V. — LE MOUSTIER (suite
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ibbaye du Bec avait un prieur claustral issu (l'une noble famille de Normandie, dont les parents étaient Teduin et Agnès, seigneurs de Torigni. lioliert — cest sim nom — avait pris l'habit en 1128, et de bonne heure s'était distingué par son amour de l'étude, la régularité de ses mœurs et l'ai^titude à gouverner, qualités qui lui valurent la eonliance de Henri II. Le '27 mai 1154, les moines Montois élurent à l'unanimité Rot de Torigni, qui depuislors futappelé Robert du Mont ; l'élection apiirouvée par l'archevèifue de Rouen ainsi que par l'impératrice
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Mathilde. et, le O'i juin, fut confirmée par le roi Henri. La bénédiction lui fut donnée à Saint- Philbert-sur-Risle , par Herbert, évêque d'Avranches, et Girard, évêque de Séez ; dans l'assistance, on remarquait plusieurs abbés, parmi lesquels Roger, abbé du Bec, Michel, abbé de Préaux, et Hugues, abbé deSaint-Sauveur-le-Vicomle.
Robert éleva rabl)aye à un degré de prospérité morale et temporelle qu'elle n'avait pas connu avant lui. Il o s'adonna totallement à son debuoir, il augmenta son nombre de moynes, qui n'estoil que de ([uarante, jusques à soixante, afin que Dieu fust mieux servy. Il lit plusieurs augmentations, tant es bastiments du monastère que dépendances d'icelluy. 11 orna l'église de quantité de joyaux et d'ornements. Il entretenait le monastère avec un soing extraordinaire de tout ce qui lui manquait et faisait besoin. Régulier il estait au dernier point en l'observance de la règle, et la faisoit inviolablernent observer par ses moynes. Il s'employait très soigneusement à l'estude des sciences divines et humaines. » Pour conserver les biens et défendre les droits de l'alibaye, il fit plusieurs voyages en Normandie, en Bretagne, dans le Maine et dans d'autres provinces où sa présence était utile. En 11.5.5. par une bulle datée de Bénévent, Adrien lY continua les biens de labbaye, qu'il plaça sous sa protection spéciale.
A l'été de 115G, le couvent rayonna de l'éclat d'une magnitique solennité. Hugues, archevêque de lîouen.et lesévèques d'Avranches, de Bayeux et de Coutances vinrent en pèlerinage au Mont, où ils passèrent quatre jours. Le métropolitain de Rouen laissa à Herbert, évèciue d'Avranches, le soin de consacrer l'autel du Crucifix, le 15 juin : quant à lui, le lendemain, n il consacia l'autel de la Vierge, nouvellement réédifié dans la crypte du Nord ». En cet autel, ajoute l'abbé Robert, « nous plaçâmes des reliques, des vêtements de la Vierge, croyons-nous, que nous avions trouvés dans l'ancien autel, renfermés dans une boîte de plomb ».
Grâce à l'amitié qui régnait entre Henri II d'Angleterre et l'abbé Robert, les deux rives de la Manche furent rapprochées par un commerce plus fréquent. En 11,57, le Montois Robert de Saint-Pancrace fut choisi comme abbé du couvent de Cernel en Angleterre. De son coté, Robert fit le voyage d'Outre-Manche pour entretenir le roi et soutenir les droits de son couvent; à son retour, il fit dédier l'église de Genêts, nouvellement bâtie. Le prince lui rendit sa visite l'année suivante, et, à cette occasion, il donna le patronage des églises de Pontorson, en se réservant d'y i-evenir une autrefois avec Louis VII, roi de France. Vers le même temps, l'abbaye fut dotée du patronage
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de la cure de Saint-Pair de Sartilly par le elievalier Foulques Paisnel, avec les dîmes de Servon, Lyotz, Ponts et autres, ainsi ([ue du patronage du prieuré de Saint-Michi-l du Mont-Dol. par l'archevêque et le chapitre de Dol. Le roi Henri 11 rrAngleterre, en 1158, fit deux visites au Mont, la première à la saint Michel, et la seconde le 23 novembre; celte fois, en compagnie de Louis VII, roi de France.
D'ailleurs Robert de Torigni fut l'objet de faveurs insignes de la part des princes et des chefs de l'Eglise. Henri H ayant eu une fille de son épouse Aliéner, l'enfant fut baptisée à Domfront en llHl, par Henri, cardinal-légal du iiape. et elle fut tenue sur les fonts par l'abbé Robert, de concert avec <> Achart, évèque d'Avranclies ». l'iécédemmeid, Hein-i 11 avait placé les édifices religieux du chastel de Pontorson sous la dépendance de l'abbaye. Or, en 1U\2, les Avranchins trouvant insupportables « la tyrannie et les i-oncussions d'Aquilin des Fours, capitaine du chasteau de Pontorson », demandèrenl que ce poste fut confié à l'abljé Robert, et le roi réalisa leurs vœux. Un peu plus tanl, nous saluons au Mont la i)résence du roi d'.Vngleterre. A son tour, le pajie Alexandre III, après avoir convoqué spécialement Robert à un concile, tenu en 1168 à Tours, chef-lieu des provinces de l'ouest, en vue d'éteindre le schisme, se montra très favorablement disposé à l'égard de l'abbaye. A l'issue du concile de Tours, Robert fit-il le voyage de Rome :' On l'a prétendu, en ajoutant que l'abbé en rapporta des bulles en faveur des biens du couvent (1). Mais cette opinion ne parait fondée que sur une erreur au sujet de la date de cette bulle, qui appartient à l'année 12ôd et se rapporte à Alexandre IV. Aussi bien, le pape Alexandre III resta en France plusieurs années et ne rentra à Rome qu'au mois de novembre 1165 (2).
En l'année 116G, Robert reçut de nouveau au Mont Henri II, qui était venu à Rennes prendre possession du duché de Bretagne. Trois ans après, il futdéputé pour « establir GeotïroyII », roi d'Angleterre, lils de Henri II, comme duc de Bretagne ; de concert avec Aubert, évèque de Saint-Malo, et Etienne, évoque de Rennes, en l'église Saint-Pierre, de celte dernière ville, il « receu les sermens de fidélité que firent tous les seigneurs et barons de Bretagne de reconnaître Geoffroy II pour leur duc » (3). Robert, qui veillait à la parfaite
(t) GalUa Christ, \I, .520. — Perlz. Scriplores. etc.. VI, 282, noie 2t.
(2) Delisle. C/iron/f/ue de Robert de Toriyiii, t. 2, p. VIII-IX.
(3) La prospérité temporelle du monastère répondait à l'éclat des mérites et du renom de l'abbé. On voit tour à tour la confirmation du don du prieuré des Roquillals ou Trcvcncc par Conan. duc de Bretagne (Il 70) ; le seigneur liauion,