‹ Le Mont-St. Michel au péril de la merChapitre 38 sur 61 · LE MONT AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

LE MONT AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI

OU chapitre des chevaliers, est situé le cloître lambrissé, lequel lambris est supporlé sur un mur en arceaux et iceux supportés par un ilouble rang de petits piliers cjuon tient estre des matériaux meslés avec du sable ; dans h' dit mur des arci'aux. sont 52 roses en sculptures toutes diverses et belles parfaictement ; le préau du cloître est couvert de plomb et sur iceluy de la tern^ ou sont plantés des bouis et quantité de belles fleurs, de sorte (jue du bas durtoir on entre dans ledit cloître de plain pierl. A costé de la nef de l'église, vers le septentrion, entre ledit cloître d'un bnut et ic-elle nef, est une grande salle fort large, belle et spacieuse pleine de cartes et tableaux dévots en lac[uelle les moines se promènent quaml il fait mauvais temps; autrefois c'estoit le dortoir des moines. »

Pour satisfaii'e jdus amplement notre légitime curiosité , nous emprunterons d'autres indications à tel autre annaliste, d"après le([uel « ce l)eau rocher peut à liiin droit être nomljré dans les merveilles du monde ». « Autour de l'église, dit-il, sont situés haults, forts et admirables bastiments, composant les lieux réguliers du monastère, qu'on appelle aussi chasteau, à cause de la situation inexpugnable. Le chasteau, ou forteresse, est gardé par neuf soldats, divisés en trois escouades, et entrent successivement trois en faction ; outre trois portiers que les religieux entretiennent chacun 24 livres par an, et se relevant succesivement chacun jour ; le tout sans parler des autres officiers de la garnison, lesquels ne sont de faction qu'en temps de guerre et demeurent en la ville en leur logis, scavoir le sergent-major, le taml>our, etc. Le gouverneur a par an 800écus bien payés. La petite ville, ceinte de murailles et tours, a une église jaaroissiale dédiée à St-Pierre et contient environ cent feux. A l'occident.

Entrée de la liarhacaue et du Chatelet. Chemins des loges, des pèlerins et de ronde.

i.i: Mi>\T \iTiii:i'iiis i:t vudUUD'iiii

Le Moiil, JcaMii au lavis, wm' s., li. ^.

sur la tour Gahrielle, les religieux ont t'ait un moulin à vont pour l.' service de leur communauté. Du côté du septentrion, une oareniie où se nourissent quantité de lapins ; et les iioulins, ou grande roue avec cable de 80 brasses au l>out lif la grande salle soubs le cloistre. Un peu à eosté, on voit la chapelle dédiée à S. Auberl, et la fonlaine qu"il obtint de Dieu pour servir aux elercs. »

A l'occasion de l'introduction de la Réforme de Saint-Maur en 1622, lin lit des rest;uu';di(ins el aussi des remaniements (pii parl'uis

déroulenl un peu l'ami des antiqintés.

Atin il'i'Mdairer ses pa-^, nous emprunterons d'autres indications aux vieilles chroniques. « Les dortoirs hauts el bas .■■k furent construits ^- dans je Ijeii qui servait de réfoctoir<' à MM. les anciens (au 2' étage). Au bas, on a fait le réfectoire, qui estoit une grande salle servant aux plombiers pour appareiller leur plondi el leurs soudures pour l'enlrt'tien des bastiments, qui estoienl presque tous couverts de plomb autrefois, et iceluy lieu, pour lors de l'introduction, rempli de toutes sortes d'ordures et vidanges. En un bout, on distingua la cuisine du couvent par une muraille de séparation. On fit aussi tous ces lieaux degrés pour monter du réfectoire, et généralement tout ce (pii est chargé des armes de l'ahljé Henri de Lorraine, comme au gros pilier du plomb du four et dans l'église o. Au reste, dans l'église abbatiale, sans parler des merveilleux faisceaux de colonnes, des chapelles élégantes, du trilorium aérien, des verrières étincelantes et des voûtes aux fines décorations, mni plus que des tombeaux, des bas-reliefs autour du chœur, des tentures et des ornements de toutes sortes, le visiteur aimait à faire une station devant les multiples œuvres d'art, réunies dans la suite des siècles. A une époipie plus récente, et dans un goût dilTérent, on lui montrait « le magnifiiiue autel de bois sculpté délicatement, au-dessous du couronnement duquel est la statue de S.Michel, » accompagné de deux anges, et des statues de 8. Benoit el de Ste Scolastique, « de grand prix el de sculpture i-ichement ornée », ainsi que celles « des autres niches de l'autel ». Le regard se portait égale-

LE MUNI' AUriiEKOIS ET Al.JOUKDHL I

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ment » sur un parfaitement beau crucifix, tout en haut, de même enrichissement ».

En ce qui regarde les objets et ornements hturgiques, ils étaient en rapport avec la magnificence du culte, et, pour s'en convaincre, il suffit de parcourir !a série des reliquaires, dont nous donnerons la description aux documents annexes. Ouant « aux tuniques, chasubles, chappes et parements d'autel en toile d'argent, satin, velours et autres étoiles », aux solennités en particulier, l'alibatiale resplendissait de l'éclat de la pompe la plus étincelante, sagement ordonnée par un cérémonial dans lequel les usages locaux s'alliaient tout naturellement aux rubriques d'ordre général. Dans le voisinage de l'église, entre celle-ci et le clocher, « la l)elle bil)linthè(iue, avec ses boiseries, vitraux et livres, » avait reçu un appoint précieux des bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, qui aimaient à en faire les honneurs aux personnes de marque.

Si l'on souhaite ajouter aux informations des hôtes de céans, les observations oflicielles de haut lieu, l'on n'a (ju'à ouvrir le rapport de l'intendant de la généralité de Caen, Nicolas Foucault, pour l'année 1697. Il nous apprend, notamment, que « le cliàteau et l'abbaye sont bien entretenus ; mais la muraille de la ville est partie en ruine l^ar les Ilots île la mer et doit être réparée aux dépens du roi ». Il ajoute qu'il « y a ordinairement 22 religieux profès , non comijris les frères lais ; son revenu a été autrefois de 150,000 1. de rente, et a présent, par le malheur des temps, à peine ya-t-il 40,000 livres de revenus, leurs grans biens étant en Angleterre ».

Poiu' achevm' de nous éclairersur l'état du Mont, nous recourrons aux souvenirs d'une illustre visiteuse du xvur' siècle, la marquise de Gré^ui. Elle était jeune encore, Renée-Charlotte de P^roulay de Tessé, lorsqu'elle accompagna sa tante, l'abbesse bénédictine de Montivilliers, « religieusement unie » au couvent Michelin. Devenue marquise de Créqui, la spirituelle voyagi'use nous a laissé dans ses Mémoires des notes, d'ailleiu's parfois un peu fantaisistes, sui' l'étape de trois jours qu'elle fit en ce lieu, ainsi que sur le voyage iju'elle réalisa vingt ans après, avec son mari en tournée d'inspection sur les côtes de Normandie et de Bretagne.

« Entre les côtes vertes de la Basse-Normandie et les côtes bretonnes, dit-elle, se dresse l'immense rocher pyramidal, dont la

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Kglisc abbatiale.

(Ihapelle du transept oruée.

LE MUNT AUriiErOlS KT \l lOlHhHL'l

base est entourée de hauti's iiiiiraillis ciéiiclées avec des tours on saillie. Lesflancsdu rocher sont incruslésde petitséditiccsgotliiiiues, entremêlés avec des pins, des tiguiers, des lierres et des chênes-verts, et la montagne est couronnée i)ar une masse de bâtiments de la construction la plus mâle, au-dessus duquel on voit dominer nue basiiiqiii- imposante avec sou camiianije il ses beffrois aigus. On

voyait reluire au sommet ilu j)!nacle une grande statue dorée de l'Archange, ipii tournait sur un pivot d'après la direction des vents (cette statue, érigée par l'abbé Rainulphe de Yilledieu, fût, paraît-il.

ruinée par la foudre ». La visiteuse signale ensuite ■ les deux gros canons formés de liai'res avec d(^s cercles », « luni- ([ue rue qui serpente sur le liane ilii ^lonl, la seconde ligue de fortitications supérieures, et l'hospice )) où ell(> logea, ainsi ipie la prison d'Etat renfermant" deux prisonniers, » et « la grande chambre à plancher soutenu pard(\s pot(>aux, » qui renferme le Gazetie)' Hollandais.

(louduile par le père hospitalier Charles de Courcy, de « ce lieu qui délie la description », elle visita ce (juc permettait son sexe et ne fit (pi'entrevoir le cloître. Dans la basilique, le maître-autel « revêtu d'argent » supportait k une belle ligure émaillée de l'Archange, » telle que « Benvenuto Gellini n'a jamais rien produit de ] il iis éclatant, de plus poétiquement chimérique et déplus finement ciselé que la ligiue du dragon qui s'enroule et se débat sous les pieds de l'Archange ». La voûte est ornée « d'armoiries coloriées ». Dans l'iiumense et superbe galerie» que Ininie la salle des Chevaliers, » la inaniuise signale « les trophées héraldiques » des chevaliers de l'ordre de S. Michel fondé par Louis XI, avecécus et liaunières « de

Poiii-suivis par la iiian'e, dessin J.-L, Bruwn.

LE MONT AUTREFOIS ET ALMOLIlli Hlil

toutes couk'urs », i[ui lui seiuljlai<'nt <■ toute la pompe féodale de la vieille France ». Du côté du Nofd, parait la « machine à roues pour monter les fardeaux pesans dans l'iDlérii.'ur di' raJjbayi' ». Outre la Merveill(% vraiment « prodigieuse », on aduiire la r.rxiite des gT'os piliers avec le chevet, telle ipi'il « n'y a cpie des moines qui puissent avoir fait exécuter une conception si grandiose, » en sorte, dit la mai'quise, (pT ■> il m'a toujours semblé i{uele Grcituf- Œuvre des Béuédiclins était leur abbaye du JMont-Saint- Michel ». Au sujet de ïombelaine, « la tradition, écritelle, rapporte que c'était un sépulcre pour les druides ».

Enfin, à l'occident du Mont, s'élève, i< sur la pointe du roc, une petite chapelle où lesnavigans affluent en arrivant de leurs voyages

au long cours, » et l'intérieur est tapissé do branches de corail, de mamelons d'ambre, de prismes d'algues-marines et de coquillages éclalans, recueillis siu' tous les rivages connus et rapiiortés par de

pieux matelots, » ainsi ipie « des ancres de sauvetage, chaiues de captif » et autres Ej-VoIo.

f,a voyageuse termine son récit en faisant observer que les princes et rois avaient coutume de visiter l'abbaye etcjue <i Louis XYest le premier roi de France à qui l'on n'ait pas fait accomplir ce pèlerinage ». « La prophétie de l'aliljé Richard Tustain, ajoute- t-elle, parait annoncer les plus grands malheurs à la postérité du r(ji, ijia nonrogarct el honoraretB. Afchaïujelum ijulronum vegnt Franciœ, in tabernaculo suo, jusqu'à la troisième génération »• Au demeurant, la marquise se plaît à proclamer son admiration pour « l'architecture gothique >> en général, et pour le Mont en particulier. Mais, peut-être, ses souvenirs à distance

Et.-Ch (Je Loini nie de liiieiine.

Av.int-derDicr abbé du Mont, gr, P. Cossard.

.Monnaie frappée en 1(121.

LE MOM- AUTREKOIS ET AUJOURD'HUI

l'ont ils parfois mal servie. Aussi sommes-noiislieureiix d'ajouterque le xviii'' siècle nous a laissé, surtout pour le côtù héraldique, une description minutieusement exacte ; et comme le manuscrit conservé à la liihliothèque nationale renferme des détails de nature à fixer Ta ttenl ion des archéologues, nous en donnerons le texte en appendice. En face de ces merveilles architecturales, même avec les mutilations du temps et des hommes, notre adniiration cherche vainement des exi^ressions (jui réi)ondent à la magnilicence île la réalité. Or, l'âme inspiratrice de ces leiivres suiOiuniaines, on ne doit pas cesser de le redire à notre siècle distrait, a été la vie monastique. Pour en résumer l'action civilisatrice, nous n'emprunterons pas la parole dun apologiste, mais nous recourrons à la plume d'un des esprits les plus savants elles plus indépendants de notre génération, M. Hauréau, de l'histitut. « Laissant au clergé séculier la direction morale des consciences, (juelques ordres s'étaient attrilmé l'éducation et le gouvernement des intelligences, et il faut reconnaître i|u"ils se sont hien acquittésde cette tâche. A l'âge où la société nous impose les preniières obligations, où le jeune homme, soucieux de l'avenir, abandonne le plus souvent au hasard la conduite de sa vie, les couvents lui offraient plus qu'un refuge contre les orages du monde.

Admis dans une maison conventuelle, il y portait un habit devant leijuel les menil)res de la société laïque s'inclinaient iioui' la plupart avec respect. Bieniju'il ne possédât aucun ijatrimoine, il n'avait à redouter aucun embarras domestique: en f[uelque lieu ipj'il (lût être conduit, il était assuré d'y trouver un asile honorable et, libre de tout autre soin, ilpouvail, jusqu'au jour suprême, se consacrer tout entier aux travaux de l'esprit. Le monastère d'abord et plus tard les cou-* vents ont émancipé le génie plébéien. On peut donc dire que les ordres religieux ont jjeut-ètre plus contribué que toutes les écoles philosophiques au progrès des idées, des nueurs et des institutions. Ou'on se représente, dans une ville d'une population niosenne, cinij ou six confréries savantes, lùchement dotées, justement vénérées jiar le connnun, appelant àelles tous les hommes de bonne volonté, pauvres et riches, nobles, bourgeois et manants, et les stinudant de toute

Abbiiye côte N., rcstitniiou (Corroyer).

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façon aux éludes littéraires... Quand on compare le présent au passé, on ne saurait nier cette heureuse influence des ordres reli,uieux sur la conduite des esprits » (1 ).

L'âme s'en est allée de cet or,nanisme incomparable. Mais, du moins, il reste la création artistii[ne, et l'A) il)aye-Chàteau, selon l'expression ancienne, tleineiue une œuvre idéalement belle dans un cadre souverainement enchanteur. La baie, par son immense étendue, par son aspect à la fois agréable et mélancoliciue, par ses couleurs variées dans une tonalité discrète, i)ar l'immobilité grandiose dans le mouvement perpétuel du flot doré, en un mot par l'harmonie générale des détails et de rens('ml)le, présente un spectacle unique, (pii l'a fait justement appeler la MerreiUe de f Occident .

De fait, que la mer caresse ou non ses vieilles murailles de gi'anit, il est splendide ce Mont dans sa silhouette gris-rose, baignée de la lumière rutilante du soleil, ou dans sa silhouette gris-noire estompée par la lumière mystérieuse de la lune et des étoiles. Sous le- ciel d'azur, clair ou foncé, tendu de nuées de snir brodées d'oi' et d'ai'gcnt, on aime, du haut des remparts, à considérer, au large, les cùti'aux avec les cités, les villages et les bosquets d'arbres, servant dect-inture à la grève, au loin d'un gris-viok't, et, plus près, d'un gris-perle, traversée par les rubans opales des rivières, tributaires de l'Océan. L'effet est grandiose quand le murmure grandissant de la mer, grisante chanson en marche, s'avance vers le Mont. Le charme devient plus intense lorsque le soleil se couche en même tenqis ([ue la mer monte. On est saisi par ce spectacle dont le charme croît à mesure que le soleil semble descendre. Son globe d'or ou de [lourpre jjarait commi' enveloppé, en guise de royal manteau, dans une zone inl'él'ieure de nuages de velours rouge, et dans une zone supérieure de nuées or et argent. On dirait d'un pacha qui, après ime journée de labeur, s'enfonce mollement dans les replis de sa couche opulente. Parfois, d'ailleurs, il st^ couche sans mystère et dans l'éclat de sa pour^ire : mais, W plus ordinairement, il se cache derrière des voiles de nuages, les uns fixes et les autres changeants, au travers desijuels il se laisse deviner par ([uel(|ues échappées lumineuses.

Avant de se coucher dans une dentelure de nuages qui le cachent et au fond desquels il creuse une fournaise de métal en fusion, il envoie ses derniers rayons, en haut, sur les nuées, de façon à dorer la Merveille et toute la partie occidentale, cependant que le reste du ciel est d'un bleu foncé et que la baie et les coteaux

(I) Histoire lillêraire dii Maine, par B, tlauroau. Paris, 1890, t. ï, p. mi, xiii.

itili

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Autour du Mont.

paraissent iliin \i'ilboiubn' loiuuaiil au iiuir. Si des baiMjucs de jiromenenrs l'nnl alors le tour du Mont IVangé de la blancheur de l'écume, le décor s'anime et devient plus humain. .\u surplus, c'est une vérital)le féerie (jue ces tentures denuafies roses, oranges, verts et violets, llottant sur un ciel profond d'or l)leu i[ui se nuance avec le déclin du soleil couchant. On dirait un dernier regard du jour disparu, jeté sur lespiofondeursduciel,dela mer et du continent. Ces beaux soirs de la terre normano-armoricaine sont empreints d'une sérénité mélancolique. Le granit lui-même revêt quelque chose de ces tonalités successives. Lorsque le tlot s'est retiré, tout le rose, le l'ouge, le pourpre, le violet, le bleu des images renvoie les mêmes couleurs sur la grève humide et dessine un labyrinthe de lignes de moire, où les derniers rayons dressent comme une colonnade toute éblouissante d'émeraude et d'or, de laquelle les lignes transversales violacées forment comme les entablements et les frises, dont les proportions et les tons varient avec les heures. Le spectacle est encore plus magique la nuit, lorsque la lune i-éiiand sur l'onde frissonnante le resplendissement de sa lumière argentée, que les basques appellent «morte ». Le coup d'ojl est superbe, eu particulier du chi'inin de ronde, quand l'astre de la nuit touche de ses rayons doux et mystérieux l'abbaye, le Mont qu'il enveloppe de sa caresse attendrie. Sur la cime, l'Archange d'or brille d'un éclat tout céleste. Si le ciel moutonne sous les gros nuages blancs, le iianorama devient plus merveilleux. Toiu- à tour l'ilot se drape comme d'un manteau sombre quand la lune se voile, puis de nouveau s'éclairegraduelleraent à mesure que le rideau de nuées se lève, comme mù par une main invisi])le. A cette heure tardive, l'abbaye profile ses lignes dentelées sur la grève grise ou sur l'unde blonde, en réilétant sa silliMinlIc mouvementée sur l'est de la baie.

Aussi bien, le Mont est une innnense et enchanteresse symphonie de la terre, de la mer et du ciel, unissant leurs clartés, leurs rêves et leurs voix. Au levei- et au couchei du soleil, des bandes

K^li^o, flt'che p.ir Pelitgrand et S. Michel par Frémiet.

LE MONT AUTIUCKOIS ET AlJULHhTlUl

innombra))les de mouettes s'aliatteiil sur le ilôt écuuiant avec la mélopée de leurs cris jilaintifs et tournoii'ut, soit en frisant la vague soit en s'y bai.nuaut. C/cst le pigeon de uht. plus svelle que son l'rère du continent, et dont le blanc corsage est l'rangé de noir au bord des ailes et de la ([Ueue. En présence de ces charmes prenants,

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on est tenté de se représenter la baie avec la terre, la mer et le ciel constellé d'étoiles, sous les dehors d'une fée mystérieuse enveloppée d'étoffes soie, or et argent, souples, flottantes, aériennes, avec les rehauts de chatoyantes broderies, et le scintillement de gemmes et de joyaux sur lesquels se balancent les écharpes légères et capricieuses formées par les nues.

La magnificence de la baie dans la sérénité n'a d'égale que le

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