très grand iieintre jirimitif Nicolas Finnient, alors à l'anhl di' X. D. de la Consolation, montre S. Michel sur le C('>lé du sujet. A Alet, dans l'Aude, la belle abbali.de i-iiinée de SainI .Mieliel ('lait justement lièi'e de sesdeiix tours, dont l'une élait dédiée à Nnliv l»amc> et l'autre à l'Ai-i-liange. Dans la Savoie, l'Archange reste populaire par la i'nire si mouvementée île Saint-Michel eu Maurieiiue, et par rr-glise de St-.\Iicliel de Cluse. Cette pi'ovinee, qui esl le li.iil d'uninii eiiiie hi l<'rance l't l'Italie, nous conduit li>ni iialutellement dans le pa\s, nù les arts ont l'ait à l'Archange une si éclatante auiéole.
En la très pittoiesipie vallée de Suse, s'élève la collégiale de
s. .Mtctiel, éc. bourguifriione, iiiiisèe du Toulou«u.
S^INT MICHEL DANS LA i;HKKTlKMi:
Fcte au Mnnt-Gargan au wiu* s dessin de DespK's.
Saint-Micliel. Dans le Piémont, non loin de Turin, le l)Ourg de Saiut- Ambroise est dominé par l'ancien couvent bénédictin de St-Michel. C'est surtout au Mont-Gargan, dont nous avons déjà pailé. ipie l'Italie doit sa dévotion pour l'Archange, dont l'apiiarition eut lieu au M''- siècle sous l'évêque Laurent de Siponte. Durant tout le moyen âge, le Mont-dargan attira des foules innombraltles de pèleiins, et. après Saint-Pierre de Rome, c'était le centiv de i^èlerinage le plus fréquenté de l'Italie et l'un des sanctuaires les plus vénérés du monde entier.
Le Mont-(Targan ne garda pas pour lui seul le privilège de voir sa solitude consacrée au culte de l'Archange, et, dans la chaîne occidentale des Apennins, au milieu de la Campauie, le voyageur se plaît à saluer certaines
retraites entourées de la vénération populaire. Au sud-est du Mont- Cassin, sur les bords du Vollurne est la petite localité de Sant'- Arcangelo: puis, en descendant le tleuve, vers Capoue , celle de Sant'Angelo. En outre, le sommet d'une haute montagne près Capoue gardait un sanctuaire célèbre, appelé Mont-Saint-.\nge ou
Saint-Michel. Si nous descendons au midi, à deux kilomètres environ de Noie, nous trouvons le couvent franciscain de Sant'- Angelo ; et, à quelques lieues de Rieti, le bourg Castel Sant'Angelo. Le golfe enchanteur de Xaples a lui aussi sonMont-Saint- Micliel: ses tlancs pittoresques sont cou- \erts de châtaigneraies, et sa cime, qui s'élève à 1400 mètres, est siu'montée d'une i-liapelle de Saiul-!\Iicliel . hélas! en ruine.
Xaples, la cité où la dévulion populaire revêt les couleurs les ])lus chaudes et les formes les plus sémillantes, se glorifie d'une série de représentations de r.\rchango. Sant'Angelo a Nilo montre, au maître-autel, un S. Michel de Marco daSiena (qui a également peint r.\rchan,i;e à l'église des Saints-Apôtres), et, dans la sacristie, S. Micliel avec S. André ; Saint-Philippe de Neri garde S. Michel et la Madeleine par Giordano ; Sainte-Restitute conserve une Madone
Monte Sant'Angelii. ville et château.
HO
SAINT MHIIKI, ll\^^ l,\ (IIUIUIKNTK
assistée di' S. Michel cl de S. Restitule |>;ir Silveslnj ila Buoni ; et St-Pierre a un S. Michel par Muliano : Sainte-Marii'-la-Xeuve j)0ssède une statue de TArclian.ne que l'un atlrilnniil nairuèiv à Micliel-Ange. Dans le musée Boi-honico, on remaiiiiic ]i;irnii les peuilures : une vierge avec S. Michel et S. (ialniel. de l'école ]jy/anlini^ , S. Micliel invoqué par Simon, pape, S. .Jérôme el S. .Iari|ii<'s de la Marca. dans la manière do van Eyck, enfin S. JMichcl par ili' \ ilo,
el l'Archange Iriomphaul de Lucifer, pai' le chevalier d'AriJJno.
A deux lieues enviniu au sud es!
deSoiu'ente, ]iai' les n luIes omhragées d'orangers, de citrouniers el di' grenadiers, se voit le Petit Sanl'Augelo, l)eaucoup moins élevé (pie son aîné.
A leur tour, les îles de la inerTyrrhénienne nous invitent également à les visitei-, et, au-dessus de l'ancienne Lipara, liàtie en amphithéâtre, nous voyonsse dresser le Mont-Saiul Auge, à (iOO mètres d'altitude.
Capoiii'. la reine dr ranciemie (lampanie. de\cnue une modesti' |(ir:ilili''. conliuiie du moins à honurer rAicluiuge ]iar le souvenir i\r di-ux sanctuaires. De l'église Sant'Angelo in Ando .\ltis i^du nom île ses sim-
gnelirs) il subsist<' li' Vestil)Ule de
r<nlrée principale, dont lesai'cades légèrement ogivales reposent sur quatre colonnes; San Michelead Curtim estformé d'uneiiel' terminée pai' une al)side ;ivec uni> crypte ornée di' peintui'es. A peu de ilistance de la ville, sur If ludiit '11 t'a to, se voyait uneal)hayel)énédictiiiea|>pelée Sant'Angelo in Koi-mis. L'église, de forme basilicale, est précédéed'iin majestueux porticpicel l'intérieur, à liois nefs terminées par autant (l'absides, rappelle par son ornementation la mémoire des princes Ni iiiiiiiuds, en siirte (p.i'elle est ciiimiii' ri'Tlio prolongé de notre a])haye Micheline par de-là les Alj)es. l'aïuii les intr'ressanti's jjeintiii'es murales où certains jx'rsonnages poitcut les costumes des princes Normands, (iii remarque, dans l'.disidr centrale, le Christ aux riches vêlements sur un tii'me hrillant de pierreries et, au-di'Ssoiis. plus grands cpie nature, trois anges, dont S. Michel revêtu d'une robe enricliie d'ornements et tenant \n\ bâton qui touche le
Vioij;c,S.Mi,;l,fl,.| SCaliriil.pai 1.
Acail (lo.s li.-.V.. riorencc
SAINT MICIIKI. liWS |,\ (IIHKTII-MK
lit
sol. Le Mont-Tifato avec son San Michèle est le Mont-Saint-Michel « sans le péril de la mer », au milieu de la Campanie ou terre de labour.
A l'occasion de ses voyages en Italie, au xvni» siècle, l'abbé .1. Barthélémy, académicien bien connu [lar sa science et le charme de son style, écrivait : « Ces superbes monuments des hommes, ces grands etYorts de la nature qui se succèdent ou se réunissent tous les jours sous les yeux, étendent les connaissances, agrandissent les idées et nous portent souvent au-dessus de nousmêmes. Rien n'est si vif que l'enthousiasme qu'on éprouve dans ces occasions, et ce jjlaisir affecte toutes les parties de l'âme. » Combien plus intenses sont les émotions éprouvées par le chrétien, à la vue des œuvres sublimes réalisées par le catholicisme au cours des siècles, spécialement sur ce sol privilégié ! Tous les charmes de l'art et tous les enchantements de la nature font vibrer en S(jn âme un hymne inelfable d'admiration et de reconnaissance. A son tour, le pèlerin de Saint Michel goûte une joie particulièrement profonde dans la visite qu'il fait aux sanctuaires et dans le culte qu'il
rend à la glorieuse mémoire de l'Archange, qui \a ronti nu» 4' d'occuper notre pensée.
S- Michel, sl.ltue xii' s , église S.-M. .1 Cinpiinli
Kylise du Moiit-GiU-yan i Pliut Klein)
Uéfecloire »le l'abbaye Je S. Mîihel des Prénionlri'S à Anveis
jFrn-^Tiiti'; Oiiellinu? piiix — Meiirirus r.iuv.ri)< ■^cnlpsiti,
XVIU. — S. MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ
(Vin)
lion* li (Hol.iTiil) Iramist Sun anglp clicrubin Siiiil Micliifl do l'IVril.
YUianson de fioliiml, v. *3!i:) i J
ers Rome se tournent sans cesse les regards de celui (jni cherche les divines clartés de la loi, aussi bien que les sjilendeurs des lettres et des arts. Ii"A]iiiarilion de S. Michel ;iii M(iul-( iarean nmis a (-(iniliiil. par une penh^ toule naturelle, vei's les sanctuairesdel'extrr'Uiiléde la péninsule ; niais, avant de pénéliei phisaxanten Italie, L. de Neusiria pia j^^^^g devcHS faire Hotre visite à la capilale
du niiindechrélien. poui-y lecueillirlessouvenii'srelatifsà l'Archange, lîiinie jiosséda na^jiière (juinze éj^lises et oratoires dédiés à S. .Michel, et il eu subsiste six don! le uinnuiueiit le plus impditanl esl S. .\ngelo in pescheria, diaconie cardinidice el collégiale, avec sa cloche l'undue en « MC(JXC1 i),et c'est de cette église ipie, le joui' de la l'enlecote, le tribun Galas de Rienzi s'élança tout armé et enlouié de ses partisans
SAIM' MICIIKI, DWS I. V CIIIXKTIKNTf:
s. Michel, statue à St-Aiige altfU)ut''e à Reinin.
pour proclamer la Répiil)li(iiie. La Chapelle Sant'Aniifelo de Castro, an sommet du MoIp d'Hadrien, est destinée à rappeler la cessation d'une peste en 590 en même temps rpie l'Apparition de l'Ai^chani^e protecteur; c'est ainsi iju'il a donné son nom au touil>eau im[>(''rinl ileM'im forlel'esse, au iiont orné de statues aiigéliques par Bernin , à la Porta angelica et au Borgo Sanl'Angclo,
Au IX'' siècle , non loin de gigantesques consirnctions romaines, considérées connne les restes d'un palais de Néron, Symmaqiie décora de UKisniques un autel de l'Ai'change dans l'église Saint- André ad 11. Petrimi, et le pape Léon W édifia une église en rinnmem- de l'Archange, appelée maintenant San Michèle in Borgo ; elle présente la forme basilicale avec un campanile du xiif siècle, est le siège d'ime association romaine dite des « cent prètri^s et vingt clercs, » et renferme le tomlx^au du peintre Rapha("'l Mengs (m. 1779). Enfin, en cette région, on
salue Sant'Angelo al Corridoio, dont le nom tient à ce que l'église est adossée à la curieuse galerie couverte, à l'aide de laquelle le pape Alexandre VI lit communiquer le Château Saint Ange avec le Vatican: et aussi, plus en a\al sur la même rive du 'l'ihi'e, le vaste Hospice de Saint- .Mii-hel, que le voisinage du fleuve a fait apjieler San Miclieli' a Ripa.
l'ài outre, ;iu snmiiiet dtt Janirule, jirès de San l'ietro in Montorio, l'sl la petite église, nagiièfê p;iroissiale.
(lite Sant'Angelo in (ieiioclo, dans laciuelle le souvenir des anges est réuni à eeliii du martyre <lu [nince des apôtres. De fait, de très honiie heure, le culte de l'Archange fut associé, dans les rites cntlmliqnes et dans la dévotion populaire, aux primitives traditions de l'église. Sur le Mont- Vatican, auprès du palais de Néron et de l'Eglise de
Château Saiut-Aiige, vue moiterne.
tu
s;\l\l \l|i lli:i, liWS l,\ Clim TIKNTÉ
Médaille de S. .Micli.-l Tnippée à Kuiue.
Sainte-Pôlrciiiille. sélevait un oratoire consacré à rArchange S. Michel et dit in Valicano. Les aginmiissements do St-Pieiie en amenèrent la dcsli-iiction, mais le sonv(^iiir se perpélua dans la basi-
liiliii' par 1111 aulel dédié à S. Michel et placé près de celui de Saiute-Pétronille.
« Tous les chemins vont à Rome », dit un antique adage. De fait, c'est toujours avec une douce satisfaction que nous revenons à ce merveilleux foyer de la religion et des arts, pour y étudier les divers aspects du sujet <(iii nous occupe. Sinous cheminons l^ar la Ville Eternelle, à la rechei'che des monuments qui se rapportent à l'Archange, nous rencontrons Sant'.\ngelo al Latcrano, qui fut la première appellation de l'ilùpital de St-Sauveur, depuis, de St-.Jean : une petite église, jadis sous le titre de SanfAngelo de Rota; auprès des ruines du mausolée d'Auguste, l'église Sant'Angelo de Auguste ou de Aiigusta. A la base du Mont-flapitolin. auprès de la place de la Consolation, s'élevait l'église Saint-Michel in Statera, couronnée d'une petite coupole, dont la désignation provenait peut-être de la balance que tenait l'Archange « peseur des âmes, » à moins que ce ne soit de « l'aîrarium » de Saturne. Sur le bord du Tibre, près de la porle Sainte-Marie, s'élevait l'église Sant'Archangelo ad Rlephantum, ainsi nommée à cause des ornements d'éléphants ; et, près de la célèbre basilique de Sainte-Pudentienne, se remarquait l'église de Sant'Angelo in vico Patritio. du nom du quartier. En dehors de la porte Cavalleggieri s'élève l'église paroissiale de Sant'Angelo délie fornaci, plus comuje sous le nom de « Santa Maria», fondation du xvi" siècle, appartenant aux chanoines de Saint-Pierre.
Outre les églises du litre de Saint-Michel que Rome renfei-mait ou possède encore, il y a quelques chapelles dédiées à l'.Xrchange. Nous avons salué à Saint-Pieii-e lui autel de SaintMIrlici. l'un des se])t autels que l'on doit visiter afin de gagner ceiiaines indiiigeuces et qui est orné d'une belle copie en mti.saïqiie du tableau df S. Michel
-■Muliel sui 11- I hjte.-iu Si-Ange.
SAINT MICIlliL DANS L\ CIIUKTIENTË
iV)
par le (iiiidi' ; on sait (juc hi ri'mai([iia!)le toile du maiti-c forme rétable d'auti'l au couvent des Capucins. Sainte-Marie-Majeure (jui, par son anticpiité, ses souvenirs, ses œuvres d'art et sa remarqualjle architecture, est uni' des basiliques romaines les plus visitées, avait elle aussi sa chapelle de Saint-Michel; (41e la devait an cardinal d'Estouteville, qui fut abl)é du Mont, mais la chapelle a été depuis transformée en baptistère et a perdu son vo(-al)le. Au surplus, la Ville Eternelli» est riche en tlociunents précieux pourl'iconographie Micheline, ainsi que nous l'avons indiqué (1).
Nouscpiittonsla Ville Eternelle poursuivre à travers l'Italie notre pèlerinage religieux el artistique. L'abbatiale de Sainte-Scholastique. près de Subiaco. a une crypte dans laquelle ^\ne peinture murale représente la scène du Mont Gargan, où le taureau se réfugie dans une grotte, frappé de llèches par des gens munis d'arquebuses. Dans la cathédrale de (iaëte, un beau tableau provenait, dit-on, d'un couvent de béné-
(l)LeMusi''o (llirétieii du A'aticaii possède une crosse ea émail bleu du xiii° siècle, dans la volute de laquelle est, l'archange et le dragon; sur un petit cofTiet. on remarque trois médaillons renfermanl des anges aux ailes déployées et (pii liciinenl des livres (xiV siècle): un disque en cuivre doré montre le Sauveur entouré de trois archanges du xv" siècle ; des platiues d'émail ligurant la crucifixion montrent deux anges au-dessus des bras de la croix.
Ailleurs, le xiii' siècle nous a légué une miniature d'un missel à Sainte-Sabine, el une fresque au portique de Saint-Lavuent Mors les Murs Le xiV siècle a laissé ù la galerie lîorghèse un tableau de l'Ecole de Giolto. et un autre d'Orcagna (salle xiii% n" lût); au Musée Chrétien du Vatican, un ivoire, un panneau pcintd'Allegritus Nutii (l-lfi.")) ; une fresque à lextérieur de Sainte-Marie au Traristéxèrc, une autre à Saint-Sabas, et une statue à l'Hôpital de Latran. Le xv siècle a placé dans la galerie Borghèse un tableau de Benvenulo Garofalo (2"' salle. n° 6); au Musée- Chrétien, un autre tableau italien et une statuette en bron/è; dans les souterrains de Saint-Pierre, une statuette en marbre, une statuette de l'ancien ciborium de Sainle-Marie-Majeurc. œuvre de Mine de l'iesole : au tombeau du cardinal d'Albret (1465) à Sainte-Marie in Ara-C(eli ; à la Scala Sancta près de Saint-Michel et Saint-Magne. un bas-rt-lief.
L'apparition de S. Michel sur le Mole d'Adrien, est représentée dans le rétable sculpté du maitre-aulel à l'église de Saint-Grégoire au Mont-Cii'!ius et dans une peintuie murale à Saint-Grégoire à tiipetta. De son coté, l'apparition de S. Michel au Mont Gargan. a exercé le talent des artistes, depuis les miniatures des livres d'Heures. jusqu'aux fresques de grande dimension. .\ Uome. on voit une peintuie du xi\' siècle, à la galerie Borghèse. et une fresque de I5S1 dans la Salle des cartes géographiques au Vatican.
SAINT \1M III I. luNS i.\ i:iiui 1 UN n:;
clicliiis. cl ci'll uvir ailnni;il>lc. alIriliiKM' à Broii/iim, linin-,. la
YitTgo avi'c rEnl'ant iknis iiiic ^^loiic : an ilrssons. soiil six animes dont la tifàci' laiipi'lli' Ira An^i'lico, cl, an milieu d'eux, S. Michel vêtu iTaiic cuirasse, une |i:iliiic à la maiu oauche l't de la droite lenaiil une lance surnioulé»' d'une croix avec bandi-rolc doid il perce l<' diafïDn. A Pérousc . l'église si cnrieuse de Sanl'Angelo présciilc la l'ornie circnlaiic, à l'instar de la rotonde bâtie par S. Aiilierl. Volterre possède une église sous le vocable de Saint- Michel, doni riulérieur a i-evètu tous les caprices du style » barocco » : au cnuvent de San fiirolamo. dans un .Ingénient dernier en terre cuite de Lucca dclla Itubliia, rArchauge considère le visage suppliant d'un jeune hounne, véritable chef-d'o'uvre de sentiment religieux : dans une Annonciation de Benvenuto di Giovanni, aux cotés de la Vierge assise sur un fond d'or, se tiennent SainI Michel à raiiuui-e antique el Sainte (Catherine.
La Toscane et lOmbrie, provincesprivilégiées des arts, ou! iiiiipli leur devoir envers l'Arcliauge. A Florence, on i-emarcpie la curieuse église dite Or san Michi'le, du xiV siècle, siège des corpoi-alions auxquelles on doil les remari|iiables staliies; à Sante-Croix, un
combat de l'Archange et du ilragon, de l'école de (iiiillo: à la Galleria anlica e moderna, l'ouvre de lîotticelli ligliraiil les I rois archanges et Tobie, où S. Michel tient lépée levée; à l'Académie, dans une Descente de Croix, un S. Michel d.iul la tète se détache sur des ailes d'or: à Saint-Maïc, dans un giadiiel. une miiiialiire tort reuianpiabh; par Ira l!eni.'delto. 1 )aiis la im^me légion, à Alveriia. dont le site a élé décrit par Dante, S. l-"ra mois d'.\ssise lit nue retraite en riioiiiienr de S. Michel et fut gratilii'' de la célèbre Vision. A l'ise. dont nu poète a chanté l'expédition des Pisans an \r siècle avi'c l'Arcliauge sonnant de la trompi' devani lis troiiiies. il y a l'église S. Michèle in borgo, avec façade du xiv siècle, à arceaux snpei-posés, et lesnperbe r.am]») Santo retient par le célèbre .Ingénient dianier d'Orcagna. A son loui-, Siiauie conseive, entre antres leiivres de la calhé-
Lc Christ,
. .MichuI et le» »iiinl>, |iur Ofc M.Tri.t .Novell:», Florence.
bAIM MK.III.I. hAN> I. \ ( :llliKllF,>ll';
di'aU', 11' bas-rolii'f en marine de la chaire avec le Jiigemeiil dernier; à l'église del Carminé, un tableau de S. Michel par Beccafumi, dont on voit une Chute des Anges à l'insl il iit des Beaux-Arts ; Lucques UK ml re 1 église de S. Micliel, fondée au vui" siècle avec une façade du xur et, sur le pignon, un ange gigantesi[ue aux ailes mobiles; mi sail i|uc cette église gardait le u Saint Voulti^ », figure d'une vénéral>leLuilii[iiili'' ; llologne cnnsei'Vi' comnii'pciuhiri's. à San l'i'tronio, un S. Micliel par Calvari; à San Domenico, S. Michel avei' plusieurs saints; à San (iiacomo Maggiore, un S. Michel par Calvari, et, à la Pinacothèque, un S. Micliel par Innocenzo de Imola, dans le genre de Uaphard.
Dans les environs, près de la porte Castiglione, s'élève l'église de San Michèle in Bosco avec son couvent (pii est un des plus remarquables de l'Italie. On voit, à Città di C.astello, une église de S. Michel ; à Pérouse , une église Sanl'Angelo ; à Viterbe, l'église Sant'Angelo in spata. A Cortone, le Gèsu, dans une série de tableaux de la Vie de S. Dominique par fra Angelico, montre un S. Michel « dune pureté et d'une noblesse remai-quables.
qui font les délices de tous. » On connaît encore, à Pescia, la Tour de Si-Michel ;
à Cagliari et à Fano, les églises sous le vocable de l'Ai^change ; et à Are/zo, un maître-autel avec un bas-relief figurant S. Michel. A Prato, célèbre \k\v la chaire de la cathédrale, on voit l'ancien couvent de St-Michel.
Non loin de Lodi, s'élève la pelhe ville de Saul'Angelo avec son castel à tour carrée, (jui rappelle celles de Ferra re et de Mantoue. Empoli, qui baigne ses pieds dans l'Arno, tandis que son front est ceint d'une délicieuse couronne de riantes collines, vénère l'église de San Michèle a Pontormo, dans laipielle, parmi les œuvres d'art, on salue un S. Michel et une cnicilixion avec S. Michel et S. Jean l'Evangéliste, peints par .lacques Carrucci, dit le Pontormo. La charmante cathédrale d'Orvieto, dont la façade est décorée de mosaïques d'une iDualilé exquise et de iioiubreux lias-reliefs en marbre blanc, iii'i i'ou ne sait (ju'admirer le plus de la grâce et du mouvement ou de l'infmie variété des sujets empruntés à la Bible, est justement lière des superbes fresques île Luca Signorellî,
s. Michel, à Sl-Joseph de l'isluic.
s\i\T \ii(:iii:i h\\> \.\ ciiiii iii;\ri-:
Jugement dernier, les Élus, fresque du x\' s. l)ar L. Signorelli. cathédrale d'Orvielo.
piéciifsciir <!<■ .Miclii'l-Angf ; lundis que le ciseau du sciiliiteiir a dolé l'Arcliaiige de la rnhe et des ailes, le peintre, ilans le .Tiinenicnt di-rnier, n'a pas négligé les pièces du costume mililaiic du céleste elievalii'i-. A l'église ili' Saint-.Iiivenal, l'autel unijim l'u marbre est
leliaussé i»ar un panneau ligurant S. Michel et un évoque. Busto Arsizio, parmi seséglises, eiimpte Saint-Michel i|niest une des plus anciennes, et fui lejiàlie au xv siècle sur d'agréables proi)ortions.
Xdire pèle riiiage est luin d'être achevé et nous léserve d'autres contentements. A Arrezzo, dans l'église de 8t-Fianciiis. le pinceau de Spimdli Aretino, élève de (ijolhi, a laissé un S. Michel terrassant le dragon, et l'Apparition de l'Archange sur le Mole d'Hadrien. Milan conserve, au Musée Brera. un S. Michel vainqueur di' Lucifer, par Marc(j d"( tggione, élève de Li'Minard de Vinci : et, à l'Ambrosienne . une éliidi' de Michel -.\nge pmir le Jugeiuenl ijeiiiier.
Pavie a son église de St-Michel, dont l'architecture et la SCllIpluic rappelleiil la manière rhénane. Parme possède une église de Saint- Michel, ainsi que Modène. Entre Turin et Suse se dresse un couvent de Saint-Mi(di(d sui' un sommet fortilié.
Dans la province de (Jones, C.ella et (;onigliano ont leur église déiliée à l'Archange avec une ))elle peinture par PerinodelVega, élève de
Ju^'cnient dernier, les Héprouvês, fresipie du w' s. Pnr L- Sij.'nnrelli, cathédrale d"(»i-vielo.
SMNl' MICIIKL lUNS I. \ CIIIU l'IENTK
il!)
Raphaël; dans la pn-mièie, il s'agit ili- l'Aichangc, et, dans la seconde, d'une Sainle-Famille.
La Méditerranée enveloii[ie de ses tluts d'azur [ilus d'un souvenir Michelin. A l'ile Procida, à la fôte de S.Michel, les femmes revêtent le costume grec et dansent en s'accompagnant de tambours. La Sicile conserve au Musée National df Palermc, un S. Michel par Liica GionhuKJ ; à Monreali', dont \r cloître magnifique sert de cadre à une cathédrale décorée de superbes mosa'iques, l'arc triomphal de celle-ci montre la Sagesse adorée par les archanges S. Michel et S. Gabriel. A.Trapani, est un oratoire dédié à TArchange, et, dans la cathédrale de Gefalu, on salue la Vierge avec quatre archanges. A Nicosia, anti(|ue cité de la province de Catane, l'églisi Santa Maria Maggi^n conserve un monument considérable, formé d'environ GO statues du ciseau de (îagini et qui se termine par une remarquable statue de S. Michel : (juant à l'ancienne église de Saint- Michel -Archange , entie autres objets d'art, ejli' garde une bidle statue où le sculpteur Jean-Baptiste Volsi a représenté son héros vêtu à la romaine el pen-ant de sa lance la poitrine de Lucifer.
Notre sujet nous adéjà conduit vers la reine de l'Adriatique, mais nous
devons y revenir. Venise, placée à la rencontre de l'Orii'Ul et i\r l'Occident, dans le cristal de ses lagvuies comme dans un miroir féerique, reflète les charmes, les traditions et les symboles des peuples des deux mondes. Sans parler du Jugement dernier de Palm a le jeune dans la salle du scrutin au Palais-Ducal, à l'angle de la Piazzetta et du quai des Esclavons se dresse la statue de S. Michel, dont l'épée en métal est au service du droit et de la justice,
SMff W« 1^1
Les trois Archan^'os par Carolgi, musi-e de VOrooe
4oO
• MM MK III I p\\> I \ i:iiiu;ïiemé
suivant rinscri|itioii qui se lit sur une liaudcrole : «Ensc bonos logo, malorum oriniina puigo ». LAivliange brillait au sommet du campanile de S. Marc avant sa chute et y reprendra certainement sa place. Le Musée National montre un S. Michel dans un tableau du Sauveur avec des saints. p;ir Michel Caiibuno. et la Justice accompagnée des archangi's Michel el (ùiljiiel i)ar del Fiore. Surtout le merveilleux bréviaire du cardinal Grimani.à la bibliothèque de St-Marc. tient en réserve une délicieuse représentation de S. Michel eu ange revêtu des habits sacerdotaux. Au point de vue des monuments, on observe encore Téglise de Saint-Michel du Lido, qui comiita parmi ses prieurs le chartreux Mariano de Volterre, auteur d'un poème mystique sur w les Sept ParoU-s du Christ en croix » ; et pai-mi les iles, qui sont comme autant de constellations de la Reine de l'Adriatique, on salue celle de Saint-Michel avec son église du xv« siècli'.
Dans la région, on visite Este, dont rexistence fut unie à celle de Venise, et des seigneurs de Trieste et de Padoue ; elle renferme nne petite église dont la façade est l'œuvre de l'architecte Scamozzi, de Vicence. Dans la remarquable basilique de Xotre-Dame-de-Lorette en la nef latérale de gauche, parmi les ornements et mosaïques d'une série de chapelles, se voit une reproduction du S. Michel du (îuidi-. L'imposante cathédrale de Macerata renferme une mosaïque superbe de S. Michel, n-iivre de Calendra d'aitrès le dessin du cavalier
d'.\r{iino, et qui fut otïei'te au cardinal Mario Maiefoschi par le pape Clément XIV. Sur les rives bleues de l'Adriatique , entre Bari et Polignano aux belles grottes sur la mer, le voyageur t'ait l'ascension du Mont-Saiut- Michelqui a 1H7 mètres d'altitude et présente ini iianorama ravissant.
Sur cette côte enchanteresse nous serions tentés de revenir à Ra venue, dont nous avons déjà parlé, mais dont les charmes attirent assez vivement et letiennent si complètement. Ce serait pour revoir l'abside de Sainte-.\gathe- Majeure, ornée d'une mosaïcpie attribuée au v siècle, dans laquelle est représenté le Sauveur assis, entomé de deux anges nimbés, vêtus du pallium blanc, d'une tunique blanche et d'une étole bleue; ces anges sont Michel et Gabriel, qui tiennent à la main une sorte de bàlon, lequel ressemble à une hasteou mieux à un roseau d'or. Nous
Jugement dernier, portail itu Mumler, Heine
SAINT MICHEL DANS LA CHRÉTIENTÉ iol
ne négligerions pas, pour y contempler les représentations d'anges, de franchir le seuil de Saint- Vital, œuvre exquise de l'art byzantin qu'on ne se lasse pas d'étudier et d'admirer.
Et maintenant si nous quittons l'Italie pour remonter dans le nord de l'Europe, nous aurons à saluer de nouveaux témoignages de la vénération du peuple et desartistes. Les bords du Rhin, au milieu de leurs souvenirs anciens, ont une place pour l'Archange. La magnifique cathédrale de Cologne, sans parler du tableau moderne « Les neuf chœurs des anges « par Steinle (18ii), offre une chapelle de St-Michel avec rétable du x\^ siècle. Francfort a sa grande foire de S. Michel, qui se rattache au moyen âge. Puis, c'est Darmstadt, dont le Musée a un S. Michel de Perugin: Aix-la-Chapelle avec son église de St-Michel ; Hildesheim, dont l'église Michaels-Kirche est ornée de remarquables statues des apôtres. La catliédrale de Bamberg a une chapelle de St-Michel qui fut consacrée au début du * *'"^'"^"' •' ' ^-^^o" '^ Au.socurs.
1 XVI ne S-
XIII' siècle, et l'on connaît une curieuse
statue de l'Arcliange, attribuée au xiv* siècle A l'église N.-D. de Dantzig, dans un superbe tableau de Menling, paraît l'Archange ailé avec la cuirasse et l'épée. Le musée de Dresde compte, parmi ses joyaux, un triptyque attribué à Jean van Eyck, qui se trouvait au XVII' siècle dans la collection du célèbre banquier Jabach; aux côtés de la Vierge en manteau rouge, assise sur un trône, se tiemient S. Michel avec un prie-Dieu, et Ste Catherine. L'Arsenal d'Augsbourg a sa porte surmontée dune statue monumentale de l'Archange avec divers ornements, œuvre imposante de .Tean Reichel.
Notre pèlerinage aux sanctuaires Miclielins et aux œuvres d'art pourrait se prolonger, mais nous sommes obligés de nous limiter : nous devons pourtant une place d'honneur à la Belgique, qui nous fournit une étape des plus instructives ili. Biuxelles a choisi r.\r-
(I) Les localités de Belgique possédant des églises paroissiales sous le vocable de Saint Michel sont : Archevêché de Malines : Meselbroeck. Anvers iSts-Michel et Pierre», llekelgheni, Bruxelles > Sts-Michel et Gudule. Waerloos, Vellhem. Keerbergen. Brecht. Louvain (façade dessinée par P. -P. Rubensi. Monstreux. Weelde. Oevel et West-Meerbcck : — Diocèse de Bruges : Saint-Michel (lèz Bruges). Zuyenkerke, Courtrai, Cuerne, Avecappelle. Roulers. Ichlegeni. Boesinghe : — Diocèse
ioî
SAINT MICHEL l>ANS l.\ (IIKKÏIENTÉ
change pour patinn el Ta placé sur le sceau de la cité et au soninift du beffroi de lliotel de ville. Cette statue est l'œuvre de .Martin van Rode, qui paraît s'être inspiré du superbe tableau di' Mruiling à Dantzig. Elle est formée de lames réunies de manière à servir de girouette en donnant peu de prise au vent : S. Michel est vêtu en chevalier, Tépée levée el nui' petite rondachc à la main gauche, et sa sillioui'llc liardie se dessine ni'Iti'mi'nl sur le ciel. Un « Agnus Del » du pape Martin V(I'4l7-14:;{lj, placé à la base, paraît indi([ucr qu'il fut exécuté et installé vers cette éiioque. A plusieurs rciiriscs, au cours des siècles, on dut le i<'dcirir, et la di rniére restauration eut lieu à la lin de l'année 1^90. Nous ajouterons qu'au sommet de la nouvelle morgue de Bruxelles, on a placé une remarquable statue d'une valeur de 2.J.OO0 francs, ([u'il y avait jadis une place dite de St-Michel, appelée actuellement des Martyrs, que parmi les églises, on visite Sainte-Gudule et St-Michel. ((u'à l'église de N.-D. du Sablon, l'autel de l'Archange est surmonté d'une belle statue, et que le musée Wiertz ganlc le tableau de la Révolte des démons. A Tournai, le
jul>é de la cathédrale est ilécoré d'une statue en bronze de l'Archange, triomphant de Lucifer.
A Esclaye, province de Xamur, un oi'pheliuat de St-Michel a été insl;dlé dans une maison de Templiers.
De soncôté, Anveis ne pouvait manquer de prendre sa place dans cet admirable concert.
La cathédrale, si justement lière de sa Descente de Croix, de Rubens, montre un Jugement dernier, de .lac<pies de Backer, et un tableau d'autel ilu xiv" siècle, St-Michel et le dragon, tandis (jue
s. Mi<lit.'I, i';.'live lies Piéiiionlrt'S .i Anvers. (J. van Crues del. — II. (^.luse sculp.).
de Gand : Gand. Kicldrechl. Hautein-Sl-Liévin; — Diocèse de Liège : Brt-e. Olcppe, lalliay. Kcssolt ; — Diocèse de Namur : .\llerl, \\'aul5orl, Monnoiil. Maiiiplciiii, Neufchàlcau, Villcrs-pn-Faguc, .Vve-cl-Aulfc , — Diocèse de Tournai : Koiileiiay. Ùcrpinnes, Bourlcrs. Graly, Saint-Sauveur, Graiidiiictz cl BralTc. [Note conununiquép par le savant M. J. Casier, président de la société royale de photographie, à Gandl.
SMM MICHEL DANS LA CHRETIENTE
Kglisc St-Miehel, Gund.
Il' Musée conserve la Chute des Anges, de Fran(^ois de Vriendt, dit Floris, jadis à l'autel du Serment des escrimeurs dans l'église Notre- Dame et dont nous avons donné firécédemment la reproduction . A son t(inr, Gand montre avec un légitime orgueil sa belle église Saint- Micliel, du xv» siècle, de proportion considéralile et d'intérêt majeur, et c'est sur cette charmante impression que nous quittons cette patrie (les arts. Quant à la Hollande, elle est moins riche en ouvrages ;\lichelins. A titre de rapprorhement, on peut mentionner, à la tour de la cathédrale d'Utreclit , un S. Martin à cheval servant de girouette. On visite à Zwolle l'église de St-Michel qui n'est pas sans intérêt.
L'Espagne a payé son tribut d'hommages à l'Archange. La cathédrale de la Séo d'Urgel a sa flèche surmontée d'uin' statue de S. Michel, disposée en manière de girouette. Parmi les églises sous son vocable, il y a St-Michel de Escolada. Au nombre des superbes tapisseries flamandes du xvr' siècle, du musée de Madrid, on voit la série de l'Apocalypse où paraissent des anges armés. Dans l'église de Vielia, au Val d'Aian, la scène du taureau mystérieux l't de la procession au Mont-Gargan, et une représentation de S. Michel transperçant Lucifer de sa lance et tenant ime balance où sont deux personnes qu'un démon attire avec un croc, fixent justement l'attention.
La Suède, ((ui monli'e parmi ses décorations le collier de l'ordre des Séraphins, conserve dans le Musée des antiipiités de Slockohn, une boucle en or émaillé figurant l'Archange, ainsi qu'une autre représentation de S. Michel. L'Angleterre, dont le culte se porte de préférence vers S. Georges, garde un certain nombre de reproductions de S. Michel. Surtout la curiosité se porte sur St-Michaels-Mount near Penzance, en Gornouaille, dont l'île avec la masse rocheuse, le bourg, la forteresse et l'ancien couvent sur le sommet, présentent un aspect imposant et pittoresipie (}ui fait penser au Mont de France.
A l'ouest de l'Irlande, parmi une série d'îlots, se dresse le grand Skellig, C£ui possédait jadis im couvent fondé au vi" siècle par S. Finan et devenu, pendant le moyen âge, un centr(^ renommé de pèlerinage oii s'élève actuellement un phare. Ce « Mont Saint-Michel des Skellig » dresse sa double pointe rocheuse à plus de 200 mètres au-dessus de la mer dont les flots battent la base, et six cents marches
4oi
s\iM Miriii:]. nws \.\ (;mti:i ikntk
crcuséosdansliM'oc conduiseiil à rcncciiilr qnr les nioims .ivaiont élevée sur ce vertigineux préêijiici'.
La Iliissie a emprunté à l'(»iiinl ji' cullc des anges et en par- N licnlii-r di' l'Archange. Plusieiu's
églises sont sous son vocaljle et les icônes le proposent à la vénération des lidèles. A Moscou, la cathédrale de Saint-Michel se distingue par la majesté du mornmient, par la richesse dos ornements el des reli- ([iiaires. On sait (ju'après son couinmiemenl, le tzar se rend avec la Izarineà l'église de St-Miclu'l, ]iour y vénérer les saintes reliques, avant de rentrerau palais impérial. Ivan III le Grand (l'i02-150")), qui l'ut un ami (les arts, fit venir ditïérents artistes d'Italie, et plusieurs des édifices du Kremlin de Moscou gardent l'i^nipreinlede ci'ttr intluence, d'ailleurs adajilée aux mœurset aux traditions nationales, l'armi ces monuments, se remarque la cathédrale de S. Michel-Ange, le Sainl-1 )i'uis des tzars.
qui y reçuronl la sépulture jusqu'à Pierre le Grand. La \ille de Kicw a un important couvent dit de « St-Micht'l aux dûmes dorés, » qui lut fondé au x* siècle et passe pour le plus ancien des couvents russes. L'église, élevée au début du xn" siècle, se distingue par une l'emarquable série de coupoles, dont celh^ du centre domine les autres. L'église de Sainte-I>auri' conserve dans son riche trésor un Evangéliaire du xvu'' siècle, dont la couvert ui-e en or est rehaussée de fines ciselures, où paraît la Vierge assistée des anges Michel et Gabriel.
A mesure que rayonnait le i)atronago jcioixic couège.
de S. Michel, son et'tigielirillait sur les divers
symboles de la vii' religieuse et même civile. On la voyait non seulement peinte, sculptée' et brodée dans les églises, ou bien encoi-e sur les enseignes de pèlerinage ou de corporation, mais encore
Couverture de Missel avei- S. Slii hil. \\i\- s., à Sic L.iure. Kiew.
SAINT MICHEL DANS LA CHRÉTIEM'fi
dans les emblèmes de la vie sociale. On connaît les représentations de l'Archange sur les monuments civils, comme l'Hôtel de Ville de Bruxelles et l'arsenal d'Augsbour.L; , aussi bien que sur les médailles et jetons qui se rapi)ortent à des communautés, collèges et institutions diverses. En pendant aux monnaies d'Isaac II, au xu« siècle, de Michel YIII, au xnr siècle, et de Philii)pe V de Valois au xiv° siècle, pour le moyen âge, — on peut placer les reproductions modernes qui offrent un caractère plus ou moins commemoratif, par exemple, la médaille pour la naissance du duc de Bordeaux, ou la gravure faite en IS^Î"), se rapportant à des faits de l'époque et dans laquelle l'allusion au roi-régnant transpire dans le démon-coq que S. Michel perce de sa lance.
Pour ce qui est du Mont lui-même, sa silhouette idéale a été vulgarisée non seulement par la gravure, la photographie, la
carte-postale et les autres procédés graphiques, mais elle a fixé l'attention sur les affiches, plus d'une fois avec un caractère arlislique, quand elle n'a ])as inspiré la décoration d'ol)jetsde la vie courante et jusqu'à des « menus » dont nous donnons un spécimen. \u premier rang des reproductions les plus intéressantes, prend place la belle série des eaux-fortes de M. Voisin, et des photographies de M. Neunlein. Nous nous plaisons à signaler ces documents divers comme autant d'hommages, solennels ou populaires , rendus au glorieux Archange.
Le M jiil, dessins pour " Menu
Si-Michel de Carnac.
Le Monl, vue S., au xix' sitrcle, dessin de Ch. llauch, grave par Aiibert.